‹ Les anciens forts de Lachine et Cavelier de La Salle [microforme]Chapitre 21 sur 23 · LE FORT ROLLAND · texte numérisé non relu

LE FORT ROLLAND

Ce fort fut bâti par François LeNoir dit Rolland vers 1670, probablement à l’époque où Jean Millot finissait le fort de Lachine et que Jacques LeBer et Charles LeMoyne, sieur de Longueuil et de Chateauguay, construisaient la maison et le hangar de pierre avec meurtrières que l’on voit sur la ferme en roture de Cavelier de La Salle, aujourd’hui habitée par la famille Wilgress, Il se trouvait sur une terre de trois arpents sur vingt, concédée le 15 novembre 1669 à François LeNoir dit Rolland, un peu plus haut que l'endroit où sont actuellement la gare du Grand Tronc et le grand quai de Lachine. Cette terre, n° 449 du terrier, 904 du cadastre actuel, aujourd’hui la propriété de la succession Louis Boyer, moins un emplacement qui forme l'hôtel Hanna, était bornée à l’est par celle d'André Rapin, chirugien du fort, aujourd'hui propriété de la succession de J. P, Dawes. En 1698 elle passa au sieur de Couagne, en 1712, au sieur de Budemond, en 1713, à Pierre Mallette, en 1716, J. B. Magdelaine dit LaDouceur, et en 1722, Joseph Ducharme. Voir livreterrier, On lit dans le régistre des morts au massacre du 5 août 1689, que quelques-uns furent trouvés sur l'habitation d’Afidré Rapin au pied du grand bastion du fort Rolland,” (Vieux Lachine p. 41.) Evidemment ce bastion se trouvait dans la ligne entre Rolland et Rapin, celle qui de nos jours sépare la maison de pierre à deux logements de la succession J, P, Dawes et le parterre de l'hotel Hanna,

Ce fort fut bâti pour protéger le comptoir de commerce de Rolland qui était d’ailleurs en gros personnage.

Le 2 janvier 1673, il épousait la fille d’un ancien officier de la maison du Roi, qui venait d'arriver de France. Toute laristocratie de Villemarie était à la cérémonie, En 1683, le comte de Frontenac et Madame Perrot portaient un de ses enfants aux fonds baptismaux.

Le récensement de 1681 lui comptait cinq domestiques. La même année, sa fille était au pensionnat de la congrégation de Notre-Dame à Villemarie. Sa terre avait alors 45 arpents en valeur, En 1686, Rolland ajouta à sa concession deux terres voisines à l’ouest, les n° 447 et 448 appartenant à Laurent Baury. Plus tard, il en acquit les continuations. Les terres du fort Rolland formaient donc un vaste domaine au temps du massacre de 1689.

Son commerce a dû être considérable, si l'on en juge par le bilan de 10.000 livres qu'il déposa en 1703.

Non content du trafic qu'il faisait à sa maison de Lachine, il courait les bois et se rendait jusqu’au pays des Illinois, pour échanger avec les sauvages ses marchandises et son eau-de-vie, On lit dans le récit du voyage du comte de Frontenac en 1673, que le gouverneur fut forcé de l’amener avec lui pour le punir d’avoir ‘ donné à boire aux sauvages contre les défenses qui lui en avaient été faites et réitérées,” (Margry, t. 1, p, 201.) En un mot, la vie de Rolland n’a été qu'une longue suite d'aventures et de troubles, (Voir Ed, et Ord. t. 2, p. 76 et Jug. et Dél, t. 2, p. 87.)

Doué d'une volonté indomptable et d’une intelligence peu ordinaire, il sut, pendant plus d'un quart de siècle, braver tout le monde, [l suscita des procès à tous et contre tous, contre la fabrique, contre le curé, contre les marguillers, contre le bedeau, contre le bailif du village, en un mot contre presque tous ceux qui venaient en contact avec lui, On lit dans Basset, à la date du 4 juillet 1674, l’arrangement d’une poursuite criminelle prise contre lui par Nicolas Moisan. C’est lui que René Cuillerier visait dans son testament lorsqu'il suppliait ses enfants d’avoir “les procès en horreur.” (Vieux Lachine p. 10.) Cuillerier avait eu maille à tirer avec Rolland devant les tribunaux de Villemarie et devant le Conseil Supérieur. J'ai signalé dans ma brochure plusieurs procès de Rolland qui eurent beaucoup de retentissement daus la colonie et causèrent des embarras aux

juges et aux autorités, Les jugements et délibérations du Conseil Supérieur, récemment publiés par le gouvernement de

Québec, en fournissent de nouveaux exemples et font voir quo Rolland était constamment devant ce tribunal, A plus d’une page, on lit que Rolland est parti pour le Conseil à Québec

‘ avec une trenne,” ou “ une cariole ” et un homme, si c'était en hiver, ou “en canot,” avec deux hommes ou un seul homme, si c'était en été, (vol. 4, p.p. 1084 et 1085.)

En 1690 et 1691, Rolland eut un procès fameux devant le Conseil Supérieur au sujet d’une cabane que Claude Garigue et sa femme possédaient dans l'enceinte de son fort. Jug. et Dél., vol. 3, p. 528, 565, 567 à 569.

Plein de ressources et d’audace, il trouva les moyens de faire la guerre à ses créanciers, liguées contre lui, pendant plus de quinze ans, et nommément à Louis Hubert La Croix, Nicolas Ducelos et Charles de Couague, le même qui plus tard devenait propriétaire d’une partie du domaine de la Presentation et des îles Dorval, (Jug.et Dél., vol, 5, pp. 64 à 68, 109, 121, 132). Leurs procédures servaient même de prétexte à des actions en dommages de la part Rolland, dans lesquelles il declarait qu'il était l’objet de “ chicanes épouvantables” et que “ jamais persécution n'a été “ semblable à celle que souffre le dit demandeur, ne se passant ‘“ aucune semaine que les sergents ne soient chez luy.”

Rolland finit par être dompté et tout perdre, mais son intelli. gence et son énergie, moins l'esprit de chicane, passèrent à ses enfants. Ils firent souche honorable à Villemarie et à un endroit connu depuis sous le nom de ‘ Tanneries des Rolland,” Plusieurs de ses descendants se sont distingués dans les lettres, les professions libérales et dans l'Eglise,

Dès 1698, Rolland vendait son fort et tout ce qui en dépendait, maisons, granges, étables et autres bâtiments à Charles deCouagne, Mais presque aussitôt commença une longue série d’oppositions pour en empêcher, où au moins, en retarder la livraison, Finalement intervint un arrêt du Conseil, du 12 mai 1707, à la requête de Marie Godé, veuve de De Couagne décédé durant l'instance, qui condamna Rolland par corps, à délaisser le fort Rolland et ses dépendances. La famille de Couagne put en prendre alors possession, et on lit’ au livre-terrier qu'en 1712, le sieur de. zudemont® (chevalier Pierre Derivon, sieur de Budemont) second mari de la veuve de

Couagne, fit enregistrer son nom comme propriétaire, Quand le fort fut-il démoli ? Celui qui fera l’histoire de Lachine pour le siècle dernier nous le dira sans doute. Il paraît qu'il était debout en 1744, étant évidemment arrivé à une respectable

vieillesse, si l’on considère qu'il avait été bâti en 1670 et qu’il était de bois comme tous les forts de Lachine. Il est indiqué sur la carte Bellin, Il est probable qu'il tomba avec le gouvernement français, [/Iroquois cessant d’être notre ennemi, la nécessité de ces forts, plus ou moins onéreux au gouvernement, ne se faisait plus sentir, (Voir greffe d’Ahémar, février 1698 ; 27 août 1703 ; 30 octobre 1703; greffe de Fothier ,20 août 1700; Raimbault, 12 décembre 1702 et Jugements et Délibérations, vol. 4, p. 1080, 1084, 1085, 1087, 1088, 1089, 1106, vol 5, pages 108, 130, 156, 160, 166, 176, 293, 444.)

Ajoutons que le fort Rolland avait sa garnison de troupes régulières, aux frais du gouvernement, (rédéon de Cathalogne qui nous a laissé le récit circonstancié du massacre de Lachi..e et de la bataille du 6 août 1689, nous apprend que M. de Vaudreuil, envoyé au secours de Lachine, prit du renfort ‘ dans les trois forts,” le fort Cuillerier, le fort Remy et le fort Rolland. [] ne mentionne pas le fort de la Présentation, puisque Vaudreuil ne s'y rendit point ; mais de Cathalogne ajoute dans un autre endroit que ce fort ‘“estoit très bien gardé.”

En 1691, le sieur Du Mesnil commandait au fort Rolland et en 1705, ‘‘uillaume de Lorimier,

Page 1