‹ Les Anges du foyer (volume 2)Chapitre 8 sur 15 · LÀ ROCHE PERCÉE · texte numérisé non relu

LÀ ROCHE PERCÉE

mait comme ces plaies que Ton cache de peur de défaillir à leur Yue^ et continuait à aimer la morte dans les enfants qu'elle lui avait laissés.

L'aîné, qui se nommait Pierre, touchait à sa neu^ vième année, et avait cette aptitude à la pratique de la vie que le besoin donne si vite aux filsdu peuple. Nonseulement il surveillait sa sœur Renée, plus jeune de deux ans, mais il aidait aux soins du ménage, faisait les courses, prenait part aux travaux de son père selon ses forces et son adresse.

Tous trois avaient suivi un sentier qui serpente sur le flanc du coteau dépouillé, et ils aperçurent bientôt leur cabane située à mi-chemm de Roscanvel et de la citadelle de Kelern .

En voyant ce toit de chaume éclairé par le soleil couchant, Claude sentit son cœur se serrer. Il se rappela malgré lui le temps où il entendait de loin la voix de Catherine annonçant aux enfants sa venue , et les rires joyeux de Pierre accourant avec Renée à sa rencontre.

Maintenant tout était silencieux, désert : la mort avait

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passé près d^ h cabaae et en avait emporté le mouve^ Qient etiajoif;,

Claude soupira |sourdenient, saisit p^r la main ses deux c^fa^ts et les rapprocha de lui, Désormais c'était là sa force et sa cousolatiop.

Cependant, au détour du chemin, et comme il arrivait visrà-vis de la cabane, il aperçut M- Royeç qui Tatteudait assis sur la pierre dressée prés de la porte,

M. Royer était uu anoieu cabaretier de Brest, retiré à Roscanvel, où il avait acheté quelques propriétés» parmi lesquelles se trouvait la chaumière de Morvan. U habitait, non loin dubourg,un vieux manoir à demi ruiné, dont il exploitait les terres mesquinement et sao$ intelligence . Dans le pays, on Taccusait d'avarice et surtout de violence. Deux ou trois fois il avait eu à se justifier devant le juge de paix du canton des mauvais traît^tnents exercés envers ceux qui le servaient.

En arrivant près de lui, Claude Morvan se découvrit» et le petit garçon en fit autant par imitation.

M. Royer, qui était resté assis, garda son chapeau.

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— £b bien, ta femme est donc morte î dit-il arec cette dureté qu'affectent les sots et les méchants à l'égard de leurs inférieurs ; sais-tu que c'est pour toi un malheur ?

— Je dois le savoir, monsieur, répondit Claude d'un ton troublé^ car personne ne connaissait aussi bien que moi ce qu'elle valait I

— Et le pis, c'est qu'elle t'a fait perdre une bonn« place chez M. Lenoiir. Comment diable a^tu pu laisser

là ton travail pendant huit jours?

— Il le fallait pour soigner Catherine.

— Catherine, Catherine, tu pouvais la laisser avec les enfants. . , Il n'y avait plus d'espoir d'ailleurs, tu le savais.

— On n'est jamais sûr de cela quand on aime ceux qui vont mourir, monsieur,, dit Claude avec un senti* ment naïf et profond ; tant qu'elle me regardait, tant qu'elle me parlait, je ne pouvais croire qu'elle allait nous quitter.

M. Royer fit un mouvement de la tête.

— Tu vois OÙ cela t'a conduit, nigaud ! . . . Elle est morte. . . et morte huit jours trop tard ! car M . Lenoir, qui ne pouvait attendre, a fait venir de Brest un autre ouvrier pour son four à briques. Où vas-tu trouver du travail, maintenant ?

— J'irai m'offrir partout, répondit Morvan .

— Et on ne te recevra nulle part, ajouta l'ancien cabaretier ; tu le sais comme moi, c'est la morte saison. Il y a plus de bras que d'ouvrage. • • Et cependant tu me dois trois mois de loyer.

— Je ne l'ai pas oublié, monsieur, dit Claude, et je vous les paierai.

— Est-ce avec le porc que tu as vendu pour acheter des remèdes à la défunte... ou avec tes meubles qui ont servi à lui faire une châsse, un enterrement et une croix ? demanda M. Royer durement ; comme si tu ne pouvais te contenter, pour ta femme, du convoi du pauvre et d'un trou dans le cimetière.

— Hélas 1 dit Morvan, c'était la dernière chose que je devais faire pour elle, monsieur; on ne commande pas

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