LES ASCIDIES SOCIALES ET LES ASCIDIES COMPOSÉES
Plus bas que les ascidies simples ou solitaires, sont les ascidies sociales, ainsi nommées parce que les individus de cette espèce, au lieu de vivre isolément, sont réunis sur un même pied ; telle est la boltenie pédonculée, et le perophore de Lister.
Plus bas encore sont les ascidies composées , qui se soudent entre elles d’une façon bien plus intime que les précédentes , formant , si elles sont fixées , tantôt des plaques comme le bolrylle doré, et tantôt des grappes , et , si elles sont libres, des chapelets, ou des rubans comme les salpes. C’est un genre de vie très-semblable à celui qu’on observe si fréquemment parmi les zoophytes, dont nous nous rapprochons évidemment de plus en plus ; et , en effet, jusqu’à Cuvier, les ascidies sociales et les ascidies composées ont été considérées comme faisant partie des zoophytes.
Boltenie pédonculée.
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Les biphores ou salpes forment quelquefois, au dire du physiologiste allemand Burdach , des chaînes longues de quarante lieues, qu’on voit flotter à la surface de la mer, et qui répandent la nuit une lumière phosphorescente. Les individus
Chaîne de salpes.
qui composent cette chaîne, ou ce serpent de mer, comme le nomment les marins, nagent sur le dos et à reculons.
Ce sont des animaux de forme cylindroïde, trèstransparents, gélatineux, habituellement tronqués aux deux extrémités, enveloppés d’une membrane presque cartilagineuse, qu’on nomme manteau. Ils ont une ouverture antérieure et une postérieure, communiquant entre elles par un canal qui traverse
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tout le corps. Ils aspirent l’eau par 1 ouverture postérieure, qui est munie d’une valvule, et la rejettent par l’ouverture antérieure , et c est ainsi qu ils se meuvent. C’est dans 1 ouverture anteiieuie que sont situés la bouche et 1 anus. Ils ont un estomac, un intestin court, un foie, un cceui, une branchie.
Tels sont, pris isolément, les anneaux de ces interminables chaînes que forment les salpes. Mais,
Salpe solitaire.
outre ces prodigieuses communautés, on rencontre des salpes solitaires, et ces individus isolés ont été l’occasion d’une des plus belles et des plus fécondes découvertes dont les sciences naturelles se soient enrichies depuis un demi -siècle.
Cette découverte, c’est un homme trois fois illustre, Chamisso, poète , naturaliste et voyageur, qui l’a faite en 1815, en collaboration d’Eschschol.
Il a reconnu que les salpes solitaires sont les filles des salpes agrégées, et qu’à leur tour ces salpes solitaires donnent naissance à des salpes
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agrégées. De sorte que, comme le dit Chamisso , « chaque salpa ressemble, non à sa mère, non à ses filles, mais à son aïeule, à ses petites-filles et à ses sœurs. » — « J’ai vu, ajoutait-il, le cycle entier de ces alternances de générations chez un biphore des mers des Canaries , la salpa pinnata.
C’était le premier exemple de ce qu’on a appelé la génération alternante , dont on a trouvé depuis des cas bien plus extraordinaires, comme on le verra par l’histoire des méduses.
Mais, ainsi qu’Isidore Geoffroy Saint-Hilaire en a fait la remarque, celui qui annonçait cette découverte en 1819 « était plus connu comme poète et romancier que comme voyageur et naturaliste ; et , malgré la netteté de ses affirmations, malgré la précision des détails dont il les appuyait, on crut longtemps que Chamisso venait de faire un roman de plus. Sa découverte resta comme non avenue, et l’on n’en continua pas moins à maintenir dans la science l’aphorisme linnéen : Simile semper parit sui simile : Le semblable engendre toujours son semblable. »
Cependant, non-seulement tout ce qu’avait dit Chamisso était vrai, mais il n’avait pas dit, il n’avait pas connu toute la vérité. Non-seulement des biphores agrégés engendrent des biphores solitaires, qui, à leur tour, engendrent des biphores agrégés; mais, de même qu’il y a entre eux alternance de mode d’existence, il y a de plus alternance
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de mode de génération. Les biphores libres ne donnent pas des biphores agrégés de la même façon que les biphores agrégés donnent des biphores libres, et tandis que ces derniers sont neutres, c est- à-dirc qu’ils n’ont pas de sexe, les premiers sont à la fois mâles et femelles. Les biphores libres se reproduisent par un bourgeonnement intérieur, et les biphores agrégés produisent des œufs qui éclosent dans l’intérieur de leur corps ; ils sont ovovivipares. C’est pourquoi le savant naturaliste danois Streenstrup , qui a fait une étude approfondie de ces phénomènes, donne aux biphores agrégés le nom de mères , et le nom de nourrices aux biphores libres.
Supposons que le têtard de la grenouille, au lieu de se transformer en grenouille, se reproduise, et qu’il donne naissance à un individu qui ne ressemble ni au têtard ni à la grenouille, mais qui, en se reproduisant à son tour, donnera naissance à une grenouille ; ce serait un cas de génération alternante. Ce qui montre que la génération alternante n’est autre chose qu’un cas particulier des métamorphoses ; c’est une métamorphose dont l’accomplissement demande plusieurs générations, et, par conséquent, des larves douées de la faculté de se reproduire; c’est, dit Isidore Geoffroy, « une sorte de métamorphose, non de l’individu, mais de l’espèce. » M. de Quatrefages comprend ces phénomènes sous le titre de géagenèse.
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Les pyrosoiiles , ou littéralement corps de feu, sont un autre genre d’ascidies composées. Les animaux qui composent la communauté, lesquels sont fusiformes et gélatineux, se groupent autrement que dans la salpa ; ils forment ensemble, en se réunissant par leur partie moyenne, un cylindre creux , une sorte de manchon fermé à l’une de ses extrémités, et c’est par les dilatations alternatives de ce cylindre qu’ils se meuvent à la surface des mers. On les rencontre dans l’Océan et dans la Méditerranée. Leur nom leur vient de la propriété dont ils jouissent d’émettre de la lumière; aucun autre animal n’en jouit à un plus haut degré. On les voit passer en un instant par toutes les couleurs du spectre. Les célèbres voyageurs Peron et Lesueur, dans leur traversée d’Europe à l’île de France, en rencontrèrent une espèce, le pyrosoma atlantica, qu’ils comparent pour l’éclat à un cylindre de fer chauffé au rouge; et Humboldt en a observé qui jetaient une telle lumière, qu’elle laissait voir à une profondeur de cinq mètres les poissons qui suivaient le navire.
Les biphores et les pyrosomes sont libres, ils vont et viennent dans l’étendue des mers ; les botrylles, autres ascidies composées, ne le sont pas ; toute leur existence, moins les premiers moments, se passe à la même place ; c’est un nouveau degré d’infériorité. En outre, les individus qui font partie de l’association ont en commun certains organes et
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certaines fonctions, ce qui les rapproche encore des zoophytes.
Comme tous les animaux fixés, les botrylles commencent par être libres, et, de plus, leur larve est
isolée. Le moment vient où elle se
fixe, soit sur un fucus, soit sur un mollusque. Elle grandit, puis se met à bourgeonner, et de son corps naissent de nouveaux individus au nombre de dix à vingt, semblables à elle, ovales, aplatis, disposés autour d’un centre commun comme les rayons d’une roue, fixés par le dos au corps qui les porte, et soudés entre eux par les côtés. Chacun a une bouche placée à l’extrémité libre; mais tous les intestins aboutissent à une cavité unique , située au centre de la communauté. Ils mangent donc séparément ; mais ils excrètent ensemble les résidus de la nutrition, et, comme le dit M. Moquin-Tandon , « on peut considérer l’étoile entière comme une seule bête à plusieurs bouches. »
Botrylle doré.