‹ Les angiomesChapitre 64 sur 194 · Audry, Arch. provinciales de chirurgie · texte numérisé non relu

Audry, Arch. provinciales de chirurgie

se trouvent les zones actives du développement des membres, on ne sera pas étonné que cette hypervascularisation locale se traduise quelquefois par des productions angiomateuses. La richesse vasculaire des doigts et leur origine embryonnaire assez précoce expliquent aussi la présence assez commune des angiomes dans cette région. La pression ici peut jouer un rôle. En effet chez la petite fille d'une angiomateuse (celle dont nous avons déjà parlé et qui présentait de temps à autre du purpura), nous avons noté un angiome du médius exactement limité à la face palmaire et à la face externe. L’index mis en contact avec ce médius limitait la partie supérieure de l’angiome qui occupait toute la longueur du doigt. Dans un autre cas que nous venons d’observer, il y avait un nævus de la face dorsale du quatrième et du cinquième doigt avec une flexion congénitale phalango-phalanginienne du petit doigt.

En résumé, le développement des angiomes est soumis à une triple influence : locale, irritative et circulatoire. Certaines régions sont, du fait de leur développement, un terrain tout propice; mais il faut encore des causes irritatives pour amoindrir la résistance des parois, et des troubles circulatoires pour en triompher. La réunion fortuite de ces trois facteurs entraînera la production d’un nodule angiomateux plus ou moins étendu. Celui-ci pourra réagir à son tour sur les tissus environnants dans les conditions que nous avons spécifiées au chapitre précédent.

Cependant l’existence des fissures, des régions juxta-épiphysaires, des fontanelles, etc., ne rendent

P ATHOCtÉNIE.

pas compte de tous les faits observés. L’angiome existe en effet presque partout. On est donc forcé de chercher d’autres causes. Quelques auteurs ont noté les rapports semblant exister entre les nævi pigmentaires ou vasculaires et la disposition des nerfs L Ceux-ci, par l’intermédiaire d’une névrite, produiraient des troubles trophiques ou circulatoires dont la conséquence serait une des lésions précitées. Cette névrite embryonnaire existe-t-elle réellement? ou bien, trouve-t-on des lésions centrales qui l’ont engendrée? Personne n’en sait rien encore et nous ne pouvons voir dans ces idées qu’une hypothèse plus ou moins ingénieuse.

Nous en dirons autant de celles qui tendent à nous présenter l’angiome comme un fait d’atavisme. Plusieurs animaux offrent, en effet, des réseaux vasculaires extrêmement fins et denses, naissant brusquement sur le trajet ou la terminaison d’une artère. Chez les ruminants, en particulier, cette disposition se retrouve au niveau de la carotide interne et à la terminaison de l’ophthalmique. L’angiome pourrait-il être considéré comme le vestige de ces retia mirabilia? Ils expliqueraient en tout cas la présence commune d’altérations vasculaires cirsoïdes ou angiomateuses dans l’intérieur de l’orbite et les parties profondes du cou. Les angiomes phlébogènes de Virchow seraient encore justiciables de cette théorie. Mais ce ne sont là encore que des vues de l’esprit, à l’appui desquelles nous ne pourrions apporter aucun fait.

1. Campana, Vurteljahreschr. /*. Dermat, u, Syph., 1888, Heft 2.

La pathogénie de l’angiome n’est donc pour le moment qu’un mélange d’hypothèses, de conceptions, d’inductions plus rationnelles peut-être que démontrées : cependant elles ont pour points de départ quelques faits bien observés qui semblent les justifier. En pathogénie, la certitude et le dernier terme de nos inductions sont deux choses à peu près encore impossibles à atteindre. Pour nous en rapprocher, au moins, une étude attentive de la vie embryonnaire et de ses déviations tératologiques serait nécessaire; malheureusement cette étude est fort difficile dans le cas particulier : l’angiome ne se révélant guère qu’une fois constitué.

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