‹ Les anciens forts de Lachine et Cavelier de La Salle [microforme]Chapitre 20 sur 23 · UN FORT DE PIEUX · texte numérisé non relu

UN FORT DE PIEUX

Ces forts de pieux couvraient une couple d’arpents et souvent moins ; ils étaient construits de la même manière dans un but de protection contre les Iroquois. Après avoir fait le choix d'un site avantageux sur le bord d’une rivière ou d’un lac, on ‘asait parfaitement la forêt, au moins jusqu'à portée de mousquet; puis on creusait autour du terrain choisi, à l'exception de la devanture sur le bord de l’eau, un fossé de 12 à 14 pieds de largeur sur 8 à 10 pieds de profondeur, et l’on en jetait la terre du côté de ce terrain, pour servir de rempart. Une clôture de pieux debout de 12 pieds de hauteur, à double rangée, flanquée de bastions aussi de pieux, était plantée dans cette terre fraîche, laissant une ou deux grandes portes sur la devanture et une petite en arrière, Voilà ce qu'était l'extérieur de cette petite fortification, Au dedans, on voyait les bâtiments et cabanes nécessaires à la garnison et aux colons, aussi construits de

pieux ou de pièces sur pièces, et couverts de paille ou de

planches en déclin, ou même d’écorce.

LE FORT CUILLERIER

Ce fort fut bâti par René Cuillerier dit Léveillé, vers 1676, au bas de la côte de Lachine, Mais sur quelle concession ? Cuillerier fut propriétaire de trois terres presque contigues. Au titre “ Fort Remy,” nous avons vu qu’en 1670, il acquit l'hahitation de Louis Homo, n° 478 du terrier et formant aujourd'hui partie de la ferme Doran, Le livre-terrier dit qu'il la céda à son fils Lambert, en 1700. Ce dernier décéda à Lachine et fut inhumé à Villemarie le 30 novembre 1709. D'après l'inventaire de sa communauté, fait par Le Pailleur le 4 février 1712, cette concession avait alors une muison, une étable et une grange, dont les dimensions ne sont pas données, Puis la veuve, Marguerite Ménard, aujoute “ qu'elle a été obligée de prendre de vieux “ pieux du fort pour construire une étable, lesquels pieux elle s’est obligée de rendre pour les réparations du fort. Pourquoi le ‘“ sieur Cuillerier a fait marché pour elle pour quatre-vingt- ‘“ quinze livres qu'elle s’est obligé de payer et fournir à qui ‘“ sera nécessaire et aussi pour achever la dite étuble, ?” Le fort n'était donc pas sur cette concession, car on ne rend pas ce qui nous appartient, René Cuillerier avait aussi la concession voisine à l'ouest concédée en 1668 à Charles Ptolomée, Le livre terrier nous dit qu’en 1690 elle passa à Louis Fortier, et en 1693 à René Cuillerier, Il la céda à son fils Joseph en 1700. Le fort n’était donc pas sur cette concession, Enfin René

Cuillerier p? une autre concession de Jean Brillon dit la Bonté, r° de vente passé devant Basset le 13 septembre 1676. ice lieu qu'il transporta l'habitation qu'il avait

comm. ce vers 1670 sur la terre de Louis Homo, n° 478, et

c'est là que le fort fut bâti, Voilà pourquoi les seigneurs lui permirent d'y concentrer les rentes de presque toutes ses propriétés de Lachine, Voir entrées au livre terrier, n° 478.

Il est probable que ce Jean Brillon dit Ha Bonté était un des

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colons de M, de La Salle, Il avait eu son titre de concession du Séminaire le 8 juin 1673. La terre de Brillon formait le numéro 480 du terrier et est connu de nos jours sous le numéro 973 du cadastre officiel de la paroisse de Lachine, Ælle est indiquée sur la vieille carte de Lachine comme étant au bas de la côte, Elle échut à Jean, fils aîné de René Cuillerier, en vertu d’un acte de vente passé devant Adhémar le 9 mars 1697, Si l’on en juge par le recensement de 1681, elle devait avoir alors 32 arpents en valeur, tandis que toutes les terres environnantes en avaient à peine 10 à 12, L'acte du 9 mars 1697 ne fait aucune mention spéciale des bâtiments; qui étaient de bois et qui étaient probablement abandonnés depuis l’année du massacre, René Cuillerier, comme son fils Jean, était marchand, demeurant, en 1697, à Villemarie, rue Saint-Paul, où la vente à Jean fut signée, La paix, fuite en 1698 avec les Anglais, fut conclue avec les Iroquois le 8 septembre 1760, et cet événement fut l’occasion du retour des Cuillerier et Ge plusieurs autres colons à Lachine, Jean Cuillerier y était dès 16€8, car on voit que le 2 décembre de cette année, il faisait baptiser un enfant à Lachine, Il continua d’y demeurer jusqu'à son décès, vers 1713, Ses deux frères Joseph et Lambert s’y rendirent quelques années après 1700, Jean était à réparer le fort, lorsque la mort l'enleva à sa jeune famille, L'inventaire de son frère Lambert, fait le 4 février 1712, constate qu'il travaillait alors à ces réparations, C’est donc vers 1712 qu'il commença la maison de pierres dont on voit les ruines sur la propriété Fraser, Cette terre est dans la fumille Fraser depuis l’année 1814. C’est l'existence du fort Cuillerier qui fit naître la tradition, dont M. John Fraser est l’auteur et le propagateur depuis un quart de siècle, savoir que le fort de La Salle était à cet endroit, Tout d’abord, il alla jusqu'à iudiquer la vieille masure de pierre, que l'on y voit, comme celle de son manoir, mais recemment M, Fraser n'y voit que la cheminée qui aurait servi à une maison de bois, bâtie en 1615 par Champlain, comme poste de traite et habitée par La Salle pendant qu'il bâtissait son village, Je crois avoir démontré dans mon Vieux Lachine, pages 17 à 20 et plus haut au titre de Fort Rémy.” que cette masure (la cheminée comprise) est la maison des Cuillerier, laquelle remonte au commencement du der-

nier siècle, En 1713, elle n'était pas achevée, Morin a écrit que

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le fort Cuillerier était de bois et l’on sait qu’il fut bâti par René Juillerier pour protéger son commerce, Dans la vente qu'il en tit à son fils Jean, par acte devant Adhémar le 9 mars 1697, et par l'inventaire, de ce dernier fait par Michel Le Pailleur le 10 avril 1713, la clôture de pieux, le jardin, le verger et une cuisine de pièces sur pièces ‘ fort vieille et de bois blanc, menaçant ruine,

“le tout couvert de planches ?

* sont clairement indiqués. La maison de pierre était alors (1713) commencée, mais non terminée, ce que signifient ces mots, “avec pierres d'attente pour la continuation,” que l’on lit dans la description qui en est faite, La description des lieux indique une habitation importante ; on y voit une grange de 50 pieds de long sur 40, une écurie de 30 pieds, une bergerie, ure boulangerie. Tous ces bâtiments sont couverts de planches et ue pièces sur pièces, IT est dit que la boulangerie est ‘ fort vieille et menaçant ruine ”. La maison de pierre ne fut terminée que longtemps après par François Picoté de Bellestre, le second mari de la veuve de Jean Cuillerier, ou par son fils Antoine Cuillerier à qui cette terre échut finalement en partage. En 1746, elle devint la propriété du sieur Dominique Gaudet. Puis elle passa à Paul Larchevêque Lapromenade, qui, le 30 mars 1814, la vendit à Hugh Fraser, cultivateur de la seigneurie d'Argenteuil et grand-père de M. John Fraser. Cette chaîne de titres est relatée dans le terrier de Montréal et doit exister parmi les papiers de la famille Fraser s'ils sont complets, J'en ai lu les minutes au greffe de Montréal ; ils repoussent toute idée d'une habitation et encore moins d'un fort construit par de La Salle à cet endroit, Plus tard et à une couple d’arpents plus bas, le gouvernement anglais fit un poste militaire important, consistant en une poudrière, des hangars et magasins considé- ‘ables, dont on voit encore quelques débris, Ces faits ont con: tribué à conserver le souvenir d'un fort à cet endroit plus vivace qu'à tout autre de Lachine, où tout vestige des anciennes fortifications à disparu depuis longtemps. Voilà l'origine de la légende qui place en cet endroit le manoir en pierre et le fort de La Salle, légende qui n'a pas le moindre fondement,

René Cuillerier fut le premier marguillier et une des plus belles figures de Lachine, Le contrat de mariage de son fils, Jean-Baptiste, passé devant Michel Le Pailleur, le 2 février 1718, déclare qu'il est fils de feu ‘ l'honorable homme René Cuil-

ne

lerier.” Avant son arrivée à Lachine, il s'était distingué à Villemarie dans plusieurs rencontres avec les Iroquois. En 1660, il était du nombre de ce parti de Français, ayant à sa tête M. de Vignal, prêtre du Séminaire, qui fut surpris par les Iroquois à l’ile-à-la-pierre, vis à-vis Saint-Lambert, pendant qu'ils tiraient de la pierre pour la maison du Séminaire, IIS furent tous faits prisonniers et amenés au village Onéyoutra, où ils furent mis à mort, René Cuillerier seul fut excepté! Il dut sa vie à une vieille sauvagesse qui ladopta. Il parvint à s'échapper après dix neuf mois de captivité et retourna à Villemarie, où il épousa Marie Lucault, le 13 avril 1665. Il est la souche d’une nombreuse famille (16 enfants) qui a longtemps eu des rejetons à Lachine et aussi au Détroit, où ils furent plus connus sous le nom de Beaubien, René Cuillerier décéda vers 1713, S'il faut en croire un acte de reconnaissance passé par sa veuve le 27 janvier 1718, devant Le Pailleur, dans le-quel. elle déclare # qu'étant démeurée veuve du dit feu sieur Cuillerier, son époux,

depuis plus de cinq ans, avec très peu de secours pour la faire

subsister, le dit sieur Jean-Baptiste Cuillerier, son fils, serait

arrivé de France après dix où douze ans d'absence, qui à bien

voulu aussytôt son arrivée en ce pais, par un esprit de piété, “ luy donner toutes Ics assistandes possibles.” Pour ces avances, elle lui donne une obligation de 4279 livres payables après sa mort. Le 28 décembre 1707, le père René, sa femme, ses fils, Jean et Joseph et leurs femmes signaient le contrat de mariage de Lambert, un autre fils.

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