DE LIONS DC CAP
La vue du Lion en songe était également un présage heureux chez les anciens; quand Agariste et Philippe virent un Lion en rêve, ce rêve fut considéré comme un avertissement, pour le premier, de la naissance de Périclès, et pour le second, de celle d’Alexandre le Grand.
Le mythe du Lion et du Tigre est essentiellement asiatique ; néanmoins une grande partie de ce mythe se développa en Grèce, où le Lion et le Tigre finirent, par être connus et durent inspirer, comme dans l’Inde, un sentiment analogue à la terreur religieuse causée par les rois orientaux.
Le narasinha de l’Inde fut appelé, au moyen âge, le roi par excellence; de même, dans la Grèce, le roi reçut aussi le nom de Léon.
Héraclès, Hector, Achille, parmi les héros grecs ; Wolfdieterich, et plusieurs autres héros de la tradition germanique, avaient l’usage du Lion pour signe distinctif; le coursier du héros Hildebrand est un Lion.
On voit, par toutes ces légendes, combien le Lion était respecté dans l’antiquité. Le nombre de ces carnassiers devait être jadis considérable, si l’on en juge par l’incroyable consommation que les Romains faisaient jadis de ces animaux, pour leurs jeux.
D’après Pline, l’édile Quintus Scævola fut le premier qui en montra plusieurs ensemble dans un cirque. Sylla, pendant sa préture, fit combattre à la fois cent mâles qui lui avaient été envoyés, nous dit Sénèque, par Bocchus, roi de Mauritanie. Pompée ouvrit le cirque à six cents, dont trois cent quinze mâles, et Jules César à quatre cents. Adrien sacrifiait souvent jusqu’à cent Lions à la fois dans les jeux du cirque, et Marc-Aurèle en fit tuer un pareil nombre à coups de flèche, lorsqu’il triompha des Marcomans.
Plus récemment, presque de nos jours, au dernier siècle, on put voir des Lions combattant dans certaines fêtes asiatiques. Nous trouvons le récit suivant dans le Voyage de M. le chevalier Chardin en Perse et autres lieux de V Orient , publié en 1711, chez Jean J^ouis de Lorme, à Amsterdam.
« Encore aujourd’hui, dans les fêtes et dans les spectacles des Persans, on donne des combats au peuple. On met un jeune Taureau au milieu du cirque. On l’effarouche pour le mettre en fureur, et puis on lui détache le Lion; mais parce que le Lion est l’emblème de la monarchie persane, en qualité de roi et du plus noble des animaux, le peuple, fort superstitieux et attaché aux présages, croirait que ce serait une chose de mauvais augure pour leur pays, si le Lion ne déchirait pas le Taureau : c’est pourquoi ils lâchent toujours le Lion lorsque le Taureau a le dos tourné et qu’il ne court pas. Le maître du Lion, le tenant par le collier, lui tourne la tête vers le Taureau, jusqu’à ce qu’il ait les yeux dessus. Dès que le Lion l’aperçoit, il fait un cri, et s’élance par sauts de huit à dix pas avec tant de vitesse, que l’œil a de la peine à le suivre. Il se jette sur le dos du Taureau qu’il abat d’ordinaire; et si, par hasard, il le manque au septième ou huitième saut, il s’arrête et se rebute, et alors on relient le Taureau. On ramène le Lion à sa vue, et, à cause de l’augure dont j’ai parlé, on fait toujours en sorte que le Lion remporte la victoire et qu’il renverse le Taureau, qu’on égorge sous lui afin qu’il en boive le sang. »
Le Lion est sans contredit l’un des plus beaux animaux de la création, et tout le monde est d’accord pour lui laisser son ancienne appellation de roi, qui lui sied si merveilleusement. C’est pour cette raison que nous nous sommes occupé d’abord de lui : à tout seigneur tout honneur.
Henri Demesse.
L’ORANG-OUTANG
adis dans l’ordre des Primates, mot. qui veut dire premiers ou primats des animaux, Linné, inventeur de cette dénomination, plaçait, avec l’homme, non seulement les Singes et les Makis, dont l’organisation se rapproche plus ou moins de celle qui distingue notre espèce; mais aussi les Chauves-souris et les Paresseux, qui ont dù en être séparés, lorsqu’il a été permis d’apprécier plus exactement les particularités organiques qui les distinguent.
Wagler, répétant l’expression dont se servent tous les peuples qui ont vécu ou qui vivent dans le voisinage des Singes, les appelle des hommes transformés . Brehm commence ainsi son ouvrage : Le premier ordre des Mammifères nous fait connaître l’homme ; le second..., ses caricatures. En effet, le corps des Singes ne ressemble que très superficiellement à celui de l’homme, leur intelligence a tous les défauts de la nôtre, sans en avoir les bonnes qualités. Dans les différentes parties du corps de l’homme règne la plus belle harmonie; chez le Singe, presque tout nous parait grotesque.
On pourrait croire que les quatre mains du Singe lui constituent, sur nous une supériorité, il n’en est rien, ainsi que le démontre Owen. Ce n’est pas la répétition des mêmes organes, mais le nombre d’organes différents qu’il faut considérer ; c’est la diversité et non le nombre qui constitue la perfection. Le Singe avec ses quatre mains ne peut faire qu’une seule et même chose: se maintenir et grimper ; il ne peut même pas se servir de ses membres antérieurs comme de véritables bras, parce que ses membres postérieurs ne peuvent pas, comme chez l’homme, supporter tout le poids du corps. Les singes ressemblent à
l’homme par tous ses défauts. Ils sont méchants, perfides, -voleurs et indécents ; ils apprennent une foule de tours plaisants, mais ils n’obéissent pas et gâtent souvent le jeu par quelque balourdise comme un arlequin grossier. On ne saurait attribuer une vertu quelconque aux Singes et moins encore les croire capables de rendre service à l’homme. Ils peuvent rester en faction, servir à table, chercher divers objets, mais ils ne le font que par intermittence et tant quç leur folle humeur ne reprend pas le dessus. Au point de vue physique, comme au point de vue moral, ils ne représentent que le mauvais côté de l’homme. A propos des quatre mains du Singe, empruntons la note suivante à Giebel, elle
sera reproduite ici avec opportunité : « La simple comparaison des mains prouve qu’il est complètement impossible de faire dériver l’homme du Singe, et nous montre que celui-ci ne peut être civilisé, quoiqu’on ait pu le dresser à exécuter toute sorte de travaux domestiques à l’aide des mains. »
Dans la famille des Singes, l’espèce qui ressemble le plus à l’homme, c’est celle de l’Orangoutang. Tout récemment et par deux fois, à une année de date, grâce à M. Geoffroy Saint-Hilaire, tous les Parisiens ont pu voir des Orangs au Jardin d’acclimatation, et étudier leurs mœurs en captivité.
C’est par erreur qu’on a signalé l’existence des Orangs sur le continent Indien et même à Java.
Il n’en existe ni dans cette île, 'ni en Cochinchine, où Cuvier en indique.
On ne trouve ces Singes qu’à Sumatra et à Bornéo exclusivement.
ORANG-OUTANG ADULTE DE BORNÉO (JARDIN D’ACCLIMATATION, 1880). LeS Malais deS CÔteS leUI’ Ont
donné le nom d’ Orang-Outang, ou
Iloutan, qui signifie homme des bois; à Bornéo, les Daiaks Béjadjou les nomment Kcihico et ceux de la rivière Doussou, Kéou. Sur la côte occidentale de Sumatra, les Malais donnent à l’Orang-Outan0, le nom de Marré, et ceux d’Indrapourra et de Bencoulen le nomment Orang-Panda ou Pandekh, qui veut dire homme noir.
Pendant longtemps, on ne fut pas éloigné d’admettre deux, trois et même jusqu’à quatre espèces d’Orangs-Outangs dont chacun aurait habité une île particulière. Aujourd’hui, grâce aux recherches patientes des voyageurs et des savants, on a pu constater que les divers Orangs de l’Asie qu’on avait pris pour des espèces distinctes, n’étaient que des individus d’une seule et même espèce, mais d’un âge différent. L’Orang-Outang mâle, dit Brehm, atteint quatre pieds de hauteur; la femelle est plus petite d’environ un demi-pied. Le corps est très large dans la région des reins et se distingue par un ventre saillant; le cou est court et forme des plis sur le devant, parce que cet animal possède un gros larynx, à parois flasques, qu’il peut gonfler; ses membres sont terminés par de larges mains et de longs doigts. Les ongles sont toujours aplatis, ils manquent presque constamment aux pouces des mains de derrière. La face est tout à fait carac¬
téristique: les canines font saillie au milieu de ses puissantes dents; la mâchoire inférieure est plus longue que la mâchoire supérieure. Les lèvres sont ridées et fortement gonflées; le nez est tout à fait aplati, et la cloison nasale se prolonge au delà des ailes du nez ; les yeux et les oreilles sont petits, mais de la même forme que ceux de l’homme ; ses poils, rares sur le dos et sur la poitrine, sont longs et plus fourrés sur les parties latérales du corps ; ceux de la figure forme barbe. Sur les lèvres et sur le menton, sur le crâne et sur les avant-bras, les poils sont dirigés de bas en haut, partout ailleurs de haut en bas. La face et la paume
L’ORANG-OUTANG
de la main sont nues; les joues et la partie supérieure des doigts le sont presque. La couleur du pelage. est ordinairement d’un rouge de rouille, passant quelquefois au rouge brun, les poils de la barbe sont d’une nuance plus claire que ceux du dos et delà poitrine. Les parties nues paraissent bleuâtre ou gris d’ardoise. Les vieux mâles se distinguent des femelles non seulement par leur taille, mais encore par leur poil plus long et plus touffu, par leur barbe et par des callosités particulières qui couvrent les joues, les yeux jusqu’aux oreilles et jusqu’à la mâchoire supérieure ; les callosités ont la forme de croissants et enlaidissent singulièrement leur visage. Les jeunes Orangs n’ont pas de barbe; mais les diverses parties de leur corps sont couvertes d’un poil plus épais et plus foncé.
Nulle part ces singuliers animaux ne sont communs, et on ne les trouve que dans les lieux où s’étendent d’immenses terres basses, humides et couvertes de vastes et sombres forêts souvent submergées et peu accessibles à l’homme. Leur apparition dans les lieux montagneux n’est qu’accidentelle. A Sumatra, où les vastes forêts marécageuses n’existent que sur les côtes orientale et septentrionale , l’Orang se trouve relégué dans les royaumes de Siak et d’Atgen. Des individus isolés semblent pénétrer par les grandes vallées de l’intérieur vers la côte occidentale ; mais ces
cas sont extraordinairement rares. Les Orangs sont bien plus répandus à Bornéo, où on les observe dans toutes les parties basses et boisées qui sont peu habitées par les indigènes. Ils habitent les grandes forêts solitaires et marécageuses du sud et de l’ouest, ils recherchent les vallées du Kahayan, du Sampit, du . Manda wej, du Kotaringin, et les bords des autres fleuves de l’île ; mais partout où ils habitent il n’a guère été possible de les observer malgré toutes les tentatives qui ont été faites, de sorte que l’on ne sait encore que peu de chose sur leur façon de vivre chez eux à l’état libre.
Cependant quelques voyageurs, d’après leurs observations personnelles, ont rapporté des détails assez intéressants qu’ils ont pu donner d’une façon plus complète grâce aux dires des indigènes ; jamais on ne trouve les Orangs en bande nombreuse. Les vieux mâles vivent seuls, et même ceux'qu’un âge très avancé a rendus faibles traînent sur le sol une vie misérable. Les troupes que l’on rencontre ne sont composées que de femelles et de singes fort jeunes.
L’Orang-outang vit sur les arbres, où il trouve tout ce qu’il lui faut pour manger : des fruits, des bourgeons, des fleurs, des feuilles, des graines, des écorces, des insectes, des œufs et d^l oiseaux. La nuit, il choisit comme lieu de repos les cimes les plus touffues afin d’être protégé par le feuillage le plus épais contre la pluie et le froid qu’il redoute. Il se construit à sept ou huit mèlres du sol une sorte de nid qui ressemble à l’aire des grands oiseaux de proie et se compose de branches épaisses cassées en morceaux ou simplement courbées, de petits rameaux garnis de feuilles desséchées et d’herbes. Rarement il descend de