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L\ PUCE

L'épithète d'irritante [Pulex irritans, fig. 201) par laquelle Linné caractérise cet insecte n'a rien d'exagéré; la Puce, nonseulement agite et agace les personnes à peau délicate, mais les coups répétés de ses fines lancettes les mettent souvent hors d'elles-mêmes, tant il est vrai qu'un infime parasite peut nous battre en brèche et confondre notre superbe raison !

La Puce, considérée avec l'impartialité du naturaliste, est un être admirablement organisé pour son double rôle de sauteur et de suceur. Son corps ovalaire, compri- Fig. 201. Puce.

mé et revêtu d'une solide cuirasse que garnissent des épines mobiles, lui permet de s'insinuer à peu près partout; ses pattes allongées et vigoureuses, celles de derrière surtout, d'un tiers plus longues que les autres, sont d'une remarquable élasticité; toutes sont très-épineuses et se terminent par des crochets contournés ; sa tête, vue de profil, simule celle d'un cheval; elle porte, de chaque côté, les organes

de la manducalion et de petites antennes toujours vibrantes quand ranimai se meut, couchées quand il se tient en repos; la bouche est armée d'un bec à peu près conformé comme celui des Hémiptères : une gaîne articulée renferme deux lancettes aiguës, à Taide desquelles la Puce entame la peau de ses victimes et y détermine une irritation dont elle profite pour s'abreuver de leur sang. La femelle, quatre fois plus grosse que le mâle, pond une douzaine d'œufs; d'après Roësel, elle les laisserait tomber, au hasard, sur les planchers, les sièges, les étoffes, les ordures ; Latreille, au contraire, pense qu'à l'exemple de beaucoup d'insectes elle les colle à différents corps. Lorsque la saison est chaude, ils éclosent dans l'espace de cinq à six jours; il en sort de petites larves blanches et transparentes, d'une vivacité extrême, qui se contournent et se tortillent à la façon des anguilles. Le sang desséché forme leur première nourriture ; la mère Puce a soin de les en approvisionner en déposant ses œufe. Au bout de quinze jours, quand la nourriture ne leur fait pas défaut, elles se transforment en nymphes; ce moment arrivé, elles préludent par le jeûne à leur seconde métamorphose; puis elles se filent une coque soyeuse, d'un tissu serré, qu'elles fixent à un corps solide en la masquant par des grains de poussière; pendant tout le temps de leur clôture, elles restent dans une immobilité complète.

En été, l'état de nymphe ne se prolonge pas au delà d'une douzaine de jours, mais celles qui naissent à Tarrière-saison le gardent tout l'hiver. Avant de se changer en insecte parfait, la Puce se dépouille de la'pellicule qui enveloppe son corps, et se montre aussitôt après sous sa forme définitive; elle fait son entrée dans la vie active par un saut énergique, et se met à rinstant en quête de sa nourriture.

Les Puces, ainsi que chacun le sait par expérience, vivent aux dépens de l'homme et aussi d'une foule d'animaux; la peau fine des femmes et des enfants les allèche singulièrement; sur tous les animaux mammifères, elles donnent la préférence aux Chiens, aux Renards, aux Chats, aux Lapins et aux Rats de toute espèce; parmi les Oiseaux, elles s'attaquent principalement aux Poules, aux Pigeons et aux Hirondelles. Tous les hommes ne sont pas également de leur goût; il en est qu'elles respectent ou même qu'elles semblent fuir, tandis qu'elles se jettent avidement sur d'autres, et leur causent des ampoules et de vives irritatioQS : la véritable cause de ces antipathies et de ces sympathies est en-

core ignorée : la finesse ou la grossièreté relative des tissus semblerait l'expliquer.

La constitution herculéenne des Puces a été, à certaines époques, l'objet d'une étrange industrie; des spéculateurs les ont données en spectacle en les attelant à des canons microscopiques et à des carrosses lilliputiens ; toujours elles se sont tirées avec honneur de ces singuliers exercices par l'énergie musculaire de leurs épaules et la vigueur de leurs jarrets; peutêtre eût-il été plus à propos de chercher le secret d'éviter leurs piqûres. Jusqu'ici, on ne connaît d'autre moyen de se préserver de ces insectes qu'une extrême propreté; les pays chauds, en général, en sont plus visités que ceux où gens et demeures sont l'objet de soins minutieux.

ORDRE DES COLEOPTERES.

Les Carabes [Carabus) figurent avec distinction à la tête des insectes dont la chasse est la principale occupation; leurs allures et leur équipement répondent parfaitement à ce but. Protégés par une cuirasse épaisse, souvent parés des plus riches couleurs, armés de mâchoires puissantes, munis, en outre, de pattes longues et taillées pour la course, ils font, dans la belle saison, campagne continuelle, se lancent, à chaque instant, par voies et par chemins, et font, à notre profit, une ronde trèsactive de jour comme de nuit. Véritables gardes champêtres et grands justiciers, ils surveillent les voleurs à travers les herbes, les appréhendent au corps, et les exécutent sans autre forme de procès : ils nous sont donc utiles et doivent être épargnés.

Le Carabe doré, l'une des plus jolies espèces de notre pays (fig. 202 et 203), fait une chasse à courre très-active aux petits Mollusques déprédateurs, et sauve ainsi de leurs dents une partie

de nos fruits et de nos légumes. Il s'attaque parfois à plus gros que lui; il n'est pas rare de le voir aux prises avec le Hannelon descendu à terre; d'un coup de croc il lui perce le ventre et en tire les intestins. En vain l'insecte bourdonnant s'efforce-t-il de fuir, son ennemi, plus agile, l'a bientôt rejoint ; il le renverse sur le dos, le déchire avec ses redoutables pinces et en fait promptement curée. Suivant chaque gibier, nouveau procédé; avec le Ver de terre, par exemple, point de lutte à la course; comme l'animal rampant ne chemine qu'en glissant sur le sol, le Carabe se borne à l'épier; à peine paraît-il à fleur de terre, d'un bond le coléoptère est à cheval sur son dos et, d'un coup de

Fig. 203. Carabe pourpré.

mandibule, il le sépare en deux tronçons : une paire de ciseaux bien afl'ûtée ne ferait ni mieux ni plus vite.

Indépendamment de leurs armes pour l'attaque, les Carabes possèdent des moyens occultes de défense ; les grosses espèces laissent échapper de leur bouche une liqueur acre et fétide; les petites repoussent leurs ennemis à coups de revolver. Chétives et fluettes qu'elles sont, elles ne s'aventurent guère au grand jour, ainsi que les Carabes proprement dits, elles vivent ptf petites sociétés sous les pierres, et ont recours aux embuscades pour surprendre les proies minimes dont elles se nourrissent. Éminemment circonspectes, elles ont bien soin de n'avoir aucune dispute avec tout animal qui pourrait leur nuire ; les inquiète tron dans leur asile, la troupe aussitôt se disperse et cherche son salut dans ses jambes, mais il faut effrayer l'ennemi et, par ^"^

les moyens possibles, relarder sa poursuite; chaque fuyard, naturellement artificier, lâche sa bordée en se sauvant ; la matière qu'il lance se volatilise au contact de Tair et fait, en même temps, explosion ; sur toute la ligne, c'est un feu de tirailleurs. Il est facile d'observer celte machine de guerre chez les Brachines : le Crépitant, le Pétard et le Bombardier ne sont pas rares aux environs de Paris.

BOUSIERS, PILULAIRES, BOUCLIERS ET iNÉGROPHORES.

Si nous avons à défendre nos récoltes contre certains insectes déprédateurs, il en est d'autres qui nous rendent d'incontestables services; des races entières semblent avoir pour mission spéciale de veiller à la salubrité générale ; il y a parmi elles des employés de pompes funèbres, des équarrisseurs, des balayeurs de profession, des expurgateurs de toutes sortes , chargés de débarrasser le sol des cadavres et des immondices qui y gisent, et d'empêcher que la pureté de l'air ne soit viciée par des exhalaisons malfaisantes; parmi ces utiles fonctionnaires. Bousiers, Boucliers et Nécrophores occupent le premier rang et ont droit à notre protection.

Les Boucliers {SUpha, fig. 204 et 205), tout à fait différents des coprophages, ont, en général une livrée sombre, en harmonie

Fig. 304. Bouclier à quatre points. Fig* 2o&. Bouclier thoracique.

avec leur lugubre service. Ils n'enterrent pas les cadavres, mais ils se glissent sous leur peau, entament leurs chairs, les dissèquent et ne leur laissent bientôt que les os. Les gros animaux tombant en putréfaction leur appartiennent de droit. Il faut les voir au travail dans une carcasse de quadrupède pour se faire une idée de leur talent d'anatomistes ; ils s'y plongent, ils s'y ruent; pas un muscle, pas un nerf, pas un tendon n'échappe à

leur fin scalpel. Si la décomposition ne marche pas assez vite à leur gré, ils l'accélèrent à Taide d'une recette chimique ; de leur bouche et de l'extrémité de leur abdomen sort une liqueur brunâtre et fétide, véritable élixir de mort, qui met promplement le cadavre en putréfaction.

Les Nécrophores, ainsi que leur nom Tindique, sont fossoyeurs de leur métier (fig. 206) ; ils ont pour charge principale d'enterrer les morts de la gent animale. Qu'une Taupe, un Mulol, une Musaraigne, un petit Oiseau expire sur le sol, on ne l'y verra pas longtemps; le Nécrophore, averti par un odorat subtil, accourt sans plus tarder et se met aussitôt à l'œuvre.

Fig. 206. Nécrophore enterrant un oiseau.

Avec ses pattes dentelées et épineuses il creuse la terre audessous du mort, en suivant exactement tous les contours de son corps, et rejette chaque pelletée à la surface; la fosse se creuse ainsi sans déranger sensiblement le défunt ; quand ce dernier est enfoui à une certaine profondeur que déterminent la consistance et l'humidité du sol, on le recouvre de terre : Tenterrement est achevé. Le mort, par aventure, est-il un gros personnage, trop lourd pour les forces d'un seul fossoyeur, le Nécrophore appelle à son aide une escouade de travailleurs de bonne volonté : insectes n'en chôment jamais. Trois ou quatre compagnons d'abord se dévouent; quelques coups d'ailes les portent au rendez-vous ; la besogne se fait vite,

en silence et en commun. S'ils ne suffisent pas à la tâche, un second appel a lieu; une troupe d'ouvriers guidés par leur odorat viennent, à leur tour, à la rescousse. Au dehors, nul bruit, nulle agitation, la solitude paraît complète; mais au dedans, l'enfouissement va son train ; le cadavre, cerné de toutes parts, enfonce de plus en plus ; au bout de quelques heures, il est rendu à sa dernière demeure (fig. 206). Cette fois les funérailles sont terminées, à la troupe maintenant de se payer de sa peine : elle festine joyeusement à travers les entrailles du mort; les Nécrophores femelles y pondent leurs oeufs; ce sera le berceau de la future famille, les larves y trouveront un buffet tout dressé. A l'abri de tout péril dans cette funèbre salle à manger, elles achèveront le repas commencé par leurs pè- pig. 207. Nécrophow fossoyeur. res et mères ; le moment venu de se

changer en nymphes, elles s'enfonceront en terre, enduiront leur logis d'une substance visqueuse, et en sortiront après un mois de sommeil, parées comme des gens qui vont à la noce ; sous une si brillante livrée qui soupçonnerait de lugubres croque-morts? C'est ainsi pourtant que font leur apparition au grand jour le Nécrophore des morts ^ le Germanique et VEnterreur [Necrophoriis germanicus et N. Vespillo), tous fort communs en France, notamment aux environs de Paris.

Les Bousiers [Copris) et les Pilulaires [Atet^chus) ont plus d'un rapportdans leurs habitudes ; ils n'attaquent aucune proie vivante.

Fig. 208. Bousier sacré. Fig. 209. Ateuchuâ à large cou.

leurs mandibules ne sont faites ni pour broyer, ni pour déchirer la chair; leur alimentation consiste exclusivement en matières

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végétales ou animales à l'état fluide. Le jour, ils se tiennent cachés dans les fientes, et ils en sortent le soir pour folâtrer et multiplier. Le plus grand nombre fréquentent les pâturages et les endroits recherchés du bétail. Leur vol est lourd, bourdonnant, en ligne droite, et toujours bas : au moindre choc, ils s'abattent. Les femelles, beaucoup plus grosses que les mâles, déposent leurs œufs dans les bouses; la larve, après avoir vécu aux dépens des matières qui l'enveloppent de toutes parts, s'enfonce en terre pour subir ses métamorphoses , elle en sort insecte parfait. Les principaux genres de cette famille des Coprophages sont représentés par les Copris, les Géotrupes et les Ateuchus. Leur livrée fait souvent contraste avec le milieu abject où ils séjournent ; le noir, le bleu et le violet métallique se jouent dans leurs vêtements. La femelle du Géotrupe stercoraire présenid un trait de mœurs particulier: habitante des bouses, elle ne s'y Qe pas pour y loger ses œufs, elle juge plus prudent de creuser une sorte de puits au fond duquel elle construit encore une cellule; c'est là qu'elle dépose son œuf; il n'est pas plutôt pondu, qu'elle l'approvisionne d'une pâtée stercorale pour les besoins de la larve future : chez les bêtes, si chétives soient-elles, la prévoyance maternelle n'est jamais en défaut.

Le Pilulaire fait preuve d'une sollicitude analogue pour ses petits. Ni bouses, ni trous ne reçoivent sa progéniture; il enveloppe son œuf d'une certaine quantité d'excréments détachés de leur masse, et la moule en la roulant à diverses reprises sur le sol avec ses pattes de derrière ; lorsqu'elle a pris la forme et la consistance voulues, il la fait voyager. En effet, la cachette où il doit enfouir son cher trésor n'est pas toujours près de l'endroit où il a construit sa boule, elle en est parfois assez éloignée : l'insecte se met en route. Rien de plus simple si le sol est uni et sans obstacles, le Pilulaire chemine à reculons; ses longues pattes postérieures poussent la boule en ligne droite; mais si la voie est obstruée ou s'il y a quelque côte à franchir, sa t&che est réellement ardue et pleine de péripéties. Voyez-vous d'ici la bestiole attelée à son char roulant : elle avance, elle recule, elle trébuche; un heureux mouvement la remet d'aplomb, le pas difQcile est franchi, elle va bientôt atteindre le sommet ; tout à coup, ô malheur! le sol s'effondre sous ses pieds, la boule échappe à ses étreintes, il lui faut recommencer une longue et pénible ascension ; le Pilulaire l'entreprend de nouveau, sans se rebuter jamais. Sur des pentes très-glissaates, il

lui arrive de chavirer plusieurs fois de suite, mais l'insecte ne se décourage pas, toujours il reprend avec ardeur son travail herculéen, jusqu'à ce que, à force de persévérance, il ait atteint son but. Ses chances sont parfois bizarres. Tandis que la boule roule de haut en bas, lui, de son côté, dégringole et tombe sur le dos, les pattes en l'air. Dans cette piteuse position, il a grand'peine à se relever le charroi devient alors l'affaire du premier Pilulaire passant par là. Les misères du voyage ne se bornent pas à ce seul incident ; il n'est pas rare que Tautomédon

Fig. 210. Pilulaires charriant leurs boules.

conduisant sa boule à reculons ne la verse dans quelque fondrière; le Pilulaire se tire sans peine de ce mauvais pas; mais pour la boule, c'est autre chose. Comment extraire d'un précipice un corps rond, roulant sans cesse sur lui-même? La tâche n'est pas absolument impossible, mais, à coup sûr, elle est hérissée de difficultés. Tous ses efforts y ont-ils échoué, il part à tire-d'aile, va conter son embarras à ses frères; plusieurs aussitôt d'arriver; ils mettent en commun leurs forces et leur bonne volonté; le sauvetage, à la fin, est opéré : n'est-ce pas là une preuve évidente de l'entente des bêtes entre elles, et d'une quasi-intelli-

gence qui se manifeste dans certaines circonstances critiques? On le peut croire avec de fort bons esprits. Dès que la boule est hors du précipice, le Pilulaire se dirige vers l'emplacement que lui a révélé son instinct, et il se met à fouir. Il est muni de tous les outils nécessaires pour cette dernière opération; ses jambes largement dentées font Tofûce de pioche; la fosse est promptement creusée ; le Pilulaire y fait entrer sa boule ; ses longues jambes postérieures, pourvues de brosses, agissent à la manière de balais, elles accumulent la terre au-dessus du trou, sa trace disparaît en un clin d'œil : la larve n'a plus qu'à éclore dans celte retraite, sa nourriture l'attend au réveil.

LE HAiNNETON (Melolontha vulgaris).

C'est à bon droit que cet insecte est regardé comme un fléau pour la culture ; depuis sa naissance jusqu'à sa mort, il ne fait que piller et ravager; à la surface du sol comme sous terre, sa vie n'est qu'un long repas. A peine le printemps s'est- il installé, il se jette par troupes innombrables sur toute végétation, dévore les feuilles de nos arbres, chênes, ormes, bouleaux, érables, peupliers, pruniers, etc., et semble faire concurrence à Thiver, tant il les laisse à nu. Il mange gloutonnement et avec fracas, et, après avoir assouvi son violent appétit, il s'enfonce dans un épais fourré, se suspend au revers d'une feuille, s'y tient immobile pendant tout le jour, et n'en descend qu'au coucher du soleil pour prendre ses ébats.

Toutestgrossier chez les Hannetons. Leurs jeux n'ont rien d'élégant; ils volent, en bourdonnant, à la rencontre les uns des autres, donnent tête baissée contre le premier objet venu et roulent souvent à terre. Lorsque la projection n'a pas été trop forte et que les pattes ont servi de parachute, ils sont bientôt sur pied, se recueillent un moment, ontTair de souffler comme s'ils étaient haletants; mais sous cette apparence de poussifs ils soulèvent et baissent alternativement leurs élytres pour faire provision d'air et prennent ensuite leur essor : si la cabriole a été complète, s'ils ont chaviré sur le dos, ils restent un certain temps dans cette ridicule position, jusqu'à ce qu'un heureux hasard les remette en selle.

Leurs courses désordonnées à travers les airs et le visage des

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passants ne se prolongent pas au delà du milieu de la nuit; rentrés souslafeuillée, ils s*accrochent aux branches, aux rameaux, aux feuilles et y restent plongés dans un engourdissement qui devient presque léthargique au lever du soleil : aussi suffit-il alors de secouer les arbres pour les faire choir; ils tombent drus comme grêle, sans chercher à s'échapper; plus avant dans la

Fig. 211. Hanneton.

journée, les secousses ne font que les éveiller, et la plupart prennent leur volée.

La disette ou l'abondance des vivres règle leur séjour plus ou moins prolongé dans une contrée; ont^ils tout dévasté, ils émigrent. Les vents les charrient souvent au loin, et comme ils s'embarquent toujours le soir, on est tout surpris, le lendemain matin, d'en voir des myriades dans une localité où la veille il n'existait pas un seul Hanneton.

En général, les Hannetons font leur apparition subitement et

par multitudes considérables; les friches, les terres pauvres reçoivent rarement leurs visites, ils les réservent aux sols plantureux; les lisières des bois ont souvent ce triste privilège. Toute terre légère, fréquemment remuée par la charrue et riche en végétation, est pays de cocagne pour cet insecte malfaisant; il fuit, non sans raison, les terrains trop compactes ou trop humides : son engeance y périrait de misère.

Le Hanneton ne se montre au grand air que lorsqu'il estaduUe, et il n'en jouit que pendant un temps très-court. Sa longue enfance se passe tout entière sous terre; aus^i, une fois émancipé, mène-t-il la vie à grandes guides : de travail point; aucune industrie; en revanche, table toujours mise et appétit toujours prêt, concerts bruyants en faux-bourdon chaque soir, et promenades nocturnes jusqu'à minuit. Au bout de ce joyeux festival arrivent les noces, elles ont lieu dans le courant de mai; c'est le signal de la fin des mâles ; les femelles vivent un peu plus longtemps. Chargées des germes qui doivent continuer l'espèce, elles font choix d'un sol léger, le creusent avec leurs pattes antérieures armées de crochets, et, lorsque l'excavation a attein* quinze à seize centimètres, chacune y dépose une quarantaine d'œufs placés les uns à côté des autres. La ponte terminée. Tinsecte remonte à la surface, mais ses instants sont comptés; il grimpe sur un arbre, y prend à peine quelque nourriture, et meurt bientôt : son rôle de mangeur de feuilles est à jamais fini.

Un mois après la ponte, les œufs livrent passage à des lar\'es

molles, à ventre recourbé en dessous, à pattes grêles et noires et à têle munie d'une plaque cornée; neuf stigmates bordent chacun des flancs; la peau transparente laisse apercevoir en dessous une graisse blanchâtre aboutissant, à l'extrémité postérieure, à un dépôt de matières violacées (flg.

Fig. 212. Maos ou Vers blancs. ^IS). CcS larVCS, COMlUeS SOUS

le nom de Mans, Turcs^ Vers blancs^ passent près de trois ans en terre sous cet état rudimentaire. La première année, elles se tiennent, renversées sur le dos, dans la couche supérieure du sol et se nourrissent déjeunes racines succulentes; l'automne venu, elles

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s'enfoncent en terre à une époque qui varie selon la température^ mais ne dépasse jamais le mois d'octobre ; ce logement d'hiver les met à Fabri du froid et de la pluie; elles s'y tiennent immobiles, engourdies et sans prendre de nourriture.

Le retour du printemps les tire d*un long sommeil de six mois. A mesure que la surface s'échauffe, les Vers blancs, après avoir changé de peau, remontent dans les couches supérieures du sol, afin de se dédommager de leur jeûne forcé; leur appétit éclate alors avec fureur. Un certain nombre de larves se fixent près d'une ou de plusieurs racines, les entourent de trous et de galeries jusqu'à quelques centimètres de la

, , , , . . .. . F>^' 213. Nymphes de Hanneton»

plante vouée à la destruction; suivant M. Oswald Heer, elles ne s'en éloignent jamais de plus de trente centimètres. Ces galeries sont autant d'habitations d'été; pendant les chaleurs brûlantes, les Vers blancs s'y réfugient; après une pluie, ils regagnent la surface; mais pour peu que la pluie se prolonge et pénètre toute la couche arable, ils redescendent dans leurs souterrains.

Pendant toute la première année, ils vivent en famille, et leurs dégâts n'ont d'importance qu'autant que les colonies sont nombreuses. A la seconde année, les Vers blancs se séparent et se répandent dans toutes les directions ; leurs ravages, dans cette période, sont effroyables : toute plante cultivée, céréales, pommes de terre, fourrages sont attaqués en plein champ ; dans les jar dins, salades et fraisiers subissent leurs rudes assauts. Plus d'une fois les Vers blancs ont détruit des prairies entières en dévorant leurs racines et en ne laissant plus que des plaques de gazon flétri qui, faute d'adhérence au sol et de nourriture, sont bientôt brûlées par l'air et le soleil. Les rosiers, les arbres à fruit, les essences forestières ne sont pas plus épargnés; après avoir rongé les petites racines, les Vers blancs se jettent sur les grosses et causent ainsi la mort de végétaux jusque-là prospères, et qui, tout d'un coup, sans maladie apparente, jaunissent et périssent sur pied : les ont-ils détruits à fond, ils décampent, parcourent sous terre de grands espaces et vont porter ailleurs leur voracité. Ces ravages se poursuivent sans relâche pendant toute la belle saison, et sont d'autant plus désastreux qu'il fait plus sec. Heureusement, l'automne, avec ses gelées blanches, y

met un terme; le Ver blanc descend de nouveau dans ses quartiers d'hiver et s'enfonce à près d'un mètre dans le sous-sol : la profondeur du terrier est en raison directe de l'intensité du froid.

C'est donc à la seconde année que la terrible larve du Hanneton est le plus nuisible. A partir d'avril, sa voracité va toujours croissant ; elle atteint son maximum d'intensité dans le mois de juin, elle se maintient à ce diapason jusqu'à la fln d'août.

Au printemps de la troisième année, les Vers blancs reprennent leur métier de ravageurs. Mêmes évolutions qu'à la seconde année, nouveau changement de peau, nouvelle ascension à la surface du sol ; appétit toujours dévorant à la suite de Thivernation. Cependant la dévastation, à cette période, ne s'opère plus sur une échelle aussi vaste; beaucoup de larves ont péri dans la traversée de deux hivers et surtout dans les printemps humides qui leur ont succédé ; les Taupes, d'autre part, en ont fait une ample consommation. Au fur et à mesure que les larves prennent plus de développement, elles mangent d'autant moins qu'elles sont plus proches de leur dernière métamorphose; les ravages du Hanneton à sa troisième année ne s'exercent plus que pendant trois mois, d'avril à la fin de juin ; sa transformation en nymphe y coupe court radicalement. Sous cette forme transitoire qui le prépare à l'état adulte, le Hanneton ne prend plus aucune nourriture, il vit exclusivement sur son fonds et s'enfonce une dernière fois en terre, à une grande profondeur; dans ce réduit obscur, il se fabrique une coque, l'enduit d'une bave visqueuse et la fortifie de quelques fils de soie; la fase terminée, il se change en nymphe : tête, antennes, pattes, ailes, corselet et abdomen se dessinent nettement sous la mince pellicule qui les emmaillotte (fig. 213).

Dès la fin d'octobre, toutes les larves de trois ans sont arrivées à leur état parfait, mais leur consistance est molle et leur couleur blanc-jaunàtre n'est pas celle de leur livrée définitive, l'insecte a besoin de se fortifier. Il passe son dernier hiver en terre; ses organes s'y endurcissent et sa robe devient foncée. Vers la fin de février de la quatrième année, les Hannetons remontent peu à peu vers la surface; avril venu, ils prennent la clef des champs et fêlent leur délivrance par de copieux repas; les arbres en font les frais et y laissent leur feuillage printanier.

Les pertes occasionnées" chaque année par les Hannetons dépassent tout calcul : c'est par millions qu'il faut les compter. De

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toutes les recettes préconisées pour les détruire, la meilleure est le hannetonnage sérieusement pratiqué dans les mois d'avril et de mai; il ne détruit pas complètement l'espèce, mais il est trèsefficace, et limite singulièrement les ravages de l'insecte, à la condition d'être exécuté d'ensemble dans chaque pays.

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