‹ Les Anglais en Égypte: L'Angleterre et le Mâdhi Arabi et le Canal de SuezChapitre 1 sur 9 · L'AFRIQUE NORD-ORIENTALE · texte numérisé non relu

L'AFRIQUE NORD-ORIENTALE

L'Angleterre, qui possède des colonies immenses, tend sans cesse la main vers de nouveaux rivages. Il n'est pas surprenant qu'elle ait jeté les yeux sur ce continent africain qui doit appartenir un jour au monde civilisé. Sur toutes les côtes, elle y a des possessions ou des comptoirs ; elle en tâte tous les fleuves ; ses hardis voyageurs en explorent toutes les régions. Précieux auxiliaires du gouvernement britannique, XAfrican Civilization Society^ la Chiirch Society^ VAfrican Exploration fund^ la Lonclon Missionary Society et tant d'autres associations multiplient leurs efforts dans ce sens. L'Angleterre a pris et garde une

avance marquée sur les autres puissances qui se pro-

posent, comme elle, d'arracher les populations africaines à leur état de barbarie chronique.

Il y a longtemps que nos voisins d'outre-Manche préparent leur conquête économique de l'Afrique .nord-orientale. Pour opérer le percement d'un tunnel, on attaque la montagne sur chacun de ses flancs, et les deux galeries finissent par se joindre. Ainsi ont-ils traité le continent visé. Ils l'ont abordé simultanément par deux points opposés de ses côtes, par l'Océan Indien et la Méditerranée. Parti de Zanzibar, Speke a découvert, en 1858, le lac Victoria. Remontant la vallée du Nil à partir de la Basse-Egypte, sir Samuel Baker a fait, en 1864, la découverte du lac Alberi. La jonction était dès lors opérée; l'Afrique nordorientale dûment traversée de part en part !

Notre savant Mariette a prouvé que, dix-huit siècles avant l'ère chrétienne, les Pharaons guerroyaient déjà sur les bords des grands lacs équatoriaux; ces lacs, ce sont les « sources du Nil » qu'Hérodote mentionnait d'après le récit saïtique ; qu'Ératosthène mettait assez exactement Jr leur place et dont Néron voulait déterminer les vraies coordonnées géographiques. Ces deux grands réservoirs oul bassins d'alimentation, que les indigènes appellent des Nyanza^ sonl d'ailleurs nettement 'figurés sur les cartes portugaises du xv" et du xyi*" siècle. La découverte des sources du Nil tt'est donc pas un fait absolument contemporain.

Notre âge ne peut prétendre à d'autre mérite qu'à celui d'avoir retrouvé des Caspiennes dès longtemps connues, mais dès longtemps aussi perdues ou plutôt oubliées. Cette observation ne saurait ternir en aucune façon la gloire d'une pléiade d'intrépides officiers anglais.

Les reconnaissances terminées, le gouvernement britannique conçut le projet d'une prise de possession par voie pacifique et d'un établissement de relations commerciales. On négocia des alliances avec les tribus qui peuplent l'espace compris entre le Victoria et la côte. On rêva pour cette région la construction d'un chemin de fer, la pose d'une ligne télégraphique, et, pour chacun des lacs, un service de steamers. Le roi de l'Ouganda — le célèbre Mtésa — offrit de concourir à l'exécution de ces desseins grandioses.

Tout allait bien de ce côté.

D'autre part, la vallée du Nil n'était ni sûre ni facilement praticable dans toute son étendue. La limite sud de l'empire égyptien passait par le dixième parallèle nord et, au-dessous de ce parallèle, il ne se trouvait plus que des populations sauvages dont les grands voyageurs disaient assez peu de bien. Dans cette situation, le gouvernement britannique crut devoir suggérer au khédive l'idée d'une conquête à effectuer mi-partie par les armes, mi-partie par un système de négociations habiles.

Sir Samuel Baker, à qui fut confiée cette mission

délicate, prit pour base le fortin de Fashoda établi par 10 degrés de latitude nord, et de là remonta la vallée du Haut-Nil, le long de laquelle il opéra de 1871 à 1874. Il sut créer sur cette ligne un excellent chapelet de stations commerciales appuyées de zvàib^ c'est-à-dire de postes fortifiés destinés à être occupés par des garnisons égyptiennes. Ainsi s'échelonnèrent du nord au sud : Chambi, Bohr, Gondokoro {i^mSiYvdi) , Lado, Beffiaf, Apuddo (Ibrahimieh), Dot/fli, Fatiko^ Foweira, etc. Il soumit en même temps, à l'autorité du khédive les Chillouks, les Dm/cas, les Bariy les Madi^ etc. Il descendit dans le Sud jusqu'à l'Ounioro et l'Ouganda.

Les colonels Gordon et Chaillié Long ont brillamment continué l'œuvre de sir Samuel Baker (1). Ils ont, en 1876, exploré le « Nil- Victoria » ou « Somerset-River », ce cours d'eau coupé de chutes qui sert de trait d'union entre le Victoria et l'Albert.

Tel est le travail d'Hercule accompli, en vingtcinq ans, par les Anglais dans la région nord-orientale du continent africain. C'est cet édifice gigantesque qui, à peine debout, menace ruine et déjà croule.

(1) Pour être juste, il faut dire que les explorateurs anglais étaient admirablement secondés par des voyageurs étrangers. Citons M. Ramolo Gessi, sujet italien, qui a fait en tous détails la reconnaissance de rAlbert-Nyanza,et M.Linant de Bellefonds, notre compatriote, assassiné par les Mourzis aux environs de la zrîba de Lado.

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