‹ Les anglais peints par eux-mêmesChapitre 72 sur 106 · I,E PAYSAN ANGLAIS. 2T · texte numérisé non relu

I,E PAYSAN ANGLAIS. 2T

se rappcllo iiivolonlaircnipiil de lourds rhevaux de rliarreKe làrliés dans \\\\ cliaini) le diinamlie , ils salopeiil, ils jouent, ils liennissenl : il n'y a point do niéchancele dans leur fait , mais ils courent à cliai|ne instant le risi|ue de se meurtrir les cotes et de se briser les os. C'est avec raison (|u'on appelle leurs jeux, jeux do chevaux {lior.tcplays] : ce sont des bonds, des tapes, des coups, des culbutes ef des rires. Mais pour voir le jeune paysan dans sa j;loire , il faut le voir se rendi e h la foiic de Saint- Michel. Il a servi pendant une année, il a reçu ses gages; il a son argent dans sa poche et sa maîtresse au bras, ou bien il est sûr do la rencontrera la foire. Qu'il ronserve sa place ou qu'il en prenne une antre , il aura une semaine entièie de vacances. Ainsi, le jour de la Saint-Michel , lui et ses comi)agnons , et tous les villageois d'alentour, prennent le chemin de la foire ; les fermes sont vides, les grandes routes regorgent. Ils s'en vont par torrents , filles et garçons dans tous leurs atours , parlant haut, riant |ilns haut encore. Voyez-les arriver en troupeaux dans la ville du marché : que de préparatifs pour eux! Barraques de saltimbanques, tlicâtrcs en plein vent, boutiques chaigées de marchandises de toutes sortes , couteaux , peignes, gâteaux, pains d'cpices, et mille inventions pour arracher h leurs poches ces gages si péniblement gagnés. On n'a pas l'intention d'être économe ce jonr-lh ; on régalera sa belle, et par-dessus le marché on lui achètera une robe neuve. Voyez ces flots de peuple qui roulent ! le galant serre les coudes , la fillette se cramponne à son bras , et c'est un miracle que rien ne puisse les scparei-. Ils se poussent , ils se culbutent , ils secoudoient, tenant leurs bras étroitement liés , et ne trébuchant jamais. Ils verront les curiosités, ils se faufileront dans les groupes, les yeux ouverts, la bouche ouverte , admirant les danseuses et leurs robes a paillettes, et les grimaces et les saillies d'arlequin et du clown. Ils dîneront gaiement, ils danseront gaiement, avec une légèreté d'éléphant et d'hippopotame, et quelques jours après reviendront prendre leur joug et leurs travaux.

Et ce sont ces hommes-là que le désespoir pousse au crime? ce sont ces hommes qui deviennent braconniers et incendiaires? Comment et pourquoi? Ce n'est pas l'abondance , ce ne sont pas les bons traitements qui les transforment ainsi. Qu'est-ce donc?

Ce qui fait que les loups s'assemblent par troupeaux,

Descendent en hurlant du sommet des coteaux ;

Ce qui soulève en flots les grandes populaces ,

Et, le fer 'a la main , les lance sur les places;

Ce qui rend Ibonnue aveugle , impitoyable : enfin

Ces deux affreuses sœurs, la misère et la faim !

Quand le paysan anglais est gai, h son aise, bien nourri, bien vêtu, s'inquiète-t-il du nombre de faisans qu'il va dans un bois, ou de celui des sacs de blé qui sont dans la cour d'une ferme? Mais quand il a une douzaine de dos 'a couvrir et ime

Page 1