‹ Les animaux chez euxChapitre 34 sur 49 · MACAQUE BONNET CHINOIS (INDE · texte numérisé non relu

MACAQUE BONNET CHINOIS (INDE

Malheureusement pour notre vanité, il n’est pas démontré que nous soyons des Singes parvenus au rang de citoyens, d’employés, d’agents voyers, d’avoués et autres professions qui dénotent, sinon une

situation très enviable pour un homme, du moins un degré de civilisation très avancé pour un Singe.

Ici le besoin d’une comparaison s’impose. Puisque nous voulons nous éclairer, prenons un Homme et un Singe et plaçons-les à côté l’un de l’autre.

L’Homme sera, si vous le voulez bien, — un bel homme, un Européen.

Le Singe appartiendra à une espèce infime.

Ce sera par exemple un Maki mococo.

Nous aurons ainsi devant nous les types extrêmes de deux races. L’un plane au sommet de l’échelle humaine; l’autre finit médiocrement l’échelle simiesque.

Entre ces deux êtres, il n’y a aucune ressemblance.

C’est évident.

Mais, au-dessous de l’Européen, à l’intelligence ouverte, à la peau blanche, aux formes pures et aux macaques communs. pieds atrophiés, combien de degrés s’échelonnent !

C’est l’Asiatique rabougri au teint jaune; c’est l’Indien couleur d’olive ; c’est le Mulâtre, anneau de transition dans la grande chaîne des hommes; c’est le Nègre, qui se carde au lieu de se peigner; c’est le

LES SINGES

Hottentot difforme; c’est le Canaque anthropophage ; c’est le Lapon à la taille exiguë ; c’est enfin l’ Aztèque minuscule au front déprimé, au cerveau étroit.

Au-dessus du Maki mococo, au-dessus des Loris, des Propithèques et des Indris, qui sont des Singes de peu, des faux Singes, nous voyons au contraire se dresser une série d’individus supérieurs : les Hapaliens, qui comprennent les Ouistitis et les Tamarins ; les Nyctipithèques douroucoulis ; les Sakis, les Callitriches à collier, les Sajous cornus, que nous appelons familièrement les Sapajous, les Atèles, auxquels nous avons donné des surnoms diaboliques, les Hurleurs noirs et les Hurleurs rouges. Au-dessus de ces familles de Platyrrhiniens nous découvrons d’autres espèces : la tribu des Cynocéphales, qui se compose des Babouins, des Mandrills et des Drills.

Au-dessus encore, voici les Macaques, puis les Cercothèques, vêtus de gris ou de rouge ; les Colobes, les Semnopithèques, les Gibbons. Toujours plus haut, nous apercevons avec effroi la race géante des Pithéciens :

l’Orang-Outang, le Chimpanzé et le Gorille.

Ainsi, il y a des dégénérescences dans la famille humaine et des croissances dans la famille simiesque. L’Européen est le frère de l’Aztèque. Le Maki est le cadet du Gorille. Qu’est-ce que l’Azlèque peut être au Gorille?

Entre nous, — bien entre nous,

— nous pouvons reconnaître que le Gorille a sur l’Aztèque une foule de supériorités. Il est plus grand, plus fort, plus intelligent et il n’est pas beaucoup plus laid.

Diable!

Vous avez quelquefois visité des musées ethnographiques.

N’avez-vous pas alors été frappé de la différence d’aspects que présentent les divers squelettes humains entre eux et de la ressemblance qui gorille

existe entre certains squelettes de Singes et certains squelettes d’Hom-

mes de race inférieure? Franchement, la distance est bien petite d’un squelette de Cafreàun squelette

de Chimpanzé.

Le squelette de Chimpanzé est troublant.

La Vénus hottentote aussi.

Entre ces Nègres difformes, qui ne nous ressemblent presque pas, et ces Singes, qui ne nous ressemblent nullement, il y a comme un mystérieux point de contact.

Les Nègres ont pour les Singes une admiration qu’il faut noter ici.

Ils disent en secouant la tête:

— Li Singes, pas (li Singes ! Li Singes, <li Nègres. Li pas vouloi’ pa’ler pou’ pas été fo’cés t’availler.

Pour le Nègre, le Singe est un malin.

Quelquefois même, c’est un rival.

On a vu des Singes débauchés enlever des Négresses et consommer au fond des bois des unions qui les rapprochaient singulièrement de l’espèce humaine.

A défaut de la parenté naturelle qu’on leur conteste, ils ont parfois acquis une parenté par alliance avec l’Homme.

Dans ces conditions et dans le doute où me laisse la science, je parlerai du Singe avec une certaine déférence.

En cela je me conformerai à de très anciennes traditions. Les Indiens ont bâti pour les Singes des

palais, des temples même, où ces intéressants quadrumanes régnaient et régnent encore en maîtres absolus.

Les Egyptiens, qui avaient la manie de tout adorer, ont adoré le Singe après le Bœuf et l’Oignon. Dans les sables de Thèbes on retrouve des images et des amulettes de porphyre figurant les dieux simiesques.

Seuls, les Arabes ont toujours méprisé les primates, qu’ils considèrent comme des réprouvés. D’après leurs légendes, Allah métamorphoserait en Singes les Hommes méchants et diaboliques.

Métamorphosés ou non, les Singes n’en constituent pas moins une grande et intéressante famille. Après le premier ordre des mammifères, qui se compose des Hommes , le second rang appartient aux Singes.

Comme tous les animaux, ceux-ci gagnent à être observés dans leur milieu, en pleine nature, dans les bois qui leur sont familiers.

La domesticité les déprave.

Libres, leur intelligence éclate en mille faits. Le plus important de tout est qu’ils aiment vivre en société, — à quelques exceptions près.

Les Singes se réunissent par grandes bandes et choisissent un domaine fixe qu’ils ne quittent que si la nourriture vient à manquer.

Ils reconnaissent l’autorité d'un chef à poigne, c’est-à-dire du mâle le plus robuste delà troupe. Ici la force fait le droit; mais il n’y a que demi-mal, car la noblesse oblige en leur monde comme dans le nôtre.

La position du chef de bande a ses avantages et ses inconvénients.

Parmi ses privilèges, conquis à la longueur des dents et à la vigueur des bras, le plus agréable est la possession indiscutée de toutes les femelles.

Le chef est un sultan jaloux et adoré. Les Guenons lui font des grimaces provocantes et le pouillent avec amour. Il se laisse faire avec une majesté bouffone.

Quand la bande va marauder dans les champs de cannes à sucre ou dans les melonnières, le chef qui a dirigé l’expédition choisit sa part du butin.

C’est encore lui qui rétablit l’ordre, qui termine les querelles fréquentes en battant les batailleurs, et qui punit vertement les indisciplinés.

Sa position lui crée aussi des devoirs.

Il est le guide exercé de sa troupe et il doit veiller constamment sur elle. C’est lui qui pousse le cri d’alarme : un cri saccadé et tremblé. C’est lui qui dirige les fuyards et les conduit loin du danger. Dans ces retraites, tous ses sujets le suivent avec la plus grande confiance.

Mais le Singe n’est pas seulement un être sociable ; c’est un animal gai, qui aime le plaisir.

Parisien de la forêt vierge, gouailleur et farceur, il ne pense qu’à s’amuser et à satisfaire ses caprices. Se moquer du voisin, lui tirer la queue, bondir sur un arbre, se faire donner la chasse, se suspendre la tête en bas, croquer des fruits, casser des noyaux, jeter des morceaux de bois aux autres, s’agiter, se gratter, cajoler les Guenons, voilà les menues distractions de ces mauvais sujets de Singes.

MOIIIKINA OU SU

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