NOM ET DATE DE L'ÉTABLISSEMENT
Le mémoire des Sœurs contient l'affirmation que la mission de Gentilly ou de la Présentation était ouverte en 1668 et que des prêtres du Séminaire y disaient la messe.
Faillon, Histoire de la colonie française,t.3,p.281,dit: “Pendant ‘qu'on cherchait les moyens de le former (un hôpital pour les ‘ sauvages.) les prêtres de Saint-Sulpice donnèrent naissance à une ‘ autre œuvre relative à l'éducation des enfants sauvages. Jus- ‘ qu'alors, ils les avaient gardés à Villemarie, dans le Séminaire ‘“ même. Ils jugèrent qu'ils réussiraient peut-être mieux à les ‘ former à la vie civile, s'ils les plaçaient à la campagne, en les ‘* éloignant de la dissipation que la ville pouvait leur offrir, Dans “ ce dessein.ils formèrent un établissement au-dessus de la Chine, ‘qu'ils appelaient Gentilly, sur le bord du fleuve Saint-Laurent, ‘oùils firent défricher des terres et construire des bâtiments ; ‘et comme la chapelle en fut dédiée au mystère de la Présen- “ tation de Marie au temple, cette maison fut aussi appelée La ‘€ Présentation M. de Fénelon, accoutumé déjà aux mœurs des ‘“ sauvages fut chargé de cette œuvre; et pour la rendre utile ‘au but qu'on se proposait, il demanda et obtint la propriété de ‘“ quelques îles voisines de Gentilly, Ces îles, au nombre de trois, ‘“ situées entre la Chine et le cap Saint-Gilles, avaient été con- ‘cédées en 1668, par M. de Courcelles à M. Picoté de Bellestre,
“qui leur donna apparemment le nom de ce gouverneur; car
elles furent depuis appelées les //es Courcelles. Mais, après les
avoir reçues, M.de Bellestre n'y avait fait aucun défriche- ‘ ment, et comme elles pouvaient être d'un grand avantage pour +‘ faciliter l'éducation des enfants sauvages, à cause de leur voi-
‘ sinage de (rentilly, le Séminaire lui proposa de lui donner dans
l'île de Montréal des terres en échange de ces îles: ce qu'il
++ accepta.”
M. de Fénelon nous apprend, dans un acte de donation reçu
Je devant Basset, le 24 janvier 1674,et cité en partie par M. Faillon, que la concession de ces îles lui fut faite par le comte de Frontenac,gourverneur de la Nouvelle France,le9 janvier 1673. Il n'y est pas déclaré ce que Picoté de Bellestre reçut en considéation de l'abandon de ces îles ; mais on voit par un acte d’arpentage du ‘ domaine de Gentilly ” fait le 21 novembre 1673 par Basset, à la demande du Séminaire, propriétaire du dit domaine et de Pierre Picoté de Bellestre, propriétaire d’une concession voisine à l’ouest, que M. de Bellestre avait une concession dans le voisinage immédiat de Gentilly. Elle était formée probable. ment des terres données en échange par le Séminaire. Le livreterrier établit qu’elle portait le numéro 188 et était plus considérable que les autres concessions; elle avait 4 arpents sur 20. Elle est devenue la propriété de Placide Allard et de Clovis de Bellefeuille, Elle avait deux arpents à la pointe d'Hartland Macdougall,laquelle, je crois,à cause de son élévation, était appelée le cap Saint-Gilles. Le domaine de la Présentation formait le numéro 189 et avait 19 arpents sur 20. |
Le 24 janvier 1674, par le même acte devant Basset, M. de Fénelon fait donation entrevifs de ces troisîles en faveur du Séminaire. Il y déclare que ces îles lui furent concédées ‘ pour “ attirer plus facilement les sauvages en la dite isle et particulièrement à Gentilly, où plusieurs sauvages sont déjà habitués, “ et afin de faciliter leur conversion et éducation en notre religion.” Il ajoute: “ Les travaux faits sur l’une des dites isles ‘ proviemnent des deniers des dits seigneurs comme tous ceux ‘ qui ont été faits au dit lieu de Gentilly, où il a seulement ‘“ contribué de sa peine, son industrie et ses soings, pour y atti- ‘“ rer et établir des sauvages et faire habiter la coste de la dite ‘“ isle de Montréal, à ces endroits, par des Français et des sau- ‘+ vages.”
Le texte de la concession äu 9 janvier 1673 en faveur de M. de Fénelon se trouve à la page 282 de M, Faillon, et il apparait qu'elle lui fut faite ‘ dans le lac Saint-Louis, le long de l’isle de ‘ Montréal, pour faciliter l'établissement qu'on y à commencé,” savoir l'établissement de Gentilly.
Le livre-terrier ne donne pas la date de l'établissement de Gentilly. Il est probable qu'il fut commencé vers 1666, en même temps que de La Sallo fondait le village de Lachine. Il fut habité
peu de temps après, et le mémoire des Sœurs constate que ‘‘ dès ‘ l'année 1668, les prêtres de Saint-Sulpice avaient commencé ‘ à ydire la Ste-Messe.” Le langage du titre de concession à M. de Fénelon et de la donation au Séminaire porte à croire que cette mission existait depuis quelques années.
Le Séminaire, profitant de la paix qui régnait avec les [roquois, aurait commencé cet établissement vers le temps que de La Salle jetait les premières fondations du village de Lachine. Il fut construit comme tous les autres du même genre, en forme de fort, avec clôture de pieux et bastions. Il est déerit dans l'acte d'échange que le Séminaire en fit devant Basset, le 7 septembre 1685, avec Delle, Agathe Ge Saint-Perre assistée de son fiancé Pierre le Gardeur sieur de Repentigny, qui l’épousa le 26 novembre 1685 :— ‘“ Certain domaine, ‘appelé la Présentation sis et situé en la dite isle au-dessus de Ja Chine, consistant en ce qui suit, savoir : toute la largeur de de terre qui se trouve entre celle des héritiers de feu le Sr, ‘ Pierre Picoté de Bellestre à certaine concession de quatre ‘arpents de front, concédée depuis peu à un nommé Jacques Morin, sur vingt arpents de profondeur, tirant au nord, une ‘ maison de longueur de cinquante trois pieds ou environ, sur ‘la largeur qu'elle peut avoir, deux caves, l’une en maçonnerie ‘et l’autre de bois, une cheminée aussi de maçonnerie, cabinets, cabanes, une grange et avec deux étables au bout d'icelle, ensemble de quatre-vingt treize pieds ou environ de large, un poullailler, sout à cochons, le tout de pièces de bois sur pièces, ‘un puits, jardin etc, Enelos de pieux de cèdre, d'environ un arpent, les bâtiments couverts de paille et de bois en dedans, étant construits sur les dites terres données par le dit échange, et généralement tout ce qui depend du dit domaine, ses appartenances et dépendances, à la réserve des meubles, bestiaux, grains, fourrages, instruments d'agriculture, et autres meubles généralement quelconques qui sont à présent sur le dit domaine,
tant ceux recueillis qu'à recueillir cette présente année jusqu'à “ Pâques prochain, Et cédant aussi les isles ou islets appelées “ vulgairement de Courcelles, qui sont vis-à-vis les dites terres, “ baillées et délaissées dans l'état que sont les choses.”
Melle de Saint-Perre donna en échange au Séminaire une
terre de deux arpents sur vingt,‘ sise et située en la dite isle au
“lieu dit La Grand’ Anse,” voisine de Charles Le Moyne,
La
sieur de Chateauguay, et ayant une maison de maçonnerie à ‘chaux et sable, de la longueur de cinquante pieds sur vingt ‘ pieds de large, couverte de planches et bardeaux et à laquelle
‘Oil a été nécessaire de faire de grosses réparations pour la con-
‘servation d'icelle et singulièrement à la couverture, attendu
“qu'il y à plus de vingt ans qu'elle est construite sur la dite con-
‘* cession, ?
Melle de Saint-Perre paya mille livres de soulte. L'acte est
signé Agathe de St Perre ” (1) et ‘ Repentigny. ” HABITATION DE JEAN DE SAINT-PERRE.
Comment se rendre compte de cette maison en pierre bâtie avant 1665 à la “ Grand’ Ance ”, lieu qui semble faire partie de la Pointe-Claire de nos jours.
On ne peut signaler une seule concession de cette localité, qui remonte même à 1670. Le livre-terrier indique celles des années 1671 et 1672 comme les plus anciennes, ct il est possible, même probable, que plusieurs habitants s’y établirent en même temps que l'occupation du domaine de la Présentation ou de celui de La Salle, vers 1666. Maïs une maison en pierre bâtie à la Grand’ Anse, avant 1665 : Quelle découverte ! J'ai dû donc examiner à deux et trois reprises et faire examiner le manuscrit de Basset. Il est clairement écrit et il est impossible de lire autre chose que ces mots : “ La Grand’ Ance ?” I] était évident que ce n'était pas la Grand’ Ance de la Pointe-Claire, Je lis alors tout l'acte qui a une douzaine de pages in-folio, et je vois plus loin que Melle de Saint-Perre avait eu cet héritage de son père, et je suis renvoyé à plusieurs actes passés devant Bourgine en 1685, entr'elle et son beau-père, Jacques LeMoyne : particulièrement un inventaire du 24 juillet 1685 et plusieurs transactions et compromis des 4, 9 mai et 26 juillet 1685. Je parcours tous ces actes et je découvre que son père était Jean de Saint-Perre, notaire royal, J'apprends de Faillon, Histoire de la sœur Bourgeois, t. 1er, p.157, et de Mgr Tanguay, Dictionnaire Généalogique, que ce Jean de Saint-Perre fut tué par
(1) Son père signait J, de Sainet-père ?’—Faillon, Sœur Bourgeois, t. 2,
Er: De
les Troquois pendant qu'il couvrait sa maison en 16957 à Ja pointe Saint-Charles, laissant deux enfants, un fils, qui mourut en bas âge, et une fille, Agathe qui épousa Pierre le Gardeur, sieur de Repentigny. Son habitation était voisine d'une terre appartenant à Charles Le Moyne, sieur de Longueuil et de Chateauguay, qui est décrite en “ l’histoire de Longueuil” pages 78 et 79, ct qui lors de sa mort an 1685 valait 5000 livres, avec
# bâtiments en ruine ?”?
Jacques Le Moyne, qui avait épousé la veuve de Jean de Saint-Perre, avait occupé cette propriété pendant la minorité de sa fille Agathe ; et celle-ci, à sa majorité, réclama ses droits, Le mystère est expliqué, La “Grand' Ance” où était la terre de Mlle de Saint-Perre, était celle formée par la Pointe Saint-Charles, près de Villemarie et la propriété donnée en échange par Melle de Saint-Perre était sise près du fort de
Villemarie.