LES LÉGENDES ANTIQUES
Les légendes anciennes sur l'origine de l'humanité semblent être, en général, de pures conceptions de poètes qui n'ont guère tenu compte des traditions historiques. Pour Hésiode, les dieux et les hommes sont nés en même temps.
A l'âge d'or, les hommes vivaient sans travailler et se partageaient les richesses naturelles de la terre. L'âge d'argent fut celui d'une génération très inférieure, stupide et impie. La troisième race, la race d'airain, était guerrière et féroce ; les hommes ne mangeaient point de blé ; leurs armes, leurs demeures étaient d'airain ; ils ne connaissaient point le fer '. Puis vint l'âge des héros qui prirent part à la guerre des Sept contre Thèbes et qui firent le siège de Troie. L'âge de fer est l'âge de la douleur et de la misère, de l'impiété et de l'injustice, sans qu'il y ait aucun remède aux maux des hommes ~. Aratos a repris cette légende : l'âge d'or, qui est l'âge de la justice, ne connaissait ni la navigation, ni le commerce ; les hommes vivaient de l'agriculture ; l'âge d'argent marque une décadence ; les hommes de lâge d'airain furent les premiers à fabriquer le glaive malfaisant et à nourrir des bœufs de labour ^. Ovide, à son tour, a tracé le tableau des quatre âges de l'humanité : l'âge d'or ou âge de Saturne, où il n'y a ni lois, ni navigation, ni villes, ni armes, ni instruments agricoles ; où les hommes se nourrissent de glands, d'arbouses et de cormes; l'âge d'argent, qui vit construire les premières habitations ; l'âge d'airain ; l'âge de fer qui connut la navigation, la propriété, le travail des mines, le fer et l'or ^. L'idée générale d'Hésiode, d'Aratos et d'Ovide est bien moins de représenter l'évolution de la civilisation que de montrer la perfection primitive et la déchéance graduelle de l'humanité. Certains détails pourtant peuvent être retenus par les historiens.
Mais c'est seulement chez Lucrèce que l'on trouve un
1. Cf. Varron, chez Saint Augustin, De la cité de Dieu, VII, 24. Ovide, Fastes, IV, 405.