L’ANCÊTRE
Dans les bois je reprends d’antiques habitudes; Tout un passé renaît en mon corps étonné ;
Et, gai, vous oubliant, humaines lassitudes, Vers les arbres je cours d’un élan spontané !
J’y grimpe avec folie; — et je mange des baies; Et je hume l’eau vive à même le ruisseau ;
Et j'écoute, ravi, chanter l’oiseau des haies.
Tel l’écouta jadis, penché sur un berceau
Pauvre et grossier, construit dans le creux d’un érable,
Jlon aïeul aux longs bras, le Singe vénérable!
A l’ombre des forêts je suis rasséréné;
Oui, j’aime comme un fils ces vertes solitudes; Là, des temps primitifs que vit mon humble aîné Je trouve l’innocence avec ses quiétudes.
Ainsi, il y a des savants et des poètes qui s’accordent à reconnaître dans le Singe l’ancêtre de l’espèce humaine Cette opinion, qui froisse l’amour-propre de quelques personnes flatterait au contraire énormément notre orgueil. . ' ,
L’important, en effet, n’est pas de savoir d’où l’on vient, mais de savoir où l’on va. Nous esti¬
mons qu’il est plus glorieux de monter que de descendre, de s’élever que de s’abaisser et le mot « parvenu » nous semble le titre le plus désirable qui soit en ce temps-ci.