‹ Les anges de la terreChapitre 3 sur 19 · XIJ · texte numérisé non relu

XIJ

iiiovcii i^iic; |>iiis, I (l'iiM'f ;i(((MM|tlir. ils (lis|)ar<iîlr<ii('iil sans laisser leur iioiii à ces |»iriT('s viNaiilcs. ((iiiniu' la ilciii' sCfTacc sur le IVnil au cunlacl du solt'il. nmiinr.lc grain se délaciic de la jt'um' piaille (|n il a |)()rltM' dans son sriii dès qu'elle s'est élancer du sol. Porleiirs d'im art nouveau, d'un»! parole nouvelle, d'une liberté disj^ariie, dini ardeiil amour, d'une loi vivifiante, ils se lèveraient tour à tour à ra|)pel des Ages, trouvant sous l(MM- main le sceptre ou le hàton, le ciseau ou la boussole, la plume ou bepée, le voiltMJes vierges ou le bandeau des reines, l'armure des preux ou le l'rac des pèlerins, et i» plus d'un comme au Christ il serait donné de dire au monde en le quittant : « Oui de vous m'accusera de péchés? »

Or, ce passage des anges dans le inonde, le rôle actif qu'ils ont joué sur la scène humaine depuis la rédemption universelle du Christ, voilà ce dont ce livre s'est préoccupé, voilà le sentiment dont il s'est rendu compte en offrant sous le nom des Anges de la terrr l'histoire des bienfaiteurs de l'humanité.

A quelques pas du berceau de l'Église, il s'est ouvert comme un libre carrefour, où par tous les chemins, à mesure que l'heure sonnait pour eux dans l'histoire, ces anges lui sont arrivés avec le signe de leur mission, la gloire et les maux de leur vie, tout, jusqu'à l'imperfection légère qu'ils ont contractée sous l'enveloppe humaine; ils y sont arrivés, mais non pas tous. Ouel livre eût pu les rassembler, ces manifestations vivantes des bontés quotidiennes du Père universel ? ne se produisent-elles pas à la fois sous tous les aspects, dans tous les rangs, par tous les lieux, au nom des missions les plus humbles, les plus cachées souvent, et toujours avec une profusion si magnifique? Y prétendre seulement, c'eut été creuser un trou dans le sable afin d'y faire entrer la mer, comme le voulait cet enfant dont parle saint Augustin. Ce livre a mieux compris la possibilité de sa tâche. Il se doit de l'expliquer à ceux que pourrait étonner l'absence de quelque grande figure historique. Ne pouvant enserrer dans son cadre toutes les nobles et saintes vies qu'il entrevoit et laisse entrevoir, sous ce nom des Anges

de la terri' il a voulu du moins (jii'un de ces auges y viril liguicr pour plusieurs, pour toute uue classe, une hiérarchie de scuihlables, &(f\\\. il l'iU la plus grande et en même temps la plus fidèle expression.

A-t-il réussi? interrogez tous ceux qu'il appelle et groupe à mesure sous vos yeux, voyez si tous ne vous répondent pas au nom de plusieurs.

C'est d'abord une jeune fille, une reine, toujours un ange moins les ailes. Ses yeux, ses mains, sont levés vers le ciel. Voilà toute sa mission. Elle a été une prière, mais cette prière a fait de la Gaule idolâtre une France chrétienne; ces mains levées au ciel comme celles de Moïse ont appelé la victoire aux rangs des siens, la foi chrétienne au cœur de son époux. C'est Clotilde, et Clotilde vous dit : (( .le suis venue la première; mais il est venu après moi bien des pieuses reines, bien des prières couronnées, d'autres Marie qui, se choisissant la bonne part aux pieds du Sauveur, ont combattu par la prière, quand les rois combattaient par l'épée. Que mon nom vous rappelle les leurs afin de les bénir. »

A côté de Clotilde, ce géant qui s'avance sous sa lourde armure, un globe d'or à la main, que dit-il : (( S'il est des anges de prière, il est aussi des anges d'action, des anges armés du glaive; quand il se rencontre une œuvre impossible dans le monde, ils viennent l'accomplir ; comme le génie du conte arabe, ils peuvent édifier en une nuit des empires ; en un jour, ils changent la face du monde. Mon nom vous dira si je l'ai fait, mon nom est Charlemagne; mes pareils se comptent dans l'histoire ; Dieu ne prodigue pas les Charlemagne. »

A cela que répondra cette reine imposante? « Oui, Dieu ne les prodigue pas ; Dieu les donne seulement aux grandes phases de l'humanité ; mais il est des anges, de vrais anges gardiens, qu'il envoie au berceau de chaque homme, et chacun de ces anges peut en faire un ange à son image, c'est la mère; moi, Blanche de Castille, je l'ai dit et le prouve : voilà saint Louis. >^

Et cette jeune Elisabeth de Hongrie, elle vous montre les

roses (lu iniiMcIr «iii flic porlc toujours plus IVaiclics dans iiii |>iui (le >a limicpH'. « J'ai moins de roses dans ma robe, (iil-elle, (|ue la tiiariléna dans ses annales des (wurs tout «t elle. Plus d'une lois les pains se sont ('hanu;és en roses pour sauver un bienl'ail du l)l;\me ou de l'éloge. Si le roi Louis ne m'eût pas vue dans la cour du palais, sans doute une autre que moi vous eiU rappelé (pie la cliarile a des anges el des miracles. »

Et ce piUe voyageur, dont le doigl prophéti(|ue Fnonlre invariabletnent un point dans l'espace, lui (fui semble n'avoir gardé (pi'uu mot sur les l(>vres: « El ils naviguèrent à Touest, (jui était leur (benun, » au nom de (jui vous parle-t-il? Au nom do tous ceux (]ui ont enrichi l'indigence du monde, et n'ont eu pour salaire (ju'ingratitude, mépris et douleurs: à tous ceux qui dans la science ont découvert par les lumières de la foi, comme lui Colomb, quelque monde nouveau qui n'a pas même porté leur nom.

l/apôtre du Pérou, Las Casas, vient après Colomb, mais c'est pour vous nommer François Xavier, le père Charlevoix, et toute cette ;n*mée de missionnaires sublimes, qui, dans le vieil Orient, comme dans la jeune Améri(iue, ont affronté toutes les morts, tous les martyres, afin de léguer à ces peuples inconnus le pain et la parole de vie.

Un archer suit l'apôtre. Deux flèches manquent à son carquois, son nom vous dira ce qu'il en fit ; il vous dira aussi qu'aux patries en péril Dieu l'envoya plus d'une fois. A chaque tyrannie, à chaque liberté menacée, il a donné, pour perdre l'un, pour sauver l'autre, un Guillaume Tell.

Aux époques de fanatisme il a donné aussi quelques hommes dont la ferme tolérance sut calmer les passions et ramener la foi dans les bornes effacées. Ce chancelier de l'Hôpital, avec sa grande figure calme et sévère, vous le verrez passer partout où les guerres religieuses auront leur ligue et leur Saint-Barthélémy .

Mais le verrez-vous souvent, ce moine furtif qui se dérobe emportant dans ses bras deux enfants exposés par leur mère? Ce nom, c'est le soulagement de tous, et non la mémoire de

plusieurs, qui se personnifie en lui. L iiistoire peul avoir plusieurs Charlemugne; la rh;»rilé n'a pas eu deux \ineenl de Paul.

Et ce Jean-Baptiste de la Salle encore enfant, fils de magistral, destiné comme son père à juger les hommes, qui se dévoua à la continuation de l'œuvre de Vincent de Paul en instituant les écoles chrétiennes.

Ce vieux guerrier qui ne rêve plus à ses campagnes sous son chêne favori, mais seulement au bien qu'il peut faire, à celui qu'il n'a pas fait, s'entoure au contraire d'ombres saintes et vénérées qui furent ses modèles, et qu'il imite le dernier, Catinat. C'est aussi Godefroi de Bouillon, c'est Bayard, c'est Turenne, ce sont tous ces héros qui sont restés des saints, des anges au sein même des batailles, dans le tumulte des camps.

Et ce nouveau Bayard sans peur et sans reproche, ce la Tour d'Auvergne, qui, après avoir commandé aux autres, et refusé les grades élevés de l'armée, part comme simple soldat, pour remplacer un fils qu'il rend à son père qui n'a d'autre soutien que lui .

Des anges, il en fut aussi à qui il appartenait d'être exemplaires jusque dans leurs fautes, tant ils savaient les réparer ; Fénélon vous parle pour tous.

Il en fut aussi qui se mêlèrent au monde, et qui, sous son masque aimable et frivole, parlèrent et firent aimer les vertus les plus solides; la présence de madame de Sévigné témoigne pour eux.

D'autres se mêlèrent aux sociétés les plus corrompues, les plus impies ; leurs mains levées au ciel en détournèrent les châtiments : Marie Leczinska, le grand Dauphin; ils ont eu des pareils partout où une cour de Louis XV n'a pas été frappée dans ses folies.

L'abbé de l'Épée a fait parler les muets ; mais il nous rappelle tous ceux à qui il fut donné de rendre la vue aux aveugles, de dire aux paralytiques : « Levez-vous ; » à ceux qu'on croyait morts : « Bevenez à la vie. >'

M. (lo l^lalcslicrlu's vous dit : < J'ai console, j'ai dôlcndu lo roi niartvr ; mais pas un juste, pas un coupahlon a niancpié à sa dornii'ro licurc d'un dôCensour, d'un consolateur conunr moi. Les martyrs de TK^liso n'ont pas étô les seuls (pii aient passé leur (l(>rnière veille en compagnie des anges. >«

>ladanie Kiisahetli avec sa candeur louchante ajoute : « I) autres (jue moi lurent heureuses d'expier par la mort des crimes qui n'étaient pas les leurs; pourquoi m'appeliez-vous, et non la reine ma sonir? »

Mais M. de Montyon, qui pouvait nneu\ porter dans sa uiémoire le souvenir de ces anges qui s'attachent aux dernières misères de nos sociétés, de ces dévouements qui s'ignorent euxmêmes, se produisent dans nos rangs les plus obscurs, sinon lui, qui, les signalant à l'admiration, à l'émulation du monde, les récompense encore par delà le tombeau ?

Enfln, au dernier plan de cette assemblée angélique, ces trois Persans, venusen Europe pour racheter leur patrie de l'esclavage; ces bons frères du mont Carmel, rebâtissant pour les voyageurs leur couvent ruiné, ne vous disent-ils pas, les premiers, que Dieu envoie ses anges à tous les lieux ; les seconds, qu'il les donne à tous les temps?

En fermant ce livre, ne désespérez donc plus des nôtres. Rappelons-nous la veille des bergers dans le champ de Bethléhem. Nos temps semblent bien destitués de prodiges. Il semble que les anges n'apparaissent plus parmi nous. Mais qui sait si Dieu ne les envoie pas à cette heure même à ceux qui désespéraient le plus? Qui sait si bientôt, si demain, si aujourd'hui même, il ne sera pas dit au monde attristé : « Réjouissez-vous, voici qu'un Sauveur vous est né ! »

' JuLiA Michel.

.iU^W^'

Lia. Paul Petit et C'f 3, Place du Doyenné, Paris

mm CLOTILIIE.

À l'est des Gaules, entre j/*^' le Rhône et les 41pes, exis-

'•il

tait encore, vers le milieu

du cinquième siècle, le royaume des Bourguignons ou Burgondes. Cette ^ nation, venue du centre de la Germanie, ainsi que les Vandales et les Francs, n'avait pas déserté sa pa- Jhl trie pour répandre , de même que les autres peuplades barbares, la dévastation sur son passage; ^É elle avait jadis descendu pacifiquement les rives du Rhin, et l'empereur Yalentinien, considérant les Burgondes comme des auxiliaires plutôt que

(•(miinr des ((tiKiiinitiils. sCliiil cmitrc^st' «le Inir .iccordcr «les Icrrcs (liiiis lii (icrmiiiiic siiprrifiirc. De l;i ils ('Iciulin'iil leurs possessioirs )iis(|ir;ui sein des (iaiilcs.

(îoiulioi'lic. l'un lies dcrniin-s rois de ('('tic populaliou j»n'S(|Uf' sauvage, a\ail laissé eu uiouraut son royaume à ses lils, (iondt'haud, (ioiidcsile, ('.liilpérie cl (londcinar. Les (juatre frères ne lardèreiil pas îi se disputer l'Iiérilage paternel ; niéeonnaissant h» voix de la n;iture, ils eonil)attirent donc deux contre deux avec autant (racliarneinent qu<' s'ils eussent toujours été ennemis, (lliilpéric et (londemar triomphaient enfin, lorsque (iondebiiud. les attaquant de nouveau, remporta sur eux une complote victoire. Gondemar, réfugié dans une tour incendiée, périt au milieu des flammes, les armes à la main; Chilpéric et ses fds furent massacrés; sa femme trouva la mort au fond du Rhône. Mais le meurtrier , hésitant à commettre un crime nuitile, épargna les filles de son malheureux frère et les fit^ même élever à sa cour ; car il ne craignait ni Chrona ni Clotilde : pourtant ces douces créatures, si timides, si inoffensives en apparence, étaient redoutables, parce qu'elles tenaient leur force du vrai Dieu.

Il serait difficile d'expliquer comment les intéressantes orphelines étaient devenues chrétiennes au sein d'une cour idolâtre. Elles devaient leur conversion à un de ces miracles que Dieu n'opère jamais sans dessein. Chrona ne tarda pas à prendre le voile; Clotilde, la mère des affligés, la bienfaitrice des malades de corps et d'esprit, se disposait à suivre l'exemple de sa vertueuse sœur, quand un événement inattendu ébranla soudain sa résolution et • lui laissa entrevoir un but moins rapproché, mais plus sublime encore '.

<( Un dimanche après la messe, Clotilde, s'avançant, suivant l'usage, sur le porche de l'église, était occupée. de distribuer ses aumônes aux pauvres assemblés. Là se pressaient les Ro-

' Nous empruntons le passage suivant à M. de Salvandy. H serait diflicile de raconter mieux que cet écrivain éloquent et consciencieux le trait le plus poétique de riiistoire de sainte Clotilde.

mains dépouillés malgré la loi (lonihelU', ceux (jiii élai(;iil ruinés par les exacleurs, œux (jui arrivaient lugilils des pays dévastés par les Francs, femmes, vieillards, enfants, (juc la réputation lointaine de la bienfaisance de Clotilde appelait d(! toutes les contrées aux lieux où elle ép«uich;ut ses dons. Ce jour-là, un jeune llomain, qui conservait un air d'opulence sous ses habits indigents, l'avait frappée par la blancheur de ses mains, par le parfum de sa chevelure, et plus encore par le soin qu'il avait mis à écarter le voile dont elle était enveloppée pour la contempler fixement, pendant qu'agenouillé devant elle il tendait la main à son as d'argent. Surprise, elle le fit appeler, lui demanda les motifs de son déguisement et de sa hardiesse.

)i Illustrissime Clotilde, avait-il répondu, je suis Aurélien, fils du sénateur Aurélien, d'une .famille consulaire. Le roi Clovis a eu en grâce ma famille et moi. Il nous a pris pour les interprètes de sa clémence auprès des Romains de ma province ; depuis, il m'a honoré du titre de son convive, m'a élevé au rang de ses antrustions, et dans ce moment j'accomplis une mission qui est le plus haut et le plus magnifique témoignage de sa confiance- subUme. Aurélien, fils d' Aurélien, sénateur clarissime, m'a-t-il dit, j'ai résolu de faire asseoir sur mon char à mes côtés une princesse de la même religion que ton peuple, qu'on dit belle entre toutes les filles des Gaules. On m'assure que nulle beauté aussi éclatante ne brilla jamais dans le rang suprême. Va, parviens à la voir, à l'insu de son oncle Gondebaud; et si on ne m'a pas trompé, si tu la trouves digne des louanges qu'en faille monde, voilà mon anneau : qu'elle soit à moi.. . 0 princesse ! ajouta Aurélien, mon attente est dépassée ! »

Et comme il disait ces mots, il s'était emparé de la main de Clotilde et avait passé à son doigt l'anneau royal ; puis, se levant, il voulut aller prendre la besace de mendiant où il tenait cachés les présents nuptiaux de son maître; il ne la trouva point d'abord, elle avait disparu. Clotilde la fit rechercher, la lui fit rendre, et lui dit de garder ses dons : un idolâtre ne pouvait être son époiix; et comme elle ne réussit point à lui faire re-

prciKlrc 1 imiKMii dr Icr, ciiilKiri'iissn' de cr (Irpùl (Hraiige, elle alla le [lorlcr dans le trésor de (ioiidcbaiid.

(r|veiidaiil les ainliassadenrs de r.lovis panireiil devant (iundehaiid. Viirelieii était du nombre; les autres étaient des Franes illustres, ehels |)t)ur la plupai-t célèbres dans les expéditions de r.lodion et de (".bilperie.

Ils déclarèreni ipie le roi des iTanes, Clovis Merwing, lils du dieu Teutalès. grand, puissant, illustrissime, envoyait cbercber son épous(^ Clotilde, cpii avait reeu sa foi et lui avait engagé la sienne, selon l'usage des barbares, en acceptant son anneau ; si lui, roi des- Bourguignons, mettait obstacle à ce qu'elle se rendit auprès de son époux et de son seigneur, la colère du vainqueur de Soissons et de ses Francs* tomberait sur sa tête comme la bang terrible et la briserait.

Qui dira la surprise et. la colère de Gondebaud? Il pensa que Clovis cherchait un prétexte pour porter ses armes sur le territoire des Bourguignons. Aussi résolut-il de mettre au grand jour le mensonge des Sicambres, et de prouver à sa nation qu'il n'imposait pas à Clotilde ses volontés, qu'elle était maîtresse de disposer d'elle-même, dans l'espérance d'entraîner ainsi plus sûrement tout son peuple à repousser avec enthousiasme la guerre par la guerre. En conséquence, il convoque les grands qui formaient le conseil national, les réunit dans le Champ-de- Mars sous l'œil de tout le peuple, fait appeler Clotilde, et là, interpellant les ambassadeurs, il raconte ce qui s'est passé entre eux et lui, et leur commande de redire, s'ils l'osent, en présence de Clotilde comme du peuple, leurs assertions, leurs menaces et leurs injonctions.

Aurélien s'avance aussitôt ; il s'incline devant Gondebaud, en croisant les bras sur sa poitrine; il plie le genou devant Clotilde, puis, élevant la voix, il répète son message sans hésiter. Bourguignons et- Romains étaient émerveillés ; ils restaient en suspens. Saint Avit en habits pontificaux tenait les bras élevés, comme Moïse sur la montagne, appelant la bénédiction de Dieu sur Clotilde et sur les Gaules. Il contemplait Clotilde avec ten-

(lress«\ avec anxiété, à la l'ois (3ii évùtiue vX en su|)|)liaiiL l.e • peuple coan)reMait tout ce ([ui se passait entre son vvj^avd inspiré et les yeux baissés de Clotilde. On regardait au ciel si r Esprit-Saint, si la langue de feu descendrait sur le fronf de la fille des Gaules. L'assemblée entière senablait attendre, semblait écouter le miracle.

interrogée par Gondebaud, Clotilde se lève. Elle promène un regard doux et tranquille autour (F elle, l'élève vers le ciel, et l'arrêtant avec fierté sur Gondebaud :

(( Je suis la femme du roi Clovis, dit-elle. J«; suis sa servante; je suis la reine des Francs ; et demain, puisque mon seigneur et maître m'appelle, au soleil levant je dirai adieu à ma sœur, à mes proches, à vous tous, mes'frères en Dieu; et j'irai où il a plu au Dieu du ciel demarrfuer ma place sur la terre.))

Les bénédictions, la joie du peuple, éclatent en larmes, en acclamations, en transports. Gondebaud frémissant crie au

mensonge.

(( 0 roi ! reprend Clotilde, il y a un an, jour pour jour, que

je n'ai pu pénétrer dans votre trésor, puisque j'ai quitté Lyon

depuis ce temps. Je déclare que j'y ai déposé l'anneau du roi

mon époux ; vous l'y trouverez entre l'épée de mon père et un

morceau de la vraie croix. 0 Sicambres, et vous tous, à demain ! ))

Elle dit, rentre dans le monastère, et va au pied de l'autel

verser toutes les larmes amassées sur son cœur brisé. Saint Avit

paraît , elle tombe à ses genoux ; toute sa force l'a abandonnée.

i< 0 mon père ! s'écrie-t-elle, ayez pitié de moi.»

Ces mots sont les seuls qui puissent se frayer passage. Sa

voix expire dans les sanglots.

(( Pitié de vous, ma fille? reprend le saint évêque. Oh ! oui, si vous aviez trahi la volonté de Dieu, méconnu vos devoirs, rendu stériles vos moyens de faire le bien aux hommes, et immolé autrui à vous-même ! Mais quand c'est vous que vous sacrifiez, quand vous acceptez la tâche de rendre meilleur un cœur généreux et fier, qui n'a besoin peut-être que d'être averti pour s'attacher à la vertu et aspirer à une gloire immortelle.

je ne (hmix pleurer avec voiisel sur vous. On csl trop payi" dans ce monde quand on rend un do ses senil)lal»l(»s heureux. Kl vous, éeoutez là dehors! vous en l'aih^s des milliers. »

On entendait en ellel les aeclanialions du peu|)le, (pii in- se lassait de bénir la main par.lacpielle il sentait la foi cathorupie protéi2;ée désormais dans tonte l'étendue des Gaules, et les Francs désarmés, sinon encore dans leur idolâtrie, au moins dans leur cruauté. Clotilde baisa le crucifix, alla voir sa sonir, prier avec elle sur le tonibe;ni de son père, partager entre ses compagnes tout ce qu'elle pouvait donner. Et le lendemain, au moment où le soleil, par un ciel pur et brillant, se levait au-dessus du lac resplendissant de ses feux, les portes du monastère royal s'ouvrirent. Clotilde parut ; elle se mit à genoux au milieu de tout le peuple, qui l'imita en silence. Puis elle se relève, s'incline devant Gondebaud, et montant sur sa basterne dorée, elle fait signe aux Francs qui se pressaient autour d'elle, en leur montrant le nord. A ce signe, les bœufs s'acheminent ; on pourrait entendre le bruit de leurs pas. Un silence profond régnait au milieu de la foule immense : car tous pleuraient.

Pendant six semaines, elle marcha au milieu des populations qui accouraient pour la bénir. Elle apprit bientôt ou devina que Gondebaud, se ravisant par les conseils de son ministre Arédius, qui n'était pas auprès de lui dans le premier moment, faisait courir après elle pour l'arrêter. Elle se jeta dans des chemins inconnus pour éviter sa poursuite, et enfin, après deux mois de hasards, un matin, son cœur tressaillit, ses yeux se troublèrent : à l'horizon s'apercevaient les tours de Soissons, d'autres disent de Troyes. Mais plus près une muraille profonde de chariots annonçait une de ces villes mouvantes des barbares ; c'était le camp des Francs. Un gros de cavaliers accourait. Il y en avait un qui devançait tous les autres, sa hache à la main. Aurélien se jeta à terre, et se mettant à genoux, il arrêta précipitamment le char de Clotilde en lui criant : « Mon maître Clovis! »

Les époux, entourés des bénédictions du peuple, continuèrent

leur roule jiis([u'ii Soissons. Saint Komy. l'illustn' pW'Iat (fuo l'K2;liso a canonisé, vint à la t(He du clergé leur rendre hommage et oflrir ses vu'ux ii la princesse, qui ne put se dél'endre d'une secrète émotion quand elle aperçut le futur compagnon de ses pieux efforts. L'avenir se révélait à l'esprit de Clotilde; (juelque chose lui disait qu'il s'établirait entre elle et cet homme une communauté de projets et d'idées. Elle devinait enfin que saint Kemy lui était envoyé par Dieu comme un auguste appui , comme un sublime messager.

Des fêtes somptueuses suivirent le mariage de la première reine chrétienne. Le luxe des Romains y présida ; mais à travers les coutumes raffinées de la nation romaine perçaient les coutumes barbares des conquérants : tant il est vrai que l'habitude exerce sur les hommes un empire irrésistible.

Tandis que les Francs profitaient du mariage de leur chef pour se distraire selon leur penchant, Clotilde priait et demandait à Dieu la prompte conversion de Glovis.

Depuis quatre années Clotilde était reine des Francs, et le rang qu'elle occupait, loin de l'éblouir, ne satisfaisait son cœur que parce qu'il lui procurait lemoyen de veiller plus activement sur l'infortune, d'augmenter plus vite le nombre des brebis du Seigneur; car les moins fervents la vénéraient d'abord comme reine, et finissaient par la considérer comme un être surnaturel dont ils subissaient malgré eux la divine influence. Le roi lui-même commençait à reconnaître, sans oser l'avouer, les vérités du christianisme ; l'admiration que Clotilde lui inspirait se manifestait à chaque instant : aussi la princesse, guidée par les sages conseils de l'évêque de Reims, ne se lassait-elle pas de cultiver cette âme héroïque où se trouvait le germe des grandes erreurs et des grandes vertus. Souvent Clo-

tilde ciilrrlrniiil (lovis des Menl'aits de hi loi clirclicmic, sttiivciil IV'vr(|ii(' KtMiiv lui lisait les îjaints évangiles, la >i(' de Jésus t'I celles des aj)otres, et le vaillant guerriei; s'écriait alors d'un ton plein de colère : ^ Misérables Juifs, que n'étais-jc là avec mes Franes pour déiéndre Jésus de Aazarelli! »

Cependant ClotiMe avait eu déjà bien des épreuves à supporter. Parfois l'heure du triomphe lui paraissait proche . et ce triomphe si vivement désiré, une cause imprévue, un arrêt émané du ciel le rétardait soudain. I.e petit Ingomer, ce premicMenfant de la reine. Ingomer, (jui* l'on avait baptisé avec Taulnrisation de Clovis, était tond)é malade peu de jours après la cérémonie, et ne s'était échappé de son lit de douleur que pour monter au ciel. Un tel malheur irrita Clovis; sa foi naissante en reçut une cruelle atteinte : son àme était plus accoutumée à se révolter qu'à se soumettre. Le roi des Francs devint inquiet et soupçonneux.; il traitait durement la pauvre Clotilde, que rien ne décourageait. Une lutte pénible s'éleva entre eux, lutte oii l;i modération, la constance religieuse de l'opprimée l'emportaient constamment sur la tyrannie de l'oppresseur. Clotilde y puisait une énergie propice, Clovis y perdait graduellement ses fausses convictions.

La naissance d'un second fils, d'un héritier, remplit le roi d'orgueil et de joie. Il n'osa pas résister aux sollicitations de. Clotilde, et Clodomir fut baptisé ainsi que l'avait été Ingomer.

Dans une salle dont les colonnes de diverses couleurs supportaient une splendide voûte , une jeune femme était assise auprès d'un berceau où sommeillait un enfant âgé de quelques mois ; du bout du pied elle imprimait- un léger mouvement au berceau, et son regard s'abaissait vers un timide adolescent qui, debout devant elle, se tenait dans l'attitude de l'attention.

— Continuons, Thierry, dit la reine Clotilde, qu'une plainte de l'enfant avait un moment inquiétée; j'avais attendu, pour te raconter l'histoire de ma famille, que tu fusses en état de comprendre la douleur. Maintenant ton àme s'ouvre à l'expérience, non à cette expérience qui résulte d'une longue suite d'années.

Miais ;i celle ((iiOn nomme inliiilion, el i\\u\ les inlelli^c^nees d'élite acqiiièrenl, avant l'heure des déceptions, (lonnne toi, j'avais une tendre mère; elle a été inhumainement arraché(î de mes hras ; je nai renconliM' depuis personne (|ui IVil digne de la remplacer. I ne mère donne à l'enlant l'idée de la suprême bonté, de la miséricorde infinie de Dieu, et quand elle nous quitte en ce monde, l'existence se transforme presque (^ un vaste désert; car notre ange gardien n'est plus là pour nous soutenir à toute minute, pour se précipiter au devant de nos pas afin de nous retenir au bord de l'abîme.

— Aussi, vous qui êtes si bonne, si indulgente, répondit tristement Thierry, vous ne me grondez pas lors(|ue je vous confie les regrets que m'inspire la mort de ma mère. Cependant vous auriez le droit de vous fâcher, car si elle existait encore, vous ne seriez pas la femme du roi Clovis.

— Ou'importe, mon ami? je suis certainement glorieuse de partager le sort d'un héros ; mais cet honneur, je ne l'eusse pas acheté au prix de la vie de ta mère. Le roi, mon maître, l'avait choisie pour compagne, et moi je songeais à choisir un céleste époux ; si la reine des Francs etitvécu, je me fusse dévouée, ainsi que ma sœur Chrona, au service du Seigneur.

— Et les Francs n'auraient pas été chrétiens ! Non, la volonté du Dieu que vous m'avez appris à servir secrètement, vous destinait au roi Clovis; ma pauvre mère devait, hélas! vous céder un fitre qui ne lui était pas si précieux qu'à vous, puisque, née idolâtre, elle n'avait pas de mission à remplir ici-bas. Assurezmoi seulement que Dieu lui a pardonné de l'avoir méconnu ; assurez-moi qu'elle s'est convertie au ciel, ne l'ayant pas fait sur la terre, et mes regrets seront moins douloureux.

— Oui, Thierry, s'éeria Clotilde d'une voix émue, oui, l'âme de ta mère est chrétienne ! implorons Dieu pour qu'il la compte au nombre des âmes élues.

Clotilde et Thierry se mirent à genoux. Leur prière fut éloquente; cette femme parée de toutes les grâces chastes des vierges, ce jeune homme plein de naïveté cachant son front pur

(liiiis SCS iii.iiiis Ircmhlaiilcs (|ii une rpaissc clit-vcliirc Noil.iil .1 (Iciui, olIVaiciil un riisi'iiiMc l)iltli(|iit". \y s<iii des Inimpcllcs it'Iciilil soudain. ('.'(Mail le sii;iial du dt'parl (\r Clovis pour la chasse au saiiiïlicr. \r prince, cpii rcdoulail le courroux de son père, sorlil précipilanmicnl. I,a n-ine des Francs ne resta pas longlenips seule: .\anlilde. s(eur du roi. cuira dans la salle cl vini se placer à cole de Clolilde; l'une cl laulre se niircnl à lil(>r. Klles Iravaillaienl aclivemenl depuis une lieure, (piand un iréinisseiuent de C.lodouïir les attira vers le berceau. I/enlanl. déjà un peu malade, ne s'était réveillé <ju<' pour lutlfr contre une crise violente; ses traits bouleversés accusaient une vive soulïrance, ses mains se crispaient convulsivement. A cet aspect, Xantilde remplit les airs de lamentations, et s'élança hors de la salle en appelant du secours. Clotilde saisit Clodomir entre ses bras, elle le l)alança doucement, lui |)rodigua mille caresses; rien n'apaisait l'agitation du petit prince.

De nombreux serviteurs étaient accourus à la voix de Xanlilde. Le médecin du palais fut mandé; il examina longtemps l'enfant, el chacun lut un arrêt de mort dans ses yeux. Clodomir est chrétien, il est prés d'être martyr. Les anges se disposent à fêter au ciel l'arrivée d'un de leurs frères. Les serviteurs éplorés se pressent autour de la couc'.ie funèbre. Le roi Clovis entre brusquement; il considère d'un air sombre Clotilde, qui, |)enchée sur Clodomir, restait immol)ile comme une statue de inarl)re, et il s'écrie :

.l'ai cédé follement à vos instances, et voilà le résultat de

ma complaisance. Si mon fils eût été sous la protection de mes Dieux, il eût vécu ; il lui en coûtera la vie pour avoir été baptisé au nom du votre.

0 mon Dieu! dit Clolilde, te laisseras-tu oftenser ainsi sans

prouver l'étendue de ta puissance'?

La sainte invocation de la reine a touché le Seigneur : un miracle s'opère en faveur de la chrétienne; l'enfant se calme, se ranime, ses joues se colorent lentement, il sourit, regarde sa mère ; le péril a disparu.

La joie illiimiin' les visages des assislarils; les clirétiens rendent grâces à Dieu ; les païens se relusenl en vain à suivre cel (îxemple; leur Cd^ur admet ce que leur houclie récuse, et (.lolilde dit à son époux :

— Telle est la vengeance de mon Dieu! vous l'accusiez, il sauve votre enfant. Douterez-vous mainicuani de sa magnanimité, de sa miséricorde?

Le fier Sicambre garda le silence, mais son IVoiit se couvrit de rougeur ; l'orgueil retint sur ses lèvres un aveu favorable à la religion de Clotilde; il lui fallait une dernière preuve de la bonté de l'Éternel.

Ce fut au milieu des plaines de Tolbiac, en 490, que cette preuve lui fut donnée. Là, se rencontrèrent l'armée de Gibulde, roi des Germains, et celle de Clovis, qui s'était uni à son parent Sigebert, roi de Cologne, pour repousser les barbares. Lik^ pluie de ilècbes obscurcit bientôt les airs; les dogues (jue les Francs avaient dressés s'élançaient en burlant au-devant de l'ennemi ; mais les chariots des Germains traversaient impétueusement la mêlée, et les taureaux furieux qui les traînaient, répandaient partout la confusion et la mort.

Le roi de Cologne, grièvement l)lessé, chancelle et tombe. Ses soldats découragés n'opposent plus qu'une faible résistance ; la crainte s'empare aussi des Francs, et Clovis, qui suit du haut d'une colline les moindres incidents de la bataille, s'aperçoit avec rage de la déroute de ses légions. Vainement on essaie de les rallier, elles méconnaissent les ordres de leur chef et s'imaginent que leurs dieux les abandonnent. Dès lors elles se croient perdues; cette persuasion les anéantit et jette déjà le trouble dans l'âme de Clovis.

— Eh bien, seigneur, dit Âurélien au roi des Francs, puisque vos dieux vous trahissent, invoquez le Dieu des chrétiens, il vous exaucera, car il est tout-puissant.

Clovis lève les yeux au ciel et s'écrie :

— Dieu de Clotilde, s'il est vrai que lu sois le maître du monde, s'il est en ton pouvoir de secourir ceux (jui s'adressent

a toi. je I iiii|il(in' en ce iiKimriil Idiihlc. .1 ai apiiclc iwcs diciix. ils sont sourds à ma in'irrc; si lu m accctrdcs la \ icloirc, je lais Vd'ii (le N i\ rc sous la l(»i.

Le scriiH'ul de Clovis csl cnliMidu par l'arun'C. I/ôvcVjuc de Charlrcs s'avance cl donne la hcncdicliun au niunanjuc; des applaudissements parlent de tous cotés; les soldats recommencenl l'atlaipie avec une nouvelle ardeiu', et les <lermains, surpris dans l'ivresse du succès, ont peine à se rassendjler pour soutenir le choc : c'est à leur tour de trembler, de fuir. Des esprits invisibles semblent pousser les l^rancs au condjat, diriger habilement leurs flèches, détourner à temps les coups de l'ennemi. Ils sont devenus invincibles.; une lumière surnaturelle éclaire leur front ; on dirait moins une nombreuse phalange de guerriers qu'une troupe de néophytes. Les Germains atterrés reculent comme les démons sous le regard des séraphins ; ils tombent à genoux, demandent merci, et se constituent prisonniers à la seule condition qu'on épargnera leur vie.

Un messager, dépéché par Clovis, partit pour Soissons ; il trouva Clotilde occupée à filer une chlamyde à son époux. L évéque de Reims lui faisait une lecture pieuse, et le petit Clodomir jouait à leurs pieds.

La reine écouta silencieusement le messager ; son regard reconnaissant remercia le ciel; ses mains se joignirent, et ces paroles ferventes s'échappèrent de son cœur oppressé :

— Mon Dieu, ce n'est pas le triomphe de nos armes (jui me ravit, c'est. le triomphe de vos sublimes lois. Le christianisme peut donc enfin ouvrir librement ses ailes!

lue foule immense circulait aux alentours de l'église de Reims ; on attendait impatiemment le roi Clovis et les milliers de catéchumènes qui devaient être initiés comme lui aux divins

mystères de la loi <-hrélienii('. Des cnraiils repaïKlairnl sur le sol k'S lleiirs de leurs rorheilles; de jcuin's filles couvertes de longs voiles se dirigeaient en iile vers le lieu d(.' la cérémonie el chantaient des hymnes à la louange de Dieu. Ici des leudes richement costumés pressaient à l'envi la course de leurs chars ; là des religieux expliquaient des prophéties que le |)euple recueillait avec ardeur; |)lus loin, des falistes ' raconlaienl de poétiques légendes, et le nom du Christ se posait enlin sur les lèvres qui ne répétaient jadis que les noms profanes des idoles.

Une i"umeur soudaine annonça l'approche du royal cortège : Cbvis parut. A ses côtés marchait la radieuse Clotilde ; derrière lui s'avançaient la princesse >'antilde, la reine Alboflède,que le miracle de Tolbiac avait convertie, le jeune Thierry, le brave Aurélien, et des flots de guerriers et de peuple, que Clotilde était heureuse d'amener au céleste bercail !

Les diacres reçurent Clovis sur le seuil de l'église ; des nuages de myrrhe s'échappaient des encensoirs et montaient en vapeurs jusqu'à la voûte ; des roses effeuillées jonchaient le parvis el parfumaient l'enceinte.

Il était juste que Clovis se- désaltérât le premier aux sources régénératrices du baptême. L'évéque de Reims conduisit l'illustre catéchumène à l'entrée du baptistère, et, tel que le Christ lorsqu'il guérissait les aveugles et les sourds, saint Remy, effleurant de ses doigts humectés de salive les oreilles du monarque, prononça le mot Hephla, qui signifie ouvrez-vom.

Clovis, après avoir récité le symbole des Apôtres, pénétra avec l'évéque dans le Jourdain. On appelait ainsi un sanctuaire de forme circulaire au centre duquel s'arrondissait un large bassin de porphyre remph d'eau sacrée. Regardant l'orient , image de la lumière, puis l'occident, image des ténèbres, saint Remy se disposait à verser sur le front de Clovis l'eau qu'il avait puisée dans le bassin, lorsqu'une colombe descendue du ciel et

' On immmail .linsi k'S ixicU's ii cfilc (■prxiiir.

porlaiil h son \nr uni' pt'lilr liolc, ciiIim dans le haplislcri' par une (les l'cnrli't's oiivcrics '.

L't'V(\|U(', accoinpiissaiil les ordres socrols du Scifiçiieur, saisit la pclilc \u)U\ répand sur la lèlc de Clovis (juclqucs iïoultos de la li(|U('ur ('»'l('sl(M|u'c'lh' n'iirt'rinail.cl s'écrie : u iîaisselc IVonl. lier Sieainhre; hn'lle ce (jur lu as adoré, adore ce que lu as hrùle.» •

Un inuriuure d'enlliousiasme parcourt l'assemblée ; Clovis sort du haptisière, nnèlu de la robe des néophvies ; il s'approelie des prisonniers de Tolbiac et delacbe leurs cliaines. (!'esl |)ar un acte de clémence que le roi des Francs commence sa riouvell(.' existence : du christianisme nail toujours la liberté.

« 0 Clovis ! chantèrent en chœur les bardes, nulle puissance terrestre n'égale ta puissance ; car l'auréole du chrétien rayonne sur ton front ; car lune de les mains tient un glaive, et ton autre main s'appuie sur la croix. »

Le cinquième siècle avait marché ; cinquante-six ans après le baptême de Clovis, mourait sainte Clotilde, veuve de roi, mère de rois. La vie de la {première reine chrétienne n'avait pas cessé d'être agitée ; Clotilde avait vu successivement périr autour d'elle son fUs aîné Clodomir, sa fille Théodechilde, et ses petitsfils Thibaud et Gonthier ; mais la souffrance est aussi une espèce de baptême qui purifie les cœurs : qui n'a pas pleuré ne sait pas sécher les larmes de l'infortune.

M"'^ Anna des Essarts.

' Cette colombe, disent les iiislorieiis, apiiorta la Sainle-Aiiipoule, qui servit depuis au sacre des rois de Fianee.

.4i.lXAH&-f-':'-'''-^

CiU&v.£MaCME

LiA. Paul Petit et C" 3, Place au Doyenné, Pari;

^ïï-

Ange! Ce mot signifie messayerj envoyé de Dieu .

Les anges sont les exécuteurs (les ordres et (les volontés du Tout- Puissant. Il en est qu'il charge d'œuvres de paix, de douceur et de grâce ; il en est auxquels il confie la haute mission de régénérer le monde , de [^^"/M rétablir l'ordre ici-bas , ^ d'y répandre la clarté, d'y donner à tout force et grandeur. Charlemagne fut par excellence un de ces anges. Les hommes de son temps, éblouis par la splendeur de sa vie, perdirent de vue le lieu précis de sa naissance et les faits de ses premières années; est-ce à Âix, à Ingelheim, à Saltzbourg qu'il ouvrit les yeux? Les historiens sont indécis, et il est probable que chacune de ces villes a revendiqué le berceau de Charlemagne. de même que plusieurs villes de la Grèce ont

A.FITV

-^ Ki —

|-rN('ll(li(|ll<' crllli il lloliurc. Il p.ilMil i'r|)rliil,ilil rolislillc (|U il iiMiil le jour en 7 'ri, au cliàlciiii df Sallzhoiirii dans la llaulcllavirrc, cl lut clcvc près (iliiiirlliriiii. lieu voisin de .Mayi'Mcc.

Ainsi (lue nous venons de le dire, (lliarlcs le (irand a rclipsô Charles enl'anl. el l'on ne Ironve dans l'hisloire ([u'un seul l'ail relalil' an jeune lils de Pe|»in le lîrel". C.'esl le voyage Cju'àgé do douze ans, en Tô:^, il lil an nom de s(»n père, an devant i\[i pape Klienne. I.e ehel' de IK^lise. le fulur eliel" do IVnipii'e, se renconlrèrenl à Saint-M;mriee en ^alais, et Tenlant s'élanl, suivant l'usa^îo, prosterne devant le pape, Ktienno le salua du titre de i>atrico de Konie, titre souvorain, prôsago do sa future grandeiu'.

La première éducation de Charles fut toute militaire, et ce ne rut(jue bien plus lard, on le verra, qu'il sut acquérir les bienlaits d'une autre éducation. 11 était bien jeune encore lorsqu'il commanda une armée en Aquitaine ; il défit Waifer, puis Hunaud. qui poussait les Aquitains à la révolte. Cette guerre d'Aquitaine faillit être l'occasion d'une déplorable lutte des deux frères Charles et Carloman, entre lesquels, en 768, à la mort de Pépin le Bref, le vaste royaume de France se trouva partagé. Charles ayant invité Carloman à venir l'assister contre les Aquitains, une violente jalousie du commandement fut sur le point de mettre les frères les armes à la main l'un contre l'autre, et Carloman, par une sage retraite, sauva peut-être Charles d'une action qui aurait terni sa gloire.

Dès la mort de Carloman, arrivée en 771 , son frère prit possession de tout le royaume des Francs. Carloman laissait deux fils bien jeunes, et leur paère, Gerberge, fille de Didier roi des Lombards, aurait dû être appelée à la régence du royaume d'Auslrasie et conserver ainsi aux enfants de Carloman le trône de leur père; mais afin d'appuyer cette légitime, prétention qu'elle élevait au nom de ses fils, Gerberge se rendit avec eux à la cour de Didier, que, dès ce moment, Charles résolut de combattre, et à la voix du pape Etienne, il se prépara à franchir les Alpes.

"^lais avnnt cHW oxpi'dilion, Charles. (Hant à Worms à lenir le ('hnmp de /l/ai, a|)|)ril (jue les Saxons, sorlis de leurs limites, étaient venus avec la rage d'idolâtres fanatiques, brûler I église deDeventer. L'armée des Francs était là, et les Saxons portèrent donc aussitôt le châtiment de leurs violences; puis non moins rapidement, Charles se précipita du haut des Alpes sur la Lombardie.

En 773, les murs de Pavie, qui bien des fois et à diverses époques entendirent le bruit de nos armes, étaient étroitement serrés par les guerriers de Charlemagne. Ce siège, traînant en longueur, le roi des Francs, non moins pieux que brave, conçoit le projet d'aller à Rome célébrer les fêtes de Pâques, et ce projet, il le réalise tout aussitôt, car il ne laissa jamais une pensée sans exécution. Il part donc. Dès que le pape, Adrien P^ est averti de sa venue, il envoie au devant de lui, à trente milles de distance, des troupes pour lui faire honneur ; puis Charlemagne arrivé à un mille de la ville éternelle, voit venir à sa rencontre une immense foule ; les enfants des écoles de diverses nations, qui s'avançaient, portant à la main des palmes, des branches d'olivier et chantant ses louanges. C'est au milieu de ce pompeux et riant cortège qu'il entre dans Rome, vêtu à la romaine, en sa qualité de patrice ; et ce titre qu'enfant il avait reçu-du pape Etienne, déjà grand homme il se l'entend donner de nouveau par Adrien, au moment où il l'abordait, après avoir monté au Vatican en baisant chacune des marches qu'il franchissait.

Les Romains admirèrent la piété profonde qu'il témoigna, et que relevait encore son air imposant, sa taille majestueuse et l'ensemble de sa personne. Tout le proclamait digne d'exercer sur les hommes un puissant empire, non-seulement parla force de sa volonté et l'étendue de son intelligence, mais aussi par la générosité, l'affabilité et la grandeur d'âme. Enfin Vérone et Pavie ouvrirent leurs portes à Charles de retour de Rome, et dès ce moment il fut roi des Lombards : mais les soins de ses conquêtes commençaient à ne plus l'occuper exclusivement; il

— IS

soimciiil .1 rcali^ci" |Hiiii- Iiii-iiu'Iih' cl |H>iir Ic^ nmsIcs coiilrccs de Sii (loiiiiiiiilioii, (les ii((|uisiti(ms hini plus |iivci('US('s : IV'duciilioii, I iiislruclioii. l'ordre. I(> savoir (|ui civiliscul. l)<''jii. <'ii 772 environ, deux uioini's l'cossiiis. (ilciucid cl Jean, élaicnl venus à la cour de (liarlcs pour négocier un traité au nom du roi d'Kcossc. L'empereur, (jui d(?puis loniilempsé|)rouvait lasoil'du savoir. cngagtM ces savanis à rester près de lui, et dès cette même année 772, au milieu de la guerre de Saxe, il se mit à éludTer avec ardeur, sous Clément, un d(* ces moines. Quant à l'autre, nommé Jean, aussitôt que Charles fut maître de Pavie, il le mit à la tète de l'école^ de cette ville, école qui fut la première fondation d'une des plus célèbres universités de l'Italie.

L'aspect de cette foule d'écoliers qui était venue à sa rencontre aux portes de Rome, avait redoublé en lui le désir de faire de son palais, de sa capitale, un vaste foyer de lumière, et ce désir le suivit partout au milieu de ses guerres incessantes, soit que les Saxons nouvellement révoltés le rappelassent de l'autre côté du Rhin, soit que, pour porter secours aux chrétiens persécutés par les Maures d'Espagne, il franchit les Pyrénées, soit qu'il passât les Alpes pour aller faire couronner, par Adrien F', ses fils Pépin et Charles ; le premier, roi d'Italie, le second, roi de Germanie, tandis que le troisième fils de sa sainte épouse Hildegarde était placé sur le trône d'Aquitaine. Plus s'étendaient les limites de son empire, plus il acqu.érait d'activité pour parcourir avec une rapidité incroyable ses vastes domaines; et lorsqu'il rentrait dans ses palais, ce n'était point pour y chercher le repos ; mais alors à ses études de latin, sous Pierre de Pise, de dialectique et de grec, sous Alcuin, il faisait succéder de grandes chasses dans les vastes forêts qui couvraient la Germanie et la Gaule.

Portant toujours le costume le plus simple, ce n'était que dans les plus grandes solennités qu'il se revêtait du manteau royal, entièrement blanc, et s'appuyait sur le sceptre ou bâton royal, qui était une verge d'or de la hauteur de sa haute taille. 11 était charitable, généreux, fastueux au besoin ; mais il n'a-

vait iioquis le moyen d'exeroor cette j^énérosité, eelte clmrilé, €<• faste, qu'à l'aide de la plus sévère économie. Une de ses lois, nonunées Capilulaires, ordonne la vente des o'uis des bassescours de ses domaines et des herbes de ses jardins, car le grand homme ne croyait pas indignes de lui les plus petits soins d'ordre et d'économie domestique. C'est par cette constante vigilance qu'd lit prospérer son enq)ireet sa famille.

Cette libéralité, il l'exerça principalement envers les savants elles hommes instruits qui affluaient à sa cour. En 782, il y créait une véritable Académie; en 787, il amenait de Home des maîtres de grammaire et de mathématiques; et enfin, en 790, la première année de son règne dans le cours de laquelle d n'eût pas à prendre les armes, les écoles de Paris, les écoles de palais, scholœ palatinœ, furent ouvertes en sa présence, par Alcuin et Pierre de Pise, avec la pompe qu'il voulait donner à l'inauguration d'un établissement destiné à être son premier et son moins périssable titre de gloire.

Le palais oîi ces écoles s ouvrirent était celui que l'on nomme aujourd'hui le Palais de justice, lieu que nos rois habitaient alors ; <^Qu'U soit à juste titre appelé école, dit Charlemagne, ce palais dont le haut séjour devient de plus en plus famdier tant aux sciences de l'école qu'à celles du champ de bataille. » Cette phrase d'une des ordonnances de l'illustre fondateur est l'histoire complète des conquêtes morales qui accompagnaient les belliqueuses conquêtes de Charles le Grand. Ce ne fut point seulement les lettres qu'il encouragea et cultiva ; les arts aussi furent l'objet de tous ses soins. A sa voix, un pont magnifique s'étendait sur le Rhin, à Mayence ; un palais s'élevait à Francfort ; un autre à Seltz, en Alsace; Rome envoyait à Paris des maîtres de chant, et le pape donnait à Charles des colonnes de marbre et des statues de Ravenne et de l'an.tique capitale du Latium, pour orner le somptueux palais qu'il construisait sur les coteaux de son lieu favori d'Ingelheim.

Ces soins pour les arts ne l'empêchaient point toutefois de songer à prendre les armes dès qu'il sentait la terre frémir

sous (iiU'l(iU(' iioiivcau soMlî'vcincut de Saxons. Alors, il s'élançait au iNord coiuMic la l'oïKirc, Iraitpail, puis, volant vers le midi, châtiait Us Sarrasins de leur invasion n\ A(jnilainc, les tbreait à se repentir de leur embuscade d(! KonceviUix. lors de sa pnMuière j^uerre en Espajine, et après avoir lait trembler la (■rande-Hretagne, il volait au fond de l'Italie pour |)unir son vassal le prince de Benevent.

C'est à peu près vers cette époque (jue Charlemagne prenant une li^Te pesant d'argent, et la faisant tailler en vingt morceaux qu'il nonnna sols [soUili], établit la manière de compter qui a régné en France pendant mille ans, et que le système monétaire actuel n'a fait que modifier. Les mesures lui durent aussi leur origine, et eurent pour type la longueur de son pied, le pied de roi. Pour détruire cette mesure, prise sur le pied de Charles le Grand, il ne fallait pas moins que celle que les savants ont calculée d'après le diamètre du globe.

La gloire de Charlemagne commençait à resplendir au milieu d'une atmosphère plus calme, et en 797, il recevait en ambassadeurs les Slaves, les Huns qu'il avait domptés, les Espagnols; et le célèbre calife Haroun-al-Rachid, qui était en Asie ce que Charlemagne était en Europe, lui envoyait des présents, entre autres une horloge qui excita l'étonnement et l'admiration de tout le royaume.

Charles le Grand, qui jusqu'alors n'avait pas eu de résidence fixe, semblait s'attacher de plus en plus à la Germanie, lieu de son berceau. Il embellissait, il ornait Aix-la-Chapelle de ponts, de bains fameux, de somptueux édifices, lorsqu'en 799, une grande clameur s'élève de deux points opposés dé l'Europe. Charles dresse la tète ; les Saxons poussaient encore une fois leurs sauvages cris de guerre, et les Romains menaçaient le pape Léon m sur le trône pontifical qu'il occupait depuis 795. Charlemagne part, terrasse les Saxons, puis il vole au secours du pape, en l'année 800, et dompte ses ennemis. Aussi le jour de Noël, le monarque vainqueur étant agenouillé dans l'église du Vatican, on vit Léon III descendre de l'autel, aller vers le puis-

sant défenseur de l'Église, le revêtir de \i\ pourjuv iiii|>(''rial lui poser sur la UHe une couronne d'or, et alors séleva dans l'église, en chœur, un long cri d'allégresse : « Vie cl victoire à Charles Auguste, couronné de Dieu, grand et victorieux empereur I »

C'était l'acclamation des Romains réunis en .foule dans le temple. Charleniagne, des ce jour empereur d'Occident, prend le titre de César, adopte l'aigle romaine, et tous les peuples, saisis de respect devant tant de grandeur, cessent de s'agiter sous la puissante main impériale. Elle est venue l'époque des travaux pacifiques, des travaux qui éclairent et civilisent. Alors les lois, ces capitulaires si sages que Louis XIV en renouvela quelques dispositions, les lois se multiplient à la voix de l'empereur, et lui, y imprimant son sceau avec le pommeau de son épée : (c Voilà mon ordre, dit-il, et voici, ajoute-t-il en montrant la lame nue, voici ce qui le fera respecter. »

Toute sa vie passée prouve que ce n'étaient point là de vaines paroles : aussi en 803, Nicéphore, empereur d'Orient, serésignat-il à lui envoyer des ambassadeurs, et c'est au palais de Seltz, en Alsace, qu'il les reçut avec un appareil tout asiatique et une splendeur destinée à donner la plus haute idée de sa puissance à ces hommes qui n'en jugeaient que par la pompe extérieure. Après avoir traversé de vastes péristyles, les ambassadeurs grecs furent introduits dans une salle magnifiquement ornée et où un grand nombre d'officiers de l'empereur se tenaient dans l'attitude la plus respectueuse, autour d'un trône sur lequel était assis le connétable. A la vue de cette cour splendide, et de l'éblouissant costume de ce grand officier, ils allaient se prosterner devant lui. On les arrête en leur montrant la salle qui est devant eux.

Ils avancent respectueusement entre une double haie d'offi-

• ciers vêtus avec la plus grande richesse, et parvenus au milieu de

la seconde salle, devant un trône où siège le comte du palais,

ils vont s'agenouiller. Les introducteurs les retiennent en leur

désignant les portières qui s'écartent à leur approche.

L'or, les armes précieuses étincelleni d.uis une troisième

salle, ("o tronc doit rire celui de rcmpcrcur. liiclinMiit le Iroiil. les anibassiulciirs s'avimccril vers le inaîlrr «le la lahicdii roi ; mais d'un siij;ii(\ il l(Mir dit que l'einpenMir est plus loin ciu'orc, cl, se rc^sirdaiil d Un o'il slupiMail, les ambassadeurs do poursuivre. à travers la loule de courtisans ipii se pressaient dans la qualricinc salle autour d'un trône qu'occupait le grand cliambelhui. Ils avaient déjà lléchi le genou, lorsque deux officiers viennent au devant d'eux, et de splendides portières s'étant (S'artées, r(Mnp(Teur tout resplendissant de pierreries, depuis sa couronne jusqu'au fourreau de son épée, leur apparaît enfin au milieu des rois ses enfants, des princesses ses fdles, et d'une éclatante réunion de ducs et de prélats; mais ce qui était plus beau que toute cette pompe, c'étaient les douze p;mvres que (^liarlemagne voulait partout avoir à sa suite, en l'honneur des douze apôtres, ils représentaient sa charité auprès de sa grandeur, que représentaient si majestueusement ses douze pairs.

En la même année 803, à cette solennité de la politique, succédèrent les plus splendides solennités de l'Eglise. Charlemagne avait prie Léon III de venir consacrer la chapelle impériale d'Aix-la-Chapelle, et le pape accuedlit avec empressement sa prière. Un jour donc, Charles et Léon III sortirent en grande pompe, pour faire le tour de la basilique qu'il s'agissait de consacrer. Devant, derrière, autour d'eux, marchaient en procession des princes, des ducs, des courtisans, des cardinaux; et trois cent soixante-cinq évêques, convoqués par le pape pour assister à cette auguste cérémonie, figuraient dans cet imposant cortège.

Bientôt Charlemagne reçut du ciel des avertissements sérieux, des maux qui ne faisaient que croître avec son âge. La dévorante activité de son àme infatigable avait afïaibli son corps, et de violents chagrins étaient venus aggraver ses souffrances. Il avait perdu presque à la fois deux de ses fils. Charles, son aîné, qui se montrait digne en tout d'être son successeur, n'avait précède que de peu de temps son frère Pépin dans la

— 2i) — l(tnil)('. (icrull;! une prolondc nlIliclioM pour ( Ji.irlcm.ij^iic, cir il aimait avec; la plus vive tendresse tous ses enl'anls, (|ui d'ailleurs s'en l'endaieril hieii dif^ru's, et furent, eornnie dit Montesquieu, ses premieis sujets, et les modèles de l'obéissance. Puis, s'il venait à apereevoir sur \v Rliin ou la Seine les navires des Normands qui eommeneaient le cours d(; leurs formidables irruptions, ces yeux tout à l'heure éclatants de joie et d'espérance se remplissaient de larmes. Des larmes dans les yeux de Charlemagne, quel sinistre présage pour l'avenir !

«Hélas! disait-il en soupirant à l'aspect de ces hommes du Nord, si ces barbares viennent, de mon vivant, menacer les côtes de mon empire, que sera-ce après ma mort? »

La France n'avait pas de marine ; pour combattre ces barbares, Charlemagne en sut créer une avec l'ardeur de ses premières années ; il fit construire des vaisseaux, ouvrit des ports, et se préparait à repousser par l'attaque ou la défensive les formidables Normands, lorsqu'il sentit venir la mort.

Il convoqua donc les grandes assemblées du royaume à Aix-. la-Chapelle, et là, s'appuyant sur son fils, le seul qui lui restât, Louis le Débonnaire, il le présenta aux évèques, abbés, comtes et sénateurs des Francs, en leur demandant de le proclamer roi et empereur. Une voix unanime lui répondit : (( Vive l'empereur Louis! » crièrent à la fois les grands et le peuple. « Mon fils, lui dit alors Charlemagne, reçois ma couronne, et avec elle les marques de ma puissance. »

Cette couronne était d'or. D'après l'ordre de Charlemagne, Louis alla la prendre sur l'autel, et de sa propre main la posa sur son front; puis, quelques mois après, son père expira. Sur sa tombe, protégée par les voûtes bénies de la cathédrale d'Aix-la-Chapelle, furent inscrits ces deux mots seuls ; Carolo Magno (à Charles le Grand); le monde connaissait assez ses œuvres, et pour complet éloge de ce grand homme qui fît la gloire de son pays et de son père, on mit cette épitaphe sur le sépulcre de Pépin le Bref : Pépin, père de CharlemaCtNe.

Ernest Fouinet.

wmm \n: umm,

KEINK DE FRANCE.

Dans los plaines do la vieille Castille,à 1 ouesl.

(lu côté des montagnes de l'E^tramadure , après une chaude journée, le ciel gardait encore les teintes colorées que le soleil avait laissées der- ^ rière lui, comme un immense manteau de pourpre , et la nuit arrivait fraîche , azurée et toute embaumée de senteurs aromatiques, comme le sont la plupart des nuits en Espagne.

—■"' Rencontrez-vous un

verger sur votre chemin, écoutez-y les harmonieux cantiques des rossignols du sud. C'est le concert des flûtes angéliques. et l'on dirait que les nénuphars , les iris , les saules échevelés qui bordent le ruisseau voisin, tremblent de joie aux mélodies de ces chantres des bois.

Or, ce fut à travers ces frais ombrages, dans le mois de mai

-- VLWh^ V.

litR.Becq^uet.

derann(''(> l'iOO, (Hic cluMiiinail Hlanclic au iinli.'u .Ir Ymul>MSsad<Miui la .•.mduisail à son roval .'poux, l.ouis, lilsai.ir dr

Philippc-AuguslL'.

Elle était àgéo seulement de quatorze ans. <■! allail ciicl.aiii.T

le sort de- sa vie à un enfant du même âge.

Entourée d'un brillant cortège, la riche litière qui renfermait l'illustre fiancée s'avançait lentement traînée par des mules blanches dont les tètes étaient ornées de panaches et de <lo-

chettes d'argent.

Blanche, néeen 1185, était petite-fille d'Eléonore deGuyenne, femme de Henri II, roi d'Angleterre, et fille d'Alphonse VIII, ro, de Castille. On la citait pour sa grande beauté, 1 éclat de srui teint qui lui avait fait donner le nom de Blanche, et encore plus pour ses vertus. L'union de ces illustres enfants amenait la paix entre la France et l'Angleterre.

Les Français, fatigués de guerre, accueillirent partout sur son passage" hi fiancée de Louis, avec de grandes démonstrations de joie. ,., , ^ ♦ Tant que Philippe-Auguste vécut, Louis et Blanche menèrent une vie paisible et douce, n'ayant aucune part au gouvernement. Mais déjà la princesse inspirait au peuple le sentiment d'une tendre vénération.

Son union avec Louis YIII la rendit mère de onze enfants, dont neuf garçons et deux filles. Saint Louis, l'aine de ses fils et depuis Louis IX, devint particulièrement l'objet de ses alleclions maternelles. Elle se -plaisait à développer en lui les heureuses dispositions dont la nature l'avait si bien pourvu, cherchant à lui faire comprendre, dès l'enfance, de quelle importance étaient les obligations que l'Eternel impose aux rois.

Ce fut à Reims, le 8 août 1223, (lue Louis VIII fut sacre, et Blanche sa femme, couronnée par l'archevêque Gudlaume de Joinville. La cérémonie du sacre, la plus belle que l'on eût vue jusqu'alors en France, avait pour témoins le roi de Jérusalem, les princes, les évèques, les grands du royaume, et une foule immense de peuple. ^

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La modi'slir de hlaiicln' t'I ^a |»iclr lirillnviil fii crllr occasum. coiiiiiic une auréole célcsle. plus euroi-e(|ue sa heaule si reniai(|ual)le.

Kieii iTeiiala les réjouissances (jui suivirciil le (-(Mironneuieiil (le i.ouis Mil. l*aris siirlout signala dans (elle circousliinee son amour pour ses princes. Ce n'élail parloul (|ue cris d'all('»gresse. i\uv tables merveilleusement servies, (jue fontaines de vin (jui coulaient à la grande salislaclion de l'indigenl. Toute la ville de Paris, à leur retour de Keinis. sortit au-devant du roi et de la reine. Le peuple. reviHu d'iiabits superbes (ju'il avait empruntés pour leur faire honneur, les suivait . la plupart sur de beaux chevaux, caparaçonnés et blasonnés avec élégance. Les poètes marchaient dans le cortège, trainés sur des chars par de jeunes garçons, chantant des odes louangeuses. Un corps nombreux de musiciens faisait retentir lair du son des vielles, des sistres, du tambour, du psaltérion et de la harpe. Chacun courait joncher de fleurs les chemins par où les deux époux devaient passer. Les riches se distinguèrent particulièrement par des présents somptueux. C'étaient de magnifuiues tapis, des habits de pourpre brodés de pierres précieuses et quantité de vases d'or richement ciselés.

Un livre d'heures sur parchemin, peint avec une admirable pureté et orné de vignettes légères, relié en cuir d'Orient, avec des fermoirs incrustés de rubis, fut oftert. dit-on, par l'abbé de Saint-Denis à la reine.

Un jeune clerc, dont le nom n'est pas venu jusqu'à nous, avait tracé les caractères d'écriture et les vignettes de ce bel ouvrage.

Les fêtes et les tournois se succédèrent pendant un mois.

Henri H, roi d'Angleterre, qui aurait dû se trouver au sacre de Louis VIIl, ainsi que le prescrivait sa qualité de vassal, lui envoya, au contraire, aussitôt après la cérémonie, un héraut pour lui demander la restitution de la iNormandie, comme s'il eût voulu le braver. Le roi. que son courage avait fait surnommer le Lion, confia le soin de sa capitale à Blanche, et partit

aussitôt pour aller châtier les Anglais et les chasser du royaume.

Louis, vicloneux, ayant oblij^t'' ses ennemis à (luitler la iM-ance, se laissa entraîner dans une autre guerre.

Depuis longtemps les provinces ni/Tidionales s'étaient isolées de celles du nord, et le comte de Toulouse, seigneur de ces contrées, était à la fois l'un des princes les plus puissants et les plus riches de l'Europe; mais ces richesses, et la civilisation prématurée qui en fut la suite, avaient enfanté des hérésies. Les Albigeois répandus dans tout le Languedoc refusaient de reconnaître l'autorité spirituelle du pape. Celui-ci fit prêcher une croisade contre eux, et une guerre terrible vint désoler ces belles provinces. Innocent III fut l'ànie de cette guerre, saint Dominique l'apôtre, le comte de Toulouse la victime, et Simon, comte de Montfort, le chef '.

La guerre du Languedoc et des Albigeois entraîna donc le roi plus loin qu'il ne voulait d'abord.

Enfin, après bien des massacres et une perte de temps précieux, Avignon ouvrit ses portes aux Français, par suite d'un traité; une partie de l'armée avait été décimée par les maladies et la famine. Aussi Louis VIII ne put-il signaler la campagne par aucun fait d'armes utiles à ses intérêts, et il mourut en reprenant la route de France, à Montpensier, en Auvergne, dans

l'année 1226.

Ouelque peu brillante et quelque funeste qu'ait été cette expédition, la prudence de Blanche et ses sages négociations permirent encore à son fils (saint Louis) d'en recueillir des fruits.

Louis IX n'avait pas encore douze ans accomphs quand il parvint au trône, au milieu de ces événements douloureux. Blanche, chargée seule de son éducation, avait semé dans son àme douce et affectueuse ces principes solides de religion, cette vertu austère, ce mâle courage et cette résignation qui en firent depuis un si grand et si saint monarque. Souvent on entendit la reine prononcer ces mots : qu'elle aimerait mieux vonson fils mort que souillé d'un péché mortel.

• l,e ProsidciK llcnaiill.

Louis >'lll. t'U iiHiuiMiit, iiv.iil iioiiimi' llliinrlif de r.iislillc iciZciiltMlti roviUimc. I,;i lulrllr d'im ciilaiil dr douze ans, cl le gouvcrncmcnl duii j^raiid ('tal livivà laïuhilioii cl aux laclions des partis. claicMirun lourd lardcau pour une laihlc Icniinc. Mais niaucho se nionlra à la iiauleur de sa nol)le làclie : courap;euse el ronlianto dans l'appui de Dieu, elle eoniiuenea par-s'enlourer des personnages les plus intègres et les plus considérables de France. Elle sut se concilier la bienveillance du pape, si utile dans ces temps d'une foi vive, en «leinandant à son légat, alors près d'elle, le secours de son aulorilî' et de ses conseils. Puis, ayant rassemblé toutes les troupes qu'elle put réunir, elle conduisit son fils à Reims, afin d'y être sacré, en présence d'une foule considérable de seigneurs, de chevaliers et d'évèques, à la tète desquels on remarquait le cardinal de Saint-Ange, légat dupape. Cette auguste cérémonie s'accomplit suivant l'usage, avec toute la pompe usitée dans ces grandes solennités. La présence de Blanche et de son fils fixèrent tous les regards et causèrent une vive émotion. C'était une mère qui présentait au Roi des rois et aux hommes un fils bien-aimé. un roi enfant, dévoué à la religion et à son peuple.

Au moment où le fils de Blanche prononçait le serment d'être fidèle à Dieu et à la patrie, deux jeunes colombes s'introduisirent dans l'Église, et s'élevèrent au-dessus du maître-autel en battant des ailes, comme si l'Éternel, dans ce symbole d'innocence et de paix, eût voulu sanctionner de sa présence même la cérémonie auguste qui faisait de Louis, par sa grâce, un roi de France et un saint.

Toutefois les grands vassaux rebelles, à la tête desquels on voyait Philippe, comte de Boulogne, oncle du roi, Thibaut, comte de Champagne, et beaucoup d'autres, voulaient profiter de la minorité du royal enfant pour relever leur puissance et placer sur le trône une nouvelle dynastie.

Mais la régente , uniquement occupée d'apaiser les partis, n'oubliait rien pour gagner des serviteurs -au roi son fils. Les grands, le clergé, le peuple, eurent part h ses bienfaits. Sa piété

sincère, une vertu soutenue par d»' nobles actions^ sa (lou(;eur, une patience ang(''li(iue, son obligeance sans bornes et un discernement peu connnun, la faisaient cliérir par tous ceux qui l'approchaient. L'oncle du roi était celui de qui elle devait attendre le plus d'opposition dans ses vues du bien public; elle mit tout en œuvre pour se l'attacher.

Comment ne pas chercher à plaire à une princesse aussi accomplie ?

La ligue contre le roi et sa mère était redoutable, car elle semblait toujours renaître. On ne pouvait pardonner à Blanche sa naissance illustre, qui la rendait odieuse aux ambitieux. Sa prudence et son courage lui firent tout surmonter. Elle avait en Thibaut, comte de Champagne, depuis roi de Navarre, un ennemi puissant. Sa persévérance et sa présence d'esprit le vainquirent. Par un hiver des plus rigoureux, le jeune roi et sa mère marchaient au devant du comte à la tête d'une armée nombreuse. Ils étaient accompagnés du cardinal légat Romain de Saint- Ange, du comte de Boulogne, et d'un grand nombre de chevaliers, dont Blanche avait su gagner l'affection et les respects. Le comte de Champagne, surpris, étonné d'une si grande dihgence, au milieu d'une saison si rude, vint se jeter aux pieds du roi et de la reine pour implorer son pardon de leur clémence. Louis, autant par bonté naturelle que par le conseil de sa mère, qui savait apprécier toute l'importance d'un changement si peu attendu, fit au comte un accueil bienveillant et le reçut en grâce avec la dignité affable qui le distinguait.

« A donc, rapporte la grande Chronique de France, le comte regardant la reine, qui tant était belle et sage, s'écria tout ébahi de sa grande beauté : Par ma foi, madame ^ mon cœur et toute ma terre sont à vous. »

Il faut bien le dire aussi : la conversation de Blanche était pleine de charmes, ses manières attrayantes et nobles, sa bonté parfaite; et ses motifs se montraient si solides, si pieux, ses bienfaits se répandaient si libéralement, qu'on ne pouvait lui résister.

Dans rinlimilc, sa douceur ani;ôli(|ii(* avec s<'s serviteurs la taisait adorer, et il u en elail pas un (jui n Vùl sacrilii' sa vie [tour lui plaire. IVlle était la l'orée de son empire à l'eirard de ceux (jui l'entouraient . ({u'un n<' pouvait la voir sans l'aimer.

L'horreur de toutes les inisères humaines disparaissait dans tous les lieux où eHe étendait sa puissance. A s;i voix les |)orles des prisons s'ouvraient el les l'ers se brisaient. Les victimes d'une haine inunorale el les innocents recouvraient la liberté, tandis que sa présence modérait les angoisses et les tortures des coupables.

La reine passait la plus grande partie de ses journées, lors- (pi'elle n'était pas occupée des affaires de l'état, avec ses enfants, dont elle soignait la santé et surveillait l'éducation; aussi le jeune roi, nourri du lait maternel, avait-il conçu, dès l'âge le plus tendre, un profond amour pour sa mère. Souvent Blanche demeurait des heures entières dans son oratoire à prier avec lui, ce qui ne les empêchaient pas l'un et l'autre de veiller au bien-être de leurs sujets, dont ils demandaient sans cesse à l'Eternel le bonheur.

La régente avait besoin d'une activité soutenue et constante pour apaiser les troubles de la France et vaincre les partis.

Le duc de Bretagne, déjà reçu à merci par la reine, venait de se révolter de nouveau. Ligué avec le roi d'Angleterre, ils ne parlaient de rien moins, lun et l'autre, que de détrôner le roi.

Par un froid extrême, la régente et son fils se mirent en campagne 1226 et allèrent camper devant Bcllesme, que le duc défendait ; cette place passait alors pour imprenable par l'épaisseur de ses murs et la forte tour du château.

Hommes et chevaux périssaient frappés par la rigueur de la saison; cependant la régente ne se rebuta point, elle voulut être en persoime au siège avec son fils. Elle encourageait les soldats par sa présence, faisant panser les blessés, souvent les pansant elle-même, et veillant à tous leurs besoins, comme une mère tendre et vigilante à l'égard de ses enfants, ce qui faisait de ces hommes, pour la plupart rudes et insouciants, autant de héros.

Jous les clicv.ilicrs hi'i^ii.iiciil riioiinciir de remplir les onlros (le la roino, H leur enllioiisi.istiie éclalail siirloiil l(»rs(|u'on la voyait à cheval à coté de son fils, adolescent (jui, portant une légère armure, la léte couverte d'un casque d'acier brillant, criait de sa jeune voix : '( Saint Denis! Montjoie! » en se précipitant au plus fort de la mêlée, (^es cris de guerre, en ces lempslà, étaient toujours le présage de la victoire.

Pendant ce siège, pour préserver l'armée et la mettre à l'abri du froid, la reine ordonna d'abattre un grand nombre d'arbres et en fit faire dans le camp de grands feux pour chauffer les soldats qui commençaient à murmurer de leur intolérable situation.

« Ce n'est pas seulement par tant de vigilance, dit Guillaume de Nangis, que Blanche de Casùlle paraissait être une personne de (jrande conduite ; car, en toutes les actions, c'était la plus habile comme lapins adroite femme de son royaume. »

Après plusieurs assauts meurtriers, Bellesme se rendit enfin, et ce fut encore l'occasion pour la régente de manifester sa grandeur d'àme. Elle eût voulu que par sa clémence les malheurs que les circonstances amenaient en quelque sorte malgré elle ne revinssent plus affliger son peuple.

Louis approchait alors de sa dix-neuvième année ; la reine songea à le marier et lui choisit pour épouse une princesse belle et vertueuse, Marguerite, fille aînée du comte de Provence, à laquelle Louis IX unit son sort en 1234. Deuvans après, Blanche se démit du pouvoir; son fils avait atteint vingt-et-un ans et sa majorité ; mais elle conserva toute son autorité. Le roi, pénétré de respect, de tendresse et de reconnaissance pour sa mère, ne voulut jamais agir que par ses conseils et lui montrait toujours la même déférence.

Blanche , peu de temps après , fut obligée d'aller faire le siège d'irècems, à six lieues de Nantes. Le roi d'Angleterre se trouvait dans cette dernière ville; il en délogea à la hâte. « aimant mieux, dit-il, manquer de foi à son allié, le duc de Bretagne, que de courir la chance d'augmenter les trophées d'une femme à laquelle rien ne pouvait résister. »

- li'î —

l'('n(l;ti\l ce sh'iic le ^Uw de lîrcliiiiiu' lui ((HKlimiiit' à moi'l piii' un arrèl sdlciiiit'l pour crinic de IV'Ioiiic cl i\v Irsc-in.ijcslc. Le rebelle, jtris iiuiiicdiiilcuicMl, iilhiil èli'c uiis ;i niorl, lorsiiiic l.i réveille se laissa llécliir par la rainille du duc, cpii vint loul eplorec se jeter à ses |)ieds. La rein(> l'ut la première à la rassurer, à la consoler; elle rendit au prince tous ses biens, ne prenant contre lui que les simples précautions (pii importaieni à la tranipiillité du roviunne.

Kniin vint le momeni où l'aulorih' du roi fut parloul respectée.

La sagesse des plans de la régente, sa proni[)titude à les l'aire (exécuter et son adresse pour diviser ses ennemis, dissipèrent ainsi (ui peu de temps les orages qui paraissaient devoir entraîner sa ruine ; trompant tous les calculs et les prévoyances, comprimant les passions, elle rendit le calme à la France et la sécurité à son gouvernement. Le repos que Blanche de Castille avait acheté par tant de sacrifices et de travaux ne devait pourtant pas durer.

Le roi étant parti pour la Terre-Sainte, où il allait entreprendre la cinquième croisade, sa mère, restée régente du royaume, obligée de s'entourer d'amis, sut trouver dans les prisons un allié non moins puissant et non moins utile que ceux que déjà sa constance et sa vertu avaient remis sous la bannière du roi son fds. L'infortuné Ferrand, comte de Flandre, était toujours captif dans la tour du Louvre ; la comtesse sa femme, refusant de payer sa rançon, le laissait sans pitié dans les fers. Décidée à rompre ses liens, elle avait formé le dessein d'épouser le comte de Bretagne, Pierre, dit Mauclère, l'un des plus ardents ennemis de la reine ; Blanche déconcerta ses projets en rendant la liberté à Ferrand, qui paya sa générosité par un dévouement constant et sans bornes.

Il ne restait plus à Blanche d'autres adversaires à combattre que les Anglais : Savary, leur chef, fut défait et forcé de se retirer en Gascogne.

Blanche, que nous avons vu si zélée pour les droits de la re-

ligion aillant que pour ceux du trône, savait alîier la lernieté à Ici prudence, et, |')ar son ex(Mnple, corrij^er ce que les nueurs de ce siècle avaient d'inhumain el d(^ barbare. Elle aj)prend que des malheureux serfs dépendants du chapitre de Paris et habitant le village de Châtenaii, ont été jetés dans les fers pour n'avoir pu payer la tadle aux chanoines, tant leur misère est grande. La reine demanchUeur grâce, et n'ayant pu l'obtenir, indignée, elle sort précipitamment de son palais avec sa garde, se rend à Châtenay, fiiit enfoncer les portes des prisons, délivre les captifs et fait saisir les biens du chapitre. Blanche ne s'en tient pas là : moyennant une somme d'argent qu'elle donne, les infortunés serfs sont afTranchis et vont peupler de nouvelles cabanes en bénissant son nom.

Dieu, pour éprouver ses élus, leur envoie parfois de cuisants chagrins ; Blanche devait en ressentir un bien amer pour son cœur maternel. Quelques rumeurs sourdes sur l'armée des croisés se répandent dans Paris. Deux chevaliers, arrivés d'Égyple, sont introduits près de la reine et lui apprennent que le roi, ses frères et grand, nombre de chevaliers sont prisonniers des Sarrazins.

La reine, à cette fatale nouvelle qui brisait son ànie, éleva ses yeux vers le ciel avec une sainte résignation : « 0 mon Dieu ! ditelle, que votre nom soit sanctifié, et que votre volonté soit faite ! » Puis, après avoir lu les lettres du rOi, qu'elle baise et arrose de larmes, reprenant son énergie el son courage, elle ordonne qu'une nouvelle armée soit rassemblée ; et voulant que la rançon de son fds bien-aimé et de ses frères l'accompagne. Blanche se dépouille la première de ses joyaux les plus précieux, pour les convertir en or et servir au rachat des illustres captifs.

A la nouvelle des désastres de l'armée des croisés et de la captivité du roi et de ses frères, des villageois grossiers et farouches, appelés Pastoureaux, soiis le prétexte d'aller délivrer les prisonniers, se rassemblèrent au nombre de plus de cent mille, se portant à tous les excès et commettant en France d'affreux désordres. Tl fallut, armer contre eux, les vaincre, les disperser,

U'ur pardoniUT, cl rcpiiicr par des cdils iU' clciiiciicc l()u<; les maux {|ii'ils aVaiciil caiisc's. Anirs Ions ces iTialliciii's il l'alfail |)oiirlan( envoyer «les troupes au secours de saint Louis.

La régeiile l'ail des levées, organise une nouvelle armée; mais celle armée se ré|>and encore [)ar bandes dans le royaume, au lieu de s'einharquer pour la TerrcvSainte, et devient un nouveau tléau pour la France.

Ce dernier coup du sort accable la reine; une fièvre violente s'empare d'elle et la fait succomber le premicT décembre 1252, à l'âge de soixante-six ans. Cinq à six jours avant de mourir,' Hiancbe prit l'babit monastique de l'abbaye de Maubuisson, qu'elle avait fondée près de Pontoise. C'est dans cette même abbaye qu'on l'inhuma; son corps y fut porté sur les épaules des principaux seigneurs de la cour. On la voyait assise sur un trône d'or, et revêtue de ses ornements royaux par dessus son habit de religieuse.

Voici le portrait qu'un (le nos académiciens les plus distingués, M. le comte de Ségur père, a fait de cette femme illustre.

« Blanche était non moins, célèbre par ses qualités personnelles que par celles de son fils. On la trouvait belle, spirituelle, active, majestueuse sans orgueil, attrayante sans faiblesse. Sa fierté intimidait l'audace, sa douceur attirait l'affection. Habile à pénétrer les desseins de ses ennemis, elle savait également les combattre, les diviser et les gagner. Froide dans le danger, elle était fertile en expédients pour en sortir. Son zèle ardent pour la religion et le bien public la rendit vénérable au peuple et chère au clergé. >)

En la perdant, la France perdit une grande reine et un ange

de la terre.

Vicomtesse Eugénie de Talabot.

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litK.Becquet.

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