‹ Les Angines à fausses membranesChapitre 26 sur 46 · Behring, Deutsche Med. Wochenschr · texte numérisé non relu

Behring, Deutsche Med. Wochenschr

BACILLE DIPHTÉRIQUE

à amener la mort comme avec une culture filtrée ; l’organisme animal peut donc servir à l’élaboration du poison. Même résultat a été obtenu par MM. Roux et Yersin : ils ont tué les cobayes, ils ont produit des paralysies curables en se servant du liquide provenant d’organes macérés d’enfants qui étaient morts de diphtérie.

Enfin, dans une expérience très bien menée, Tangl a pu démontrer que chez l’homme le poison diphtérique était sécrété dans les fausses membranes. 11 recueillit, deux heures après la mort, dans un cas de. diphtérie à marche suraiguë, les fausses membranes qui recouvraient le pharynx, le larynx, les bronches et 1 les fit macérer 24 heures dans l’eau. Le liquide filtré fut inoculé à des lapins, à des cobayes qui succombèrent ou, suivant la dose injectée, présentèrent des paralysies. On a pu obtenir des résultats analogues avec le sang ou les urines de sujets diphtériques.

Bien plus, le poison diphtérique joue un rôle important dans la production des fausses membranes. Quelques auteurs, parmi lesquels il faut citer Tangl, ont réussi,- chez le lapin, à produire des fausses membranes par la simple injection sous-muqueuse d’une: culture filtrée; l’exsudât pseudo-membraneux était identique à celui que l’on obtient par le badigeonnage des muqueuses excoriées avec defe cultures virulentes.

MM. Roux et Yersin ont obtenu des résultats comparables en inoculant à un cobaye un petit fragment du précipité déterminé en ajoutant du chlorure de calcium à une culture filtrée. On trouve .qu’au point d’inoculation « les grains de phosphate de chaux sont empri-

sonnes dans un réseau de fibrine mêlé de globules blancs, véritable fausse membrane qui rappelle celle que cause l'injection du microbe lui-même. En effet, le mode d’action du précipité n’est pas sans analogie avec celui du bacille. De même que le microbe élabore au point d’inoculation le poison qui se diffuse peu a peu de même le précipité qui retient énergiquement la substance toxique ne la laisse passer que lentement dans les tissus ».

Dès lors, on comprend la genèse de la fausse membrane dans la diphtérie. Le poison sécrété par le bacille irrite la muqueuse, il détermine la mortification des épithéliums, sa nécrose, et ensuite il provoque la diapédèse des leucocytes et l’issue d’une quantité plus ou moins considérable de fibrine; celle-ci englobe les bacilles et forme presque toute la fausse membrane. Le poison diphtérique agit alors comme l’ammoniaque dans les expériences sur les animaux avec cette différence qu’il est constamment sécrété par le bacille, et que dès lors la fausse membrane se renouvelle plusieurs fois et s’étend, tandis que la fausse membrane experimentale dont la durée est éphémère, ne se propage pas au delà du point qui a été toùché par l’agent irritant.

L’angine diphtérique n’est donc pas, comme le croyaient certains auteurs, une maladie générale d’emblée où la fausse membrane ne fait que traduire 1 infection de tout l’organisme; elle ne ressemble en rien au chancre syphilitique, qui n’apparaît que quand le virus syphilitique a déjà envahi l’organisme entier. C’est une maladie primitivement locale qui devient ensuite générale. Localement, il y a une lésion, la fausse

membrane, qui témoigne de l’irritation de la muqueuse par un agent spécifique, le bacille de Lôffler, mais en même temps, cette lésion locale est le lieu d’élaboration d’un poison sécrété par le bacille qui provoquera les accidents généraux de la diphtérie. Cette interprétation est des plus simples et elle paraît être rigoureusement vraie pour la diphtérie expérimentale; chez 1 homme, il n’en est pas absolument de même; les fausses membranes, en effet, servent en outre d’habitat à des microbes nombreux qui peuvent à leur tour envahir l’organisme et donner lieu à des accidents qui s ajoutent au tableau de la diphtérie expérimentale pure. C’est le rôle de ces microbes surajoutés au bacille de Lôffler que nous devons maintenant essayer de déterminer.

2° Associations microbiennes dans la diphtérie.

Quand on examine une coupe de fausse membrane, on y rencontre très rarement le bacille de Lôffler isolé ; le plus souvent, il est accompagné d’autres microbes, lés uns, par amas, les autres en chaînettes plus ou moins longues. Ces microbes siègent dans les couches fibrineuses qui constituent la fausse membrane, à côté des amas formés par le bacille de Klebs-Lôffler; on les trouve aussi plus profondément au point où la fausse membrane repose sur le derme de la muqueuse. Quelquefois même (Babès), ils pénètrent dans l’intérieur de celle-ci où on peut les suivre à une profondeur plus ou moins grande. Leur présence explique comment certains auteurs, Prudden, par exemple, qui se contentaient

116 LES angines a fausses membranes d’examiner des coupes de fausses membranes, n’ont

trouvé que des streptocoques et les ont regardes comme

les agents pathogènes de la diphtérie.

Baumgarten ‘ ainsi que Frankel, était frappe de leur abondance dans les exsudats pseudo-membraneux. De fait, quand on ensemence sur agar une parcelle de fausse membrane, il se développe un grand nombre de colonies formées les unes par des cocci,les autres par des micro-organismes, hôtes habituels delà cavité buccale; c’est même à certains d’entre eux qu’il faut attribuer la putréfaction dont les fausses membranes peuvent être le siège et l’odeur infecte qu’elles exhalent alors.

La présence dans les fausses membranes de microbes variés, autres que le bacille de la diphtérie, a empêche durant longtemps l’isolement de celui-ci. En effet, les procédés de culture habituels, -sauf l’ensemencement sur sérum, - sont plus favorables à leur développement qu’à celui du bacille de Lôffler. De tous, le plus fréquemment rencontré est le streptocoque; il se trouve si souvent dans les fausses membranes que Prudden l’a signalé 22 fois sur 24, que Baumgarten, même, le considérait comme l’agent habituel de la diphtérie.

Donc, pas de fausses membranes diphtériques ou 1 on ne trouve en même temps d’autres microbes ; ils peuvent être en plus ou moins grand nombre, ils peuvent ne pas appartenir à une même espèce. Leur étude est d’une importance capitale, car ils sont susceptibles d’être le . point de départ d 'infections secondaires qui donnent à la symptomatologie de l’angine diphtérique une physio-

1. Baumgarten, Lehrbucli dur pathologischen Mycologie, p. 705.

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