‹ Les anciens forts de Lachine et Cavelier de La Salle [microforme]Chapitre 3 sur 23 · D. GIROUARD · texte numérisé non relu

D. GIROUARD

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MISSION DES SOEURS DE LA CONGRÉGATION DE NOTRE-DAME, ETABLIE A LACHINE EN 1670.

‘ Cette mission, l’une des plus anciennes de la Congrégation, commença sur un pied régulier l'année 1685, quoiqu'on doive présumer que, déjà longtemps auparavant, la sur Bourgeois y envoyait des Sœurs missionnaires pour préparer les enfants de la première communion.

“Dès l'année 1668, les prêtres de Saint-Sulpice avaient commencé en effet à y dira la Ste-Messe, les jours de dimanche, dans leur ferme de la Présentation. (1) 1ls avaient élevé une chapelle en 1675,(2) et à partir de l'année 1678, l’un d’eux y résidait constamment. (3)

‘ Quoiqu'il en soit, l'année 1680, M. Remy ayant succédé à M. Frémont dans la desserte de cette paroisse, employa toutes les ressources de son zèle pour y fixer les Sœurs de la Congrégation, dont il était le supérieur. Comme tous les établissements que les Sœurs de la Congrégation formèrent dans ces premiers temps de la colonie, la mission de Lachine prit naissance au milieu de ïa pauvreté etdes privations. Les habitants de Lachine avaient construit, en 1680, un presbytère en bois, qui n'avait point encore été habité par le curé, toujours résidant à la Présentation, loïsqu'en 1685, M. Remy leur proposa de le donner aux Sœurs de la Congrégation, pourvu qu'ils en renouvelassent la toiture et en refissent la cheminée. Cette proposition fut agréée, et, du consentement de M. Dollier de Casson, les Sœurs de la Congrégation prirent possession de la nouvelle demeure et commencèrent à y recevoir des pensionnaires et des orphelines

(1) Voir plus loin mes notes sur le fort de la Présentation. D. G. (2) Cette chapelle fut construite au fort de Lachine. Voir mes notes plus loin, page 24, D.G.

(3) A la Présentation, au moins jusqu’à l’année 1685, pages 24, 25 et 44, D. G.

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de cette paroisse, Par ce moyen, dit M. Remy, les habitants espèrent avoir pour leurs filles une école qui ne saurait jamais être mieux faite que par ies filles de la Congrégation, tant pour la bonne éducation qu'elles donnent avec bénédiction partout où elles se sont établies,que par les autres secours spirituels qu’elles rendent, particulièrement pour les ornements des autels et la décoration des églises. Il fait observer que cet établissement sorait tout à l'avantage de la paroisse, les Sœurs de la Congrégation, par un effet de leur zèle pur et désintéressé, ne demandant rien à personne, ni aux particuliers, ni à la fabrique, et se proposant de vivre de leur travail et des secours que la providence leur fournirait.

‘Il paraît que leur pieuse fondatrice se rendit elle-même à Lachine et y exerça, la première, les fonctions d’institutrice pour la sanctification des enfants, C’est ce que semble insinuer M. Remy, lorsque, parlant de cette mission, il dit qu’elle fut commencée par la vénérable sœur Bourgeois, avec permission de Monseigneur de Laval et de l'agrément de M. Dollier, supérieur du Séminaire. |

‘ La vénérable fondatrice y laissa, après elle, l’une de ses coopératrices les plus ferventes, la sœur Catherine Sommillard, qu’elle mit à la tête de la mission. La bénédiction de Dieu parait visiblement sur cette œuvre naissante, par les fruits qu'elle ne cessa de produire jusqu’à sa première suppression, en 1689, alors que les Iroquois saccagèrent Lachine, massacrèrent cruellement une partie des habitants et emmenèrent les autres en captivité (1). Dans cette extrêmité, les Sœurs missionnaires, dont la maison se trouvait heureusement dans l'enceinte du fort, ne souffrirent aucune insulte de la part des barbares, non plus que leurs pensionnaires et leurs orphelines ; mais, comme il n’y avait plus aucune sécurité, après un tel désastre, à demeurer dans un lieu toujours exposé aux surprises de l'ennemi, la sœur Sommillard (2) fit conduire à Montréal toutes ses élèves, Puis, apprenant plus tard le triste étai du pays, et les horribles massacres qu'on ve-

(1) Le nombre et les noms des victimes se trouvent dans mon Vieux Lachine. La population de Lachine vient de leur élever un monument dans le cimetière de la paroisse. D. G.

(2) La sœur Sommillard, en religion % sœur de la Purification /’, était

la nièce de la sœur Bourgeois. D.(G.

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nait d'y commettre, elle n'eut d'uutre parti à prendre que de rendre ses élèves à leurs parents ou à ceux qui les représentaient.

M, Remy n'abandonna pas cependant le petit nombre de paroissiens qui avaient échappé au carnage et s'empressa de rappeler, dès qu'il le pûs, les Sœurs de lu Congrégation. Elles y retournaient au plus tard dans l'an 1692, et quoiqu'il cût fourni jusqu'alors une partie de leur subsistance et qu'il leur fut toujours dévoué comme un père à ses enfants, il paraît qu'elles eurent alors à souffrir plus d'une sorte de privations. La misère générale du pays obligeait M. Remy de venir au secours de presque tous leshabilants de la paroisse, Cette année 1692, la sœur Marie-Anne Laurent, qui était à la tête de la mission, fit construire un hangar dans le fort, pour y serrer les grains et les provisions nécessaires pour la subsistance de sa petite communauté. Mais, comme elles manquaient d'une étendue suffisante de terre et qu'on ne pouvait sortir prudemment du fort à cause des [roquois souvent cachés en embuscade ; comme d'ailleurs elles n'avaient pas tout le logement nécessaire pour leurs pensionnaires et leurs orphelines, elles quittèrent Lachine, vers le mois d'octobre 1701, et se retirèrent à Montréal où elles restèrent seize mois. Dans cet espace de temps, les habitants du lieu sentirent plus vivement que jauais le besoin des Sœurs missionnaires, pour former Îles jeunes filles à la piété et aux bonnes mœurs; et afin de les déterminer à y rétablir leur mission, ils leur donnèrent des terrains spacieux, environnés de clôtures et de bâtiments plus considé- ‘ables, le tout dans l'intérieur du fort, Enfin M. Remy, de son côté, leur fit donation de tous les bâtiments qu'il avait déjà fait élever sur les terrains, tant pour lui-même que pour l'usage de leur mission. Les motifs qu'il allègue pour ce rétablissement, dans le procès-verbal de l'assemblée des paroissiens de Lachine, sont le plus bel éloge qu'on puisse faire de la Congrégation, et montre d'une manière frappante les bénédictions dont Dieu se plaisait à couronner leurs travaux. ‘ Rien ne peut.être plus avantageux à cette paroisse, dit-il, que d'y voir cette mission bien établie, ferme et en état de s’y soutenir, Dans le cours des années qu'elle y a été, on voyait de petites tilles recevoir une éduation toute autre que celle que peuvent donner leurs parents, et d’ailleurs

souvent tout occupés à leurs affaires domestiques,

hors d'état de leur procurer les soins que leur prodiguent les

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Sœurs de la Congrégation, établies dans les paroisses de la campagne. Mais, hélas! depuis qu’elles sont sorties de celle-ci, on voit les petits enfants dans l'ignorance des mystères de la Religion ; plusieurs même qui ne savent aucune prière et n'ont aucune connaissance de la lecture ; et ce qui est plus déplorable encore, faute d’être surveillées sur leurs mœurs, elles s'adonnent souvent à de méchantes inclinations, qui ne peuvent que les porter au mal. Un autre “vantage dont jouissait encore cette paroisse, lorsque les filles de la Congrégation y étaient en mission, c'est que par leur économie, leurs soins et leur zèle, elles se chargeaient,avec l’aide de quelques personnes charitables, de pauvres petites orphelines, destituées de père et de mère, qu’elles élevaient dans la crainte de Dieu, tandis que maintenant qu'elles ne sont plus parmi nous, ces pauvres enfants se trouvent obligées d'aller servir, et souvent de rencontrer des maisons où on a plus de soin de les envoyer garder les bestiaux que de leur donner aueune sorte d'éducation. Ainsi le rétablissement de la mission que nous demandons n’a pour but que la gloire de Dieu et le bien solide de cette paroisse. Car les enfants élevées par des filles si pieuses, setrouvant par la suite engagées dans le mariage, procureront elles mêmes aux enfants que Dieu leur donnera une éducation semblable à celle qu’elles auront reçue.”

‘Ces motifs furent approuvés et signés par les principaux habitants de Lachine, à la tète desquels M. de Résiée, commandant du fort. M. Remy ayant ensuite fait construire, presqu'entièrement à ses frais, une nouvelle église paroissiale toute en pierre, mais à une certaine distance du fort, (1) obligea les paroissiens, si le fort venait dans la suite à être reconstruit auprès de la nouvelle église, de donner aux Sœurs une étendue de terrain dans l’intérieur du nouveau fort égale à celles qu'elles possédaient dans l’ancien, avec un jardin hors du fort, si l'on ne pouvait le leur donner au dedans de cette enceinte.

‘ Enfin, en 1705, M. Remy épuisé de travaux et de vieillesse, crût qu'il ne devait pas différer de faire son testament, et par un effet de l'estime qu'il avait pour les Sœurs de la Congrégation, et de son affection constante, il leur lègua près de 5000 livres en argent. afin, div il, de les exciter à se bâtir en pierre, près de la

(1) Voir mes notes plus loin, page 26. D. G.

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nouvelle église, de faire subsister leur mission et de leur fournir le moyen de retirer chez elles de petites filles autant qu'elles le pourront et les orphelines de cette paroisse. Il leur donna enfin la moitié de ses grains, de ses animaux, volailles, provisions ainsi que des livres et des meubles et fit des vœux pour qu'après lui on continuât cette mission.

‘ Mais Dieu prolongea encore la vie de ce digne pasteur, sans doute pour lui donner de nouvelles occasions d’exercer sa charité et son zèle ; s'étant démis de sa cure en 1706 en faveur d’un de ses confrères, M. Villermaula, à qui il avait su communiquer son dévouement pour les Sœurs de la Congrégation, il leur fit bâtir à ses dépens, en 1708, une maison en pierre près de la nouvelle église et prolongea pour cela son séjour dans son ancienne paroisse, afin Ge surveiller lui-même les travaux. Ayant refait son testament en 1714, il leur donna la propriété de cette maison et de la terre adjacente, par la clause qui suit: “Je donne et lègue aux Sœurs de la Congrégation de N.-D de Montréal, missionnaires établies à mon ancienne cure des Sts-Anges de Lachine, un arpent de terre que j'ai acheté du Sieur Millot attenant à l'église nouvelle que j'ai fait bâtir en pierre presque toute à mes dépens. Je leur donne et lègue le dit emplacement et la grande maison de pierre à double étage que j'ai fait bâtir sur ce terrain, et où elles demeurent à présent avec leurs pensionnaires. Je iour ai toujours promis, comme je leur promets encore, que, quand le dit Sieur Millot voudra me vendre un second arpent de terre, je le leur donnerai volontiers pour en faire un verger, pourvu qu'il soit attenant ou proche de leur enclos.”

‘Nous n'avons trouvé aucun détail postérieur à la mission de Lachine. Nous voyons seulement qu'en 1722, la sœur St-Dominique était à la tête de cet établissement, qui continua comme auparavant d’être une source de bénédiction pour cette paroisse. in 1760, lorsque les Anglais marchaient sur Montréal pour consommer, par la prise de cette ville, la conquête du Canada, les deux Sœurs missionnaires de Lachine entrèrent dans les plus vives alarmes pour elles-mêmes et pour leurs enfants, Ces appréhensions n'étaient que trop fondées, le Général Amherst étant venu camper à Lachine avec ses troupes. Dans ces circonstances si inquiétantes pour les Sœurs, M. Brassier, prêtre de Saint-

sulpice et curé de Lachine, alla saluer le général, qui lui fit l'accueil le plus gracieux, et lui offrit ses services. Ravi d’une proposition si peu attendue, M. Brassier lui répondit qu'il n'avait rien à demander à son Excellence, sinon sa protection pour deux religieuses vouées à l'instruction des enfants. Vous pouvez y compter, monsieur, reprit ie (rénéral, et en donner l’assurance à ces religieuses. Là, dessus, il ordonna que deux soldats Anglais fissent la garde nuit et jour à la porte des Sœurs, afin de les préserver de toute insulte et d'interdire l’entrée de leur maison aux autres soldats et aux sauvages. Cette mesure sévère eut tout l'effet que le général Amherst s’en était promis. L'une des sœurs, que ce général prit ainsi sous sa sauvegarde, était vraisemblablement la sœur dite des Séraphins, Louise Cathe. rine d’Aillebout des Musseaux, qui mourut en mission à Lachine, le 5 mai 1768, et fut inhumée le lendemain dans l’église de cette paroisse. On ne doit pas la confondre avec une autre sœur du même nom, Catherine D’Aiïllebout, dite de la Visitation, qui fut reçue à la profession quatre ans après, en 1772.

‘ La mission de Lachine n’existe plus aujourd’hui, la population de cette paroisse ayant diminué au lieu de s’accroître vers la fin du dernier siècle, et les Sœurs missionnaires ne trouvant pas assez de matière à exercer leur zèle envers l'enfance, cet établissement fut transféré en 1784 à la Pointe Claire, où il n’y avait point encore eu de mission.”

Fin du Mémoire.

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