LE SCORPION
paire de sacs pulmonaires et de stigmates; tous les tarses ont trois articles et sont armés de deux crochets.
Nous avons deux espèces de Scorpions en France : le Scorpion d'Europe [Scorpio Europœus) à six yeux, et le Scorpion roussâlre {Scorpio occitanus) à huit yeux ; tous deux sont cantonnés dans la région de Tolivier, de Tamandier et du grenadier: le premier se trouve exclusivement en Provence, le second uniquement dans le Languedoc et seulement dans une lisière maritime ne dépassant pas trente-cinq à quarante kilomètres de largeur; en Espagne, où cette dernière espèce est fort commune, elle suit la région
Fig. 20 ». Scorpion.
du caroubier : cette concomitance n'a rien qui doive surprendre, elle s'explique très-bien par la température, par la nature du sol et les genres d'insectes dont les Arachnides font leur proie.
Sauf quelques variantes, les mœurs de ces deux Scorpions se ressemblent beaucoup. Ils vivent à terre, se cachent sous les pierres et dans les endroits sombres, parfois même dans les maisons, se tiennent tapis pendant le jour et sortent, la nuit, de leurs retraites pour chercher leur nourriture. Ils marchent alors dans tous les sens, les palpes dirigées en avant et la queue redressée en arc sur le dos; celle-ci leur tient lieu d'arme offen-
sive et défensive, ils s'en servent pour piquer les insectes qu'ils ont saisis avec leurs serres et qu'ils dévorent à la manière des grosses Araignées. Rarement on trouve plusieurs Scorpions dans le même gîte, ils vivent solitaires, et tellement farouches vis-àvis les uns des autres, que lorsqu'on les réunit ensemble, ils se battent à outrance, se tuent et se dévorent mutuellement. Les femelles, plus fortes que les mâles, sont ovovivipares ; elles font leurs petits à diverses reprises ; les premiers jours de leur naissance, elles les tiennent soigneusement renfermés dans leur repaire, les portent sur leur dos et cheminent ainsi pendant quelque temps avec eux, comme le font les Lycoses et d'autres Aranéides; au bout d'un mois environ, ils sont en état de se suffire à eux-mêmes; la famille alors se sépare.
La piqûre des Scorpions, sans être aussi graye dans nos climats tempérés que dans les pays chauds, ne laisse pas d'être douloureuse; elle donne même lieu à quelques symptômes inquiétants, tels que la fièvre et la tuméfaction ; sous ce rapport, le Scorpion roussâtre, désigné dans le Languedoc sous le nom de Sauvignargy^, est plus dangereux que le Scorpion d'Europe. D'après les expériences de Redi, sa piqûre tue les jeunes Pigeons dans l'espace de cinq minutes ; Maupertuis a constaté que des Chiens piqués au ventre pouvaient en mourir; ils sont pris, dans ce cas, de vomissements, de gonflements et de convulsions ; d'un autre côté, Léon Dufour, qui a étudié pendant longtemps celte espèce en Espagne, n'a éprouvé d'autre accident de sa piqûre qu'une douleur analogue à celle résultant d'une piqûre d'épine ; il avait eu, il est vrai, la précaution de comprimer immédiatement les abords de la partie blessée et de laisser couler un peu de sang. Le traitement à employer contre la piqûre du Scorpion est exactement le même que celui dont on fait usage extérieurement quand on a été mordu par une Vipère.
TROISlEiME CLASSE,