CHAPITRE V
Critiques qu’on pourrait soulever.
Avant de terminer notre modeste travail et d'en arriver à nos conclusions, il nous a paru nécessaire d'insister sur quelques points pour réfuter d'avance quelques-unes des critiques quon pourrait nous adresser.
On pourra, tout d'abord, nous reprocher, au lieu de nous borner à présenter une classification et à en discuter les avantages, de nous être laissé aller à une rapide description, toujours insuffisante d'ailleurs, de chaque variété bactériologique d'angines. Si nous avons cru nécessaire de procéder ainsi, C'était pour mieux justifier les avantages d’une classification étiologique en montrant quà chaque espèce microbienne correspond un type clinique d’angine individualisé un peu dans ses svmptômes, mais surtout dans son pronostic el parfois dans son traitement.
De notre esquisse, si rapide soit-elle (et elle ne pouvait être que rapide sous peine de dépasser de beaucoup les limites d'une thèse). il ressort suffisamment, croyons-nous, tout le bénéfice qu'on pourrait tirer en pratique de l'étude des angines classées d'après les germes qui leur ont donné
naissance. Bien que la bactériologie des angines appelle encore beaucoup de recherches, nous savons que les angines à diplocoques sont d’une évolution courte et d’un pronostic toujours bénin, et qu'il faut se défier, au contraire, de l’angine à streptocoques, capable de terribles généralisalions. Nous savons aussi quelle différence de gravité comporte l’'angine à bacille de Læffler associé au streptocoque et l’angine diphtérique simple.
Nous sommes capable de distinguer sous son masque trompeur l’angine érythémateuse à bacille de Lœffler et connaissons aussi son traitement spécifique.
Nous pouvons différencier l’angine de Vincent du chancre de l’amygdale ou de langine diphtérique ulcéreuse et nous savons que, bien traitée, l’anginé à fuso-spirille est jugulée en 6 à 8 jours. Nous apprenons enfin à nous défier de l'aspect clinique des lésions.
Sans doute, nous fera-t-on observer que si, comme nous lavons dit nous-même, les différents aspects érythémateux, pultacé, pseudo-membraneux, ulcéreux, gangréneux, correspondent à des localisations de plus en plus profondes des germes dans l’amygdale, il est logique d'admettre que ces formes cliniques constituent une véritable échelle ascendante de gravité et fixe ainsi suffisamment le pronostic sans le secours dela bactériologie.
Rappelons que ce guide est des plus trompeurs. Est-il utile de redire que l’angine diphtérique érythémateuse peut se compliquer des accidents toxiques les plus terribles, que l’'angine pultacée à streptocoques a été suivie de septicémies mortelles, que l’angine pseudo-membraneuse à diplocoques est bénigne par contre et que l’angine ulcéreuse de Vincent cède en quelques jours à un traitement à la teinture d’iode,
et ne se généralise. jamais ?
Donc il ne faut fonder désormais les distinctions entre les angines que sur leur nature bactériologique.
On pourra nous faire à cela, il est vrai, une nouvelle objection. Croyez-vous, nous dira-t-on, que dans la pralique
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le médecin puisse s'astreindre à un examen bactériologique de toutes les angines qu'il voit ? En raison de tout ce que nous venons de dire, nous n'hésitons pas à répondre par faffirmative. Il faut au moins que, désormais, tout praticien sache reconnaître à quelle angine il a affaire, par un rapide examen microscopique après coloration, par la méthode différentielle de Gram, réservant, s’il lui est possible. une culture pour les cas où il doute. Ne pas avoir recours à une pratique aussi simple, serait volontairement se priver de précieux renseignements
Cel examen, si rapide qu'il fût, lui permettrait toujours de dépister des affections aussi caractéristiques que l’angine de Vincent et l'angine diphtérique. Avec un peu d'habitude, il apprendrait ainsi d'un coup d'œil à faire un diagnostic sûr, qui entraînerait un pronostic ferme. le plus souvent, et parfois un traitement vraiment spécifique.
En conséquence, non seulement l'étude des angines doit être uniquement étiologique pour être logique, mais encore leur diagnostic dans la pratique courante doit être plus bactériologique que clinique. |
On pourra nous reprocher, enfin, d'avoir été muet sur les anginés associées, polymicrobiennes. Nous répondrons à cette objection que létude bactériologique des angines associées n'est pas encore faite et qu'il nous a paru prématuré d'en parler, même brièvement .Nous nous sommes borné à signaler, chemin faisant, la gravité de l'association diphtérostreplococcique, aujourd'hui bien connue. et de citer. en passant, la fréquence de certains autres germes tels que le pneumocoque, l’entérocoque, le B. coli, etc... en symbiose avec d'autres germes, sans pouvoir ‘en fixer le pronostic exact.
Au total, on le voit, l'étude bactériologique des angines n'est encore qu'ébauchée. Mais déjà les services qu'elle a rendus au pronostic et au traitement de ces affections est très grand et légitime amplement, selon nous, la classification que nous’ proposons comme seule logique désormais.
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