LE JUSTICIER
'homme peut échapper à la vie, mais^ non au temps : le temps inflexible poursuit l'évadé hors de sa prison, et le mort, comme le vivant, demeure soumis à la succession des jours et des années... Sur la tombe de Josette, — aux roses, aux géraniums, aux bégonias de l'été, avaient succédé, selon le cours des mois, les chrysanthèmes empanachés, puis les roses de Noël : et maintenant c'étaient, au-dessus de la cellule de pierre enfermant la petite victime virginale des passions d'autrui, l'aride saison où seuls les feuillages des fusains, des buis, des mahonias attestent et symbolisent la foi humaine dans la persistance de la Vie. Un février sinistre planait sur Paris, faisait tour-
noyer ses bourrasques autour des jardins mortuaires: parfois la neige recouvrait tout, revêtait d*uni linceul uniforme et les sépultures oubliées, si désolantes et comme mortes à leur tour, et les tombes les mieux parées, — celle de Josette, par exemple, où parfois les flocons glacés veloutaient de blanc les mimosas et les œillets envoyés pieusement de la Riviera par Guy Croze.
Guy Croze, parmi d'autres traits de la nouvelle génération française, unissait une sensibilité active à un sens précis du réel. Nul fils n'aurait souffert plus que lui de la débâcle familiale provoquée parles imprudences paternelles; nul frère n'aurait pleuré plus douloureusement la mort tragique d'une sœur. Pourtant, il avait teiiu à ce que son mariage avec Yvonne s'accomplît dans les plus courts délais possibles; ce n'était pas une raison, parce que la famille d'hier oscillait sur ses bases, pour tarder à fonder la famille de demain ; ce n'était pas une raison, parce que la sœur chérie avait déserté la /ie, pour ne pas serrer contre soi la jeune épouse bien-aimée... Il avait seulement attendu que l'équilibre se refît, à peu près stable, autour de lui. L'affaire des documents volés s'était résolue en une saignée de deux cent mille francs, versés par Croze au 'ronple Bolski-Mag : ainsi le scandale avait tourné court, mais la situation poli-
tique du député de Romorantin n'en était pas moins détruite. Son ménage n'existait plus qu'en façade : Emmeline Corbeliier, divorcée, se rivait à lui plus étroitement que jamais. M""^ Croze laissait faire avec indifférence : toute affection pour le mari coupable était abolie en elle; la tragique aventure de sa fille l'avait d'ailleurs frappée au cœur; elle vivait dans la dévotion et dans la charité, et le plus souvent au Val d'Anay, auprès de sa sœur Blanche, la demi-veuve... D'autre part, le vieil Haumont-Segré, que la mort de sa femme et l'abandon de sa fille avaient d'abord plongé dans une prostration qui firent craindre pour sa raison, se rétablissait comme par miracle, témoignant, pour régler les dernières difficultés pendantes de sa liquidation, d'une activité et d'une ingéniosité dignes de l'époque où il était réputé l'un des premiers financiers de la place. Il avait pris à tâche de se laver entièrement du reproche de fraude : il y employait le maigre héritage de sa femme, vivant lui-même dans une modeste pension de famille rue Galilée. Ainsi, de part et d'autre se rétablissait sinon l'ordre, au moins le calme, dans la famille d'Yvonne comme dans celle de Guy. Guy et Yvonne s'étaient donc mariés aux premiers jours de l'année nouvelle, en une intimité stricte que leur double deuil justifiait. Puis, aussitôt mariés, fuyant Paris et les
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lieux que les mondains de Paris colonisent en hiver, ils avaient trouvé l'asile retiré qu'ils cherchaient dans la petite anse de Cornioules, dernière née de cette pléiade de stations fortunées qui s 'échelonnerait entre les rochers rouges, les pins verts et la mer bleue, de Saint-Raphaël à Carines. Cornioules ne se compose encore que d'une dizaine de villas toutes neuves, nichées parmi les pins qui descendent jusqu'au bord de la route, laquelle surplombe la mer. Le vieux village est situé à moins d'un demi-kilomètre, dans l'étroite vallée d'un torrent voisin, le Guerre.
Le jeune ménage Croze avait loué à Cornioules une case blanche nommée les Mimosas, voisine d'une autre case blanche plus vaste, nommée les Tamaris, qui appartenait au même propriétaire et qui était à louer, elle aussL Yvonne et Guy avaient préféré les Mimosas justement parce que c'était la plus petite des deux cases blanches et qu41s en étaient à cette heure charmante où il semble qu'on ne sera jamais assez serrés l'un contre l'autre... D'ailleurs, ils entendaient ne recevoir personne, sauf la mère d'Yvonne, dont la venue était annoncée. Leur domestique se composait d'un couple de gens du pays. Us ne fréquentaient pas les brillantes stations de la côte. Une seule fois, ayant poussé jusqu'à Nice, ils en étaient revenus attristés par
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la rencontre de quelques-uns de ces amis malavisés qui ne manquent jamaLs à vous fournir de nouvelles pénibles : ils avaient appris que leur cousine Berthe, avec Fanny Smith, habitaient une villa à Gagnes, entre Nice et Antibes, et aussi que Sandra Ceroni se montrait à Nice avec un veuf quinquagénaire, pourvu d'un petit garçon de huit ans dont elle était censée la gouvernante. Le veuf quinquagénaire, un Allemand assez riche, allait, disait-on, épouser Sandra... Et sans doute, que Berthe habitât le voisinage, cela n'émouvait nullement Guy très épris de sa jeune femme, ni Yvonne, très sûre de son mari. Et que Sandra Geroni eût enfin trouvé qui l'épousât, peu leur importait à tous deux. Mais ces noms, ces voisinages, comportaient le rappel d'aventures et d'heures douloureuses, de tout le désordre que ces étrangères errantes avaient suscité autour d'eux, dont ils supportaient encore les conséquences et dont ils n'étaient pas sûrs d'être définitivement garantis. Aussi, depuis cette expédition malencontreuse vers les régions trop habitées, les Groze dirigeaient invariablement leurs excursions soit en mer, soit en montagne.
Un matin de la fin de février, dans la loggia de bois de leur case étincelante, Guy et Yvonne prenaient ensemble le petit déjeuner matinal. lU le prenaient, assis l'un près l'autre, leurs
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mains se cherchant instinctivement dès qu'ils ne se parlaient pas. Les rares passants de la route qui les apercevaient n'avaient pas besoin de se renseigner pour connaître que cette morningdress blanche ornée de mousselines noires et ce pyjama au damier noir et blanc en étaient encore à l'époque délicieuse et angoissante où deux nouveaux époux ne peuvent exactement pas s'isoler l'un de l'autre, où le besoin de la présence réciproque égale celui de respirer l'air, où tous les sens paraissent avoir cette unique raison d'être et cette unique fonction : servir, pour chacun, à la perception et à la connaissance de l'autre. Entre Yvonne radieusement belle et Guy affiné par les soucis des derniers mois, — Guy au corps plus mince et aux traits plus mûrement dessinés, — régnait cette curiosité fervente de tous les jeunes couples amoureux; mais il y avait quelque chose de plus, qui les faisait chercher leurs doigts, rapprocher leurs chaises, engager l'un dans l'autre leur regard : une sorte de crainte que le sort ne les guettât toujours, ne préparât dans l'ombre quelque irruption nouvelle, après tant d'autres, quelque attaque suprême qui les terrasserait tout à fait si elle les heurtait séparés, mais qu'ils repousseraient à coup sûr s'ils l'affrontaient, côte à côte, les mains unies.
La petite anse ruisselait de soleil sur une mer indigo, agitée de courts et forts clapotements,
bien que nul vent ne fût perceptible. Le soleil, depuis quelques jours, prenait de la chaleur. Le jardinet déclive, naïvement dessiné avec des degrés et des rocailles, le jardinet où s'attestait une imagination géométrique d'architecte, dévalait par Téchancrure des pins, désengourdi, après des semaines de torpeur, aux approches du vrai printemps. Des primevères, quelques roses y buva^dt l'éclatante lumière; deux mimosas, comrae deux encensoirs, exhalaient un |./c^rfum si foiC qu'on croyait par instants en distin -'uer la tu^ee i travers l'air immobile. Devant ce payajige d'espoir paisible, Yvonne et Guy prirent connaissance du courrier qu'on venait leur /eme-r'/e. Yvonne achevait une lettre de sa mère qu*nû son mari l'attira pour lui ^nontre. u!i passage du journal qu'il avait déplié; et Ce fut poui Yvonne une o^rcasion de coller sa jouc contre ceile de son mari, de lui mettre son bras iiu autour du col. Le journal disait, aux échos des mt/ndanités :
€ iVl"'" tmmeline Corbellier a repris ses vendredis poétiques, suivis avec tant de ferveur par les personnalités du monde parisien. On a applaudi hier chez elle un poème dialogué intitulé : IT^arcisse er son refier, joué par M"° Langlade, de rOdéon (rôle de Narcisse), et Fervolles, de la Comédie-Royale (rôle du Reflet). Auteur : M. ji^cques Corbellier. Cette délicieuse, ingé-
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nieuse, un brin perverse comédie poétique a été acclamée. Elle sera certainement reprise prochainement sur une de nos grandes scènes. »
— Quelle inconscience ! murmura Yvonne.
Cette folle, qui a eu la chance de divorcer sans scandale grâce à la complaisance du mari, ne peut donc pas se laisser oublier?
Guy fit un geste de résignation,
— Que dit ta maman? question na-t-il.
— Elle espère arriver après-demain. L'angine d'Alice est guérie.
— Et Nanie?
— Nanie file le parfait engagement avec M. Lecœur. Elle a déjà obtenu qu'il ne porte plus de cravates toutes faites, et elle lui a envoyé sa manucure.
— Rien sur l'oncle Haumont-Segré?
— Si! Maman l'a vu avant-hier... ou plutôt (elle consulta la lettre) il y a quatre jours, chez lui, dans sa chambre de la rue Galilée. Il semblait en bonne santé. Il travaillait sur des dossiers, avec un certain Vignal, un ancien comptable de sa banque. Du reste, voici ce que dit maman.
fclle lut le passage :
« ... Je trouve sa fièvre d'activité un peu inquiétante. Il a entrepris, nous dit-il, de partager sa fortune entre ses créanciers, au prorata de leurs créances. Tout ce que ma belle-sœur lui a
laissé y passera. Comment vivra-t-il après, il ne semble pas s'en préoccuper: il assure qu'on lui garde une place dans une banque du Midi... Or dirait qu'il ne loge plus dans sa tèlQ que deux idées: rancune contre Berthe pour avoir laissé mourir sa mère sans une visite avant, sans un mot de compassion après, et volonté de forcer l'estime des gens que sa débâcle a lésés. D'ailleurs, je constate avec plaisir qu'il se porte bien : il est aussi « vieil Hercule d que jamais...» Comme Yvonne achevait de lire ces mots, son attention fut distraite, en même temps que celle de son mari, par le passage sur la route d'une longue auto grise, carrossée en double phaéton : deux femmes seules occupaient les larges sièges du fond... Il passait pas mal d'autos grises sur la route de Saint-Raphaël, au bas du jardin déclive : mais celle-ci avait soudain freiné aux abords de Cornioules. Maintenant elle était tout à fait arrêtée; l'une des deux voyageuses, penchée en avant, parlementait avec le chauffeur; l'autre, debout, face à la pente où s'étageaient les claires habitations, semblait admirer ce repli discret de la côte, subir la tentation, qui guette parfois les touristes à un tournant de chemin, de suspendre la randonnée, de demeurer, de se fixer. D'ailleurs, ces deux voyageuses ne devaient pas venir de bien loin : leur attifage était à peine dérangé par le
vent de la course. Toutes les deux, masquées, gainées d'amples mantt^ux souples, présentaient ce personnage mystérieu.x et carnavalesque des femmes modernes en automobile, dont on peut seulement conjecturer si elles sont jeunes ou vieilles, laides ou jolies. Jeunes, celles-ci, vraisemblablement, surtout celle qui causait avec le chauffeur; à coup sûr, élégantes, mondaines.
Yvonne et Guy se regardèrent : ils avaient eu ensemble la même idée, et voilà qu'ils hésitaient à se la dire. Guy murmura :
— Qu'est-ce qu elles viendraient faire ici?
— Ah ! s'écria Yvonne en observant la plus grande des deux femmes, qui, descendue sur la route, aidait l'autre à descendre, pas de doute. C'est l'Anglaise... Oh! Guy, que nous veulentelles?
Elle ne nourrissait aucune jalousie rétroactive contre le sentiment avorté que son mari avait naguère ressenti pour Berthe. Et ce n'eût pas été féminin qu'elle gardât de la rancune contre Fanny Smith, contre Fanny, qui avait contribué à séparer Guy de Berthe. Mais l'apparition des deux passantes inattendues réveillait en elle cette angoisse de la destinée dont elle ne pouvait s'affranchir après tant de traverses.
Guy la rassura :
— D'abord, il n'est pas sûr que ce soient elles. Et puis, vois... elles ne viennent pas chez nous.
En effet, laissant leur voiture stationner sur la route, les deux voyageuses montaient la pente, non pas vers l'accès des Mimosas, mais vers l'entrée voisine des Tamaris, qu'un ëcriteau, sur la porte du jardin, désignait aux passants en spécifiant que l'habitation était à louer. La plus grande des deux femmes pénétra la première : l'autre suivit; les quelques pas qu'elles venaient de faire au soleil leur avaient donné chaud; elles se démasquèrent et dégrafèrent un peu leurs manteaux.
— Ce sont elles, fit Yvonne.
Guy l'enlaça, Tétreignit, saas répondre. Dissimulés derrière le treiik^t ci-oisilionné qui formait le côté de la loggia, iîs virent Berthe et Fanny passer presque à leurs pieds, dans le jardin contigu au leur. Puis elles disparurent sous les pins, vers la maison des Tamaris, qu'Yvonne et Guy ne pouvaient apercevoir.
— Comme Berthe a maigri! fit Yvonne.
— Oui... On la dirait malade. En revanche, la damnée Anglaise est toujours la même.
— J'espè:\, bien qu'elles ne vont pas s'installer aux Tamaris!
— Nous aurions toujours la ressource de leur laisser la place.
Ils continuèrent de guetter.
— Ne me quitte pas, murmurait Yvonne.
Et Guy répondait :
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— Non... jusqu'à ce qu'elles soient reparties...
Plus d'un quart d'heure s'écoula: puis l'Anglaise et sa pupille reparurent, accompagnées d'une petite femme brune et sécote à qui la o-arde des Tamaris était confiée. Elles marchaient plus lentement, bien que l'allée descendît. Berthe, fatiguée sans doute par ces quelques pas, s'appuyait sur le bras de Fanny. Fanny discutait avec la gardienne. Toutes les trois passèrent au voisinage de la loggia sans se retourner. Ce ne fut qu'au moment de franchir la porte qui donnait sur la route que les trois femmes levèrent ensemble les yeux vers la façade éclatante des Mimosas. Guy et Yvonne, invisibles derrière le treillage, devinèrent qu'on les nommait : ils perçurent l'effet de surprise sur Berthe et sur Fanny; ils notèrent la brusquerie avec laquelle Fanny laissa en plan la gardienne étonnée, prit le bras de Berthe, et, en moins de deux minutes, l'eut ramenée à l'auto, y fut remontée avec elle, eut fait démarrer.
— Bon voyage, fit Yvonne, osant à présent se pencher hors de la loggia.
Et, gamine, elle agitait son mouchoir vers l'auto, — qui n'était plus, au bord de la côte bleue, qu'une fuyante boule de poussière.
Tous deux rentrèrent dans la villa. Yvonne, se cambrant devant une glace, les mains jointes
derrière la nuque, d'un geste qui lui était familier et que Guy appelait « faire la pigeonne », murmura :
— Mon pauvre Guy, je n'ai plus de remords de t'avoir enlevé à ma cousine... Toi qui aimes mes bras et ma gorge... Qu'aurais-tu fait de ce paquet d'os?
— Pauvre petite Berthe ! murmura Guy.
iMais la « pigeonne », qui savait son pouvoir,
le tentait obstinément, savamment. Ils s'enlacèrent, oubliant à la fois crainte et pitié dans le triomphant égoïsme des amants heureux.
Moins d'un® semaine après la visite que lui avait faire sa belle-sœur Haumom-Manin, visite dont Yvonne et Guy avaient lu ensemble la nouvelle, — le vieil Haumont-Segré congédia, l'ayant payé sans parcimonie, le comptable Vignal, qui l'avait aidé à répartir, entre les créanciers de la Banque liquidée, l'héritage de sa femme. Le comptable raconta plus tard qu'il s'était senti ému en prenant congé :
— J'ai dit au patron : c Comment Monsieur va-t-il vivre maintenant? » Et il m'a répondu : « Ne vous inquiétez pas de moi, Vignal; mon frère ne me laisserait pas manquer... Et, d'ail-
leurs, on me propose une place dans une bonne petite banque de Marseille... »
Plus tard, aussi, le professeur Haumont-Manin et la patronne de la pension de famille confirmèrent le récit de Vignal touchant cette place promise à Marseille. « Un de mes anciens correspondants, avait dit Haumont-Segré, qui m'a gardé sa confiance et qui ne me croit pas complètement gâteux... Cinq mille francs par an: mille de plus qu'il ne m'en faut... »
La patronne de la pension, rue Galilée, n'éprouva donc aucune surprise quand son locataire descendit régler son compte, et, une valise à la main, annonça c(u'il partait pour le Midi.
— Un peu plus tôt que je ne le supposais : mon correspondant est surchargé de besogne et me prie d'avancer mon arrivée. D'ailleurs, je n'ai plus rien à faire ici.
— Et M Haumont-Segré aura là-bas un plus beau temps qu'à Paris, conclut l'hôtesse en lui remettant sa note acquitée... Monsieur veut-il qu'on lui cherche une voiture?
— Ma foi, non! Le Métro est à deux pas et il me conduit juste à la gare.
Il partit ainsi, d'un pas délibéré, portant sa valise. Le poids de la tête neigeuse semblait bien entraîner un peu les épaules en avant, mais l'aspect était robuste et l'allure ferme. Un vieux
chêne tordu vers la cime, — solide encore, du chef aux racines.
Il se sentait en effet plein de force et de résolution. L'habitude invétérée de n'élever presque jamais la voix ni le geste, une apparence cordiale et douce de toute la personne dissimulaient aux yeux des indifférents sa fermentation intérieure. Seuls les Haumont-Manin en avaient conçu quelque inquiétude : mais un peu de fièvre dans les yeux n'était-il pas explicable chez un vieillard frappé coup sur coup de pareils malheurs: abandon de sa fille, ruine de sa maison, mort de sa femme? Ne fallait-il pas au contraire un cerveau bien construit pour avoir résisté à tant de chocs, sans donner maintenant le moindre signe d'affaissement ou d'extravagance? Et certes, pas plus que les Haumont-Manin, pas plus que le comptable Vignal, pas plus que la patronne de la rue Galilée, — les voyageurs qui eurent pour compagnon, entre Paris et la Méditerranée, ce vieillard chenu et courtois, volontiers silencieux, mais répondant avec une urbanité empressée aux questions qu'on lui posait, n'eussent mis en doute qu'il se rendait paisiblement, comme il l'annonçait, au lieu où l'appelaient ses affaires.
Pourtant le vieil Haumont-Segré avait dissimulé à tous ses vrais projets, et Marseille n'était pas le but dernier de son voyage. Personne ne s'en avisa, car personne ne le connaissait dans la
ville énorme et. bruyante où il séjourna seulement le temps de prendre une tasse de lait dans un café voisin de la gare, en consultant un guide de la région. Moins d'une heure après son arrivée, il rentra dans la gare et monta dans un train direct qui, de Marseille, desservait la côte de Nice. On lui avaic délivré un billet de seconde classe pour Gagnes.
La côte, ce* matin-là, offrait vraiment la ressemblance des tableaux-réclamesdontles agences de publicité tapissent les murs de nos villes afin de susciter dans l'âme des gens du Nord Tirré sistible besoin de la mer bleue et du soleil d'or... Le soleil d'or ne s'était enfoncé que peu de fois dans la mer bleue depuis cette autre matinée où Berthe et Fanny avaient visité les Tamaris; et pourtant c'était déjà un autre soleil d'or et une autre mer bleue. Le printemps dionysiaque de la Riviera, qui s'annonçait seulement alors, avait fait depuis son entrée folle et triomphante : il jaillissait des choses inanimées et des êtres vivants, des pierres et des arbres, du sol et des fleurs, de l'air et de la lumière, entraînant le monde dans une orgie de vie juvénile, presque trop fougueuse pour les sens humains. Matins de la Côte d'Azur où l'on se lève plein de hâte à humer l'atmosphère pailletée, à respirer l'haleine des jardins, à s'enivrer de l'arôme et du
reflet des flots, et où, quelques pas faits dehors, accablé par une soudaine torpeur, on revient chercher l'abri des maisons encore fraîches pour y cuver, sous le silence et la pénombre, une griserie quasi douloureuse.
Dans les bois de Gagnes, coin reculé, presque désert, assez malaisément accessible, où se dissimulait leur chalet — « la Hutte » — Berthe et Fanny avaient ressenti dès le réveil cet appel d'un jour splendide, avant-coureur du printemps. Elles s'étaient pressées de sortir, de gagner la plage; elles s'y étaient promenées ensemble, heureuses de leur solitude, heureuses de la joie ardente que le monde semblait exhaler autour d'elles... Fanny regardait avec bonheur les joues de Berthe rosir, sa silhouette mince se redresser, un regard moins terne animer ses yeux pâles : la santé de Berthe inquiétait Fanny. Berthe ne se plaignait jamais, et Fanny était infiniment trop orgueilleuse pour s'accuser elle-même de l'actuelle dépression physique de sa pupille. Mais, à l'évidence, cette dépression avait commencé au lendemain de la fugue hors de la maison paternelle; elle s'était aggravée après la mort de M""' Haumont-Segré, que Fanny n'avait pas permis à Berthe de revoir, la mettant en demeure de choisir entre sa mère et elle-même... Berthe avait obéi: elle était esclave et elle aimait son esclavage; mais elle n'en avait pas moins
souffert. Elle ne se remettait pas. Comme pour sa mère, les médecins ne découvraient chez elle aucun organe atteint. Ils disaient : extrême anémie. Et ils amusaient leur ignorance en analysant des gouttes de ce pauvre sang pâle, en mesurant le ressort de ces artères détendues.
Très vite, à l'air de la plage, l'exubérance du printemps, qui d'abord avait surexcité la jeune fille, la brisa. Il fallut regagner la maison, et Berthe y eut de la peine, malgré l'aide de Fanny qui la soutenait. Aussitôt rentrée dans sa chambre, elle s'abattit dans un fauteuil; ce matin flamboyant l'avait accablée; elle voulut les fenêtres fermées, les stores abaissés. Fanny s'installa dans la chambre, anxieuse et silencieuse; aucune garde-malade n'était plus dévouée, plus infatigable : et Berthe recevait de cette présence, à la fois autoritaire et tendre, un vrai réconfort. <r Sleep, poor Unie thing; I wani y ou ro sleep... » Mais, malgré l'effort docile de fermer les yeux, de suspendre sa pensée, Berthe ne parvenait pas à s'endormir. Sur le voile de ses paupières passaient des zigzags de feu, tout le miroitement de la mer zébrée, fulgurante... Cependant, même sans sommeil, le repos et la pénombre agissaient pour la calmer.
— Vous n'avez aucune fièvre, ma chérie, fit l'Anglaise après avoir quelque temps gardé le poignet mince entre ses doigts...
Tout à coup Berthe se dressa sur son séant.
— Qui est-ce qui marche dans le jardin? fitelle, la voix troublée.
— Mais... Justine, je suppose...
— Ce n'est pas Justine. C'est un pas d'homme...
Berthe, très peureuse de nature, plus peureuse à mesure qu'elle s'affaiblissait, ne pouvait s'habituer à l'isolement de la Hutte, reculée dans ce vaste bois, au bout d'un chemin inachevé que l'automobile ne pouvait même pas suivre jusqu'au seuil. Devant la villa, il est vrai, l'œil se rassurait en apercevant, à travers les arbres, des toits de maisons isolées, puis le village de Cagnes maritime, tout voisin. Mais, derrière, c'était un fourré ass^z compact, percé seulement de sentiers, recouvrant une bonne partie de la colline. Berthe disait qu'elle se sentait constamment guettée, menacée par ces fourrés épais qui surplombaient de haut les cheminées de la Hutte... Elle voulait quitter Cagnes ; et c'était au cours d'une promenade de recherches, dans les environs, que les deux amies avaient visité Cornioules.
L'Anglaise alla relever un des stores, ouvrir une des fenêtres. La clarté envahit la chambre.
— Je ne vois personne, dit-elle, se penchant au dehors. Vous avez rêvé,chérie.... A moins que le mécanicien....
— Vous savez bien, Fanny, qu'il ne vient jamais dans la maison à cette heure-ci, répliqua impatiemment Berthe... Et ce n'est pas le jour du jardinier. Je suis sûre que j'ai entendu un pas d'homme de ce côté (elle montrait le mur orienté vers la pente de la colline, vers le bois). Oh! Fanny, je vous en prie, allez voir.
Fanny, pour la calmer, obéit. Elle donna ellemême un coup d'œii au jardin, puis s'enquit à l'office. Le service était fait par une cuisinière, une femme de ménage, une femme de chambre : point d'hommes dans la maison; l'Anglaise assurait que les valets de chambre français sont ingouvernables par des femmes seules. Pourtant, la nuit, le mécanicien couchait ^u rez-de-chaussée, près du vestibule.
Fanny, dans le jardin, ne remarqua rien de suspect; les trois servantes n'avaient aperçu aucun étranger ni entendu aucun pas.
— Je vais dire à M"® Berthe que Justine est allée derrière la maison cueillir des feuilles de laurier, dit l'Anglaise... Dites-le-lui aussi si elle vous le demande.
Berthe consentit à être rassurée, tout en protestant que « Justine avait marché comme un homme ». Fanny demeura convaincue que Berthe avait eu une hallucination de l'ouïe, peut-être un bref cauchemar dans une minute de sommeil. Elle-même était inaccessible à la
peur des dangers invisibles. Elle constata d'ailleurs avec plaisir que sa pupille allait mieux ; la crise provoqu^^e par la promenade du matin s'apaisait. On pi>t la température des aisselles, qui ne dépassait pa>: trente-sept degrés et demi. Berthe se releva et, j usqu'à l'heure du lunch, s'occupa à peindre un bouquet d'œillets panachés. Fanny, assise auprès d'elle, lisait un de ces interminables romans anglais qui, pendant quatre cents pages, ne racontent rien et ravissent pourtant cent mille lecteurs. Celui-ci s'appelait : The Christian Jwins.
Après le lunch, les médecins ordonnaient à Berthe une complète immobilité, et, si possible, le sommeil. L'usage était donc à la Hutte qu'une fois ces dames rentrées au salon, on ne les dérangeât sous aucun prétexte pendant une heure, et qu'aucun bruit ne troublât la maison. Berthe s'étendait — et presque toujours s'endormait profondément — sur un divan dans le petit salon, qu'on tenait obscur, fermant la porte de communication avec le grand salon. Fanny, cependant, s'installait dans le grand salon, lisant, écrivant, fumant des cigarettes, sans négliger de boire quelqu'une de ces « potions alcooliques y> qui étaient, assuraient-elle, indispensables à sa santé. Depuis la chaleur accrue, la porte du grand salon restait ouverte sur le perron, qu'une véranda vitrée enveloppait en
haut et par devant, laissant libre, à droite et à gauche, le double accès de l'escalier.
Les choses se passèrent, ce jour-là, comme de coutume. Berthe s'endormit presque aussitôt étendue. Fanny la veilla quelque temps, assise auprès d'elle. Par la porte encore ouverte sur le grand salon, il venait assez de lumière pour qu'elle distinguât nettement le corps de la jeune fille allongé sous le voile d'un plaid léger, et sa tête, pâle dans les cheveux blonds, creusant l'oreiller. « O dear, dear!... h murmurait l'Anglaise en contemplant cet être fragile, abîmé dans un sommeil opaque, un de ces sommeils d'où l'anémique se réveille accablé d'une plus lourde lassitude. (L Omy own dear! » Ma chérie! ma seule chérie!... C'était sincère : l'étrange fille penchée sur le chevet de Berthe n'avait pas d'autre amour au monde que la frêle créature endormie; bien vraiment elle était prête à tout perdre pour la garder, et elle eût donné sa propre vie pour la guérir. Bien vraiment aussi elle avait le droit de se révolter quand elle surprenait des sourires ou des allusions trou oies touchant cet amour: peu de jeunes filles de vingt ans demeuraient aussi chastement ignorantes que Berthe, gouvernée par Fanny. Et pourtant l'amour de ces deux femmes, que nulle brutalité n'avait jamais entaché, n'était pas seulement l'amour de ia mère à la fille ni la ten-
dresse raisonnable de deux amies. C'était une sorte de parenté choisie, et de parenté passionnée. Cela impliquait le besoin permanent d'être proches, l'admiration physique et morale réciproque, l'esprit mutuel de sacrifice; cela impliquait aussi toutes les tyrannies et toutes les iniquités de l'amour; cela impliquait la jalousie. Berthe était jalouse de Fanny : il lui déplaisait d'entendre Fanny dire d'une autre jeune fille qu'elle était jolie. La jalousie de Fanny, plus dominatrice encore, refusait strictement à Berthe le droit de vivre auprès d'un autre être et pour un autre être qu'elle-même. Et plus les affections auxquelles Berthe semblait tentée de céder étaient naturelles, légitimes, plus Fanny les combattait. Ainsi l'avait-elle séparée successivement de son fiancé et de sa famille. Ainsi lui avait-elle interdit de revoir sa mère mourante.
Fanny se pencha, effleura d'un baiser les cheveux blonds dont l'oreiller repoussait la masse vers le haut de la tête. Elle sortit ensuite sur la pointe du pied, referma la porte doucement, redescendit à travers le grand salon, j usque sur le perron. L'air étincelait comme en été. Presque pas de bruit vers le village... Laissant la porte-fenêtre ouverte sur la véranda, qu'ombrageaient des stores, Fanny revint s'asseoir dans un large fauteuil d'osier à oreilles, toutes
nant le dos à la baie. Elle alluma une cigarette, se versa un verre de chartreuse (soi-disant additionnée par elle-même de substances pharmaceutiques), le vida en deux ou trois gorgées, puis reprit les Christian Twins et se mit à lire. Sa cigarette finie, elle reposa le livre sur un guéridon. La chaleur méridienne, combinée avec les vapeurs de l'alcool, exerçaient chaque jour ce même effet sur elle : quelques minutes, un quart d'heure au plus d'assoupissement, — après quoi elle se réveillait décongestionnée, lucide, son robuste organisme remis en équilibre par ce bref répit.
Elle dormit un peu moins longtemps, cette fois, et son court sommeil fut mauvais. Elle rêva qu'assise dans son fauteuil de paille à oreilles, elle sentait derrière elle la présence de quelqu'un. Figée, immobile, elle ne pouvait se retourner pour regarder qui c'était : et une peur atroce angoissait, en rêve, ce cœur qui, dans la veille, ignorait la peur. L'effort qu'elle fit pour remuer lui rouvrit les yeux; mal réveillée encore, elle continua un moment d'avoir peur, s'imaginant qu'il y avait effectivement quelqu'un derrière elle. Du perron auquel elle tournait le dos, une présence humaine immobile se projetait, pour ainsi dire, vers la grande pièce silencieuse. Fanny perçut même l'ombre vague que diffusait cette présence sur le parquet ciré. Dans
son demi-réveil, son angoisse s'exaspéra un instant, prolongeantrimpuissance à bouger, comme dans le cauchemar. Puis, reprenant toute sa conscience, elle se maîtrisa; elle cessa de craindre; elle médita même, une seconde, ce qu'elle allait faire. D'un seul geste bien réfléchi, elle se dressa, et, maintenant le fauteuil, comme un léger rempart, entre elle-même et la porte du perron, se retourna.
Un homme était bien debout, juste dans la baie; il avait la tête penchée en avant, le regard baissé; on eût dit qu'il se recueillait avant d'entrer. Peut-être même, venant du dehors étincelant, n'avait-il pas aperçu l'Anglaise dissimulée dans son fauteuil. Au geste brusque de Fanny, il releva le front, regarda. Et Fanny comprit alors le danger : car les yeux du vieil Haumont-Segré, qu'elle reconnut aussitôt, irradiaient cette énergie extatique qui annonce la démence prête à l'action. D'ailleurs, il était nu-tête, et son pantalon laissait pendre un lambeau. « 11 a pénétré dans le jardin en se laissant couler du coteau, pensa Fanny. Berthe avait bien entendu... » Comme tous les cœurs fermes, elle se sentit plus résolue devant le péril imminent. Elle songea d'abord à Berthe, à protéger Berthe, et même, s'il était possible, le sommeil de Berthe, contre le fou... Durant les quelques secondes où ils furent face à face sans parlqr,
elle pensa : « Atteindre le bouton delà sonnette... Mais ce bouton est à cinq pas de moi... le fou m'empêchera... Il faut le calmer... sonner sans qu'il s'aperçoive... » Et tout en gagnant le mur elle dit à voix basse, rivant ses yeux aux yeux du vieillard et s'efTorçant de ne pas l'irriter :
— (Monsieur... Quelle affaire avez-vous ici? Il répondit sur le même ton :
— Berthe est là?
— Non, dit Fanny.
— Berthe est là, répéta-t-îl.
Il avança dans le salon et saisit le bras gauche de l'institutrice qui cherchait à sonner. Bien que M™* Haumont-Segré lui en eût souvent parlé naguère, Fanny ne soupçonnait pas la force du vieillard. Elle sentit son bras comme tenaillé par du fer : en même temps, l'autre main du justicier s'abattait sur sa bouche avant qu'elle eût le temps de l'ouvrir pour un cri. Puis, tandis que son bras gauche, lâché, retombait inerte de douleur, l'Anglaise, toujours bâillonnée par une paume fiévreuse, et des doigts de fer lui brisant la mâchoire, étouffa sous le collier ardent de l'autre main, la main qui avait libéré le bras inerte. Déjà elle ne pouvait plus crier : débâillonnée, il l'étranglait des deux mains. Elle comprit qu'elle allait mourir. Elle tenta pourtant de ruer dans les jambes du bourreau; mais ses jambes à elle ne remuèrent même pas; tout ce
qui lui restait de force vitale ne suffisait déjà plus à lutter contre l'asphyxie. Visage contre visage, les deux ennemis se dirent une dernière fois leur haine avec leurs yeux, pupille à pupille. Puis Haumont-Segré eut soudain cette sensation étrange qu'il soutenait par le cou ce grand corps féminin, devenu pesant comme une chose, et il lui fallut un vigoureux redressement des reins pour ne pas tomber en avant, avec lui... Il le posa doucement par terre, de son long, et, l'ayant ainsi étendu, desserra les doigts avec précaution.
La tête de l'Anglaise, toute rouge, fléchit de côté, pâlit; de la bouche filtrèrent quelques gouttes de sang, mêlées à de la mousse de salive... Rien ne bougea plus...
Dans le train qui les emportait vers Gagnes, Guy Groze et sa femme occupaient seuls le compartiment. Yvonne ne contraignait pas ses sanglots. Elle gémissait :
— Je savais bien que nous n'avions pas fini d'être misérables... Ah! cette menace de quelque chose d'affreux, encore, comme je la sentais!
Lui s'efforçait de la consoler :
4l8 LES ANGES GARDIENS
— L'acte de ton oncle est un acte de fou... Berthe nous écrit qu'il souriait, à côté du corps, quand on Ta arrêté. Il ne passera même pas en jugement. Mon père a encore assez d'influence pour empêcher ça.
— Et Berthe... déjà si malade... cela va l'achever.
— Je ne trouve pas son billet désespéré, protesta Guy.
Il en relut les premières lignes :
« Yvonne, viens à mon secours... Mon père, dans une discussion sans doute, car personne n'a rien vu, a eu un accès de fièvre chaude et a tué Fanny... »
— Non, répéta Guy... Ce n'est pas le ton d'une amante au désespoir... On dirait que la mort a rompu de l'enchantement.
Les petits villages lumineux, les baies ensoleillées s'égrenaient le long de la côte. Le train, flâneur, s'arrêtait souvent, dans des gares paisibles où tout semblait faire la sieste sous le soleil, sauf le vigilant tremblement d'un timbre. Comme on venait de passer le golfe J uan, Yvonne murmura :
— Si nous avons des enfants, j'aime mieux qu'ils restent toute leur vie de petits rustres ignorants que d'ouvrir la maison à des Sandra, à des Mag ou à des Fanny. Elles nous ont fait trop de mal.
— Et elles sont tellement difTérentes de nous, tellement loin de nous, que nous ne comprenons même pas pourquoi elles nous ont fait ce mal, répliqua Guy. Elles ont eu beau vivre chez nous, nous ne les avons jamais connues... Mais voici Gagnes. Du courage I
Imprimerie L. Pochy, 52, rue du Château, Par
PQ
Prévost, Marcel