Babinsky, Gaz. hebd. de méd. et chirurgie
ANGINE DIPHTÉEIQU)
mais elle est beaucoup plus fréquente chez les enfants que chez les adultes; on la rencontre surtout de 2 à 6 ans, elle est absolument exceptionnelle durant le cours de la première année. Le rôle du sexe, de l’hérér dite paraît aujourd'hui absolument négatif.
Il est certain que la diphtérie se montre plus souvent sur une muqueuse déjà enflammée, que sur une muqueuse saine ; cela explique la fréquence si grande de la diphtérie consécutive à la scarlatine et à la rougeole, puis à la fièvre typhoïde et à la coqueluche; cela explique comment une angine simple peut être le point d’appel d’une infection diphtérique, comment, suivant l’expression de Trousseau, une angine couenneuse commune est susceptible dese diphtériser. Il est hors de doute que l’affaiblissement de santé générale, le surmenage, les fatigues exagérées, préparent l’organisme à l’invasion de la diphtérie.
t’est une affection qui a pendant longtemps été épidémique. — On trouvera dans Sanné une très intéressante relation des épidémies qui ont désolé diverses parties de l’Europe; — elle l’est encore : il y a des épidémies de ville, de village, de maison dont l’origine a pu quelquefois être démontrée d’une façon précise (Trousseau) ; une fille revient dans son village .avec une angine diphtérique à laquelle elle succombe : quelques jours plus tard il se déclare dans la population de ce village, jusque-là indemne, des cas nombreux qui font plusieurs victimes. Ainsi s’expliquent, les petites épidémies de maison : toujours il a fallu l’importation d’un germe pour déterminer l’apparition de la maladie.
Elle est endémique dans la plupàrt des grandes villes
de l’Europe. A cet égard, Paris est une des villes les plus éprouvées: en 6 mois, pendant l’année 1888, le nombre des décès causés par la diphtérie (car l’angine en est la manifestation presque constante) a été de 1,047 pour une population de 2,260,943 habitants. A Londres, où la population atteint un chiffre deux fois plus considérable, il n’y a eu que 832 décès; pour toutes les autres villes, la proportion est à peu près la même.
La plupart des auteurs s’accordent à reconnaître aux conditions climatériques une influence considérable. Depuis Home, on pense que l’angine diphtérique est plus fréquente dans les climats froids ; les lieux humides y paraissent particulièrement exposés: De même, c’est généralement en hiver et surtout au printemps que les angines diphtériques sont le plus habituélles : d’une statistique empruntée au mouvement de la diphtérie dans les hôpitaux d’enfants, Sanné conclut que le maximum de fréquence'.est au mois d’avril, le minimum pendant la saison chaude, au mois de juillet.
L’angine diphtériqne est une maladie essentiellement contagieuse : à cet égard, les recherches modernes n’ont fait que confirmer l’opinion de Trousseau et de Bretonneau. Un des modes de transmission les plus rares mais des mieux démontrés est la transmission par contact direct : un individu reçoit dans la bouche ou sur la conj onctive un j et de salive d’un diphtérique ou une fausse membrane : quelques jours plus tard on peut voir apparaître une angine ou une conjonctivite diphtérique ; on cite partout les noms de Valleix, de Herpin et de tant d’autres médecins qui ont succombé à une diphtérie ainsi contractée. Par contre les expériences d’inocula-
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tion directe tentées par différents observateurs, par M. Peter entre autres, ont échoué : cela ne prouve pas du tout que ce mode de transmission n’existe pas; il en résulte sèulemént que ces auteurs ne se trouvaient pas alors en état de réceptivité morbide. Bien plus, le contage susceptible de donner lieu à la maladie par contact direct peut subsister pendant très longtemps à l’état vivant; rien de plus démonstratif à cet égard que le cas de cet enfant atteint d’angine simple dont on badigeonne la gorge avec un pinceau ayant servi deux années auparavant à traiter un de ses frères malade de la diphtérie, et dont on n’avait pas fait usage depuis ; il contracta une angine diphtérique à laquelle il succomba.
L’angine peut-elle se transmettre par l’inoculation sous-cutanée ? Un individu se pique au doigt en faisant une trachéotomie, par exemple; quelques jours,après il a de l’angioleucite et une angine pseudo-membraneüse; est-il permis de dire que celle-ci soit le résultat de l’invasion de l’organisme par la diphtérie qui a pénétré par la plaie cutanée? Étant donné que cet individu s’est trouvé dans un milieu diphtérique, n’est-il pas plus juste d’invoquer la contagion par l’air ambiant? M. Bergeron penche pour la première interprétation, M. Roger pour la seconde. Aujourd’hui la nature de l’agent pathogène de la diphtérie est bien connue : nous savons que ni chez l’homme, ni chez les animaux en expérience il ne se trouve dans le sang ; aussi il nous semble plus rationnel d’admettre qtie l’interprétation de M. Roger est la plus justifiée.
Le germe de l’angine diphtérique réside dans les
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fausses membranes - les expériences positives d’inoculation le prouvent surabondamment — et dans la salive du malade : ce sont elles qui, desséchées, sont ensuite l’agent de transmission de la maladie. Voilà comment le contact d’un individu atteint d’angine n’est pas nécessaire pour créer la contagion; les objets qu’il a touchés peuvent servir à disséminer la maladie- Ainsi s’explique son apparition chez des enfants qui se sont servis de jouets dont avaient fait usage des diphtériques, chez d’autres qui sont montés dans des voitures ayant servi à transporter des enfants atteints de croup. Il faut se rappeler — et ce fait a une grande importance au point de vue prophylactique — que la contagion de la diphtérie peut être médiate ou immédiate.
La période d’incubation est sujette à de grandes variations; on a cherché à la déterminer en évaluant au bout de combien de temps un sujet qui avait été une seule fois en contact avec un diphtérique présentait les premiers symptômes de l’angine. MM. Roger et Peter sont arrivés, chacun de leur côté, à des résultats identiques : la durée de la période d’incubation oscillerait de deux à sept jours; il ne semble pas qu’elle puisse jamais dépasser douze jours; dans le cas où elle s’est prolongée pendant quinze ou même vingt jours, on est autorisé à admettre, pense Sanné, qu’il y a eu erreur dans la détermination de la date et du mode de la contagion.
A l’inverse de la plupart des maladies infectieuses, la diphtérie ne donne pas l’immunité : une première atteinte ne met pas à l’abri d’une seconde. Il en est à cet
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égard de l’angine diphtérique comme de la pneumonie aiguë franche : ce sont deux maladies infectieuses à déterminations primitivement locales : elles se comportent de la même façon au point de vue de la possibilité des récidives.
On s’est demandé si l’angine diphtérique ne pouvait avoir une origine animale; on sait, en effet, qu’il se développe spontanément chez les poules, les pigeons et tous les gallinacés, voire chez les animaux domestiques, une affection épidémique caractérisée par l’apparition de fausses membranes grisâtres dans l’arrière-gorge. Mais, ainsi que l’ont démontré les recherches deKlebs, de Babes, il n’y a aucune analogie entre les agents pathogènes de la diphtérie aviaire et le microbe spécifique de la diphtérie humaine. Enfin, comme l’écrivait M. Nocard 1 2 en 1889, « le mémoire de Roux et Yersin renverse d’une façon définitive, il faut l’espérer, la théorie de l’origine aviaire de la diphtérie de l’homme; ces deux affections sont tout à fait différentes et n’ont rien de commun ». La diphtérie aviaire est une variété de pseudo-diphtérie : rien ne démontre positivement qu’elle puisse se transmettre à l’homme. Nous devons dire cependant que M. Teissier 3 s’est fait le défenseur de la théorie d’après laquelle les pigeons et les poules seraient les agents de l’ensemencement des fumiers et des dépôts de paille au voisinage desquels on a vu souvent se développer des épidémies de diphtérie. Tout récemment erlfin M. Longuet 3 apportait, après d’autres