L'EMPIRE ÉGYPTIEN
L'empire égyptien a pris, depuis quatre-vingts ans, des accroissements considérables.
C'est en 1821 que Méliémet-Ali envoya son fils Ismaïl à la conquête de la Nubie (1), alors divisée en un grand nombre de petits Etats indépejidants, gouvernés par des melek ou souverains héréditaires. L'expédition était accompagnée d'un convoi de plusieurs centaines de barques chargées de vivres, de munitions, d'approvisionnements de toute espèce, lesquelles remontèrent le Nil et furent remorquées, à force de bras,
(1) En amont d'Assouan, par delà les massifs granitiques qui constituent la frontière méridionale de TÉgypte, les cartes géographiques sont coupées par le tropique du Cancer, C'est là, sous le 24me degré de latitude nord, que commence la zone torride ; c'est là qu'on entre en Nubie ! Comprise entre le désert de Libye et la mer Rouge, cette région mesure, de l'est à l'ouest, environ 600 kilomètres de largeur: Quant à son étendue dans le sens méridien, on peut l'évaluer à 1500 kilomètres, car elle descend, au sud, jusqu'à l'Abyssinie et au Kordofan. U serait toutefois difficile d'indiquer d'une façon précise le tracé de ses limites avec le Soudan Égyptien. Actuellement, la Nubie est divisée administrativement en defcx gouvernements généraux, ceux de Maraka (Nouvelle-Dongolah) et de Berber (El Mecherif).
en amont de la deuxième cataracte. Ismaïl soumit successivementleDar-Dongolah,leDar-Berber,leChendy, THalfaya, le Damer, le Kordofan, le Sennâar, le Fazoql, le Dar-el-Foungi, le Dar-Bouroum, etc. Il pénétra dans la vallée du Nil-Blanc jusqu'au confluent du Sobat; dans celle du Nil- Bleu, jusqu'aux frontières de l'Abyssinie. C'est là que furent alors posées les limites sud de l'empire égyptien. Pour consolider ses possessions nouvelles et en centraliser le gouvernement, Méhémet-Ali créa en 1823, au confluent des deux fleuves (1), la grande forteresse deKarthoum (2).
Les limites de l'Egypte le long de la mer Rouge s'arrêtaient, avant 1868, au vingt-unième degré de latitude nord. Tout le sud de la côte formait alors une dépendance de l'empire ottoman, et des détachements de troupes turques tenaient garnison à Souakin ainsi qu'à Massouah. En 1868, le Sultan fit abandon de ses possessions au khédive, et l'autorité de celui-ci s'étendit, dès lors, sur tout le littoral de la mer Rouge depuis Suez jusqu'au détroit de Bab-el-Mandeb.
D'autre part, de 1869 à 1875, Ismaïl-Pacha soumit directement à sa domination une partie de la côte de Somâl sur le golfe d'Aden ; il prit Zeilah, Berberah et poussa jusqu'au cap Gardafui. Opérant, en même
(1) Exactement, la place de Karthoum est bâtie sur la rive gauche du Nil-Bleu, à 3 kilomètres en amont du point de confluence.
(2) Le nom même de Karthoum implique la signification de place forte.
temps, dans le nord-ouest de TAbyssinie, il y subjuguait le pays jusqu'alors indépendant des Bogos, des Bazen, des Gallabat, des Djefareh, e(c.
L'ère des conquêtes n'était pas close. Les limites de l'Egypte dans la vallée du Nil-Blanc étaient alors tracées par le cours du Sobat. A la fin de 1874, grâce à sir Samuel Baker et à ses collaborateurs, l'autorité du khédive s'étendait dans la vallée du Nil depuis la Méditerranée jusqu'à l'équateur, c'est-à-dire sur une étendue de plus de trente degrés de latitude.
C'est en 1874 aussi que le Dar-Four fut annexé à l'Egypte, et l'histoire de cette annexion donne une idée des us du gouvernement khédivial :
Un homme intelligent et instruit [a man of some éducation) était parti de Karthoum pour aller chercher fortune dans les steppes encore inexplorées qui forment, au sud du Dar-Four, le pays dit Dar-Fertit. Là, il sut acquérir certaine influence sur les populations et se tailler une sorte d'(( État » dont il s'attribua naturellement la souveraineté. Cet homme, qu'on disait •d'origine allemande, s'appelait Ziber-Rahama.
Un autre aventurier, connu sous le nom de Balalaoui-Mohammed, persuadait, à la même époque, au gouverilement égyptien qu'il lui serait facile de soumettre toute la l'égion soudanienne, comprise entre le cours du Nil et les lagunes du lac Tchad. Le khédive, convaincu, lui donnait de l'argent, lui confiait quelques troupes, et l'aventurier s'en allait en guerre
son programme à la main. Or il advint que ce Bala- « laoui eut un jour maille à partir avec Ziber,. devenu sultan du Dar-Ferlit, et qu'il fut tué dansTaffaire.
Alors le gouvernement égyptien rendit Ziber res-. ponsable de l'accident. Il le mit franchement en demeure ou d'opérer le remboursement des sommes . ordonnancées en faveur du mort ou de se substituer à lui pour continuer l'entreprise. Réflexions faites, le sultan du Fertit crut devoir s'arrête^ aii second des deux partis dont on voulait bien lui laisser le choix. Il devint, à son tour, entrepreneur de conquêtes.
S'étant ménagé l'alliance des Arabes Rîzerat dans le sud du Dar-Four, il attaqua les Arabes Bagara et leur prit Schegga^ principal entrepôt de leur grand commerce d'esclaves. Aussitôt le gouvernement khédivial le nomma moudir de Schegga. Cela se passait vers la fin de l'année 1873.
Au commencement de 1874, Brahim, le sultan du Dar-Four, justement inquiet des progrès et de la puissance déjà menaçante de Ziber, marcha résolument à sa rencontre. Il eut le malheur de se faire battre. Alors l'aventurier, qui avait pris la suite des affaires de Balalaoui, put pousser librement jusqu'au cœur du Dar-Four. Pour couvrir sa capitale, Brahim concentra en toute hâte ses forces à Monaouashi, point situé à trois journées de marche d'El Fasher. C'est là qu'il livra sa dernière bataille et fut tué (octobre 1874), comme l'avait été Balalaoui-Mohammed. C'est de là