PHYSIOLOGIE SPÉCIALE DE LA CHLOROFOHMISATION
après l'insensibilisation, il ne l'est plus qu'à 1 centimètre; 20 minutes plus tard, à 6 millimètres; après l'anesthésie prolongée très longtemps , à 5 millimètres . Le phénomène peut s'expliquer par une diminution de l'excitabilité du nerf moteur et par une diminution de la réaction du muscle. (P. Bert.)
Que le chloroforme agisse sur le muscle même, indépendamment de ses éléments nerveux, c'est ce qui est facile à vérilier en opérant sur la pointe du cœur de la grenouille séparée physiologiquement du reste de l'organe. A cet égard, l'ammoniaque serait un contre-poison du chloroforme. {Sydney Ringer, The Praclitioïtner XXVl et XXYIL]
Durée de la résiatanca à l'action du chloroforme, -— Prolongée suffisamment longtemps, la chloroformisalion entraîne la mort de l'animal. Même avec l'emploi des mélanges tilrés, qui régularise autant que possible l'action de l'anesthésique, il y a de grandes irrégularités quant à la durée de la résistance. Avec le mélange i2 p. 100, par exemple, celte survie peut varier de deux heures (terme normal) à quatre et cinq heures. Il semble pourtant que les animaux arrivent à peu près tous au même degré d'abaissement des fonctions vitales au bout d'une heure environ; mais, ce point atteint, les uns meurent, tandis que les autres continuent à végéter plus ou moins longtemps. .
Variations de la pupille. — L'excitation d'un nerf sensitif a toujours pour conséquence une dilatation de la pupille. La pupille constitue donc un aesthésiomètre précieux, capable de renseigner avec fidélité sur le degré de sensibilité du tissu excité (Schiff et Yulpian etCarville). D'une façon générale, penl'anesthésîe, la pupille reste immobile dans l'état
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de contraction (Perrin). La règle est donc la suivante :
Pendant la période d'anestliésie profonde, il y a : 1° immobilité absolue de la pupille; 2° état de constriction.
Les sujets alcooliques présentent une exception particulière : la pupille se contracte tardivement et se maintient difficilement à cet état. Chez les sujets non alcooliques, la pupille est dilatée dans les premières phases de l'anesthésîe, puis elle se contracte progressivement.
Cliez les chiens, la dilatation serait la règle et la contraction l'exception (P. Berl). La dilatation (lar-^ dive) se produirait encore malgré la section du vagosympathique. Si l'on excite le bout cépiialique du. nerf, on obtient, comme chez l'animal sain, la dilatation de la pupille et la projection de l'œil en avant.
Pendant l'anesthésie confirmée, la pupille n'obéît plus à l'excitation lumineuse, si elle est dilatée. Cette inertie est le signe d'une anesthésie profonde.
A mesure que le chloroforme se dissipe et que la sensibilité fait retour, la pupille se dilate de nouveau progressivement (Budin et Coyne, 1874; Schlôger,. Winslow, 1877).
Enfin, dans les dernières périodes de l'anesthésie, lorsque le degré nécessaire à l'opération chirurgicale est dépassé, et que l'intoxication mortelle est imminente, la pupille se dilate, mais cette fois brusquement.
§ 12. Intoxication chronique par le cliloro forme.
Au lieu d'être employés dans un but accidentel pour procurer l'insensibilité chirurgicale, les ânes-
PHYSIOLOGIE SPéaUS DE LA CULOROFOBMISATION.
thésiqiies l'ont été quelquefois d'une tout autre manière. Le sujet a pris successivement l'habitude de se soumettre journellement à leur action : il leur demande la sorte d'ivresse que produisent les poisons stupéfiants. Comme il y a des morphinomanes, il y a aussi des éthéromanes et des chloroforraomanes.
Toutefois l'ahus du chloroforme est beaucoup plus rare que celui de l'éther. A Londres, l'éthéromanie est fréquente. L'odeur pénétrEinte et la diffusion facile des vapeurs, qui remplissent rapidement les appartements et les lieux fermés, déterminent les maniaques de l'éther à l'employer en plein air, hors de leur domicile. C'est ainsi que, d'après P. Regnard [Ass. Scient., 21 mars 1885), les gardiens des squares et des grands parcs de Londres trouvent souvent dans les massifs des flacons vides portant invariablement l'étiquette : Ether sulfin-ique. Sur les pelouses d'Epsom, après les courses, des ilacons d'éther se rencontrent parmi les bouteilles de Champagne restées vides sur la place. Il y aurait même dans certaines bourgades des cabarets où se débite de l'alcool chargé d'éther. Richardson et Draper prétendent qu'en Irlande on pouvait, à un certain moment, reconnaître facilement la religion d'un ivrogne : s'il sentait l'éther, c'était un catholique; s'il puait le gin, c'est un anghcan. — Beaucoup de ces toxicomanes se contentent de respirer la vapeur anesthésiante : c'est une habitude qu'ils ont prise d'abord pour calmer des douleurs et des migraines, et qu'ils conservent pour se procurer l'ivresse étherique. Quelques-uns le boivent, par gouttes au début, sur du sucre, puisplustard, àcruparquBntitésconsidérables. L'abus de l'éther, comme celui de la morphine,
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entraîne une déchéance générale de l'organisme c'est un empoisonnement lent. — Mais, somme toute, ces faits sont heureusement rares. L'intoxication chlO' roformique est plus rare encore, et l'on peut dire que l'intérêt qu'il y a à en connaître les effets est surtout physiologique.
P. Bert a étudié expérimentalement chez des chiens, les effets de la chloroformisation chronique {Soc BioL, 14 aoûÇ 1885). Un chien de 6 kilogrammes fut soumise la chloroformisation pendant 3^ jours de suite, et pendant 35 minutes chaque jour, au moyen du mélange titré chloroforme et aie (10 p. 100). L'animal était soumis à un régime régulier : l'anesthésie était répétée tous les jours h la même heursv les excréta recueillis.
Le temps nécessaire pour obtenir l'anesthésie n'a pa& varié : l'effet de l'accoutumance ne s'est pas manifesté à cet égard. Toujours il a fallu 10 à 12 minutes pour amener l'anesthésie. — Mais l'accoutumance s'est fait nettement sentir en ce qui concerne l'excitation du début. Dans les commencements, l'animal éprouvait une vive répugnanct il résistait, se débattait : la phase d'excitation était violente- Peu à peu, il s'habitua i\ ces inhalations journalières : il ne résistait plus, et témoignait presque d'un certain empres^ sèment.
D'une façon générale, l'anesthésie devint plus tranquille à mesure qu'elle fut plus souvent renouvelée. L'animal avait perdu l'appétit; il mangeait peu, et, à partir du 12' jour il était plongé dans une somnolence continuelle. En revanche, il buvait beaucoup et avec avidité. — 11 succomba le 32' jour pendant la chloroformisation. Il avait perdu 38 p. 100 de son poids, qui s'était abaissé de 6 kilogrammes k i kilogrammes 800; le tissu cellulaire avait perdu sa graisse, les muscles étaient atrophiés et pâles, le.' foie en steatose. Les pigments biliaires avaient passé dans l'urine. L'élimination de l'urée était augmentée : l'u n'avait à aucun moment contenu ni albumine, ni sucre, ni: ciiloroforme.