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AU POLE NORD. 14i
glacée, et il parvint au sommet d'un ice-berg; il reconnut de là qu'il lui serait facile de se frayer un chemin vers le sud-ouest; d'après ses ordres, on creusa un fourneau de mine presque au centre de la montagne ; ca travail, rapidement mené, fut termine dans la journée du lundi.
Hatteras ne pouvait compter sur ses blasting-cylin* ders de huit à dix livres de poudre, dont l'action eût été nulle sur des masses pareilles; ils n'étaient bons qu'à briser les champs de glace ; il fit donc déposer dans le fourneau mille livres de poudre, dont la direction expansive fut soigneusement calculée. Cette mine, munie d'une longue mèche entourée de gutta-percha , vint aboutir au dehors. La galerie, conduisant au fourneau , fut remplie avec de Ja neige et des quartiers de glaçons, auxquels le froid de la nuit suivante devait donner la dureté du granit. En eflet, la température, sous l'influence du vent d'est, descendit à douze degrés ( — 11° cent.).
Le lendemain , à sept heures , le Forward se tenait sous vapeur, prêt à profiter de la moindre issue. Johnson fut chargé d'aller mettre le feu à la mine ; la mèche avait été calculée de manière à brûler une demi-heure avant de communiquer le feu aux poudres. Johnson eut donc le temps suffisant de regagner le bord ; en effet, dix minutes après avoir exécuté les ordres d'Hatteras, il revenait à son poste.
L'équ;oage se tenait sur le pont, par un temps sec et
assez clair ; la neige avait cessé de tomber ; Hatteras, le bout sur la dunette avec Shandon et le docteur, co mptait les minutes sur son chronomètre.
A. huit heures trente -cinq minutes, une explosion sourde se fit entendre, et beaucoup moins éclatante q u'on ne l'eût supposée. Le profil des montagnes fut brusquement modifie, comme dans un tremblement de terre ; une fumée épaisse et blanche fusa vers le ciel à une hauteur considérable, et de longues crevasses zébrèrent les flancs de l'ice-berg, dont la partie supérieure, projetée au loin, retombait en débris autour du Forward.
Mais la passe n'était pas encore libre; d'énormes quartiers de glace, arc-boutés sur les montagnes adjacentes, demeuraient suspendus en l'air, et l'on pouvait craindre que l'enceinte ne se. refermât par leur chute.
Hatteras jugea la situation d'un coup d'œil.
« Wolsten! » s'écria-t-il.
L'armurier accourut
« Capitaine! fit-il.
— Chargez la pièce de l'avant à triple charge, dit Hatteras , et bourrez aussi fortement que possible.
— Nous allons donc attaquer cette montagne à boulets de canon? dit le docteur.
— Non, répondit Hatteras. C'est inutile. Pas de boulet, Wolsten, mais une triple charge de poudre. Faites vite. »
Quelques instants après, la pièce était chargée.
« Que veut-il faire sans boulet? dit Shandon entre ses dents.
— On le verra bien, répondit le docteur.
— Nous sommes parés, capitaine, s'écria Wolsten.
— Bien, répondit Hatteras. Brunton ! cria-t-i! i ï'ingénieur, attention I Quelques tours en avant..»
Brunton ouvrit les tiroirs, et l'hélice se mit en mouvement; leForward s'approcha de la montagne minée.
« Visez bien à la passe, » cria le capitaine à l'armurier.
Celui-ci obéit ; lorsque le brick ne fut plus qu'à une demi-encâbture, Hatteras cria :
« Feu !» .
Une détonation formidable suivit son commandement, et les blocs ébranlés par la commotion atmosphérique furent précipités soudain dans la mer. Cette agitation des couches d'air avait suffi.
« A toute vapeur! Brunton, s'écria Hatteras. Droit dans la passe, Johnson. »
Johnson tenait la barre; le brick, poussé par son hélice, qui se vissait dans les flots écumants \ s'élança au milieu du passage libre alors. 11 était temps. Le Forward franchissait à peine cette ouverture, que sa prison se refermait derrière lui.
Le moment fut palpitant, et il n'y avait à bord qu'un cœur ferme et tranquille : celui ducapitaine. Aussi l'équipage, émerveillé de la manœuvre, ne put retenir le cri de :
« Hourrah doux John~ liait e ras ! a
lU LES ANGLAIS