‹ Les anciens forts de Lachine et Cavelier de La Salle [microforme]Chapitre 15 sur 23 · TIE GRAND OLD CHIMNEY OF CHAMPLAIN FUR POST OF · texte numérisé non relu

TIE GRAND OLD CHIMNEY OF CHAMPLAIN FUR POST OF

Depuis que ce qui précède a été écrit, mon attention a été attirée sur deux publications récentes de M. Fraser, Dans ses lettres : Sixth Summer Morning Walk around Montreal, publiées dans la presse il y a déjà quelques années et aussi dans sa

brochure Canadian Pen and Ink Sketches, page 30, M. Fraser invite le public à visiter le ‘“ Fraser Homestead Farm, “on which the old home of Robert de La Salle still stands and ‘ may be seen.” Je crois avoir teilement démoli cette légende dans mon Vieux Lachine, que pas plus tard qu'une année après, décembre 1890, M. Fraser changea de tactique et écrivit dans la revue de New-York Magazine of American History, vol, 24, page 446, que la vieille masure (ruins) sur sa propriété est celle ‘ which have been often designated as those of La Salle’s ‘ home, ” Puis il ajoute que ces ruines sont celles du fort Cuillerier, bâti longtemps après le séjour de La Salle, (ainsi que je le soutenais dans mon Vieux Lachine ), mais qu'au même endroit, le célèbre voyageur occupa une maison de bois bâtie vers 1615 par Champlain pour la traite, pendant qu'il construisait son village au lieu connu plus tard sous le nom de fort Remy. Aucune mention n'est faite ‘‘ofthe grand old chimney of ‘ Champlain fur post of 1615,” dans la revue américaine. Enfin une idée brillante frappe M. Fraser, Dans une dernière lettre au “ Witness ” de Montréal, du 15 août 1891, il affirme sérieusement que les Cuillerier, en bâtissant leur maison de pierre après 1700, ont conservé la vieille cheminée de la maison de bois de Champlain, J'ai lu ces histoires comme on lit un conte pour les enfants, J'ai été flatté néanmoins de retrouver dans l'article de la Magazine of American History et la lettre au ‘“ Witness’”” beaucoup de matières analysées de mon Vieux | Lachine (1) J'y ai revu l'autographe de La Salle et les gravures que j'avais publiées dans cette brochure. Les copies sont aussi frappantes que les originaux. Mais ce qu'il y a d’amusant, c’est d'y lire la merveilleuse découverte que M. Fraser annonce gravement à ses lecteurs. Jusqu'à ce jour il a soutenu, toujours d'après la légende dont il s’est fait le propagateur et l’auteur, que la vieille maison de pierre sur sa propriété était celle du manoir de La Salle, S'il faut en croire la dernière révélation

(1) M. Leblond de Brumath, dans ‘ l'Iistoire populaire de Montréal,’ qu’il vient de publier, a gracieusement reconnu, page 172, qu'il a emprunté presque tous les détails qu'il donne sur le massacre de Lachine du Vieux Lachine. Pourquoi n'a-t-il pas été aussi reconnaissant au chapitre précédent, page 154 et 155, lorsqu'il décrit les anciens forts de Lachine et les établissements de La Salle,

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historique de M. Fruser, celte masure est bien celle des Cuillerier ; mais la cheminée est celle de lu muison de bois que Champlain fit construire, en 1615, pour faire la traite avec les sauvages.

La muison serait disparue avec les Cuillerier qui l’auraient remplacée, après 1700, par une bâtisse de pierre, mais ils ont religieusemernt conservé la vieilie cheminée, Aussi M. Fraser intitule-t-il son article : The grand Old Chimney of Champlain fur post of 1615, at Lachine.” Il invite les patriotes à venir vénérer cette relique sucrée des premiers temps de la colonie, Mais où est la preuve qui puisse convaincre le lecteur le plus indulgent et le plus crédule ? Et pourquoi les Cuillerier, qui étaient des hommes pratiques, auraient-ils conservé une cheminée d'une maison de bois, c’est-à-dire un chantier ou cabane de pieux vieille d'un siècle, lorsqu'ils élevaient une belle et grande maison de pierre ? Cette légende est moins vraisemblable que l’ancienne.

[Il est vrai que Champlain a fait la traite avec les sauvages à Lachine, Il les y rencontra chaque printemps pendant plusieurs années; mais ça dû être, non dans la forêt, sur la terre de John Fraser, mais dans la vaste prairie à quelques arpents plus bas, au rapide même, à l'endroit où est l'aqueduc de Montréal, que de La Salle choisit plus tard pour servir de communeaux colons de la côte. Ce site est bien connu, puisqu'il fut conservé comme ‘ commune ” jusqu'à l’année 1833. Abrités dans des tentes, loin des embuscades que les Sauvages ne manquaient pas de dresser à l’aide de la forêt, nos ancêtres ont pu y traiter en sûreté, Jamais ils ne sont allés s'aventurer au milieu des bois, lorsqu'ils pouvaient si facilement se soustraire à tout danger.

M. Fraser parle des papiers des Cuillerier. Le dernier rejeton de cette remarquable famille est disparu de Lachine il y a une dizaine d'années. Je doute qu'il fût en possession de papiers, qui d'ailleurs n’intéressaient plus la famille depuis 1745. Si M. Fraser les a lus, il doit au public de les lui faire connaître avant de lui demander de croire à son histoire, J'ai vu les originaux de ces papiers au greffe et ils repoussent la théorie de M. Fraser.

Cette terre de M. John Fraser fut concédée à Jean Brillon dit La Bonté par le Séminaire, le 13 juillet 1673, mais il est probable qu'il la possédait depuis quelques années en vertu d’un billet de location. Il la vendit à René Cuillerier, par acte passé devant

Baxset, le 14% septembre 1670 ‘‘et ensemble tous et chacun les

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‘ grains et légumes qui ontété ensemmencés la présente année.” L'acte déclare que la terre et la récolte sont en la possession de Cuillerier, Prix 450 livres, tant pour la terre que pour la récolte. Pas de mention de bâtiment, pas même d’une cabane où d'un chantier. Le fait est que René Cuillerier était alors propriétaire de la deuxième terre plus haut, qu'il avait acquise de Louis Homo, par acte d'échange du 11 mai 1670, ainsi qu'il est dit plus haut, C'est sur cette dernière concession que de 1670 à 1676, René Cuillerier avait son habitation et sa maison de commerce, Mention expresse de cette maison se trouve dans une vente, faite devant Basset, pur Nicolas Moisan dit le Parisien à Mathurin Thibodeau, le 5 janvier 1676, de la terre voisine à l’est de La Bonté et de lu récolte de grains, “ lesquels grains le vendeur s’oblige à rendre à ‘* Ja maison de René Cuillerier où il est présentement demeurant à la Chine.” Ces expressions indiquent que Cuillerier contemplait un changement de résidence,

M. Fraser ajoute que le voisinage immédiat de la commune est une présomption que de La Salle avait son habitation sur la concession de Brillon, Mais il oublie que cette commune fut établie non pour son avantage personnel, mais pour celui de ses colons seulement, depuis l'immeuble n° 472, concédée à Jean Fournier, aujourd’hui, F. X, Bélanger et R, W. Kerr, près de son domaine particulier, jusqu’au n° 499, propriété de Pierre Gaudin dit Châtillon, occupée plus tard par Wm, Knox et aujourd'hui par la succession Hugh Fraser, La commune, 15 arpents de front sur 16, de belle prairie, n° 483 à 486 du terrier, était voisine, à l'est, de Jean Quenneviile, aujourd’hui Patrick Fallon, et fut attachée au service de 24 propriétaires. Elle fut divisée entre leurs successeurs en 1833. Voilà pourquoi le site de la commune est si fruis dans la mémoire des habitants de la côte.

CIAMPLAIN A LACHINE,

Sommes-nous sans donnée précise sur l’endroit de Lachine où Champluin faisait la traite avec les sauvages ? Au sujet de l’arrivée des Récollets à Tadoussac, en mui 1615, Champlain écrit: ‘“ Là, nous mîmes nos hommes à accommoder nos barques, afin ‘ d'aller à Québec, lieu de notre habitation, et'au Grand Sault ‘ Saint-Louis, où était le rendez-vous des sauvages qui y venaient “en traite.” (Faillon, t. 1, p. 147; Voyages de Champlain 1627,

p. 9) Ainsi done, la traite s’y faisait avant 1615, et elle s’y faisait, non pas sur la propriété Fraser qui est au-dessus du Sault Saint-Louis, “at the head of the rapids,” comme M. Fraser le dit dans la Magazine of American History, page 447, mais au Sault Saint-Louis même, c'est-à-dire à la grande prairie qui se trouvait sur la rive. Tous les actes notariés passés avant 1680, contenant des descriptions de terres sises au-dessus du rapide, comme celle de Fraser, disent qu’elles sont situées ‘ au-dessus ” du Sault Saint Louis, et non ‘ au Sault.”

La grande prairie du rapide offrait tous les avantages désirables pour un camp. C'est là que s’arrêta le camp volant de 200 réguliers, commandés par M. de Subercase en 1689, lors du mémorable masacre de Lachine. M. Cathalogne qui en parle dans son mémoire publié dans la Collection de Manuscrits, t. 1, p. 367, nous dit que cecamp était à Verdun, à deux lieues de Villemarie. À cette époque.toute la côte occidentale de l’île de Montréal était souvent indiquée sous le nom de Verdun. C’est ainsi que le recensement de 1681 ne faitaucune mention de Lachine, mais il n’est pas difficile d’en reconnaître la population dans le recensement de Verdun. C'est aussi à cet endroit que plusieurs familles de Lachine se refugièrent après le massacre. (Vieux Lachine, p. 39.)

Enfin nous avons la preuve que Champlain n'avait pas d'habitation au Sault Saint-Louis. Faillon nous apprend qu'avant 1634, Trois-Rivières n'avait pas d'établissement fixe, ‘ quoique depuis ‘* longtemps on yfit la traite.”(T. ler, pp. 265, 266,267.) La traite se faisait ‘au Sault” de la même manière, sans bâtiment, Le premier bâtiment aux Trois-Rivières fut fait en 1634.

Dès 1611, cependant, Champlain songea à faire un établissement à un endroit de lîle de Montréal qu'il appela la Place Royale, et qui devint plis tard le site du fort de Villemarie, aujourd’hui la maison de douane de Montréal. Il y fit abattre beuucoup d'arbres, traça des jardins et éleva un commencement de bâtiment, (Faillon, t. 1, pp. 348, 440, 415.) Ce bâtiment de la Place Royale que Champlain abandonna sans le finir, trouve sa place dans l’histoire, et cependant celui du Sault Saint-Louis, avec sa ricille et grande cheminée et son verger de poiriers et de pommiers, ‘an apple and pear orchard planted on it by the people of Cham-

plain post,” au dire de M. Fraser, serait passé sous silence! Il

est si vrai qu'il n’y a pas eu d'établissement fixe à Lachine, avant de La Salle, que lorsqu'en 1640, la compagnie de la Nouvelle-France confirma aux messieurs de Montréal la seigneurie de l’île, elle se réserva la tête de l’île de Montréal, à partir du rapide du Sault Saint-Louis, afin, dit Faillon, ‘ d'y former au ‘ besoin un établissement de commerce.” (Faillon, t. 1. pp. 396, 397.) S'il était déjà en existence, comme le prétend M, Fraser, la compagnie n'aurait pas manqué de se le réserver. Ajoutons qu’à cette époque, l'île de Montréal n'était occupée par aucune nation sauvage et ovelle avait été jusqu'alors négligée par les Français comm * eloignée de la mer. (Faillon, t. 1, p. 399.) Les sauvages qui rcbitaient le pied de la montagne de Montréal au temps des voyages de Jacques Cartier étaient disparus,

Il ne paraît pas que les sauvages aient jamais eu d'habitation au-dessus du rapide de Lachine jusqu’à la tête de l’isle de Montréal.

A l’exception de la grande prairie du Sault Saint-Louis, toute la côte de Lachine était couverte de forêts, lorsque La Salle en prit possession en 1666. C’est ce que constatent tous les titres de concession que j'ai vus. Jacques Cartier visita le Sault en 1541, mais ne le remonta pas. Le récit qu'il fit de son voyage établit qu'il existait plusieurs bourgades de sauvages le long de la rive depuis Hochelaga jusqu'à la tête du rapide et ce fait explique peut-être l'existence des prairies qu'il signale le long de cette rive. (Faillon t, 1, pp. 47, 48, 82.)

Après bien des années d'intervalle, lon trouve Champlain au Sault Saint-Louis, en 1603, accompagné de Dupont-Gravé. (Faillon, p. 83.) Ce ne fut cependant qu’en 1610 que Champlain forma le projet de construire un établissement dans le voisinage du Sault, La même année, il donna rendez-vous à des sauvages, pour traiter dans ce lieu le 20 mai 1611. (Champlain 1611, p. 242.) Il arriva au grand-Sault le 28 mai 1611, ct cependant ne trouva personne. C’est alors qu’il explora toute la tête de l'île de Montréal sans signaler une seule bourgade ou habitation, jusqu'au lac des Deux-Montagnes, et qu'il résolût de bâtir La Place Royale, Champlain, 1611, p. 242. Il choisit ce site de préférence pour plusieurs raisons ; mais la principale était qu’il y trouva plusieurs centaines d'arpents de terre défrichées qui étaient alors en prairie et que des sauvages avaient labourées autrefois, (Faillon, pp. 125.

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