‹ Les anciens peuples de l'EuropeChapitre 16 sur 303 · Voir ci-dessous, ch. ii · texte numérisé non relu

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dans le temps ou dans le lieu, par exemple les noms des métaux.

Enfin, on peut même chercher à reconstituer l'histoire des Indo-Européens en déterminant, par l'examen des degrés de parenté qui unissent plus ou moins étroitement les diverses langues, quelles sont celles de ces langues qui sont demeurées le plus longtemps en contact, et, par suite, quels peuples indo-européens ont eu pendant quelques siècles une histoire commune. Cette parenté plus intime ne peut se démontrer qu'on observant les innovations linguistiques propres aux peuples en question, à l'exclusion des particularités qui proviennent du fonds commun à toute la famille.

Mais la répartition géographique des langues k l'époque historique ne peut donner une idée de ce qu'était quelques siècles auparavant la répartition des langues, et, par suite, des peuples i.

Si la langue nous permet d'établir avec précision la parenté sociale et de voisinage des peuples et, dans quelque mesure, leur civilisation, il ne faut pas oublier qu'elle n"a pas toujours, dans l'Antiquité comme de nos jours, constitué un lien solide entre des groupements politiques, et que des peuples parlant des langues différentes ont pu être plus unis que des peuples de même langue. Tel semble être le cas des Cariens et des Mysiens. Des peuples ont changé de langue sans changer de nom comme les Gaulois quand ils ont remplacé le celtique par le latin ; ils ont changé de nom sans changer de langue quand ils se sont appelés Francs au lieu de Gaulois.

En fait, nous ignorons le plus souvent quelles langues parlaient les anciens peuples de l'Europe et quand certains d'entre eux nous ont laissé des inscriptions, en l'absence de bilingues, nous ne pouvons en déterminer le sens, ni

1. Meillet, Aperçu d'une histoire de la langue grecque, 1913, p. oa.

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même toujours la lecture. C'est le cas pour Tétrusque, le vénète, l'ibère et les langues égéennes.

Quoi qu'il en soit, c'est de l'étude, un jour fructueuse sans doute, des langues des anciens peuples de l'Europe, plus que de l'histoire et même de l'archéologie, que nous devons attendre les renseignements les plus précis sur leur origine et une partie de leur civilisation.

Les anthropologues ont tenté de déterminer les caractères physiques des anciens peuples de l'Europe en explorant les tombes qu'ils ont laissées. Ainsi, on a trouvé que les plus anciens Minoens, de l'époque néolithique, sont surtout dolichocéphales ^. Alais, outre que les explorations ne peuvent être faites en nombre assez grand pour donner des résultats sûrs, ces résultats eux-mêmes sont fragmentaires ; ainsi, les documents ostéologiques font à peu près défaut en France pour l'âge du bronze ^. On a remarqué avec raison que les dimensions du squelette et la forme de la tête ne suffisent pas à caractériser une race. Les tombes sont anonymes, et il est téméraire, dans les pays où de nombreux occupants se sont succédé, de les attribuer à un peuple plutôt qu'à un autre. Il est d'ailleurs admis que les caractères physiques dépendent souvent du pays et du climat et qu'ils se modifient quand les peuples s'établissent hors de leur pays d'origine. La notion de race se confondrait donc plus ou moins rapidement avec la notion d'habitat, selon que les peuples mélangés diffèrent moins ou plus de constitution physique ; la différence qui sépare des races réunies par un lien politique en un même pays ne serait que momentanée ; la notion de races se fondrait

1. Dussaud, Les civilisations préhelléniques, 2^ éd., p. 446, 455.

2. Hamy, Les premiers Gaulois. L'Anthropologie, W\ (1906), p. 1 : XVII (1907), p. 127.

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peu à peu dans l'idée de peuple. L'ensemble des caractères physiques qui constituerait la race, et qui permettrait de découvrir la parenté ancienne de peuples depuis long-temps séparés, est, pratiquement, pour le sujet que nous traitons, impossible à déterminer. Si nous pouvions l'établir, il est d'ailleurs probable que les comparaisons d'ensemble de caractères physiques seraient aussi vaines que les comparaisons d'ensemble de dialectes, les détails n'étant pas uniformément répartis, et la complexité variée de ces ensembles rendant difficiles les rapprochements généraux.

L'archéologie, quand les monuments épigraphiques sont rares ou obscurs, nous fait connaître des civilisations et non des peuples. C'est le cas pour la plupart des anciens habitants de l'Europe. Ils ont passé par plusieurs étapes, par l'âge de la pierre, par l'âge du bronze, par l'âge du fer. Mais il n'est que rarement possible de déterminer de quelle région ou de quel peuple est originaire tel ou tel progrès industriel. Quand un objet de forme et de fabrication bien caractérisées est spécialement abondant dans une région, il est vraisemblable que c'est dans cette même région que sa fabrication a été plus florissante. Mais les comparaisons sont hasardeuses, car toutes les régions n'ont pas été fouillées dans les mêmes temps, dans les mêmes conditions et avec le même soin. On arrive à des résultats plus précis quand il s'agit de productions naturelles, comme l'étain et l'ambre, dont le lieu d'origine est bien connu. On peut même fixer avec quelque probabilité les routes du commerce de l'ambre et celles de l'étain. Les résultats ne laissent pas d'être toujours provisoires. Les chances d'erreur sont moindres lorsqu'il s'agit d'époques où la vie des peuplades semble devenue sédentaire et où l'on ne risque plus de prendre pour des échanges commer-

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