‹ Les anges de la terreChapitre 2 sur 19 · VIJ · texte numérisé non relu

VIJ

Au mois (k'(icceiiil)r(j(Ji'rriit'r, l;i uiorta enicvx', a un ûge peu avauct; encore, un des lioninit's )es [tlus ix-niarquables du loyaurno parscs vertus et ses lalrnts. Los Journaux de cette époque, à quelque nuaneô d'opinion (pi'ils appartiennent, ont payé un Juste tribut d^-loges et de regrets à cet homme, qui avail pour amjs, après les avoir eus pour élèves, les personnages les plus distingués de France par leurs lumières,' leur piiîté et leur position sociale. Pendant vingt ans il a dirigé une de ces maisons d'éducation dont Pexistence est la sécurité des pères de famille, et quand il en quitta la conduite pour se consacrer aux devoii-s du sacerdoce en acceptant Tadministration d'une paroisse , il devint la consolation des pauvres , comme il avait été le guide (;l l'espoir des riches. De 1805 à 1824, i)lus de quatre mille jeunes-gens, appartenant aux classes les plus marquantes et les plus utiles de la société, durent les bienfaits d'une é^lucation à la fois libérale et chrétienne aux lumières .et au zèle de cet homme, chez lequel tous les talents se joignaient à toutes les vertus, .laniais existence ne fut entourée de plus d'affection et déplus de respect; jamais mort nexcita plus de regrets sincères et légitimes; jamais souvenir ne sera plus fidèlement et 'plus pieusement gardé. Tous nos lecteurs ont déjà nommé M. l'abbé Liautard.

Les bornes de cette introduction ne nous permettent pas de nous étendre autant que nous le voudrions sur toutes les circonstances de cette vie si noblement utile; nous nous bornerons donc à en esquisser quelques traits, convaincus que la reconnaissance en a gravé l'ensemble dans tous les cœurs.

L'abbé Liautard est né à Paris en 1774 , et passa ses premières années au château de Versailles. De là il fut envqyé au collège de Lisieux, et plus tard dans la célèbre maison de Sainte-Barbe, où il acheva son éducation. Elle était à peine terminée , que la révolution de 1789 éclata , et que le jeune Liautard . enveloppé dans la gigantesque réquisition de 93. fut incorporé dans un régiment de dragons qui avait pour colonel le jeune duc de Chartres, aujourd'hui roi des Français. Il y resta peu de .temps , ayant été admis sur sa demande à faire partie du -noyau de jeunes gens qui commença la fondation de l'école Polytechnique. Il en fut un des élèves les plus distingués, et il n"en sortit que lorsqu'on voulut exiger de lui un serment qui répugnait à sa conscience. L'ordre se rétablissait en France, et M. Liautard, qui n'a vait Jamais abandonné k' projet formé dans sa jeunesse de se consacrera l'éducation, entra au séminaire de Saint-Sulpice, où il eut pour condisciples et pour amis MM. de Quélen et Feutrier. Désigné avec eox pour organiser dans la paroisse ces catéchismes célèbres qui sont devenus les modèles de l'enseignement religieux, ce fut lui qui en fit les règlements encore en vigueur aujourd'hui , se préparant ainsi à la tâche qu'il devait accomplir plus tard avec tant de persévérance et d'éclat. En 1804 , n'ayant encore que trente ans , il fonda la' célèbre maison d'éducation de la rue Notre-Dame des Cham[)s,' devenue plus tard le collège Stanislas.

C'est là que .M. Liautard passa vingt années, entouré d'enfants qui le chérissaient, comblé des bénédictions des familles qui lui avaient confié leur avenir, respecté de ceux mèmeqiu n'avaient aucun rapport avec lui, et heureux par les témoignages de sa conscience. Plus d'une tVjis l'Université l'irrquiéta; mais sa fermeté, sa douceur, ses mesures habiles, le firent triompher des petites persécutions qu'on <lirigea contre lui. L empereur Napoléon , qui comprenait futilitt' (le semblables hommes, le défendit souvent contre ceux de ses conseillers (pii voulaient le forcera fermer sa maison, et après la Res-

I',sl-il encore iiii lils iiiiKHie tldiil ils aieiil (letoiiriie le ghiive lin nèi'e |>rèl ;i IV.ipper ?

Savez-voiis un pasienr ijui, rciiconlraMl l'un (r<'U\ dans la \ allée, ail lullé avec lui du soir jnscpi au malin eorniiK.' Jacoh?

hieu n'a-l-il donc point relire au ciel cell<> éclielle éelalnnle «pie ses léiïions danses dcsecMidaionl et roinonlaienl dans les songes d'Israël? Mais aujourd lini (pi Israël n'esl plus l'Iiérilier do ses promesses, aujourd luii (|u'il erre, éternel vagabond, portant au Iront le signe réprobateur, aujourd'bui (pi'il n'entend plus d'autre voix que eelle(iui poursuivit (laïn, disant: « Qu'as-tu l'ait de ton i'rère:^ (pias-tu lait dé ton Christ?» aujourd'hui, si les anges passent encore dans le monde, quel est-il donc celui qu'ils visitent dans la veille el dans les songes, qu'ils sauvent et qu'ils éprouvent? où est-il le jeune Tobie dont ils se font le guide? où sont les jeunes hommes qu'ils gardent dans la fournaise, la salle de Balthazar où leur main écrit encore la sentence des rois et des empires?

Oui, les anges vont toujours parmi les hommes, et l'hôte qu'ils cherchent, le voyageur qu'ils combattent, le juste (ju'ils sauvent, le dormeur dont ils visitent les rêves, ce n'est plus Israël, le pasteur de Laban, le fiancé de Rachel ; ce peuple d'Israël dépositaire jaloux des lois du Dieu jaloux, ce n'est plus à lui seulement que vont les anges envoyés, c'est à l'humanité toute entière. Voilà le fds unique et bien aimé que le Père éternel leur donne à guider dans le pèlerinage. Les cœurs purs, voilà ceux qu'ils gardent dans la fournaise ardente ; le monde, voilà la salle immense dont ils couvrent les parois de caractères mystérieux; et chaque époque a son Daniel qui vient en commenter le sens à la face des rois et des peuples mêmes qu'ils menacent.

Mais ces anges où sont-ils? qui les a vus? Quels yeux ont été éblouis de leurs auréoles d'or? qui les vit rouvrir leurs grandes ailes trempées des nuances de l'aube? qui a respiré les parfums de leur présence, retenu le son divin de leurs paroles? Personne, car en vérité les anges envoyés parmi nous n'ont plus d'auréole, plus d'ailes d'opale ; les vertus el le génie seuls trahissent

leur iialurc divine, el non ces lueurs, ces piirl'uuis qui lessij^'ualaient aux fils de l'ancienne loi. (les an^cs sont des hommes parmi des hommes, de ceux (jue l'hisloire appelle; s(;s f/za/u/.v hommes, d(; ceux que Dieu envoie; libéralement à chaque heure de péril afin d'en délivrer le inonde.

Et ceci depuis un soir où les bergers de Bethléhem, fluides par une troupe nombreuse de l'armée céleste, allèrent et trouvèrent Marie avec Joseph et renl'ant couché dans la crèche.

Et les anges s'étaient retirés dans le ciel et désormais ils m; devaient plus reparaître ainsi dans le monde.

Désormais venus au nom de ce Dieu enfant couché dans retable, du Dieu fait homme, ils devaient comme lui revêtir un corps mortel ; ils devaient dépouiller leur beauté subtile et splendide, comme lui sa divinité ; comme il avait souflert, ils devaient souffrir ; ils devaient comme lui prendre sur eux tous les maux, toutes les misères d'une époque, expier pour elle, la racheter toute entière, la jeter dans une voie nouvelle. Rien ne manquerait à leur passion, ni la croix, ni l'insulte, ni le sceptre de roseau, ni le diadème d'épines, ni la résurrection glorieuse; plus d'un aurait son cénacle où, lui disparu, il enverrait son esprit. Hommes de génie, savants ou simples, rois, moines, mendiants, poètes, voyageurs, artistes, toujours envoyés d'en haut, ils porteraient leur message tout une vie; ils seraient sur la grande route de l'humanité dominée par la grande croix du Christ, autant de pierres milliaires qui, sans les égarer jamais, conduiraient les hommes au but suprême, à l'avènement nouveau du fds de l'homme, à l'ère d'amour promise à la fin des temps. Tour à tour anges de paix ou de guerre, ils entreraient dans la vie avec la force et le génie de l'homme , puis avec le dévouement et la faiblesse de la femme. Une fois ils changeraient la face du monde par la parole ou par l'épée ; ils creuseraient si profondément leurs pas dans la voie des siècles, que rien n'en effacerait plus la trace; une autre fois, apparitions fugitives, ils édifieraient comme les fées, ils sculpteraient de leurs mains, ils animeraient de leurs souffles les magiques cathédrales du

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