Hugdenin, Th. Paris
les battements du cœur sont lointains, sourds, difficiles à percevoir. Le rythme est tantôt normal, tantôt altéré; il y a parfois un dédoublement du deuxième bruit manifeste.
Quelques heures après l’apparition de ces signes, la douleur précordiale se montre ; elle est rarement très vive, c’est une simple: sensation de constriction thoracique avec angoisse plutôt qu’une souffrance véritable. Enfin survient la période de collapsus. L’insuffisance cardiaque se traduit par l’irrégularité extrême du pouls, qui devient dicrote, intermittent, la diminution du nombre des pulsations qui tombe à 30 ou 40 par minute et la dilatation du cœur reconnaissable à l’abaissement de la pointe et à l’augmentation de la matité transversale. La prostration s’accentue et le malade succombe après une ou plusieurs syncopes au bout de quelques heures.
Chez l’enfant, la myocardite ne se présente pas avec le même ensemble de signes ; le plus souvent, elle est absolument latente. La mort subite survient pendant la convalescence et l’autopsie seule permet de reconnaître la complication qui l’a provoquée.
Paralysies diphtériques . w Ce sont les complications les plus fréquentes de l’angine; elles surviennent aussi bien après les formes graves qu’après les formes bénignes; quelquefois même, l’angine qui les précède est si légère quelle a passé inaperçue. On les rencontre dans d/6 des cas (Roger), dans 1/10 (Sanné). ElLes constituent toujours un accident tardif ; quand elles se montrent au décours de la période aiguë, elles peuvent rester limitées au voile du palais; quand elles surviennent pendant la
ANGINE DIPHTÉRIQU]
convalescence, après la disparition complète des fausses membranes, elles se généralisent presque toujours plus ou moins.
La paralysie du voile du palais est la variété la plus habituelle; elle est marquée à son débutpar de la gène de la déglutition : l’enfant avale moins bien les liquides dont une partie reflue par le nez; les aliments solides passent plus facilement ; la déglutition des liquides s’accompagne d’une petite toux laryngée qui montre que l’occlusion de la glotte est rendue incomplète par la paralysie du constricteur inférieur. Les lèvres sont également paralysées : le malade ne peut ni souffler,' ni gonfler les joues. En examinant le fond de la gorge, on constate que le voile du palais tombe inerte et flasque; quelquefois cependant un côté seul est paralysé. L’insensibilité de la région paralysée est complète.
Le plus souvent, cette localisation palato-pharyngée marque le début des autres troubles paralytiques. Il estj très difficile d’en dresser un tableau d’ensemble car iff n’y a pas deux malades qui fassent leur paralysie de la même façon; on ne peut établir qu’un type moyen (Landouzy). Les troubles oculaires sont dus à une paralysie de l’accommodation, la pupille est dilatée et immobile, la lecture devient difficile : c’est même là quelquefois le premier symptôme accusé par les malades. La paralysie des muscles moteurs de l’œil amène à sa suite du strabisme, de là diplopie ; leptosis est beaucoup plus rare.
Les membres inférieurs sont atteints dans plus de la moitié des cas. La paraplégie complète, de même d’ailleurs que l’hémiplégie, est absolument exceptionnelle:
AN.Gi:
il n’y a presque jamais que des paralysies incomplètes, sa'.traduisant par une diminution de la force musculaire : la marche devient lente, difficile, le malade peut à peine faire quelques pas sans s’appuyer sur une canne; •il se plaint de fourmillements et d’engourdissements dans les jambes, puis quand les membres supérieurs: sont touchés, il devient maladroit, ne peut qu’avec grande -difficulté saisir les petits objets, accomplir les mouvements qui exigent quelque délicatesse; parfois même, on observe du tremblement.
Parmi les localisations plus rares, il faut signaler la paralysie du diaphragme et des intercostaux se traduisant par de l’accélération des mouvements respiratoires, de la dyspnée et aggravant pour le malade les dangers d’une complication broncho-pulmonaire, la paralysie de la nuque, delà face, unilatérale ou double (dans ce dernier cas, l’aspect du malade rappelle celui des individus atteints de paralysie labio-glosso-laryngée), la paralysie de la vessie ou du rectum. Habituellement, l’anaphrodisie est complète.
L’examen d’une région paralysée montre que la contractilité volontaire n’est pas absolument perdue ; il y a très rarement une paralysie totale, mais bien plutôt une parésie simple. Les réflexes sont abolis. La contractilité faradique ne disparaît pas tout à fait. Cependant, dans les cas qui se prolongent plusieurs semaines, on peut observer la réaction de dégénérescence.L’anesthésie, qui est la règle au voile du palais, est moins fréquente sur les autres points du corps. On observe plus souvent .des fourmillements, des picotements et'autres sensations subjefitives vagues.
ANGINE DIPHTÉRIQUE
Ladüré.ede la paralysie diphtérique est très variable. La forme palato-pharyngée ne dure habituellement qu’une quinzaine de jours au plus. La forme généralisée peut se prolonger trois ou.quatre mois. En moyenne, sa durée est de quatre ou cinq semaines. Là marche des accidents est erratique : le plus souvent ils se propagent de bas en haut, gagnant les membres supérieurs, et les muscles du tronc en dernier lieu.
La guérison est la règle. La mort peut survenir 12 fois sur 100 environ. Tantôt elle est lente, et alors elle est due à l’inanition progressive ou à l’asphyxie provoquée par une affection pulmonaire survenant dans le cours d’une paralysie du diaphragme ou des muscles de Reissessen; tantôt elle est rapide. Dans ce cas, elle' s’explique le plus souvent par une syncope, précédée ou non, de crises bulbaires caractérisées par de la pâleur de la face, de l’accélération du pouls, etc.
Guthrie 1 a observé chez les enfants, au cours de paralysies diphtériques, des crises de dyspnée survenant brusquement, s’accompagnant d’ascension thermique parfois considérable, d’accélération du pouls et de vomissements se montrant à la fin de l’accès ; à l’auscultation, on constate que la poitrine est remplie de râles plus ou moins fins. La mort s’observè dans un quart dès cas environ. Ces crises seraient dues, d’après l’auteur, à l’action sur les centres cardiaques et respiratoires d’un poison paralysant.
Les lésions anatomiques de la paralysie ne sont pas
1. Guthrie. Des crises bulbaires dans la paralysie diphtérique. The Lancet, 18 et 23 avril 1891.
encore très bien connues quoiqu’elles aient fait l’objet derecherchesnombreuses. En 1862, MM. Charcot etGombault trouvaient une altération des nerfs palatins; MM. Roger et Damaschino découvrirent des lésions des racines antérieures; M. Dejerine 1 , en 1878, publiait cinq observations d’atrophie des cellules des cornes antérieures avec altérations secondaires des nerfs. Depuis, on a rapporté (Pitres et Vaillard 2 ) un cas de paralysie diphtérique généralisée paraissant due à une polynévrite. On tend aujourd’hui à admettre (Leyden, Mendel) que la plupart des paralysies diphtériques sont dues, comme celles du saturnisme ou de l’intoxication oxycarbonée, à des névrites périphériques, sans pouvoir affirmer cependant que le virus diphtérique ne touchepas,— toutau moins d’une façon dynamique,—les centres nerveux. Ce sont des paralysies toxiques, ' dues à un poison soluble sécrété par l’agent pathogène de la diphtérie; ce poison, on est arrivé à l’isoler et à reproduire avec lui des paralysies, mais il a été impossible de découvrir aucune lésion dans, ces paralysies expérimentales (Babinsky 3 ). A cet égard, les recherches modernes n’ont fait que confirmer l’opinion dé Trousseau.
Etiologie de l’angine diphtérique. — C’estlà une question qui se confond en grande partie avec l’étiologie de la diphtérie, en général : nous ne rappellerons ici que les points principaux.
L’angine diphtérique peut s’observer à tous les âges,