‹ Les anciens catalogues épiscopaux de la Province de ToursChapitre 29 sur 36 · Haim.oaldus fat présent au concile de Paris en · texte numérisé non relu

Haim.oaldus fat présent au concile de Paris en

7. Duriotorus assista à celui de Chalon-sur-Saône, vers l'année 650 (5).

8. Moderamnus ne nous est connu que par Flodoard (6), qui le fait voyager en Italie au temps du roi lombard Liutprand et d'un roi franc appelé Chilpéric , lequel ne

(1) J'ai réédité dernièrement cette pièce, peu connue jusque-là, dans la Revue de Bretagne et de Vendée, 1885, p. 2.

(2) Gl. conf., 64.

(3) Saint-Melaine, actuellement Notre-Dame de Rennes. Le changement de vocable s'est effectué en 1845. Le martyrologe hiéronymien nous apprend qu'on célébrait le même jour (6 janvier), la naissance, l'ordination et la mort de saint Melaine. Sa sépulture {depositio) était commémorée le 6 novembre.

(4) Grog. Tur., Hisl. Fv., VIH, 32, 43; IX, 39 ; Fortunat, IH, 6.

(5) Ici, on intercale un saint Didier (Desiderius), que sa légende {Acta SS. sept., t. V, p. 789) présente comme originaire et évoque d'une civitas Rhodonis , Rhodonensis , Hyrodomensis: Il meurt assassiné en Alsace, au retour d'un voyage de Rome, dans les premières années du huitième siècle; son diacre, Regnifrid, partage son sort. La tradition rennaise ignore ce saint ; il faut dire aussi que l'itinéraire suivi par lui pour revenir de Rome à Rennes est un peu extraordinaire. On a essayé de le dater avec plus de précision en retrouvant sa signature au bas d'un privilège, d'ailleurs suspect, pour l'abbaye de Fontenelle. Mais ce document qui contient, à la vérité, le nom d'un Desiderius episcopus, ne marque pas le siège de ce prélat.

(6) Hist. Rem.,l, 20.

peut être que Chilpéric II (715-720). Il se retira dans l'Apennin, au-dessus de Lucques, au monastère de Berceto, où il finit ses jours.

C'est vers ce temps qu'il convient de placer les deux comtes-évêques Agatheus et Amitto, dont il a été question à propos de Nantes.

9. Warnarivs assista au concile de Germigny , en 843. Il vivait au temps des entreprises ecclésiastiques de Nominoé, et sans doute il les approuva, car il figure au nombre des prélats bretons à qui le concile de Toul adressa, en 859, une exhortation à rentrer au bercail métropolitain de Tours (1). Son nom figure, en 858, dans une charte de Redon.

10. Electrannus, mentionné en 866 et 871 (2 mai) dans le cartulaire de Redon, fut consacré à Tours le 29 septembre 866 (2).

On ne connaît pas d'autres évêques de Rennes avant le dixième siècle.

CIVITAS OSSISMORUM.

L'évêché de la civitas Ossismorum n'est pas aussi bien documenté que celui de Rennes. Rennes ne fut occupée par les Bretons que du temps de Charles-le-Chauve ; son évoque se rattacha jusqu'alors au corps épiscopal franc : on le rencontre , comme ceux de Nantes et d'Angers , dans

(1) Hardouin, Conc, t. V, p. 493.

(2) Cartulaire de Redon, p. 42, 196. Gall. christ., t. XIV, p. 163 {instr.). La charte de 866, qui mentionne cet évêque, est du 12 août 866, antérieure ainsi à la consécration qu'il reçut à Tours. Il n'est pas impossible que la cérémonie accomplie à Tours, le 29 septembre, ait été une réitération de l'ordination. En ce temps-là, les ordinations célébrées par des personnes qui n'avaient pas la communion de l'Eglise, étaient souvent considérées comme nulles et susceptibles d'être réitérées. Peut-être aussi Electramne avait-il, vu la difficulté des circonstances, différé de se faire ordonner, et portait-il le titre d'évéque sans en avoir encore le caractère. Cette seconde hypothèse n'est guère d'accord, il est vrai, avec les usages d'alors ; aussi cst-il plus prudent de laisser place à la première.

les conciles nationaux du sixième et du septième siècle. Le pays ossismien, au contraire, fut un des premiers occupés par l'immigration bretonne. L'évêque de cette cité, Lithardus ou Litharedus, eccksiae Oœomensis (var. de Uœuma), siégea au concile d'Orléans en 511. Ses successeurs ne parurent pas aux conciles suivants (1). Quant à ses prédécesseurs, il y en a sans doute un ou deux parmi les prélats de de la province de Tours dont les noms se rencontrent dans certains documents du cinquième siècle, sans que leurs sièges soient indiqués (2). Le diocèse se maintint ou se reconstitua, car, au nombre des prélats dépossédés en 848 par Nominoé, figurait un LtheroÀis, episcopus Ossismorum ou Oximensis. Dans l'intervalle se place l'activité religieuse de saint Paul Aurélien, l'un des chefs ecclésiastiques de l'immigration bretonne , et de ses trois disciples , lahoevius , Tigernomaglus et Cetomerinus. D'après sa légende, écrite en 884 (3), il aurait survécu aux deux premiers ; mais le troisième aurait présidé à ses funérailles et occupé le siège après lui. C'est de ce temps que date l'importance ecclésiastique de la localité de Saint-Pol-de-Léon. Avant les Bretons, l'évêque résidait sans doute au chef-lieu de la cité (4).

Voici les noms des évêques de Léon que l'on rencontre au IX' siècle, postérieurement aux dépossessions opérées par Nominoé :

Dotwoion est connu par ce que dit de lui Bili , l'un des biographes de saint Malo (5), il était en fonctions vers le milieu du neuvième siècle ou un peu après.

(1) C'est en vain que l'on voudrait trouver ici l'évêque de Séez, en se fondant sur ce que, dans le diocèse de celui-ci, il y avait un pagus Oximeyisis (Fortunat, Vi/a s. Germani, c. 53, 50). Aux conciles du sixième siècle et dès celui de 533, le premier tenu après celui de 511, l'évêque de Séez se qualinc d' episcopus Sagiensis, et il n'y a pas l'ombre de raison de se figurer qu'il ait eu, vingt-deux ans auparavant, un autre titre.

{1) Ci-dessus, p. 84, note 1.

(3) Anal. Bolland., t. î, p. 209-258.

(4) La situation de ce chef-lieu est fort controversée. Je n'ai pas à m'en occuper ici.

(5) Edition Plaine, p. 118, 120.

Liberalis, peut-être à l'occasion de la mort de Dotwoïon, se réconcilia en 866 avec le roi de Bretagne Salomon, qui lui rendit son siège (i). C'était, comme Félix de Quimper, un prélat breton de langue et de nationalité.

Hinworet siégeait en 884 , lorsque la Vie de saint Paul Aurélien lui fut dédiée par Vurmonoc .. moine de Landevenec.

ALET [Dol, Saint-Brieuc^ Tréguier).

Entre la cité des Ossismes et celle des Redons, la Notice des Gaules n'en mentionne aucune autre. Cela prouve que, vers le commencement du cinquième siècle, l'ancienne cité des Curiosolites avait été supprimée et son territoire rattaché à celui de l'une ou l'autre des deux cités voisines, peut-être partagé entre elles. Cet état de choses n'est pas antérieur au déclin du troisième siècle, caries inscriptions témoignent que l'organisation de la cité des Curiosolites se maintint au moins jusqu'au temps d'Aurélien. Il n'y a d'ailleurs aucune tradition sur l'existence, en ces régions, d'un siège épiscopal antérieur à l'immigration bretonne. Toute cette côte avait sans doute été fort dépeuplée par les pirates francs et saxons. Au sixième siècle, les Bretons s'y établirent en grand nombre et donnèrent au pays le nom de Dumnonia, évidemment importé de la Cornouaille insulaire, où habitait la tribu des Dumnonii. 11 s'y fonda plusieurs monastères importants; les plus célèbres sont ceux de Tréguier, de Saint-Brieuc et de Dol.

Dès la fin du règne de Charlemagne, il est possible de constater en ces contrées l'existence d'un siège épiscopal, celui d'Alet, dont on connaît, pour le temps antérieur aux entreprises ecclésiastiques de Nominoé, plusieurs titulaires certains. Ce siège, tout à fait en dehors des cadres de la

(1) Lettre du concile de Soissons (866) au pape Nicolas (Hardouin, t. V, p. G28).

Notice des Gaules, faisait revivre, d'une certaine manière, l'ancienne cité des Curiosolites. 11 est sans doute très peu probable que les limites du diocèse d'Alet se confondissent avec celles de la cité des Curiosolites; mais l'ancien cheflieu de cette cité, Corseul, était compris dans le diocèse d'Alet, et celui-ci s'étendait entre les diocèses de Rennes et de Léon, comme la cité des Curiosolites entre celles des Redons et des Ossismes.

Depuis Charlemagne au moins, le siège de cet évêclié était à Alet, localité qui, en dehors des documents ecclésiastiques relatifs à ses évéques, est connue par la Notitia dignitatum imperii.

C'était la résidence du commandant [praefeckis) d'un corps de troupe appelé milites Martenses, l'un des postes échelonnés sur le littoral armoricain. 11 y eut là, évidemment, dés le déclin de l'empire romain, ou plus précisément dès la fin du quatrième siècle, un noyau de population avec une église, qui se rattachait probablement au diocèse de Rennes. Que restait-il de cet établissement romain lorsque, deux siècles plus tard, saint Malo débarqua à l'embouchure de la Rance ? Il serait ditïicile de le dire. Cependant, on doit constater que le siège épiscopal et le « lieu du saint » demeurèrent ici distincts, contrairement à ce qui se passa à Dol, à Saint-Brieuc, à Tréguier. Dans ces trois localités, tout procède du fondateur. Quand il arrive, le pays est désert, plus ou moins envahi par la forêt. Le lieu qu'il choisit pour sa résidence devient un monastère ; plus tard, ce monastère donne naissance à une ville et devient lui-même un siège .épiscopal. Saint Malo, au contraire, s'installe auprès d'Alet (1) ; il en devient évêque.

(1) L'emplacement d'Alet, désigné encore par le nom de Ln Cité, se trouve actuellement compris dans la commune et la paroisse de Saint-Scrvan ; les maisons de la Cité joignent, sans solution de continuité, celles du reste de la ville. Cependant, à l'origine, et même après ([uc le siège épiscopal eut été transporté à Saint-Malo (v. 1150), le groupe paroissial de Saint- Servan était distinct du groupe paroissial de ln Cité. Saint-Servan était une paroisse de banlieue, formée, si je ne me trompe, autour du cimetière

mais il ne change pas pour cela de résidence ; il continue à demeurer dans l'île d'Aaron, où il s'était d'abord installé. Il meurt en exil ; quand on s'avise de rapporter ses restes dans le pays qu'il avait évangélisé, on ne les dépose pas dans l'église cathédrale d'Alet, mais dans le monastère de l'ile d'Aaron, dans le « lieu du saint », qui porte encore son nom, à Saint-Malo.

Ceci donnerait lieu de croire que, dès le commencement du septième siècle, car saint Malo est de ce temps-là, on avait choisi la localité d'Alet pour être le centre religieux de la Domnonée. Il est sûr que, dès le temps de Charlemagne et de Louis le Pieux, le diocèse d'Alet s'étendait vers le sud jusqu'aux bords de l'Oust, limite qu'il avait encore en 1790. D'autre part, la biographie du saint le montre exerçant son ministère en diverses localités qui furent, depuis 848, assignées au diocèse de Dol : Cherrueix, Roz, Miniac, Plerguer. Il faut voir là le souvenir d'un temps où, le diocèse de Dol n'existant pas encore (1), la juridiction de l'évêque d'Alet s'étendait vers l'est jusqu'à la frontière franque, jusqu'au diocèse d'Avranches. On ne peut dire jusqu'où elle s'étendait du côté de l'ouest. Rien ne s'oppose à ce que, de ce côté, elle se soit exercée jusqu'à la limite, inconnue aussi, du diocèse de Vepiscopus Ossismorum, c'està-dire de l'évêque de Saint-Fol.

Telle était la situation sous Charlemagne et Louis le Pieux; telle elle semblerait avoir été déjà deux siècles auparavant. Aucun texte digne de foi ne nous fournit, pour le septième siècle, le huitième et la première moitié du neuvième, jusqu'aux « réformes » de Nominoé, un seul évêque de Dol, de Saint-Brieuc, de Tréguier. Des tradi-

primitif d'Alot. La Cité était desservie, au point do vue religieux, par la cathédrale, et l'agglomération de Saint-Malo, par le monastère.

(1) Les rédactions conservées de la vie de saint Malo ne remontent pas à ce temps; mais il s'en faut d'assez peu, et d'ailleurs elles ont pour base un texte du temps de Louis le Pieux (81i-8i0). J'ai expliqué ceci dans un article de la Revue celtique de cette année (avril 1890).

tions d'inégale valeur donnent pour fondateurs à ces monastères des personnages revêtus du caractère épiscopal, qui môme auraient eu quelques successeurs. Cela est possible ; mais les faits de ce genre, en tant qu'ils peuvent être classés chronologiquement, se rapportent au sixième siècle, non au septième. Ils sont contemporains de l'émigration bretonne. Ils correspondent à une période où la population émigrée s'installait par petits groupes isolés, possédant cliacun ses chefs civils et religieux, où les moines choisissaient à leur aise, dans les immenses solitudes d'Armorique, les lieux propres à leurs pieuses fondations. A la longue, on sentit le besoin d'une centralisation plus complète, d'une organisation ecclésiastique analogue à celle qui fonctionnait partout dans la Gaule franque. On s'était rattaché d'abord à tel ou tel monastère, pour des raisons de voisinage, pour des convenances de propriété ou de famille. Saint Tutgual, saint Samson, saint Pol, possédaient des paroisses en bien des lieux divers (1). Un tel état de choses ne pouvait durer. C'était la confusion môme. On prit le pavti d'en venir au système des circonscriptions diocésaines. Ainsi furent maintenues ou rétablies, sauf peut-être quelques modifications, les limites des civitates Venetum , Coriosopitum ^ Ossismorum. Outre celles-ci, le long de la côte nord, jusqu'aux diocèses de Vannes, de Rennes et d'Avranches, la Domnonée bretonne forma un quatrième diocèse dont le siège fut établi à Alet, dans une localité qui était sans doute alors, comme de nos jours, la plus importante de toute cette région. Les anciens monastères de Dol, de Saint-Méen, de Saint-Brieuc, de Tréguier, de Landevenec, ne furent pas supprimés pour cela; mais

(1) Le diocèse de Dol conserva jusqu'en 1790 (luelquc chose de cette distribution primitive. 11 se composait d'un territoire assez restreint autour du chef-lieu, et d'un grand nombre de paroisses éparpillées dans les autres diocèses de la Bretagne du Nord, sans parler de son annexe de la Bassc- Scinc, Il sufïit de jeter un coup d'œil sur la plus ancienne vie de saint Tudual pour constater que le monastère de Tréguier avait eu d'abord un ressort constitué exactement de même.

ils perdirent ce qu'ils pouvaient avoir eu jusqu'alors de juridiction épiscopale. Celui de Saint-Méen fut même uni à l'évêché d'Alet.

A quel moment précis se produisit ce changement? Je n'oserais le dire. Il est sûr que sa dernière phase, car il en eut sans doute plusieurs, était accomplie dès l'année 811. A ce moment eut lieu une révolte des Bretons (1) qui nécessita l'envoi d'une armée franque. Les monastères de Saint-Méen et de Saint-Malo furent alors pillés par les insurgés. Les trésors (greniers et celliers), les vases sacrés, les chartes, tout fut livré aux flammes. La rébellion comprimée, l'évêque d'Alet, Hélogar, dut se rendre auprès de l'empereur pour faire reconstituer les titres de propriété qui avaient ainsi péri. Le diplôme que lui accorda Charlemagne n'existe plus depuis longtemps ; mais nous avons encore la confirmation qui en fut faite par Louis le Pieux, en date d'Aix-la-Chapelle, 26 mars 816 (2).

Le fait que deux établissements religieux aient été ainsi saccagés par une insurrection bretonne donne lieu de croire que la population indigène voyait d'un mauvais œil, non ces' lieux saints eux-mêmes, qui étaient de fondation bretonne, mais l'évêque dont ils dépendaient. La cité d'Alet elle-même échappa au pillage (3) ; , mais elle le dut sans doute à sa situation de ville fortifiée. N'y a-t-il pas, dans cette animosité des Bretons contre le siège épiscopal d'Alet, l'indice d'une fondation récente ? Ne devons-nous pas voir, dans cet évêché, une institution de Charlemagne lui-même, postérieure, par conséquent, à la conquête de l'année 799? Je serais bien tenté de le croire (4).

(1) Ann. Lauriss., a. 811 : « Imperator... tertium (exercitum) misit in Brittoncs ad eorum pcrfidiam puniendam. »

(2) Bôhmcr-Mùlhb., n» 591 ; Gallia cliristiana, t. XIV, instr., p. 233.

(3) Autrement, il en serait question dans le diplôme de Louis le Pieux.

(4) Il faut se souvenir ici des difficultés que rencontrait, à la même époque, la fondation des évéchés de Saxe. L'installation d'un siège épiscopal, dans le système du temps, comportait, par le fait même, l'organisation des

Et ce qui me confirme dans cette manière de voir, c'est que la première chose que fit Nominoé, une fois maître de la Bretagne, ce fut de dépecer le diocèse d'Alet en trois ou quatre circonscriptions épiscopales. De plus, au lieu de placer à Alet le siège métropolitain qu'il voulait fonder, il l'installa au monastère de Dol. Or, Alet était une localité autrement importante que Dol (i); si elle ne fut pas choisie, c'est, semble-t-il , qu'elle inspirait quelque rancune.

En somme, sans exclure tout à fait l'idée que le diocèse d'Alet remonte à l'époque bretonne , nommément au septième siècle ou au huitième, je serais porté aie considérer comme ayant été établi définitivement par Charlemagne, au lendemain de la conquête de 799.

Dans ces conditions , les évèques d'Alet, au temps de Charlemagne et de Louis le Pieux, doivent être considérés non pas exclusivement comme les successeurs de saint Malo , mais plutôt comme les héritiers de tous les fondateurs de grands monastères bretons dans la Domnonée entière. A eux échut une autorité religieuse qui avait été d'abord exercée simultanément en divers endroits, par des abbés, prêtres ou évêques.

A part les fondateurs eux-mêmes dont il nous reste des biographies dont on peut tirer parti, l'histoire de ces monastères ne nous est guère connue. J'ai cité quelques noms qui se groupent autour de celui de saint Paul Aurélien ; à Landevenec, un saint Guenhael (2) est présenté comme le successeur de saint Wingualoeus (Guingalois, Guénolé), fondateur de la colonie monacale. Saint Ruilin est aussi à Tréguier, le continuateur immédiat de saint Tutgual. Mais, pour ces deux localités , la tradition ne s'autorise que de

dîmes et de leur perception. L'cvëquc carolingien n'avait pas seulement l'aspect d'un pasteur; il avait aussi celui d'un percepteur d'impôts.

(1) Dol n'était alors qu'une pointe de rochers entourée de marécages ; Alet dominait l'estuaire de la Rancc, qui constitue un des ports les plus sûrs et l'une des plus belles voies navigables de Bretagne.

(2) Acla SS. Nov., t. I, p. 675; cf. La Borderie, Carlulaire de Landevenec, p. 143.

documents bien postérieurs au neuvième siècle (1). Aucun successeur n'est indiqué dans les vies , pourtant bien tardives , de saint Brieuc et de saint Méen (2). On en doit dire autant de celles de saint Malo et de saint Samson (3), dont la première remonte sûrement, l'autre probablement, au neuvième siècle. A Alet cependant , et à Dol, on connaissait d'autres saints, qui finirent par être considérés comme des évéques diocésains , quand il y eut des diocèses- Pour Alet on peut citer saint Gurval , saint Coalfinit , saint Enogat, saint Maelmon^ saint Armel, celui-ci revendiqué aussi par Dol, bien qu'il soit le patron d'une localité aléthienne, Ploermel. A Dol, la couronne de saint Samson comprend les saints Magloire, Budoc, Thuriau, Genevée. Ces noms furent plus tard disposés en séries épiscopales. C'est à Dol que ce système trouva sa première application. Le célèbre procès soutenu contre la métropole de Tours obligea les « archevêques » de Dol à se chercher de lointains prédécesseurs. On les voit, au douzième siècle,' produire (4) en cour de Rome une série de quatorze titulaires de leur siège , tous antérieurs à Festinien , l'évêque investi par Nominoé. Aux six saints déjà nommés (y compris saint Armel), on joignait un Restoald et un Jumael ou Juthinael, qui, je regrette de le dire, avaient été plus ou moins inventés pour les besoins de la môme cause, par l'évêque (5) Festinien, au temps du pape Nicolas I. Cinq- autres, dont

(1) La vie de saint Guénolé , récemment publiée par M. de La Borderie {Carlulaire de Landevenec, Rennes, 1888), ne parle pas de saint Guenhael. La plus ancienne vie de saint Tutgual (La Borderie, Les trois vies anciennes de saint Tiidual, p. 12) garde le même silence sur saint Ruilin.

(2) Les vies de ces deux saints ont été publiées par dom Plaine dans les Analecta Dollandiana, t. H, p. 162; t, III, p. 141. Elles sont tout au plus du onzième siècle.

(3) Vies de saint Malo, Plaine et de la Borderie, Rennes, 188i; vie de saint Samson, Mabillon, Acta SS. 0. S. B., t. I, p. 165.

(4) Morice, Preuves de l'hisl. de Drelagne, t. I, p. 753.

(5) Jaffé, 280G. — Restoald n'est autre que Bertoald, archevêque de Cantorbéry, à la fin du septième siècle. Voir mon édition du Liber ponlificalis, t. I , p. 381, note 48. Quant à Juthinaël, Festinien ne semble pas l'avoir donné, en termes exprès, comme un ancien évêquc de Dol.

on ne précisait pas (1) les noms, reliaient cette série à Festinien lui-même.

Tout cela représente de l'ingéniosité, non tic la tradition.

(1) On en a retrouvé deux dans la plus ancienne vie de saint Samson, laquelle est dédiée à un évcquo Tigernorncilus et mentionne un autre évèque appelé Lexc/ierus. Ce dernier figure, il est vrai, dans un épisode qui a bien l'air d'avoir été intercalé après coup. S'il en était ainsi, rien ne s'opposerait à ce que Leucher eût vécu après Fcstinien. Quant à Tigernomalus, le biographe le présente si peu comme évèque de Dol que Mabillon a pu y voir un des disciples de saint Paul Aurélien (ci-dessus, p. 87). Cette vie do saint Samson est sûrement, dans l'état oîi nous l'avons, postérieure au sixième siècle. Il est difficile de savoir oh et quand elle a été composée, et si les deux prélats qu'elle nomme étaient des évéques de Dol, ou d'Alct, ou d'ailleurs. Ils ne sont pas nommés parmi les évoques de Dol dans le document dolois cité plus haut, p. 94, note 4. Espérons qu'une édition nouvelle et de main compétente nous mettra un jovir à même de mieux étudier ces questions. — Quant à saint Samson lui-même, on l'identifie ordinairement avec un évèque de ce nom qui figure parmi les signataires du troisième concile de Paris, tenu vers l'année 556. Comme la plupart des prélats présents à ce concile, l'évéque Samson ne marque pas le lieu de son siège. Je ne sais si l'identification est bien sûre. Le nom biblique de Samson se rencontre , à cette époque, ailleurs qu'en Bretagne. Le roi Chilpéric avait un Samson parmi ses enfants (Greg. Tur., Hist. Fr., V, 11). Au fond, les textes à la fois les plus anciens et les plus authentiques qui nous soient restés sur ce saint personnage, ce sont les mentions de sa fête dans deux exemplaires du martyrologe hiérortymien , l'un de l'année 772 , l'autre un peu postérieur. Le premier {Guelferbytanus 23) porte : Dolo rnonasterio , sancli Samson abbalis ; l'autre {Bernensis 289) : In Brittania, sancli Samson confessons. Ni l'un ni l'autre ne le qualifient d'évèque, et cependant les martyrologistes et leurs continuateurs, sont exacts à relever de tels titres. Le manuscrit de Wolfenbiittel est plus précis. Pour celui qui a tenu ici la plume, saint Samson n'a été qu'un simple abbé , et Dol n'est pas une civilas , une cité épiscopale, mais un monastère. Ce fait est d'autant plus notable que le manuscrit en question provient de l'abbaye de Fontenelle ou Saint-Wandrille , sur la basse Seine, rive droite, tout près du monastère de Saint-Samson à Pental , de l'autre côté du fleuve. Les renseignements que les moines de Saint-Wandrille consignaient, au huitième sièple, dans leurs livres liturgiques, leur venaient évidemment, en ce qui regarde saint Samson, des religieux bretons leurs voisins. Or, ceux-ci savaient apparemment ce que c'était que Dol et quel titre il convenait de donner à leur patron. Personne , que je sache, n'avait introduit ce document dans la question qui nous occupe. — Saint Samson est mentionné aussi dans un petit martyrologe métrique du huitième siècle, rédigé dans le Northumberland (Migne , P. L., t. XCIV , p. 604); on ne lui donne aucune qualification, ce qui n'est pas ici de conséquence, vu les exigences du mètre. — L'intérêt que les martyrologistes du huitième siècle portent, en des pays fort divers, au saint fondateur de Dol, prouve en tout cas qu'il jouissait d'une considération toute spéciale.

Les personnes qui parviennent à faire de rhfstoire avec de tels documents sont ou plus perspicaces ou plus confiantes que moi. A Alet seulement nous rencontrons un terrain solide , dès avant Nominoé et son remue-ménage ecclésiastique. Encore ne peut-on remonter bien haut. Il faut se borner aux évéques de la période franque, c'est-à-dire postérieurs à l'année 799. Ceux-ci forment une série bien authentique et bien datée, dont l'équivalent ne se rencontre pas aillleurs :

i. Hélogar, en 811 et 816 (Diplôme de Louis le Pieux, Gallia Christ., t. XIV, p. 233 instr.).

2. Ermor, mentionné en 833 et 834 dans les chartes de Ptedon. D'après la vie de saint Conwoion, il se trouvait, en février 835, à l'assemblée de Thionville [Acta SS. 0. S. B., t. IV, part. 2, p. 202).

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