Les anglais peints par eux-mêmes
it le pré-ent ruluiiie , on a voulu raonircr le caraclcre anglais, peindre ries physionomies anglaises, r.aissons â l'artiste et au\ auteurs le soin de faire connaître leurs propres intenlioDS, et eiaiiiiuoDS un moment la valeur et l'utilité d'un ouvrage, dont le but est de conserver lin tableau durable de l'époque acuelle. d'oD rappeler le.> vertus, les folies, les eoulradietions morales, les abus criants. L'observateur de la nature humaine j trouve une ample sujet de rêfieiions : le lecteur oisif y puise à la fois du plaisir et de l'iustruction ; pour l'antiquaire même, plus occupé des dates que des sentiments et des habitudes des hommes, pour l'antiquaire qui cherche plutôt des détails chronologiijues que les balteuieuts du c-éur buuuiiu et la peinture de re>pni uaàonal , ce volume abonde en faits du plus grand et du plus constant intérêt.
Ce fut pour les éditeurs des AxCLiis peints par eis-méme-s une satisfaction bien vive de voir l'attention générale éveillée par l'apparition de cet ouvrage , de voir le public étonné parfois de la gravité du style , de l'importance du but moral. Bien des gens ont pris la première livraison uniquement pour se distraire et pour rire , et , nous sommes liers de le dire , ils ont continué à lire pour penser. Une certaine classe de lecteurs a été désappointée : ils ont cru acheter une plai.sanlerie qu'on regarde à ses moments perdus, et qu'on jette ensuite de cjté; ils ont reconnu leur erreur. Ils ont cru n'être appelés qu'à voir la figure grimaçante, à entendre les vains propos d'un verbeux conteur d'anecdotes , et ils ont découvert dans le;u' nouvelle connaissance une profondeur et une délicatesse de sentiment , une science de la vie humaine , une gaieté sage , un enjouement philo sophiqae , une raillerie de bon goût , qui les ont déterminés à l'accueillir comme un véritable ami.
( «• n'osl pas ni Aiiplclorro sciilrnioiil que loltc publioiilioii sVsl fiiil nTiinlagciisPinonl coniiaîlro; noii-soiiliiiuiil cllo a rie Iradiiilr en Iraiivais . mais clh' a .si'r\i do iiiiidilc à un iiuvrapie national an>|nt'l loopi'rcnt li's pins spiiilnrls (iiivains de Paris. On \oi\ les An<'.i,\is i'ums rxn El x-MiiMEs, nuMiil>ri\s de la noiiibicuse famille de John Kiill , regarder nos ennemis naturels à travers les vitres des librairies françaises.
L'ouvrage sera conlinué avec la niénie rcrtilude , a\er les uiêmes ini'napenients , avec le même esprit r('fornialcur John Bull est trop longlenips resté occupé i\ s'admirer lui-nicine. \ l'en croire, lui seul , supi'ricnr à tous les peuples de la terre, enferme en son ;lme toute la sagesse, toute la magiiaiiimltc accordée au\ uuirtels ; c'est dans ses mours le plus éclairé , le plus naturel , le plus franc, le plus exemplaire de tous ; il est au lait de toutes les convenances , il eoruiail et fait seul ce qu'il y a de plus sage , de |)his vcrtucuv , de meilleur. Il n'a pas les moindres préjugés , ou s'il en a queU|ues-uns , ils ont un rapport si iutime avec ses vertus , qu'il ne peut apercevoir entre eux et elles la plus légère différence , et qu'à plus forte raison il n'est pas donné il un vil étranger de faire une découverte aussi difficile. Puis Jolin Ridl se vante , en plirases longues et poivsvllabiqiies . de sa grande intégrité , de son mépris pour les avantages pnrenienl extérieurs des choses de ce monde ; il fait attention à l'hnnnne, et non à la poche de l'Iioinnic ; ce n'est pas l'homme qu'il courtise ; non , il crie sur les places publi(|ues que rhonnétcté est la meilleure politique , prend son bâton , pi-omcne autour de lui des regards de Ocrté , tout gonflé de la magnificence de son apophthegme, et va déguster son bœuf et sou aie, absorbé dans la contemplation de ses nombreuses qualités.
Mais parlons franchement. John Bull n'est pas plusexempt de Iriponnerie que le n^l e du monde, avec cette différence toutefois qu'il faut que l'iniquité soit légale. .Solenniscz un abus par un acte du parlement, et John Bull en profitera a\ec ardeur, s'en servira pour enmmercer. le caressera, l'aimera, le chérira, le cajolera, le dut) era dans son sein , et criera an voleur si on cherche à le lui ravir
John Bull n'a pas un scrvile respect pour la richesse, c'e<l ccriain, mais, quoique aussi large qu'une table, son dos est aussi souple qu'un jonc, t'ii respectueux ,so;irire enflera ses grosses joues, ses lèvres serout prêtes à baiser les sabols du veau d'or parloul où on le lui présentera. John, en ce cas, s'humiliera sans rougir, se redressera, s'essuiera la bouche avec la manche de son large habit , et, d'un air magnanime, enverra au diable les flatteurs de l'opulence. S'agit-il de titres? John Bull fait-il cas des litres 1 Écoutez le mépris avec lequel il les raille à la taverne de la Tète de Roi. « Qu'est-ce qu'un litre? demande-t-il ; le litre n'est pas l'h )mmc » Et la semaine suivante , lord Bubblebrain se met sur les rangs pour représenter le CDmté, et consent à demander le vote de John Bull. John demeure h su porte dans un état de stupeur, lisse ses cheveux, sourit , s'incline, et sent qu'il v a une espèce de magie blanche dans les regards el les paroles d'un lord; il balbutie une promesse, conduit sa seigneurie jusqu'.i la porte , et déclare à ses voisins que ce n'est pas pour le titre qu'il a dorme sa \r)ix . et qu'il ne voudrait pas trahir son pays de cette manière-là. Mais lord Bubblebrain est un gentleman . et c'est ce qui convient an peuple, et la femme de John remarque que sa seigneurie a témoigné la plus grande affabilité aux enfants , cl principalement à l'enfant malade ; John tcouve cette conduite toute naturelle, fait ob.sener brièvement ([u'un fienlleman ne pouvait agir autrement , mais que ces procédés n'ont aucnncmeut influé sur .sou vote.
John Bull n'at-il aucune vertu ? 11 en a des milliers ; il en a tant , qu'il .souffre qu'on lui parle de sa faiblesse , de sa folie, du mal qu'il fait , du mahiu'il tolère.
Le côté ridicule du caractère de John Bull est son amour pour une absurdité , une injustice . même une infirmité douloureuse, uniquement parce qu'elles durent depuis longtemps • Qu'a- ♦ez-vous? demandions-nous la semaine dernière à un vieil ami qui boitait e( marcliait de travers , comme un kanguroo afnigé de rhiimaslismee ; qu'av»v-vout?
— Cl' ijiic j'ai ? (les cors I des cors I
— Kt |K>ur(iiioi ne les lailes-vous |)as coii|)er7
— Couper I s'écria notre ami d'un ton de surprise, eouper ! mais il y a nujourd'Imi quinze ans que j'ai ces cors. »
Voili'i bien John Bull. Quoiqu'il soit pres(|ue estropie par ses cors, (piel vacarme ne fera-t-ll pas si vous essajez de les lui enuper ! et pourquoi? C'est qu'il les a depuis si lon(i|emps ! Kiit-il au coula plus énorme des loui)es, si celte loujie a cinquanleans d'existence, il aura pour elle la tendresse d'un père.
John Bull a une nombreuse famille , dont tous les membres soni plu' ou moins distingués par les qualités, les {joùts , les folies, les contradictions tristes ou (;aies qu'ils lienneul de l'auteur rie leurs jours. ISous donnons ici une cinquantaine de ses enfants; nous comptons en offrir encore an monde un nouveau derai-cent.
Londres, octobre 1839.