‹ Les anges du foyerChapitre 7 sur 16 · DEUX PORTRAITS · texte numérisé non relu

DEUX PORTRAITS

Pour le voyageur qui aime l'examen et la variété, les bateaux à vapeur auront toujours un incontestable avantage sur tous les autres moyens de locomotion. Non-seulement la matière d'observation y est plus nombreuse, mais elle se renouvelle plus fréquemment, et se montre sous plus d'aspects. L'intimité forcée des voitures publiques se prolonge souvent jusqu'à la souffrance ; elle est mêlée de gêne et de fatigue : il n'existe aucun moyen d'y écbapper ni même de la suspendre j

les autres voyageurs sont pour nous des compagnons de chaîne qu'il faut subir jusqu'au bout, et l'ennui de cette association trop étroite nous ôte, le plus souvent, la liberté d'esprit et la vivacité d'humeur indispensables pour l'observation. En bateau à vapeur, au contraire, on choisit ses voisins, on prend et on guette chaque compagnon, on observe de près ou de loin, avec suite ou au passage ; l'espace, le bien-être et l'indépendance laissent à l'esprit toute sa perspicacité : aussi les entretiens y sont-ils plus gais et plus divers.

Puis le paysage qui passe devant vous modifie sans cesse vos impressions. Les rivières offrent mille aspects qu'on chercherait vainement sur les grandes routes. Tout y est plus caractérisé, plus pittoresque : les villages se reflètent dans les eaux; les saulaies rampent le long des berges sinueuses; les barges glissent dans les baies ; les îles s'élèvent au milieu du courant comme des bosquets flottants; les rumeurs du fleuve et de la brise forment une sorte d'harmonie qui vous berce ; vous sentez voire esprit devenir plus vif, plus joyeux.

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