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MÉTHODE DE WHIPPLE

Le première méthode est dûe à WhHipPLe qui, en 1920, frappé par l'importance des troubles digestifs dans lanémie pernicieuse, effectue avec Robscheit-Robbins des recherches sur des chiens rendus anémiques par des saignées répétées : il abaisse le taux de l’hémoglobine au tiers de la valeur primitive; il maintient celui-ci constant en donnant un régime standard approprié ne permettant qu’une lente régénération de l’hémoglobine. Il lui est alors facile d'apprécier la valeur hémopoïétique de différents aliments en substituant, à un poids donné de ration alimentaire, un poids équivalent de substance à étudier.

En mai 1925, Georges-H. Whipple donnait de ses recherches les résultats suivants :

«1° L'alimentation avec du foie de bœuf est l’agent le plus puissant de régénération de lhémoglobine et

« des globules rouges.

«2° Le cœur de bœuf, le muscle strié ont un effet « moins marqué que celui du foie.

«3° L’arsenic n’a aucun effet; le fer, par contre, a « une valeur considérable.

«4° Pendant les périodes de diète favorable, lorga- « nisme emmagasine des substances voisines de lhémo- « globine qui seraient utilisées ultérieurement dans la « formation de cette substance et des globules rouges ».

Done, la première place revient au foie de bœuf ou de veau, comme le firent remarquer ses élèves.

En 1901 déjà, le docteur Jules Mouras, dans sa thèse « Cirrhose alcoolique et opothérapie hépatique », relatait, à côté de l’action efficace de ce traitement sur l’ascite et la cirrhose, la reprise d’une coloration favorable de la face (cette opothérapie consistant dans l'absorption de 150 à 250 grammes de foie de porc cru).

Mais, c’est en 1904 que le Professeur Perrin, de Nancy, fit remarquer l’action favorable de l’opothérapie hépatique dans l’anémie des cirrhotiques. Il écrivait à ce sujet : « Parmi les substances données au sang par «la cellule hépatique fonctionnant normalement, il en « est qui exercent une action stimulante sur la moelle « osseuse : l'insuffisance hépatique amenant la dimi- « nution, la moelle osseuse met en liberté moins de « globules rouges. Si la fonction hépatique se rétablit, « l’hématopoïèse se raffermit; si la fonction hépatique « s’exagère, l’hématopoiïèse s’exagère ». Il jetait les prémices prophétiques du traitement des anémies par l’hépatothérapie.

Whipple est un physiologiste, c’est Minot et Murphy, de l’Université de Harvard à Boston, qui devaient expérimenter, cliniquement, en série, cette nouvelle méthode au foie sur l’homme.

La diète hépatique donna alors des résultats surprenants. Sur 45 cas d’anémie pernicieuse, un tiers de ces malades avaient présenté plus de deux rechutes hémolytiques.

Diverses thérapeutiques, y compris des transfusions de sang, avaient échoué. :

Le nombre des globules rouges avait été porté, en moyenne, de 1.500.000 avant le début du traitement à 4.000.000 en dix semaines et le taux de Phémoglobine

était porté, parallèlement, de 55 à 80 pour cent et au-delà.

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Seuls deux malades sur 45 n’auraient pas été améliorés : l’un de 69 ans artérioscléreux, l’autre ayant cessé son régime.

En 1926, le docteur Gutmann essaie la méthode de Whipple chez une femme de 44 ans, qu’il suivait depuis un an et qui était bien un cas d’anémie pernicieuse essentielle et cryptogénétique caractérisée par une déglobulisation lente, continue et progressive, sans qu'aucune cause pût être trouvée et il püt dire, relatant cette observation : « Le résultat obtenu après 75 jours « de traitement par le foie, après échec dûment constaté « des transfusions alors que la malade semblait perdue « à brève échéance, nous paraît absolument remar- « quable ».

M. E. Weill, le défenseur ardent de la transfusion, écrivait en 1928 avec Pollet, Robert Lévy et Flandrin : « La méthode de Whipple se montre d’une régularité « parfaite d’action et d’une efficacité telle qu’une autre « méthode ne peut lui être comparée ».

Et le Professeur Noël Fiessinger, en 1930, dit, en parlant de cette méthode : «Il est rare d’observer dans « l’histoire de la thérapeutique un succès aussi « foudroyant que celui de la méthode‘de Whipple pour « le traitement des anémies ». Toutefois, il reconnaît une certaine hépato-résistance, lors d’une rechute d’anémie.

Mais cette méthode, agissant avec une telle efficacité sur les hématies, sur l’hémoglobine et sur la crise réticulocytaire (crise qui, par cette méthode, atteint son apogée vers le 18° jour) présentait, au début, et dans sa forme la plus pure, une certaine difficulté d'application. Il fallait, en effet, que le malade absorbât 200 grammes de foie de veau par jour, en une fois si possible. Or, les

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sujets capables de se soumettre à un tel régime sont rares.

Le docteur Gutmann dit, rapportant le cas de sa malade, en 1926 : « Elle avala péniblement une tranche « de foie de 200 grammes cuite et assaisonnée de façon « à plaire au goût; mais elle vomit le repas une demi- « heure après et elle refuse de. recommencer « l'expérience ». Il dût se servir d’une sonde et hacher très finement ces 200 grammes de foie. |

Comme on peut le voir par cette observation, ce traitement relève dans son application et du goût du malade et de l’art du cuisinier.

Les Américains s’ingénièrent à multiplier les recettes pouvant rendre le régime supportable et rompre la monotomie des menus. |

Tel, le sandwich au beurre d’anchois dont le Professeur N. Fiessinger nous donne la recette.

On râpe le foie au couteau et on l’étale sur une tartine de beurre d’anchois que l’on recouvre avec une autre tartine. Le goût relevé du beurre d’anchois efface la fadeur du foie de veau cru.

Et voici son appréciation: «J'ai utilisé cette « technique. La méthode est utilisée en Amérique. Elle « a l'inconvénient de ne pas être acceptée de tous les «< malades. Elle peut provoquer des troubles digestifs, « car pour absorber les 200 grammes de foie de veau, < il faut un nombre respectable de sandwichs ».

A côté de ce mode, on trouve le foie haché, salé et aromatisé au citron, le foie à la sauce tomate, le foie dans du bouillon chaud, avec de la confiture, etc...s"etc..… que ne vit-on pas naître dans ce pays du régime sec, même du foie dans des coktails. Ce dernier mode semble détestable au Professeur N. Fiessinger, car il aboutit, dit-il, rapidement à l'intolérance digestive.

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Le foie cuit, plus facile à absorber est moins efficace.

Puis apparurent des extraits secs, d'absorption facile, étant d’un volume plus restreint et s’ajoutant au potage, mais pouvant parfois s’altérer et sentir.

L’extrait purifié, se présentant sous sa forme de poudre blanche, mais se montrant moins efficace.

Enfin, l’extrait liquide fit son apparition, à prendre per os ou injectable. Sous cette dernière forme, il présenterait certains avantages que ne lui reconnaissent pas tous les thérapeutes s’étant occupés de la question et la majorité semble préférer le mode per os.

Un peu plus tard, on arrivera à extraire le principe actif hématogène du foie sous une forme liquide d'action assez équivalente à celle obtenue par le foie cru, comme nous l’exposons par la suite.

Les effets de ces extraits paraissent d’ailleurs moins actifs que le foie cru.

Les contre-indications sont peu nombreues. On ne donnera pas de foie ni d'extrait dans l’anémie des cancers des voies digestives, restant dans ce cas inefficace et entraînant souvent des vomissements.

On ne donnera pas de foie cru ou d'extrait non déprotéiné dans l’anémie urémique en raison même de l’azotémie.

La méthode de Whipple obtint tous les suffrages et Méans écrit, à ce sujet: «Le foie est le traitement « spécifique de l’anémie pernicieuse, comme l’orange « est celui du scorbut, l'huile de foie de morue celui « du rachitisme et l’opothérapie thyroïdienne celui du « myxœdème ». C'était peut-être aller vite et seules les victoires du début pouvaient permettre une opinion trop tôt émise.

La guérison de ces malades, en effet, est stable : celle de l’anémie pernicieuse par la méthode de Whipple est

plus fragile; la maladie reparait quand on cesse le traitement et la rechute entraîne souvent une hépatorésistance. Tel est l'avis de M. E. Weill, de L. Tixier- Mornier et de Noël Fiessinger.

Médication substitutive de Whipple, ou hépatothérapie, doit donc être continuée, à dose plus ou moins forte si l’on veut garder le bénéfice de la guérison.

C'est-à-dire que la cure comporte un traitement d'attaque et un traitement d’entretien.

Mais cette méthode laisse de côté, dans ses résultats, l’achylie gastrique qui, comme le montre la statistique de K. Faber (sur 51 cas d’anémie pernicieuse, 46 s’accompagnaient d’achylie gastrique), celle de Lewine et de Ladde (1921, 140 cas sur 143) est étroitement liée à la physiologie pathologique de cette affection, au point de la précéder bien souvent.

Toutes les achylies gastriques ne donnent certes pas des anémies pernicieuses, mais le fait s’est souvent réalisé et cela à longue échéance, et l’on connaît d’assez nombreux cas d’anémies pernicieuses familiales; or, Conner, après Weinger, a montré, par une étude statistique approfondie et très étendue, qu'il existe dans l'entourage de ces malades une proportion d’achyliques gastriques de 26 %

Cette achylie gastrique permanente et définitive n’est pas modifiée par l’opothérapie hépatique qui améliore le syndrome hématologique, comme l’ont vérifié Minot et Murphy dans 18 cas et A.-H. Johansen dans 19 cas.

Enfin, on a pu voir se développer l’anémie pernicieuse chez des malades gastrectomisés.

Schow, par contre, relate une observation où la réapparition de la secrétion chlorhydropeptique, au cours d’une anémie pernicieuse, avait amené la guérison.

Il. - MÉTHODE DE CASTLE

Castle de l’Université Harvard, à Boston, ne perdait point de vue cette coïncidence de l’achylie gastrique et de l’anémie pernicieuse dont il faisait, sinon la cause, du moins un épi-phénomène.

Castle et ses collaborateurs donnent à des Biermériens, par tubage stomacal, de la viande et du suc gastrique préalablement mis en contact in vivo, la viande étant donnée à ingérer à des sujets sains qui la rejettent ensuite par régurgitation mêlée à du suc gastrique.

Les graphiques des malades traités par les deux méthodes et que Castle met en parallèle sont tout à fait analogues et presque superposables.

Si l’on met en contact de la viande de bœuf crue avec le suc gastrique normal, non plus in vivo, mais in vitro, l’action thérapeutique est la même, à condition que la durée de contact soit suffisante, deux heures à une température de 37° C. environ.

Par contre, la viande ou le suc gastrique, absorbés séparément, sont dénués d’activité.

Ces expériences semblent bien démontrer l’intervention d’une substance active, qui exerce sur le sang des anémiques atteints de maladie de Biermer, la même ‘influence que le foie cru.

Ce pouvoir que possède le suc gastrique d’un sujet sain n’est le propre ni de l’acide chlorydrique, ni de la pepsine, mais d’une substance nouvelle secrétée en même temps que ceux-ci et que l’estomac des Biermé-

riens ne secrète plus. En effet, la viande traitée par le suc gastrique d’un Biermérien est dépourvue de toute action sur la formule sanguine d’un autre Biermérien, comme l'ont vérifié Barnet (1931) et Wilkinson (1932).

Cette substance anti-anémique nouvelle, résultant du contact prolongé du suc gastrique normal et de la viande de bœuf, est une substance thermolabile: le suc gastrique renfermant, pense Castle, une substance « facteur intrinsèque » susceptible d’activer une autre substance -activable contenue dans la viande « facteur extrinsèque » pour donner naissance au «principe antianémique » nécessaire à l’érytropoièse physiologique.

Mais ce traitement nouveau, qui oblige chaque jour, pour chaque malade à se procurer aux dépens d’un ou deux sujets de bonne volonté, 300 cc. de suc gastrique d'histamine, ne pouvait pas pratiquement remplacer l'administration de foie ou de ses extraits.

Certains auteurs eurent alors l’idée (Sturgis et Isaacs, Conner) de faire absorber aux malades de l’estomac d’un animal omnivore, c’est-à-dire d’un estomac se raprochant le plus, physiologiquement parlant, de celui de l’homme, l’estomac de porc, qu’ils administrèrent au cours des repas, une demi-livre par jour, rapidement passé dans l’eau bouillante afin de la débarrasser des germes de surface, et mélangé aux autres aliments.

Puis sous forme d’estomac desséché, (30 grammes correspondant à 210 grammes d’organe frais) poudre à peu près inodore et sans saveur, que ces auteurs ordonnent à la dose de 15 à 30 grammes par jour, voire 40 en suspension dans l’eau.

Ils obtinrent ainsi des résultats très satisfaisants et que certains estiment beaucoup plus favorables que ceux obtenus avec la poudre de foie.

Le

Wilkinson, Directeur des Laboratoires des recherches à Manchester, en 1931, sur 108 cas suivis pendant 8 mois et traités avec des préparations fraîches ou desséchées d'estomac de porc, rapporte que 92 % des malades ont repris leurs occupations habituelles.

Les extraits liquides sont également très efficaces; les extraits injectables ont été utilisés avec succès par Morris et ses collaborateurs et par Donati; les extraits buvales, d’une introduction plus récente, devaient donner les mêmes satisfactions, quoique les différentes préparations soient douées d’une activité très inégale.

Citons à ce propos une observation empruntée à la « Thérapeutique du Praticien » du 25 janvier 1933, au sujet d’une anémie pernicieuse de Biermer.

«M. S. malade, âgé de 42 ans, atteint d’une anémie « pérnicieuse cryptogénique. L’examen du sang montre « une réaction plastique embryonnaire avec mégalo- « blastes. Numération globulaire : 1.200.000 hématies. « Anorexie complète, asthénie profonde; le pronostic « est très sombre. Après échec de l’opothérapie splé- « nique et hépatique, le traitement par l'extrait de < muqueuse d’estomac de porc est institué à la dose de « quatre ampoules par jour associées à deux cuillerées « d’élixir chlorhydropeptique du Codex. L’appétit « renaît; la faiblesse est moins marquée.

«Dix jours après le début du traitement, l’examen « du sang montre une augmentation nette du chiffre des « hématies : 1.520.000. Le traitement est continué « pendant un mois; le chiffre des globules rouges est « alors de 1.900.000.

« Deux mois après, le malade est très amélioré, la « dose journalière d’extrait de muqueuse d’estomac de « porc est de trois ampoules par jour. Hématies : « 2.750.000 ».

Evidemment, cette variante de la méthode de Castle pourrait paraître, au premier abord, contredire cette dernière, n’employant que l'estomac qui fabrique seulement le « facteur intrinsèque », mais c’est que, par les manipulations de broyage ou d’extraction, on extériorise le « facteur extrinsèque » contenu dans les fibres lisses de la musculeuse et l’on met ainsi ces deux facteurs en contact, permettant donc leur inter-réaction d’où naîtra le « principe antianémique ».

L'emploi de plusieurs thérapeutiques préalables, loin de rendre contestables les résultats de l’organothérapie gastrique ne fit que renforcer la démonstration de la valeur de la méthode de Castle, comme le montre une observation rapportée par G. Etienne, M. Verain et P. Louyot, où l’extrait de muqueuse gastrique en poudre compléta le traitement de l’hépatothérapie qui n’agissait plus et parvint, le malade continuant à prendre de fortes doses, à donner une hyperglobulie (8.000.000).

Pourtant si cette méthode, rendant la vie sociale aux malades atteints de maladie de Biermer dans 85 % des cas, est supérieure à la méthode de Whipple, comme cette dernière, elle, est une médication palliative et non curative, car comme elle, elle ne rend pas à l’estomac son principe «intrinsèque» naturel, comme l'ont montré les tubages gastriques pratiqués à jeûn et après injection d’histamine, ces estomacs restent achyliques.

Avec cette méthode, on obtient généralement une crise réticulocytaire plus précoce qu'avec l’hépatothérapie et bien souvent d’une intensité plus grande; Wilkinson a obtenu avec l’estomac des résultats nettement supérieurs à ceux observés habituellement avec le foie de veau.

Des expériences faites par Richter, Ivy et Kim montrent quelle est la relation existant entre les deux

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