‹ Les animaux chez euxChapitre 39 sur 49 · RENNES SUR LA N · texte numérisé non relu

RENNES SUR LA N

IGE.

Ailleurs un obstacle renverse le frêle véhicule que son conducteur relève sans se préoccuper davantage de ce mince incident.

Les Lapons, lesSamoyèdes et les Tschoutsches que M. Nordenskiôld,le glorieux voyageur suédois, est allé récemment étudier chez eux, au nord du continent asiatique, ont à peu près la même existence.

Pauvres et déshérités, ils vivent de leur pèche et des produits de leurs troupeaux de Rennes.

Le lait des femelles les aide à élever les enfants nouveaux -nés. C’est un mets substantiel et agréable. Pendant la belle saison on en prépare même des conserves pour l’hiver où il sera moins abondant et où l’inaction forcée de la longue nuit polaire en rendra l’usage plus précieux. Ces provisions de lait prennent le nom de lait glacé et rien de plus simple que leur préparation. Une jatte de lait est posée en plein air hors des tentes ; elle gèle ; ainsi durci, le lait se conservera indéfiniment tant qu il ne sera pas soumis au dégel. Il deviendra même un article de commerce que le Lapon ira échanger sur les marchés lointains.

Ce lait d’ailleurs peut se transformer en bons fromages; on en tire un beurre excellent, grâce à lui les aliments rudimentaires deviendront presque mangeables.

C’est une véritable gourmandise pour ces hommes qui vivent presque uniquement de poisson et boivent à longs traits l’huile de phoque, comme nos paysans boivent le vin, le cidre et la bière.

Là, comme partout où l’honune a réussi à domestiquer les animaux, le Renne viendra lui donner un supplément de ressources culinaires. De temps en temps le maître d’un troupeau ira choisir une victime, et, armé de son couteau, il en plantera la lame en pleine jugulaire.

Le sang s’échappe à flots et tombe en fumant dans le récipient où on le recueille précieusement; le pauvre animal, stupéfait et terrifié, reste immobile, voit sa vie s’échapper avec la liqueur de ses veines ; bientôt il tremble sur ses jambes, s’affaisse et tombe pour ne plus se relever.

Le rouge liquide est versé dans des outres de peau de phoque et devient pour l’ hivernage une précieuse réserve, qu’on mangera les jours de fête.

Nous avons dit que tout dans l’animal mort était utilisé par son maître. La corne de son bois et celle de ses durs sabots sont converties en manches de couteaux et d’outils divers: ses os font des aiguilles, des pointes de flèches et se transforment en harpons pour transpercer le Phoque et même la Baleine ; les nerfs et les intestins servent de cordages pour rattacher entre elles les pièces qui forment les traîneaux et les embarcations; ils servent aussi de fil pour coudre les vêtements et pour relier les unes aux autres les peaux de Rennes dont on fait les tentes, ou les peaux de Phoque qui servent d’enveloppe aux légers kayaks. Les excréments euxmêmes chez les Lapons sont séchés et servent à fabriquer des mottes dont on se chauffera pendant la rude saison.

Ici trouve naturellement sa place une anecdote rapportée par le célèbre professeur Nordenskiold à son retour du glorieux voyage pendant lequel il a découvert le passage du Nord-Est qui met en communication directe, par la mer Arctique, l’Océan Atlantique et le Pacifique.

Les Tschoutsches, qui habitent les rives de l’Océan glacial au nord de la Sibérie, ne se piquent ni de délicatesse ni d’une extrême propreté. Leurs tentes, fabriquées de peaux de Rennes et formées de deux enceintes concentriques, abritent la famille dans la partie intérieure que chauffent une ou deux lampes puantes garnies d’huile de phoque; dans la partie extérieure vivent les chiens, parfois même les Rennes, quand ils sont en assez petit nombre pour y rétrouver leur place : là aussi, la maîtresse de la maison se livre aux soins du ménage, prépare la cuisine et fabrique les conserves, viande de Renne fumée, chair de Phoque ou d’Ours blanc, maigres légumes consistant en des branches d’angélique ou en des feuilles hachées d’un arbrisseau du genre saule.

Dans l’enceinte intérieure, comme dans l’autre, régnent une malpropreté sordide et une puanteur insupportable pour un odorat européen.

Un jour, le lieutenant de vaisseau Nordqwist, un des officiers du Véga, chargé plus spécialement, pendant les haltes du navire, des études ethnographiques, pénétra dans un village et se présenta à l’entrée d’une de ces tentes. Le visiteur fut reçu avec la plus grande cordialité ; on lui offrit tout ce que l’on supposa pouvoir lui être agréable: un verre plein d’huile de poisson, un foie de Phoque saignant, des tranches de viande séchée au feu.

A ce moment les Tschoutsches jouissaient d’une grande abondance de nourriture; on allait entrer dans la saison d’hiver et l’on préparait les provisions qui devaient mettre ces pauvres gens à même de

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