‹ Les animaux chez euxChapitre 44 sur 49 · BUFFLES BLANCS DE MOLDAVIE (JARDIN D'ACCLIMATATION · texte numérisé non relu

BUFFLES BLANCS DE MOLDAVIE (JARDIN D'ACCLIMATATION

LE BUFFLE

e dois au lecteur un aveu pénible mais loyal: je n’ai jamais vu d’autres Buffles que ceux du Jardin des plantes et du Jardin d’acclimatation. J’ajouterai, pour achever ma confession, que l’étude sur place de ces animaux a suffi largement à mon bonheur et ne m’a pas inspiré la moindre velléité d’aller, un jour, faire avec eux plus ample connaissance en Roumanie, en Égypte, en Perse, aux Indes ou au Cap de Bonne-Espérance. Pure question de goût. Ce n’est point ma faute si je n’ai pas l’humeur vagabonde et si je considère comme une calamité un simple déplacement de Paris à Carcassonne ou à Quimper- Corenlin.

Je ne me vante ni ne m’excuse de cette horreur des pérégrinations lointaines ; je me borne à constater, non sans une satisfaction secrète, que j ai, du moins, cela de commun avec d’illustres naturalistes, voire même de fameux auteurs de récits de voyages, qui n ont, de la vie quitté leur cabinet. Il n'a jamais manqué, et, à notre époque surtout, il ne manque pas d'explorateurs infatigables, d’audacieux chercheurs d’inconnu, pour aller recueillir, dans les régions les plus inaccessibles de l’ancien et du nouveau monde, toutes les données, tous les renseignements propres a combler les lacunes de la science. Je m’incline respectueusement devant ces modestes et intrépides approvisionneurs de MM. les savants en chambre; cependant ma déférence et mon admiration ne vont pas jusqu’à suivre leur exemple. Si la fatalité voulait que j’eusse à opter entre les deux destinées, je préférerais, à coup sûr, le rôle sédentaire ; il exige moins d’héroïsme et conduit plus rapidement à l’Institut .

Mais revenons au Buffle. . .

J’ai lu et noté tout ce qui a été écrit, que je sache, sur ce ruminant ; je me suis passe la fantaisie, bien inoffensive, de compulser, à son sujet, la Bible, les classiques grecs et latins, Aristote, Pluie, etc., les ,< bestiaires , du moyen âge, les encyclopédies d’Albert le Grand, de Vincent de Beauvais, etc. intérim-

nable série des voyageurs, des naturalistes et. des compilateurs des seizième, dix-septième et dix-huitième siècles, les grands ouvrages de BufFon, Cuvier, Flourens, d’Orbignv, etc., et, enfin, tous les travaux récents de zoologie. Eli bien! je n’ai guère été, après, plus instruit qu’avant, et l’on ne me reprendra certainement pas à une pareille débauche de bouquins. Que de fables, que d’incertitudes, que de contradictions, que de desiderata, non seulement chez les écrivains de l’antiquité, du moyen âge et de la renaissance — ce qui s’explique de reste — mais aussi — et cela m’a enlevé une chère illusion — chez les plus célèbres natura¬

listes modernes et contemporains. Il m’a fallu une foi robuste pour nè fias douter de la science et désespérer du progrès.

On n’attend pas de moi, d’ailleurs, un de ces longs- et doctes mémoires que peut seul se permettre un membre de l’Académie des sciences ou un professeur au Muséum ; ma tâche, heureusement, est plus modeste : les Animaux chez eux ne sont ni une revue

Rl'ÉTKS BLANCHES. ]j .

d érudition ni un traite complet d’histoire naturelle, et, pour ne parler

que du Buffle et de ce qui me concerne, les superbes dessins de M. Lançon se passeraient fort bien de toute espèce de texte; ma vile prose n’a pas d’autre but que de servir de repoussoir aux planches. Le lecteur, si lecteur il y a, est prévenu : il n’aura pas à me reprocher sa déception.

Quelques notions historiques vont me servir d’entrée en matière. Qu’on se tranquillise, je ne remonterai pas tout à fait au déluge.

L’antiquité grecque et romaine ne paraît pas avoir connu le Buffle ; un savant prélat italien, correspondant de BufFon, monsignor C.aëtani, a signalé, il est vrai, un fragment de sculpture représentant la tête de cet animal, découvert, au siècle dernier, dans des fouilles archéologiques faites à Rome; mais on n’en citerait pas, je crois, d’autres spécimens, à supposer encore que celui-ci ne donnât pas lieu à contestation. Quoi qu’il en soit, rien de plus incertain si le bubalus de la Bible, le boubalos ou le bonassos d’Aristote, le bubalus de Pline et de Martial, désigne le Buffle ou l’Aurochs, le Bison ou la Vache de Barbarie, le Zèbre ou l’Antilope, etc.: on n’a que l’embarras du choix. L’identificalion du bubalus et du bugle des auteurs du moyen âge n’est pas non plus rigoureusement déterminée. L’origine asiatique de ce bovidé prête moins à la controverse : il provient de la zone torride de l’ancien continent, des régions chaudes et marécageuses de l’Inde. Son apparition en Europe date, selon l’opinion admise, de la fin du sixième siècle, époque à laquelle, d’après le chroniqueur Paul Diacre, il fut introduit en Italie ; toutefois, il est probable que son acclimatation sur le littoral du Danube est bien antérieure. Plusieurs siècles auparavant, on le trouve déjà en Perse, en Syrie et en Égypte. Aujourd’hui, il existe à l’état sauvage en Asie (principalement aux Indes) et en Afrique (Cafrerie, le Cap, Congo, pays du centre) ; à l’état domestique, en Asie (Chine Indes, Afghanistan, Perse, Arménie, Syrie, Palestine, bords de la mer Caspienne et de la mer Noire), en Afrique (Égypte) et en Europe (moyen et bas Danube, Turquie, Grèce et Italie); à l’état, sauvage et à

l’état domestique dans les îles de la Sonde, à Ceylan, Bornéo, Sumatra, Java, Timor, aux Moluques, aux Philippines, aux Mariannes, etc. Constatons enfin qu’au commencement du siècle, Napoléon essaya de le naturaliser dans les Landes, et que le Buffalo d’Amérique, malgré la ressemblance des noms, n’est, autre que le Bison.

Le Jardin des plantes possède actuellement deux Buffles du Cap, le mâle et la femelle; le Jardin d’acclimatation, une famille complète de Buffles d’Europe, le père, la mère et un tout jeune Bufflètin. Il est donc

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iacile, même avec les goûts les plus sédentaires, d’acquérir dé. visu une idée exacte des deux espèces caractéristiques de cet intéressant animal.

Intéressant, je ne retire pas le mot. Le moyen, en effet, de ne point ressentir malgré soi, un peu de pitié pour ces pauvres captifs, à la morne mélancolie, qui vous adressent, comme un reproche, un long regard résigné, et, parfois, lèvent au ciel des yeux suppliants, où on lit le regret des forêts vierges de 1 Afrique ou dos immenses steppes du littoral danubien? Ému parce regard, j’oublie que le Buffle à l’état

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