LES
NGINES A FAUSSES MEMBRANES
diastases, il est modifié par l’action de l’air et de la lumière qui diminuent rapidement sa* toxicité. Il est très sensible à 1 action de la chaleur ; c’est ainsi que porté à 58° il cesse presque complètement d’être pathogène : il peut seulement produire de l’œdème au point d inoculation. L’ébullition lui enlève tout son pouvoir toxique : voilà pourquoi il n’est pas possible de préparer la toxine diphtérique en portant les cultures virulentes à 100° : cette température détruit le poison en même temps qu’elle tue les microbes contenus dans la culture. Comme les diastases enfin, le poison diphtérique est précipité par l’alcool, et il adhère aux précipités, par exemple au phosphate de chaux formé par l’adjonction de chlorure de calcium à la culture filtrée. La substance blanche, pulvérulente, ainsi obtenue, résiste en ne subissant qu’une atténuation très faible à une température de 100°.
Au contraire, pour Brieger et Fraenkel ', on peut isoler du liquide de culture une substance azotée, insoluble dans l’alcool, toxalbumine, formée aux dépens des matières albuminoïdes du milieu nutritif. Ces auteurs ont même doqné la formule de cette toxalbumine. Cette substance ne tue les animaux qu’à une dose 100 fois plus considérable que le précipité desséchéobtenu par MM. Roux et Yersin.
t M - Gamaleia 3 a constaté que la pepsine et la pancréatine décomposent énergiquement le poison diphtérique. Le résultat de cette décomposition est la production
Brieger et Frankel, Berl. Kl . Woch., -1890.
* Gamaleia, Action des ferments solubles sur t'ique. C. R. Soc. Biolog., 20 février 1892.
le poison diphté-
BACILLE DIPHTÉRIQUE
d’une substance toxique qui détermine la mort lente des animaux. II conclut de cette expérience que le poison diphtérique est une substance albuminoïde complexe qui se décompose en laissant subsister un noyau toxique offrant tous les caractères d’une nucléine : le poison diphtérique est une nucléo-albumine.
Les recherches récentes de M. Guinochet 1 tendent à établir que ce poison n’est pas une substance albuminoïde. Il a cultivé des bacilles de Lôffler dans de l’urine et a pu constater qu’au bout de quelques jours cette urine filtrée faisait périr les cobayes comme l’injection des cultures dans le bouillon en produisant des lésions identiques. La toxine diphtérique ne dérive donc pas de substances albuminoïdes; de plus, il lui a été impossible de retrouver dans l’ürine ayant servi à la culture aucune trace de substance albuminoïde.
Paralysies diphtériques. — Quand on fait usage de doses insuffisantes pour amener immédiatement la mort, on voit, au bout de quelques jours, les animaux maigrir et présenter des paralysies d’abord localisées au train postérieur qui s’étendent ensuite à tout le corps ; lamort survient au bout de deux à trois semaines. Mais chez les pigeons et les chiens on peut obtenir (Roux et Yersin, Spronck) des paralysies qui ne sont pas mortelles. Elles disparaissent généralement en deux à trois semaines. Il se produit chez les animaux inoculés un ensemble de phénomènes qui rappellent le tableau de la paralysie chez l’homme : dans les deux cas la
1. Guinochet, Sur la toxine du bacille de la diphtérie. C. H. Soc. Biolog., 20 février 1892.
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paralysie est tardive ; elle apparaît longtemps après la production des fausses membranes ou l’injection des cultures filtrées. Les paralysies du pharynx et de la musculature oculaire font défaut, mais si on se rappelle que chez l’homme ces accidents se bornent souvent à de simples parésies, on comprendra comme il est difficile de les reconnaître chez l’animal. Enfin, c’est un fait bien connu qu’il n’y a pas toujours concordance parfaite entre une maladie observée chez l’homme et celle qu’on détermine expérimentalement chez les animaux.
Mode d’action du bacille diphtérique. — On comprend dès lors comment va pouvoir agir le bacille de Loffler qui, soit chez l’homme, soit chez l’animal, n’envahit jamais l’organisme. Il reste localisé dans les fausses membranes, dans celles du pharynx par exemple, et là il sécrète un poison capable de produire les accidents immédiats de la diphtérie et les accidents tardifs dont les plus remarquables sont les paralysies. Le bacille agit bien par l’intermédiaire du poison, puisque lès lésions obtenues par l’inoculation de cultures virulentes sont presque identiques (Babès) à celles qu’on obtient après injection de culture filtrée, puisque les symptômes observés sont absolument comparables.
Ce poison est-il sécrété dans l’organisme humain comme dans le bouillon de culture? C’est là un point qu’il fallait établir pour démontrer l’identité de la diphtérie humaine et de la diphtérie expérimentale. Chez l’animal, Behring 1 a réussi, en injectant à un cobaye le liquide provenant de la cavité abdominale d’un autre cobaye inoculé avec une culture virulente,