‹ Les anciens peuples de l'EuropeChapitre 17 sur 303 · ARCHÉOLOGIE PRÉHISTORIQUE · texte numérisé non relu

ARCHÉOLOGIE PRÉHISTORIQUE

ciaux les objets perdus par des tribus nomades en leurs successives résidences.

Les dates de la civilisation primitive sont d'ailleurs, comme nous l'avons vu, difficiles à déterminer par les mots qui désignent les objets les plus caractéristiques, car ces mots, même dans une même famille de langues, peuvent être différents, quand un léger détail de fabrication a différencié des objets à l'origine identiques.

Ce n'est guère qu'à l'aide des objets grecs et italiques, dont les dates de production peuvent être déterminées par siècles, que l'on peut dater, approximativement, les acquisitions industrielles des peuples mal connus. La présence d'objets de fabrication barbare et d'objets de provenance grecque dans une même tombe permet d'établir un synchronisme, approximatif d'ailleurs, car des objets identiques ne sont pas nécessairement des objets contemporains. Des dates plus lointaines, mais moins sûres, peuvent être obtenues par comparaison avec la civilisation égyptienne. En même temps que les dates, la méthode comparative a permis d'établir que le plus souvent c'est de Grèce et d'Italie que certains produits industriels se sont, de proche en proche, répandus dans l'Europe centrale, et que c'est de l'imitation de ces modèles que procède l'art local.

L'archéologie a permis encore de démontrer que ce n'est point par bonds, mais par mouvements lents et réguliers, que la civilisation s'est répandue et qu'il n'est guère probable que les modifications dans l'industrie d'un peuple se soient opérées brusquement à la suite de la conquête du pays par un peuple plus civilisé.

Mais l'archéologie n'a, avec l'histoire, que des rapports restreints. Elle nous apprend surtout quelles étaient les coutumes funéraires et les relations commerciales chez des peuples anonymes. Or la diversité des coutumes funéraires ne prouve pas la diversité des peuples, et la même société a pu avoir, successivement ou à la même époque, divers

genres de sépultures, dépendant de la constitution du sol ou de la classe sociale. Quant au commerce, il n'est pas étroitement lié à la nationalité ; les importations et les exportations, aussi vraisemblables les unes que les autres, ne laissent pas facilement décider le sens dans lequel elles se sont faites. Ce n'est pas toujours le peuple producteur qui a expoité, et les commissionnaires ne se faisaient pas faute de transporter des marchandises, d'origine diverse, qu'ils allaient chercher dans les divers pays de production. Pour les objets de provenance bien connue, ce serait parfois à tort qu'on tirerait de leur présence en tel ou tel pays la preuve que leurs fabricants ont conquis ou même visité le pays où on les trouve. L'histoire des échanges commerciaux est essentiellement différente de 1 histoire politique. Les grands peuples marchands ne sont pas toujours de grands peuples conquérants.

Quand nous trouvons, chez les écrivains anciens, l'attestation pour un peuple de coutumes que, d'autre part, l'archéologie nous fait connaître, cet accord nous permet quelquefois de préciser l'apport de ce peuple à la civilisation. Mais la méthode, qui consisterait à déduire de la seule ressemblance des coutumes, historiquement ou archéologiquement attestées, la parenté des nations chez lesquelles on les trouve, est singulièrement dangereuse, car les coutumes s'empruntent de peuple à peuple, et des ressemblances précises, restes du fonds primitif de l'humanité ou simple coïncidence, ont été souvent constatées chez des nations de race très différente et qui n'avaient jamais été en contact. Quant au folklore des peuples qui sont encore maintenant dans un état de civilisation analogue à celui de nos lointains ancêtres, il ne peut être utilisé que pour se représenter par l'imagination la vie des hommes des premiers âges K Enfin il ne faut pas oublier que les cou-

1. On trouvera un bon résumé de l'anthropolog-ie et de l'ethnographie chez J. Deniker, Les races et les peuples de la terre, 1900.

lûmes dépendent des climats et des pays autant que du caractère des peuples.

En résumé, pour construire l'histoire des anciens peuples de l'Europe, nous ne pouvons extraire de l'histoire, de la linguistique, de l'archéolog-ie, du droit comparé, que des matériaux fragiles et de nature variée. Le lecteur ne devra donc pas s'étonner de l'instabilité de l'édifice ni de son aspect provisoire et peu esthétique. Il convient, autant que possible, de l'étayer de tout ce que les modernes ont déployé d'ingéniosité et de science pour suppléer aux vides qu'y ont laissés les anciens, mais il faut se garder aussi de rebâtir ces ruines sur un plan préconçu, et même dV u établir de fausses fenêtres, pour la symétrie ' ».

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