‹ Les anglais peints par eux-mêmesChapitre 91 sur 106 · LE COCKNEY · texte numérisé non relu

LE COCKNEY

ON soit aurait |m ttro celui d'un esclave, d'un sauvage ou d'uu paysan , s'éerie Gibbon dans un élan de reconnaissance, et je ne puis songer sans une satisfaction intime a la bonté de la nature, qui m'a fait naître dans un pays libre et civilisé, dans un siècle de science et de philosophie, dans une famille d'un rang honorable et convenablement dotée des 'faveurs de la fortune.

Le cockneij a dans sou cœur une gratitude analogue à celle de l'auteur de la Grandeur et Décadence de l'empire romain, quoiqu'il soit Lieu possible que le cockney ne l'exprime jamais, que même il en ignore presque absolument l'existence. C'est toutefois la cause inconnuede son amour-propre, la source cachée de sou orgueil, la raison de sa compassion pour les imperfections originelles de ses frères rustiques. 11 aurait pu naître à l'extrémité de l'Angleterre ; il aurait pu parler le patois de Cornouailles ; il aurait pu être condamné h ne jamais voir l'église de Saint-Paul, ou les figures de cire de l'abljaye de Westminster. Alors, selon la phrase de l'historien classique, c'eût été un esclave, un sauvage, ou un paysan. Heureusement il n'est rien de tel , — c'est un cockney , et par conséquent un personnage qui, pour son propre plaisir, si ce n'est pour celui des autres , est en relation avec toute la science et toute la jibilosopliie de Londres , et la vertu d'un aussi grand avantage justifie suffisamment ses malicieuses plaisanteries sur le lard , les blouses et les souliers ferrés.

' Le cockney de Londres est Ittiiiivaleiil du liadaud de Paris.

[If. du T.;

330 Lli: COCKMiV.

\ous rroynns qu'en (lopit dos noiultroiises rocliorchcs dos nnliqnniros l'oriiilno du mot cockiiey n'ix janiuis cUi oxpliquoo d'uno niaiiii'io salislaisaule. Dovoiis-moms on (•prouver du regret? non ; il faut pUilùl nous réjouir qu'un objet avec locpioi nous avons élo familiarisés jusijn'au mépris, soit d'uni' antiquité mystérieuse ot reculée. Comme les (juaranle siècles apostrophés par i!ona|)arlc, le cockncy , du haut des temps , regarde passer la génération actuelle.

Mais d'où vient cocknoy? uiide dcr'ivalur? les archéologues ont fait mille rêves il ce sujet; mais ils ont écrit leurs pages sur le sahle. Nous n'avons rien de certain , rien qui puisse étanclier la soif de la curiosité avide , pas nue goutte de vérité.

Ce préambule nous permet de parler des fables imaginées par les hommes ingénieux (pii . nous le pensons, ont vainement essayé de dissiper les ténèbres dont le cockney s'enveloppe , et de l'exposer au grand jour.

Un historien rapporte qu'un aimable habitant de Londres , s'élant imprudemment aventuré jusqu'il trois milles de Dow Churcli, fut tout i» coup surpris d'entendre le chant d'un co(j. Au milieu de la vie artiticielle dans laquelle il avait passé ses jeunes années, il n'avait jamais entendu le clairon de l'oiseau réveille-malin; il ne l'avait vu que fumant dans un plat, ou exposé dans le marché "a rexanien critique des ménagères. Notre Londonien , sitôt iju'il fut un peu remis de sa stupeur, s'écria : the cock neiijhs! ( le coq hennit !) l'anliquaiie conclut de lii , avec une hardiesse de conception peu commune chez les hommes de sa classe , que le mot cockney est une expression de reproche , une tache , un outrage , une flétrissure , un sobriquet destiné 'a mettre en relief l'ignorance crasse des susceptibles et astucieux citoyens de Londres. Nous n'aurions pas mentionné cette conjecture d'antiquaire, que nous considérons comme un conte bon seulement pour les nourrices, si des banatellcs aussi peu fondées n'étaient offertes chaque jour en appât ii la crédulité humaine par les commentateurs et fabricants de glossaires.

Chauccr, dans ses Contes de Canterhiinj, fait dire à John , joyeux clerc : u Je passerai i>our un fou ou pour un cockney.»

Voil'a le mot cockney employé comme l'un des plus injurieux reproches qu'on puisse faire "a un homme de sens. L'a-dessus M. 'l'yrrwhit a exprimé l'opinion que c'est un terme de mépris originairement emprunté a la cuisine. En basse latinité cook (cuisinier) se rend \iav coqtimatur , d'où, selon M. 'l'yirwhit , on a facilement lire cockney. Le critique appuie son assertion par une citation de Hugues liigot :

Si j'étais dans mon château de Buogay ,

Sur la rivière de Wavenay ,

Je ne craindrais pas le roi de Cokney.

Ici la ville de Londres est appelée C.okncy , par allusion ;t un pays imaginaire d'oisiveté et de délices , anciennement connu sous le nom de cockniijiic ou Corinne , que Ilickes fait dériver de coquina, cuisine , patrie des beefsteaks et des friandises. Cette élymologie eût été très-satisfaisante pour Rabelais lui-même. Hickes a publié

LL COCKNliY. 551

un pot'iuc iiililiilo, le Pays de (.'otin/Hc, piolmlilciiionl , poiisc M, lynwliil, liadiiil (lu Iranrais, car la même Irailitioii a cours en l'rance. lioilcau dit :

l'aris est piiur le riche im pays de cocagne.

Il y a encore une fête napolilainc appelée /a cocajHa; et dans un puëiiie lur«ï(|ue en dialecte sicilien , inlilulc la i]ucm(fna conijithlala ( I(i7 'i ) , la (ics-iioblc cité de (.Uiciagna est représentée connue assise sur une nionlagne de Iroiiiafje râpé. et couionnéc d'un énorme chaudron de macaroni.

Quoi qu'il en soit, le cockney, dans la dernière moitié du dernici- siècle , a perdu (le son iinjioi tance au\ yeux de ses frères provinciaux. Quand Londres était pour York uuecité presque aussi mystérieuse que Tinibuctoo, le cockney, dans son caractère individuel , était investi d'attriliuls beaucoup plus éminents et plus curieux que ceux qu'on lui accorde aujourd'liui. Quand on ne l'approchait dans sa forteresse métro[)olilaine qu'après un fat lisant voyage d'une semaine dans le \\a;.'on le pins rapide , quand les hahilants éloifjnés de deux cents milles de Londres fcriuaient leurs iioutiqucs et faisaient leur testament avant de ceindre leurs reins pour aller voir l'animal vivant dans l'Ieet-streel ou Bishopsgatc, le cockney, considéré "a travers tant de dangers, était une créature assez intéressante , assez niei veilleuse ; son costume, son air, sou apparence de sagesse extraordinaire, tout le montrait aux lîéoiicns du Laitcashire ou du comté de Dorset comme un personnage d'une inqiorlancc considéra lile.

Ou a organisé de nos jours et les voilures publiques et les chemins de fer ; et Tinibuctoo (c'est-"a-dirc Cockaigne) n'est plus une cité mystérieuse, mais le rendez-vous commun des hcrbagers, fabricants de boutons et laitières de De\onsliire, et des chai bonniers de Newcasllc. Le pavé de Bond-stiect , presque exclusivement réservé aux souliers du cockney , est maintenant scarifié par les gros clous de tous les comtés.

Outre les litres plus favorables du cockney h la curiosité et aux hommages du Corydon canqiagnai'd, il possc'dait des qualités moins estimables, d'après les légendes racontées dans les fermes au coin du feu ; les dangers qu'il y avait h le fiéijuenter lui donnaient un nouvel attrait. Toutes les têtes grises, qui, dans leur jeunesse , avaient fait un [lèlerinaiîe ;i Londres , contaient d'effroyables histoires sur la scélératesse des voleurs de bagues, sur les facultés miraculeuses des lilous de Cockaigne. Or, Lubin du Shropshire, en descendant 'a Cheapside, voyait s'ouvrir pour lui une nouvelle source d'émotions, en regardant les habits galonnés des beaux messieurs qui l'environnaient; c'étaient peut-être des voleuis et des filous dans leur costume de travail, ou bien ce n'étaient que des genllenie»?

VA quand le cockney quittait Londres, — oui, quand il daignait visiter les parents de sa mère dans les déserts de Leiccstershire ! « mon cousin de Londres, » n'élait-il pas une parcelle , un fraîment de la grande et mystérieuse cité? ne le montrait-on pas comme un échantillon des mieux choisis et des plus authentiques de la vaste Babylone? De même qu'un personnage de comédie montrait une seule bri(|ue comme l'échanlillon d'une maison , de même Whittinglon Simmons , de Lad Lanc . était pré-

552 M' COCKNKY.

senlc idiniDc un pivcicuv moi ((Mu de la nieivoilleuse ville do Londios. Kt quollcs plai.saiiU'iirs de C.ockaiyiie déliitait le susdit Wliitliiigloii Siiiiiuoiis , au coin du l'eu clianipètie 1 il eu recueillait dès lors la gloire , et s'assurait des souvenirs d'au moins vingt années. Comme le fermier riait! avec quelles délices, avec quel triompiie Wliittiniilon, avec une ;iaudriole de la maison de jeu , avec la dernière |)lnase à ellel imaginée dans l'enceinte de la cité, réduisait au silence l'indomptable collecteur ! rour(]Uoi s'arrêter sur les splendeurs d'un âge (jni n'est j)lns? pourquoi augnienler la morlilication présente en rappelant les joies du passé? qu'est-ce aujourd'hui que le cockney aux yeux du Corydon/ qu'est-ceque Londres pour York? C'est la dislance qui prête des charmes ;i une perspective , et il n'y a pas de distance la oîi est élahii un chemin de fer. Le cockney n'est plus sur son pavé natal un objet d'admiration , de stupeur , mais il est coudoyé sans cérémonie par Mélibée Muggs le villageois.

Quant "a la réputation de fourberie du cockney parmi les paysans , qu'il triomphe rarement de l'adresse des meneurs de bœufs de Smithdcld ! qu'il lui arrive rarement, en ces jours prosaïques , de dérober un anneau !

Kniin , si nous envisageons la valeur de ses visites "a la campagne, qu'est-ce "a présent que le cockney dans leStaffordshire? — cen'est qu'un Anglais de plus , pouvons-noirs dire, par imitation de la phrase de Louis XVIII. Il traverse la rue d'une [lelite ville, et n'est pas plus l'objet de la curiosité que la pompe de la grande place, il visite les foyers du fermier ; est-ce l'a cet esprit invincible? ses paroles , ses railleries font-elles l'étouncment des uns, la terreur des autres , l'admiration de tous? hélas! il est trèsprobable qu'il n'attire pas plus l'atteutiou que les morceaux de lard (]ni pendent autour de lui , ou , comme le lard, il n'occupe sa place que pour être le plus enfumé , tant le paysan a gagné de terrain sur le cockney. Les inventeurs des chennns de fer ont à répnndre de bien des malheurs.

Cependant , quoique la révolution des choses ait diminué l'importance du cockney aux yeux de toute la province , lui-même reste, dans sa propre conviction, le même individu habile, entendu, judicieux, sémillant et spirituel. Il connaît la vie dans toutes ses variétés. Il est né et a été élevé dans liishopsgate witliin ' ; et c'est i)ar cette irréfutable raison qu'il n'est pas homme 'a se laisser duper. 11 est partie intégranic de la plus >;rande cité delà terre, du cieur même de l'empire. La maison du lordiiiaire, le monument et Guidhali sont pour lui plus anciens (jue les [lyramides. le vrai cockney considère Gog et Magog " comme ses aïeux. 11 est le bois de leur bois ; la politique lui est familière; il peut discuter les questions d'état aussi aisément que jouer auv épingles, et déplacer un ministre avec autant de célérité (|uc , <laiis les jours de son adolescence, il en mettait "a enlever des volets. La cour, avec toutes ses

• Porte de récéque en dedans, nie (lr'!.i Cilo. Il y .i lioi's ilps aiiciiMiiics liinllisili- l.i ville une .iiilie Jiic apiiek'C Bulivpeyiilewhillioiil l'orlo de le vèqiie en ilcliors).

iy.(/u T.)

' (Jiiiirs liilélairesile l.oiidre». Hiivanhine vieille Iraditioii.

LE COCKNKY. 5r,r,

iiioiAcilIcs, n'est p;ir pour lui uiio torie inconnue, car il a vu Sa Majcslésc rondic au l'uilonienl, tiaînio par ses coursiers tlo couleur de crème ; et une fois par année , cl plus souveut, il salue la reine qui sort du i)alais pour faire une promenade! à cheval. II n'y a pas de grande cérémonie dont il ne soit informé, pas de déesse al(acliée à la personne royale a laquelle, avec une familiarité toujours croissanle, il n'ait ôté son castor.

Dans ses heures d'occupation , le cockney est digne d'être étudié par tout cheval de charrette doué d'un peu de réilexiou. C'est le génie du travail , l'esclave volontaiie decesmaîties plus cruels que les dominateurs de la terre d'lv.;yple. les Lir. Sliitl. (/t'îi. Voyez-le travailler [)our obtenir son pain (luotidien, et l'honniie, le roi des animaux, vous paraît une créature formée dans l'uuique but de gagner des shillings, et rien de plus. Son âme sendile absorbée dans la contemplation de la monnaie nationale; sou esprit n'a pas d'autre horizon que celui d'une boutique , et chacune de ses pensées , comme chacun des omnibus , se précipite vers la Danque.

Mais le cockney a ses heures de fêtes, ses journées de plaisir; et peut-êtie ses dispositions particulières pour la plaisanterie ne s'e.vercent jamais d'une iiianièie plus caractéristique que dans une mascarade : là le cockney se montre dans toute sa splendeur. Ses esprits animaux sont en si grande abondance, qu'ils l'excitent iniméiliatement à enfoncei' des chapeaux, distribuer des horions, et sauter à saut de; mouton par-dessus la tête de scsconqiagnons de plaisir. Si le cockney est quckpiefois lourd a la repartie, si un sarcasme lui fait secouer l'oreille et prendre un air chagrin, il sait en revanche riposter a un coup de poing, et se venger d'un œil poché.

Tels sont cependant les divertissements de sa plus jeune et de sa plus joyeuse saison. Le cockney d'un âge mûr a des plaisirs plus sévères, des heures de calme et de méditation, où son âme oublie les affaiies de la semaine, étend les ailes et prend l'essor, débarrassée du fardeau de la boutique. Le dimanche arrive; et sous le berceau de la taverne, dans les jardins oii l'on vient prendre le thé, un œil lixé sur sa pipe et l'autre sur une touffe de soucis, le cockney s'assied, fume et refume, boit une quantité in)modérée d'eau-de-vie anglaise, et songe avec satisfaction à ses propres vertus, s'assignant sans façon le premier rang pour la véritable piété, la stricte observation du sabbat, au-dessus de toutes les autres nations pécheresses de cette terre de péché. Peut-èlre sa langue et ses pieds sont-ils légèrement endjarrassés lorsqu'il rentre chez lui; peut-être n'adressera-t-il pas la parole a sa femme avec cette voix séduisante et douce qui captiva sou cœur virgiual. Il arrive aussi que, parvenu "a sa chambre 'a coucher, la maîtresse du logis et la domestique ont quelque peine à lui ôter ses bottes ; que d'ailleurs il refuse impéiieusemeut de se soumettre a cette cérémonie, et persiste 'a se coucher tout botté. .Mais qu'est-ce quecela? n'a-t-il point passé son septième jour sans siffler, sans chanter? A-t-il conçu un seul instant le coupable désir d'avoir un violon? A-t-il, comme un païen, songé a la danse? Non; il s'est diverti conmie un chrétien et comme un Anglais; dix pipes de tabac, et huit verres d'eau-de-\ie noire et d'eau ne sont qu'une légère partie de ses nobles récréalions.

554 1. 1: COCKM'Y.

^olIS avons vu lo cockney sur son torniin. maison [unil roxaniinci- cncoio plus avantai^ousonient, non-seulcnienl hors de l.oudics. mais iiois d'AnglcIoi lo. Qu«l lionuuc délicieux est en Fiance le pur cockuey I Qu'il est ravissant ii l,a Haye! Quelle félicité de rencontrer sur les liords <ln Kliiu un vérilalde eidant de Londres! Ses meilleures qualités, connue celles du madère, se'|ierl'ectiouiu>nt singulièrement par un voyage eu nier. Sa propre importance s'accroît en raison de la distance t]ui le sépare de tîow-Cliurcli, et il déliaïque à Calais ou à lionlogne avec une dose aicalilanic de senlimenl national. Il |)arcourt deux on Irois iiies, et entre dans une l)outi(|ue tenue par un Anglais pour y acheter les marchandises (]u'il veut rapporter de l'étranger. L'iiùlel où il descend, il alinéa le répéter, est lenii par un anglais; on y dine "a l'anglaise ;lcgarçon est Anglais; la femme de cliamhre est Anglaise; le valet d'écurie est Anglais; et le hailiier (|ui vient le raser, s'il n'est pas Anglais, a du moins le mérite d'avoir vécu cinci ans a Saiiit-Mary-Axe, et est presque Anglais, liien plus, le cockney cède à l'envie de faire uu peu la contrebande; il achète une luagnilique théière française, orni'e d'une peinture de chaque côté. Au moment on l'othder de la douane se présente à lioitl, le cockney, qui caclie l'ustensile dans son chapeau, se sent inondé d'une sueur glacée... Eh bien! cette théière qu'il a achetée comme souvenir pour sa belle est presque toujours anglaise; mais l'innocent cockney ne s'en doute pas.

Quoiqu'il soit eu France, le cockney se creuse inutilement la télc pour deviner pourquoi il y a des manières françaises, des sentiments fiançais, des préjugés français. Nous avons été jadis témoin d'un curieux exemple de cet étoimement. Un vrai cockney arpentait un salon d'hôtel, où étaient suspendues plusieurs gravures reluésenlant les victoires de ÎS'apoléon. Après avoir regardé tous ces tableaux les uns après les autres d'un air d'assez mauvaise humeur, il se retourna, et s'écria avec l'acceiitde la surprise etde la pilié : (i Sur ma |iarole, il paraît qu'on a ici nue assez lioune opinion de ce Bonaparte! »

Suivez le cockney 'a Paris. Voyez ! il est au jardin des Tuileries. Que peut-il faire près de la statue de Diane! Ah! la sentinelle l'appt'lle, et le cockney, l'ronçanl le sourcil, lance a l'élranger des regards fondrojanis. ^otre coiiipati iole indigné n'en reçoit pas moins l'ordre de s'éloigner, et s'en va. Que faisait-il "a cetie statue ! Approchons. Uh ! le voici: le cockney, pauvre garçon! c'est une aimable faiblessi!, et il ne peut s'en défendre, le cockney a écrit au crayon son adresse sur la jainlii^ droite de Diane; on y lit : « .hihn Wîggins, fabricant de iiinflins, Wild-Slreel, Drury-Lane, était ici le 20 juillet 18.50. » Fait trè.s-importaut, selon le cockney Wîggins, pensée qu'il est bon de répandre parmi ceux qui visitent le jardin des Tuileries.

ISous avons vu comment le cockney se félicite d'observer le dimanche dans sou pays : 'a l'étranger c'est une autre affaire. « Quand on est ;i Home, dit-il spirituellement, on doit faire comme les Komains. » l.e cockney ne dédaigne pas de mettre le proverbe en pratique. C'est le soir du diniaiiche; nous sommes au Ihéàlre de la rorte.Saint-Alartin. Quel est ce (jcnlkiiiun qui occupe avec sa société l'une des premières loges de face? Est-il possible? oui, c'est bien cet Anglais qui, "a la taverne d'Adam cl d'Eve, lous les dimanches d'été, fume verlueusement sa pipe, et par

Li: cocKM-.v. --,.-,

un nolilc sciitiniont do rospocl pcuir soi-inôiiio. so Itornc ;i liiiil vprros dp gm?. Le voici, lieuioux comme un canard par nue ondée, avec sa fcnunc, ses fils el ses fdles. Un autre jour, près d'une des barrières, un cheval doit cire attaqué par des chiens: cl l'on verra aussi un comlial intéressant entre un âne et un ours muselé. Le cockney assiste;! cette reprt'sentalion ; il est là, mais seulenicnl pour exprimer avec énergie le dégoîit que lui cause la brutalité des Français. Il revient en Angleterre, et après avoir profanenient joui de ses dimanches sur le continent, il croit qu'il est de son devoir de signer toute pétition tendant "a faire observer rigoureusement le jour du Seigneur en Angleterre. John Bull n'est pas hypocrite ; — non vraiment.

Le cockney dans ses voyages, comme un maquereau dans une eau limpide, ne peut faire un mouvement sans étaler au jour de nouvelles beautés. On ne le connaît pas complètement quand il est enraciné sur le sol de Londres. Voyez-le se diriger vers le Rhin ; les deux premiers jours, il est tout préoccupé des charmes de son voyage; ne vous étonnez point pourtant si. de Cohlenlz a Mayence. il reste en bas, dans la cabine, à jouer aux cartes, avec un touriste de ses compatriotes.

« Quel est ce lieu? demandait un cockney, qui, montant tout à coup sur le pont, contemplait l'étonnante forteresse d'Ehrenbreitstein.

— C'est, monsieur, l'une des plus vastes forteresses du monde. Ehrenbreistein.

— Bon Dieu! elle est vraiment très-grande, énorme! Je... et il se tourna vers son ami : Je voudrais bien savoir combien il y tiendrait de lits? n

Cette réflexion révélait la profession des voyageurs : c'étaient deuxcoekneys aubergistes, le Lion-Bleu en voyage avec le Sac-de-Clous.

Même sur les rivages britanniques, le cockney est un animal digue d'intérêt; il est plein de sel et d'humour, lorsque, échappé du comptoir, soigneusement affulilé d'une blouse du continent fabriquée dans le Strand ', il va en sautillant ramasser des coquillages sur les sables de Ramsgate; ou qu'il s'établit sur la jetée de Margate, ayant sous un bras, l'homme prudent, un sac de crevettes, et tenant d'une main, prêt comme l'amiral Van Tromp'a balayer le canal, le meilleur des télescopes.

Au fond, le cockney est un bon enfant, et ce serait certainement un animal beaucoup plus agréable, s'il n'avait la folle prétention de se croire le plus habile, le plus spirituel, et même le plus décent et le plus moral de tous les enfants de la terre.

Douglas Jerrold.

' GraïKlr nw iJo l.omlrcs.

v.V. du T.)

LE i)ii;i:(/n:ru i)i<: théatrk

'informe très- rcspcclucusomcnl le public que ce type lui est rarement visible, si ce n'est lorsque l:i profession d'acleur s'allie avec celle de directeur. Qu'on soit assis aristocrati(iuemenl et bien à l'aise dans les loges louées, qu'on occupe une place res|)eclalile et également confoi table dans les loges publiqnes, (|u"on soit coiivenaiilenient au parterre et lièsconnuodémentaux galeries, où il est permis aux (jciit- ' leinen d'ôtcr leurs habits, on songe bien peu à la peine, aux soucis, 'a la misère et aux vicissitudes de celuiquitravaillepour le plaisir commun. On peutdire des autres directeurs que leurs fatigues sont toutes dans leui-s occupations du jour; mais le directeur de théâtre a des occupations de nuit aussi bien que de jour, et quand les hommes des autres professions sont assis tranquillement cliez eux pour y passer la soirée, commence pour lui une pénible besogne qui requiert toute son activité. Son bien-être domestique est douloureusement troublé, et quand il est une fois lancé dans les tiacasd'un théâtre, il ne saurait compter sur une seule heure de distraction. Ktro la tête d'un spectacle moderne, quel métier! Quelque pointilleux questionneur demandera si un spectacle moderne a une tête'? Nous essaieions de prouver que celle qui dirige une entreprise; théâtrale, risque complètement d'être tournée en une seule nuit, linumérons d'aboril lesqualités essentielles que doit posséder un directeur de théâtre, et détaillonsles sans exagération.

Son caractère doit être mélangé avec art comme un bol de punch ; mais ce n'est qu'une simple comparaison. Pour qu'il soit à même de ponrsuiMc avantageusement sa carriière, il lui fout des (jualités contradictoires. 11 doit cire franc, maissoui>le; hardi, mais prudent; libéral, mais économe; avoir de la pénétration, mais pas plus

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