‹ Les anciens plans de Paris: notices historiques et topographiquesChapitre 10 sur 22 · MF J 'L · texte numérisé non relu

MF J 'L

PLAN DIT DE DUCERCEAU

a rareté de ce plan et l'intérêt très-réel qu'il présente l'ont

rendu célèbre.

On n'en connut longtemps qu'un seul exemplaire, dont l'histoire est assez accidentée. Il appartint d'abord à la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Victor, et quand la Révolution eut dispersé celle-ci, il passa à la bibliothèque de l'Arsenal; la Bibliothèque nationale le lui enleva ensuite, je ne sais dans quelles circonstances. Le second exemplaire connu fut acheté en 1845 par M. Gilbert, maître sonneur de Notre-Dame, qui le paya deux francs environ. Lors de la vente après décès de M. Gilbert, ce plan fut adjugé, moyennant deux mille francs à la Ville de Paris, et il a été anéanti en 1871 dans l'incendie de l'Hôtel de Ville. Un troisième exemplaire appartient à M. Destailleur, qui l'a acquis vers 1865. Enfin, une autre exemplaire, qui n'est plus aujourd'hui que le troisième,

60 PLAN DIT DE DUCERCEAU

a été acheté trois mille francs en 1875 à la vente du libraire Tross, par M. Jules Cousin, au nom de la Ville de Paris.

Ce plan si recherché a été baptisé par M. Bonnardot, qui crut v reconnaître la manière du célèbre Ducerceau ; il se borna cependant sur ce point à une conjecture, et déclara notre plan « attribuable à Ducerceau ». Suivant M. Jules Cousin, cette estampe, « fort médiocre comme dessin et comme gravure, trahit plutôt la main d'un vulgaire ouvrier que celle d'un maître. Les eaux-fortes de Du Cerceau, ou d'après Du Cerceau, sont en général fines, spirituelles, pleines de chic, légèrement enlevées, et par cela même s'épuisant rapidement au tirage et donnant bientôt des épreuves pâles, inégales, plus ou moins effacées. La gravure de ce plan, au contraire, est sèche, nette, naïve, et totalement dépourvue de style. On remarque, d'ailleurs, dans les quatre planches des différences de procédés qui prouvent qu'elles n'ont pas été exécutées par la même main. Ainsi, dans la première planche, les façades des maisons sont ombrées, les noms des rues sont écrits en petites capitales et l'aspect général est sombre; dans la planche inférieure, au contraire, les maisons sont au simple trait, les noms des rues sont en petite cursive et l'aspect général est clair. Il paraît donc évident que cette estampe a été exécutée dans un atelier de gravure topographique et que l'on a divisé la besogne pour aller plus vite. »

On est, du moins, d'accord sur la date de ce plan qui doit avoir été dressé entre 1555 et 1560. Des masures couvrent encore le terrain acheté en 1564 par Catherine de Médicis pour y faire construire le palais qui devint les Tuileries. Le couvent des Filles Repenties occupe encore, dans la rue de Grenelle, l'emplacement qu'il quitta en 1572. Les portes de Buci et de Nesle sont représentées ouvertes. Enfin, c'est vers 1559 que les monceaux de décombres accumulés aux abords de la Bastille et de la porte du Temple furent transformés en bastions, en bastillons comme dit notre plan.

Il a pour titre :

Page 1