CHAPITRE PREMIER
PIIYSIOLOGIE GÉNÉRALE DE k'ANESTHÉSlE
g 1. Pénétration de l'agent anesthésiant. — g 2. Universalité d'action de l'aneathésique. — Action sur la motilité. — Action sur la nutrition. — g 3. Phénomènes qui échappent à l'action de l'aues- Ihésique. — § 4. Action de l'anesthésique sur le proloplasma vi- Tanl. — Mi5oanisriie intime de l'anesthésie, ~ § 5. Explication de l'anesthésiR chirurgicale. — Action sur les éiémenls nerveux. — Graduation néiieaaaire de l'envahissement nerveux. — § 6. Tableau des phénomènes de l'anesthésie. — Quatre périodes, — § 7. Les dangers de l'anesthésie.
En perdant, sous l'influence du chloroforme ou de l'tHher, la faculté de sentir et celle de se mouvoir, l'être animé a perdu ses attributs caractéristiques. C'est un animal déchu; ce n'est plus même un animal, c'est un être végétatif réduit à l'obscure vitalité de la plante. On aurait vu là, au temps do Bicliat, la confirmation des idées régnantes, et l'on aurait conclu que l'action de l'anesUiésique séparait l'une de l'autre les deux vies que l'on accordait aux , animaux : la vie de relation qui disparaît, et la vie [ végétative qui subsiste dans son isolement. Une telle
M LES A!(E5TH£norES.
inlcrprélalion aurait été inexacte; et. d'ailleurs, la physiologie moderne ne saurait ^e satisraire à si bon œiirché. II Taut donc analyser plus prorondémeot le phénomène de lanesthésie. Le prendre à ses débuts, le suivre pas à pas dans sou développement, est le seul moyen de Texpliquer. c'est-à-dire d'en pénétrer le mécanisoie.
t; 1. Pénétration.
Une première étape conduit le chloroforme de l'extérieur dans le sang. La pénétration de la substance dans le milieu sanguin est, ici comme toujours, la condition indispensable de toute action ultérieure. La porte d'entrée est dans le poumon. Tous les anestliésiques, en effet, sont volatils ou gazeux; le gnz ou les vapeurs mêlés à l'air de la respiration pénétrent avec lui dans le sang qui traverse le poumon et sont entraînés dans le torrent circulatoire. LeH (irocédiSs chimiques permettent h chaque instant de les déceler en nature. Le sang, pourvoyeur universel, va donc puiser la substance anesthésique dans le poumon, véritable comptoir des échanges gazeux, et la convoie telle qu'il l'a reçue jusqu'aux éléments ot aux tissus do l'économie. 11 n'est aucun de ces éléments organiques qui ne soit, pour ainsi dire, en bordure do quelque canal sanguin , et qui ne se trouve mis en présence du poison. Nous devons ajouter qu'aucun n'est indilTérent à ee contact.
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S 2. Universalité d'action de l'anestbéslque.
C'est, en effet, une loi établie par Cl. Bernard que la substance anesthésique est capable d'agir sur tous les éléments organiques sans exception. Cette vérité, extrêmement importante au point de vue de la physiologie générale, ressort des expériences de Cl. Bernard exposées, en 1877, au Congrès de l'Association [française, et rappelées dans sonlivre des Phénomènes de la vie communs at/j' animaux et aux végétaux.
Action Biir la motilité. — Les preuves expérimeniales abondent. Le cœur détaché du corps de la grenouille et de la tortue peut continuer de battre pendant deux jours et plus avec le même rythme régulier; mais, si des vapeurs d'élher sont répanidues dans l'enceinte où on le: conserve, il cesse ses
ttements et s'endort pour les reprendre dès que l'éther sera écarté (Seheinesson 1869). On sait encore qu'à la surface de certaines membranes sont implantés des poils infmlment grêles et perpétuellement mobiles, que l'on nomme des cils vibraliles. On peut détacher du corps de l'animal un fragment de membrane de ce genre, par exemple de l'œsophage de la grenouille, et s'assurer par divers artifices que l'actif mouvement des cils persiste. Par leurs efforts combinés, des corps assez lourds, des grains de plomb déposés sur le fragment posé à plat sont charriés d'un bord à l'autre. Le contact des vapeurs anesthésiantes arrête cette agitation et en fait tomber les instruments dans un repos passager. L'éther agit sur les animalcules réviviscents comme la dessiccation même. On sait que, si l'on considère,
a LES a;(esthesiqce&.
par exemple. les aaguîllules qui produisent la nieUe du blé, on peul, en les desséchanl. les conserver pendant des années, inertes, sortes de momies vivantes qu'une goutte d'eau ressuscitera k la volonté du naturaliste; mais, si on les humecte avec de l'eau éthérisée, la reviviscence n'aura point lieu : elle lardera jusqu'au moment où cette eau engourdissante sera remplacée par de l'eau ordinaire. Les plantes ellesmêmes subissent l'action des anesthésiques. On connaît les curieux mouvements de la sensitive, ce végétal à sang chaud, selon la vive expression de Paul Bert. ce végétal hystérique, dirions-nous encore, qui se pâme au moindre attouchement, repliant ses folioles les unes contre les autres, comme un livre que l'on fermerait, et abaissant le pétiole commun qui les supporte. Dutrochet, Leclerc de Tours et P. Bert ont déterminé chez celle plante un étal comparable à l'anesthésie. Qu'on la place sous une cloche avec une éponge imbibée d'éther, et bientôt elle aura perdu toute sensibilité : on pourra impunément toucher, froisser, déchirer ses feuilles, les brûler même, la sensitive endormie ne réagira plus, jusqu'au moment où l'on aura éloigné la vapeur engourdissante.
Action sur la nutrition. — La sensibilité et la motililé ne sont pas les seules fonctions abolies par l'éther dans les animaux et dans les plantes : la vie végétative n'est pas mieux épargnée. Que l'on prenne des graines du chou, de la rave, du lin, de l'orge, du cresson en pleine germination, et qu'on les expose aux émanations de l'éther ou du chloroforme, le travail du développement s'arrête, l'activité cesse, et la graine tombe au repos pour aussi longtemps que l'on voudra maintenir le contact du poison : la marche reprend
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, la vie renaît dès que l'agent anesthésique est (écarté. Exposez à l'action des liquides anesthésiques les plantes immergées, les conferves, les spirogyres, qui, au soleil, absorbent l'acide carbonique et rejettent comme un excrément gazeux de fines bulles d'oxygène qui viennent crever à la surface de l'eau,
»ce dégagement s'arrêtera; cette fonction vitale, attribut de la matière verte des plantes, sera suspendue pendant tout le temps que durera l'épreuve. Il est inutile de multiplier davantage les exemples. Ceux qui précèdent suffisent à montrer combien
I nombreuses sonlles formes de l'activité vitale dontles anesthésiques entraînent la suppression passagère. S 3.
çu mèi pois
■S 3. Phénomènes qui échappent à, l'action de Tanesthésique. — Raisons de cette différence.
Les êtres vivants, animaux et plantes, en fragments lu en totalité, présentent cependant d'autres phéno- .ènes habituels qui échappent à l'action de ces poisons léthargiques et qui suivent leur cours régulier sans en être affectés. Tandis, en effet, que la germination est arrêtée dans son développement, la ■aine continue de respirer, c'est-k-diro d'absorber l'oxygène et de rejeter de l'acide carbonique ; elle intinue de digérer l'amidon et le sucre qui sont mis en réserve dans ses cotylédons. M. Miintz a observé qu'en présence de l'éther ou du chloroforme, la levure cesse de faire fermenter le jus sucré : la fermentation alcoolique, phénomène intimement lié, comme l'on sait, à l'activité vitale des cellules ou orsmes de cette levure, nommés Saccharomyces cer- McC, est suspendue; mais il n'y a pas d'entrave pour
le phénomène de digesUoa par lequel le sucre du jus est transformé en glycose rermentescible. Ce qui est vT&i du ferment figuré levure de bière l'est également de tous les autres ferments figurés. En un mot, les phénomènes \éritablcment caractéristiques de la vitalité sont abolis: les autres vont leur train ordinaire. Pourquoi celte inégalité entre les fonctions de l'être vivant? CI. Bernard avait soupçonné qu'elle avait des causes profondes, et il était arrive, peu de temps avant sa mort, à les pénétrer. Les phénomènes que Tétber abolit, la sensibilité, le mouvement, les sécrétions, l'assimilation, sont les phénomènes véritablement caractéristiques de la vitalité ; il respecte ceux qui, bien que nécessaires à l'entretien de l'existence, tels que la digestion et la respiration, sont d'ordre physique ou chimique. On voit ainsi l'anesthésique frapper partout et toujours la matière vivante, sous quelque variété de formes qu'elle se dissimule, à quelque règne qu'elle appartienne, et la frapper dans ce qu'elle a d'essentiellement propre. L'anestbésique est donc le réactif de la vie, non le réactif seulement de la sensibilité ou de telle autre fonction. Dans cette confusion de phénomènes, les uns dus à la force vitale héréditaire, les autres dus au jeu des forces naturelles physico-chimiques, dont l'organisme est le théâtre sans cesse agité, l'action de l'anesthésique va établir un classement régulier : tout ce qui lui résiste sera pour Cl. Bernard du domaine des forces mécaniques, tout ce qui lui cède sera d'ordre vital. 11 n'est pas hesoin d'insister sur la valeur philosophique d'un tel critérium, qui permet de séparer ce que la nature vivante a d'immanent et d'essentiel d'avec ce qu'elle emprunte à la nature physique.
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^ 4. Action de l'anesthésique sur le protoplasma vivant, — Mécanisme intime de l'anesthésie.
Mais ce profond esprit n'a pas arrête là encore son analyse expérimenlale. Il ne lui suffît pas d'avoir mis en présence la substance vivante partout identique et l'anesthésique toujours agressif vis-à-vis d'elle, il voulut savoir encore de quelle nature est le conflit.
C'est là en quelque sorte la question dernière, le point ultime ofi la physiologie puisse atteindre. — Mais ce point a-t-il été atteint ? Il est permis d'en douter. L'explication fournie par Claude Bernard n'a pas été considérée comme suffisamment démontrée. On en a proposé d'autres.
La matière première de tous les éléments de l'organisme, le protoplasma, est semi-fluide. Or, rexpérience montre que l'étlier et le chloroforme le coagulent lorsqu'on les fait directement agir sur lui. Cette altération moléculaire, en quelque sorte mécanique, que l'observateur constate sous le microscope, s'accomplit-elle de même dans l'organisme ? Est-ce une coagulation passagère du protoplasma cellulaire qui suspend passagèrement aussi son activité vitale? Claude Bernard inclinait à répondre affirmativement, en raisonnant par analogie. Mais il ne faut point se dissimuler que l'analogie est seulement lointaine, car les quantités en présence elles conditions de l'action sont très différentes dans les deux cas. — On pourrait invoquer d'autres causes. Et d'abord, il faut remarquer que les graisses phosphorées qui sont l'un des éléments constituants du protoplasma el surtout dans les cellules nerveuses,
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sont solubles dans le chloroforme et dans l'élher.
On pourrait encore faire îalen'eQÏr un uulre phé- Domèue pour expliquer le mécaDisme de l'anes- Ihêsie par le chlorofûrme et les sub»lances similaireg. C'est la déshydratation du protoplasma. M. Itaphaël Dubois a iusiâté >ur ce point. Il a montré par des expériences in citm que les tissus animaux et les plantes exposés aux vapeurs aneslhésiantes laissent échapper uue grande quantité d'eau. (S. de Biol., 24 octobre 1885. 27 octobre 1888.) Les phénomènes produits par le chlorure d'élhjlène sur l'œil et la cornée plaident aussi dans le sens d'une action qui porterait sur l'eau de constitution du proloplasma.
Mais il est clair qu'aucune de ces explications ne saurait convenir à tous les cas. L'aneslhésie par le proto\yde d'azote, en particulier, y échappe complètement. Nous devons conclure que nous ne connaissons pas exactement la modification que subit le proloplasma. et que d'ailleurs cette modification ne peut être identique pour les divers agents.
La seule chose que nous sachions c'est que le chloroforme, l'élher et l'aneslhésique d'une façon générale, agissenlsurla matière première profoplasmique, dans laquelle sonttaillées, sous des figures diverses, toutes les parties organiques : par là nous comprenons l'universalité d'une action qui ne s'arrête pas k la hmite des règnes et qui ne respecte pas les barrières fragiles que nos prédécesseurs avaient dressées entre la vie animale et la vie végétative. L'anesthésique agit sur celle substance commune en la désorganisant mécaniquement, physiquement ou chimiquement, et suspend ainsi temporairement ou définitivement ses différents modes d'activité. Et maintenant, arrêtons-
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nous : il n'y a plus d'explication au delà, puisque nous arrivons à comprendre comment toutes les fondions d'ordre vital sont tributaires du chloroforme et de l'étlier et peuvent s'endormir sous leur influence.
^ 5. Explication de l'anesthésie chirurgicale.
Ce principe contient l'explication de l'anesthésie appliquée à l'Iiomme. L'action chirurgicale des anes- Ihésiques n'est qu'uu cas particulier de cette action générale sur le protoplasme vivant : elle eu est le premier degré. Ce que nous venons de dire permet déjà de comprendre combien étaient étroites et superficielles les vues de Floureus eldeLonget, lorsqu'ils déclaraienl, en 1847, que l'éther et le chloroforme exercent une action élective sur le système nerveux central. L'action des anesthésiques est universelle : elle s'exerce sur toutes les parcelles de l'organisme, et non pas sur telle ou telle à l'exclusion des autres. Mais cette action universelle est successive; elle est classée. Que dans une même enceinte l'on expose aux vapeurs d'éther des êtres placés à différents échelons de la hiérarclue naturelle, un oiseau, une souris, une grenouille et une sensitive : au bout de quatre minutes, l'oiseau, dont l'organisation est plus délicate et la vitalité plus grande, chancelle et tombe insensible. C'est ensuite le tour de la souris : après dix minutes, elle ne donne plus signe de sensibilité. La grenouille est paralysée plus tard. Enfin la sensilive est alleînte en dernier lieu : c'est après ■ngt-cinq minutes que, dans cette épreuve, elle
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devient indifTérente aux excîtalioDS extérieures et s'endort à son tour.
C'est là l'image de ce qui se passe dans le corps humain : il est, en effet, un assemblage de parties de dignité différente. Chacun de ces élcmenls est frappé, à son tour, à son rang hicrarchicjne ; et le plus longtemps résistant est celui dont la fonction est la moins élevée dans l'économie.
Action aur laa éléments narveui. — Et d'abord ce sont les éléments nerveux. Ce sont eux, en effet, qui se trouvent placés au sommet de cette hiérarchie vitale. Us sont altérés par les anesihésiques avant tous les autres.
Mais là encore il faut distinguer. Parmi les éléments nerveux, le plus délicat et le plus noble, l'élément des hémisplières cérébraux, est celui qui ouvre la scène. Les phénomènes dont il est l'instrument, les actes de perception sensorielle et de conscience sont abolis, alors que le fonctionnement des autres éléments du système nerveux et, à plus forte raison des fonctions plus basses, n'a pas encore subi d'atteinte.
C'est à cette circonstance d'une aclion progressive débutant par les tissus nerveux d'ordre élevé que le chloroforme et l'éther, véritables poisons, doivent leur vertu. L'anesthésie chirurgicale n'est autre chose qu'un empoisonnement limité, le premier stade l'empdisonnement général. Il y a une dose de l'an thésique par laquelle la conscience et Ja sensibiUté seront éteintes, tandis que les autres fonctions seront épargnées : c'est l'état que le chirurgien cherche à obtenir. Mais, un peu plus tard, l'activité des autres, organes sera altérée à son tour, et la vie sera en péril
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La dose mortelle peut être éloignée de la dose utile, elle en peut être proche : cela dépend de la nature (le l'anesthésique et des circonstances où il agit. Quelquefois le précipice côtoie le chemin, c'est le cas du bromure d'élhyle et du chloroforme; quelquefois il y au contraire une marge étendue entre eux, une zone maniable considérable qui permet au chirurgien de se mouvoir avec liberté et d'atteindre le but utile sans redouter d'accident : c'est le cas du protoxyde d'azote.
Oraduation néceasaiie de l'envahisseineiit uerveuz. — La possibilité de Tanesthésie est donc à ce prix, que la conscience et la sensibilité, fonctions des hémisphères cérébraux, puissent être anéanties isolément et assez longtemps avant que les autres fonctions nerveuses le soient à leur tour. Il ne suffit pas que l'action de l'anestliésique ne dépasse point le système nerveux , il faut qu'elle ne l'atteigne pas tout entier; il faut qu'elle en respecte les parties qui gouvernent la respiration et la circulation. Ces deux sortes de phénomènes vitaux ne peuvent en effet se suspendre ou s'anéantir, sans que tous les autres mécanismes ne soient bientôt désorganisés. Si le rouage nerveux qui règle les battements du cœur ou celui qui préside aux mouvements du poumon cesse de fonctionner, la mort survient à brève échéance Bans tous les organes et dans tous les tissus. I Or, par une heureuse condition, cette graduation ^cessaire de l'action anesthésique est possible. Il Tive que ces parties, dont le désastre serait irrénrable, sont précisément celles qui sont atteintes en lemier lieu et qui résistent le plus longtemps. C'est B bulbe rachidicn qui préside à la respiration, et le
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bulbe esl justement le plus réfractaire des o^nî nerveux i l'atteinte du chloroforme : il est, comme l'a dit Cliarcot, Vulùmum moriens.
Imaginons que l'on établisse un classement des organes nerveux par ordre de susceptibilité à l'action anesthésique, le plus impressionnable étant en fête de la liste, le moins impressionnable étant à la fin. Cette liste exprimera en même temps l'ordre même de leur dignité physiologique ; le premier rang sera dévolu aux hémisphères cérébraux, instrument des plus hautes facultés de la vie psychique, et le dernier appartiendra au bulbe, instrument nerveux des fonctions purement vitales de respiration et de circulation. Entre ces termes extrêmes, prendra place la moelle épinière, conducteur des impressions sensitives et point de passage des impulsions motrices.
Il ne s'agit pas ici de considérations théoriques qui n'intéresseraient que la physiologie. Les chirurgiens eux-mêmes, placés au point de vue tout pratique de l'observation des symptômes chez les opérés, sont obligés de reconnaître la hiérarchie que nous venons d'indiquer. Cette classification, qui n'est que la traduction des résultats exposés par CI. Bernard [Leçons sur les anesthès'iques, p. 146), a été formulée par M. Willièrae au Congrès de Bruxelles en 1870, et reproduite dans la thèse d'agrégation de Duret (1880), sans rencontrer de contradictions. Les chirurgiens distinguent donc dans la marche commune de l'anesthésic quatre périodes ; la première est marquée par la suspension des fonctions du cerveau, d'où résulte le sommeil; la seconde est marquée par l'abolition des fonctions de la moelle consi-