‹ Les animaux à métamorphosesChapitre 21 sur 21 · LES PROTOZOAIRES · texte numérisé non relu

LES PROTOZOAIRES

Cet embranchement renferme, comme on l’a dit, les animaux les plus simples. Aucune trace de système nerveux. Quelques-uns n’ont pas même d’appareils digestifs. Il en est qui semblent uniquement formés de cellules homogènes associées les unes aux autres. Bien plus, certains d’entre eux sont formés d’une substance, — le sarcode, — dépourvue de toute structure utriculaire; leur corps glaireux peut

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s’épancher et s’étirer dans tous les sens, et c’est en créant au fur et à mesure des besoins ces expansions momentanées qu’ils progressent. L'amibe, par

L’amibe et quelques-unes des formes qu’elle prend successivement.

exemple, en se déplaçant et pour se déplacer, a pris successivement sous les yeux de l’observateur les formes que montre ce dessin. Les foraminifères , malgré leur coquille, ne paraissent pas avoir une

organisation plus élevée, et l’un d’eux, la moliole, chemine en contractant certaines parties de son corps préalablement étirées en fils de forme va-

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riable. De là le nom de rhizopodes ou pieds -racines , qu’on donne aussi aux foraminifères.

Les animalcules qui forment les éponges, quoique fort élémentaires, sont moins simples, mais leur organisation a été encore trop peu étudiée. En échange , rien n’est plus connu que les constructions qu’ils élèvent. Elles sont souvent remarquables par leur régularité. L’une des plus élégantes est le gant de Neptune. On sait que la recherche de ces utiles polypiers donne lieu à une pêche très -importante, mais très-pénible, qui est faite par des plongeurs.

Gant de Neptune. Fragment et larves d’éponge.

La multiplication de l’éponge s’opère de deux manières, et entre autres au moyen de germes ciliés et mobiles, très-semblables à des infusoires. C’est ainsi que commencent , nous l’avons vu , tous les animaux fixés. Ces germes sont rejetés au dehors par les courants qui traversent le polypier. Ils se fixent après deux à trois jours de liberté.

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Arrivons aux animalcules microscopiques dits infusoires.

Prodigieusement variés sont ces êtres invisibles, intangibles, qui pullulent autour de nous et jusqu’en nous-mêmes; qui, comme l’a dit Lamarck, remplissent sur le globe un rôle auprès duquel celui des géants du règne animal n’a aucune importance : constructeurs d’une partie du sol que nos pieds foulent, édificateurs de montagnes, fabricateurs de la plupart de nos matériaux de construction, et dont, jusqu’à Leuwenhoeck et Iiartsæker, l’homme, qu’ils assiègent de toutes parts , n’a pas soupçonné l’existence.

Ces invisibles ont leurs nains et leurs colosses. Entre le monade crépusculaire et le kolpode à capuchon, il y a la même différence de taille qu’entre un insecte et un éléphant. Ils ont , certains d’entre eux du moins, une organisation très-compliquée, plus compliquée à certains égards que celle des animaux dits supérieurs. Et combien de détails l’insuffisance de nos admirables instruments nous empêche d’apercevoir! Il y en a qui ont quinze, vingt et jusqu’à cent estomacs, des dents, un coeur, et un cœur qui, dans plusieurs espèces, est cinquante fois plus volumineux que celui d’un bœuf; quelques-uns sont protégés par une carapace, calcaire ici, là siliceuse.

On en trouve partout : au fond des mers, dans l’air, dans le sol, dans les eaux limoneuses des fleuves et des étangs , dans toutes les cavités des ani-

Pèche de l’éponge,

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maux, et jusque clans les organes entièrement clos, dans l’arbre vasculaire , mêlés aux globules du sang. Et ils sont dans une agitation perpétuelle; à quelque heure du jour ou de la nuit que vous les observiez, vous les voyez toujours en mouvement; le sommeil leur est inconnu, jamais ils ne se reposent. Leur résistance vitale dépasse tout ce qu’on peut imaginer. James Ross, dans son voyage au pôle austral , en a trouvé une cinquantaine d’espèces à carapace siliceuse, sur des glaces flottantes, par 78 degrés de latitude. Le même navigateur ayant jeté la sonde dans le golfe de l’Érèbe, la sonde rapporta d’une profondeur de cinq cents mètres soixantedix-huit espèces d’animalcules. Bien plus, on en a trouvé à près de quatre mille mètres au-dessous de la surface de la mer. Ces derniers supportaient une pression de trois à quatre cents atmosphères.

Des animalcules ramassés dans les parages de la terre Victoria ont été transportés à Berlin , et y sont arrivés pleins de vie. Voici quelque chose de plus fort. M. Pouchet, après avoir soumis des rotifères à un froid de 40 degrés au-dessous de zéro, les a brusquement jetés dans une étuve chauffée à 80 degrés. Au sortir de celle-ci, on voyait les rotifères, insouciants de cet effroyable changement de température (120 degrés), et bientôt ranimés, se livrer à leurs mouvements si caractéristiques.

Ces invisibles sont partout, ai-je *dit. Et d’abord dans l’homme, dans son intestin, où l’on trouve des

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vibrions en quantité innombrable, et jusque dans sa bouche , non moins peuplée ; le tartre qui se dépose sur les dents est rempli de carapaces calcaires d’animalcules. Ils foisonnent dans l’Océan , on vient de le voir; ce sont eux qui, pour une part,* rendent la mer lumineuse et lui donnent la couleur du sang. On les trouve souvent dans l’air, transportés par les vents à des distances considérables. Dans une fine poussière tombée sur un navire à trois cent quatrevingts milles de la côte d’Afrique, Ehrenberg a reconnu dix-huit espèces à carapace siliceuse. C’est par eux aussi que la neige et la pluie sont parfois colorées en rouge. Ils forment sous le sol , en des contrées humides, des terrains vivants dont les dimensions en surface et en profondeur confondent l’imagination. Cette espèce, dont le diamètre n’égale pas la quinze-centième partie d’un millimètre, forme des amas de plusieurs mètres d’épaisseur; on en connaît de six à sept mètres dans l’Amérique du Nord; Berlin est bâti sur un banc épais de vingt mètres d’animalcules, dont il faut cent onze millions cinq cent mille pour faire un gramme.

Certaines couches stratifiées, des plus anciennes parmi celles qui sont postérieures aux terrains primitifs, ne sont autre chose que des nécropoles d’animaux microscopiques. Des montagnes de craie en sont faites à raison d’un million de squelettes par cube de trois centimètres de côté. Ils ont formé même des silex. M. White en a trouvé douze espèces

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différentes dans les rognons siliceux de la craie. M. Marcel de Serres en a trouvé dans les cornalines, et c’est encore à eux, d’après cet observateur, que le sel gemme doit sa coloration en rouge. C’est au moyen de squelettes siliceux d’infusoires appartenant à la famille des bacillariées , que dans nos provinces le badigeonneur peint en rose les façades des maisons , et que la ménagère donne le brillant à ses ustensiles de cuisine, le tripoli, dont l’un et l’autre se servent, étant presque entièrement composé des animalcules susdits : cela est une découverte d’Ehrenberg, et les animalcules du tripoli sont si bien conservés, que ce grand naturaliste a pu constater leur analogie avec les espèces vivantes. Le tripoli de Bilin, en Bohême, qui, sur une épaisseur variant de soixante -six centimètres à cinq mètres, couvre une étendue de huit à dix lieues carrées, contient par pouce cube, d’après Schleider, quarante et un millions d’animalcules.

Ce sont encore des infusoires d’eau douce et des coquilles microscopiques qui donnent des qualités nutritives à ces argiles alimentaires que mangent les sauvages de l’Orénoque et de l’Amazone, les nègres de la Caroline et de la 'Floride, et que l’on rencontre jusque sur les marchés de la Bolivie. On dit que les Ottomaques consomment jusqu’à sept cent cinquante grammes par jour de cette nourriture fossile, et ils en font usage même alors que des aliments plus substantiels ne leur manquent pas.

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Enfin Retzius a constaté la présence de dix-neuf espèces d’infusoires dans cette poussière blanche, véritable farine minérale, qu’en temps de disette les Lapons, qui n’ont que la peine de les ramasser, substituent à la farine des céréales absentes. Ces infusoires sont analogues à ceux qui vivent aujourd’hui dans les environs de Berlin, et c’est à la substance animale qu’ils retiennent après tant de siècles écoulés que la farine qu’ils forment doit ses propriétés nutritives.

Nous savions déjà depuis longtemps, grâce à M. Ehrenberg, que certains fers limoneux ne sont autre chose que des amas de carapaces d’animalcules fossiles (gaillonella ferruginecc) : or, ce que ces animalcules faisaient dans les temps géologiques , d’autres le font aujourd’hui ; un minerai de fer trèsestimé, et qui se trouve en Suisse, le minerai de lac (lake-ore) , est l’œuvre de ces infusoires. M. Sjogreen, naturaliste Scandinave, s’est plu à suivre dans toutes ses phases le travail de ces petites bêtes, qui, pour mourir en paix, s’entourent d’une enveloppe métallique. Ainsi enveloppé, l’infusoire a les dimensions d’un œuf de grenouille. L’espèce s’accumule dans certains cours d’eau de la Suède, au point de former des gisements de deux cents mètres de long sur cinq à six mètres de large, et une épaisseur de huit à dix pouces. Ce minerai se pêche, et un homme peut en ramasser jusqu’à une demitonne par jour. Les Suédois et les Prussiens l’ont

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en grande estime. Il renferme de vingt à soixante pour cent d’oxyde de fer.

Les métamorphoses des infusoires , probablement très-complexes, sont encore peu connues. Il résulte des observations de MM. Pineau, Stein et Gros, confirmées par les observations plus récentes de M. Balbiani, que les acinètes sont les larves de la paramécie. C’est sous la forme d’acinètes que les embryons quittent le corps de leur mère. Ils sont alors garnis de tentacules boutonnés , véritables suçoirs au moyen desquels ils restent encore quelque temps attachés à leur mère, de la substance de laquelle ils se nourrissent. Devenus libres, ils perdent leurs suçoirs, s’entourent de cils vibratiles, acquièrent une bouche qui commence à se montrer sous la forme d’un sillon longitudinal, et revêtent définitivement la forme de paramécie.

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