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RAYONNES

Les animaux compris dans cette quatrième et dernière division principale ont une organisation plus simple que celle des êtres rangés dans les trois embranchements précédents. Les divers organes du mouvement et des sens, au lieu d'être disposés symétriquement aux deux côtés de la ligne médiane et longitudinale du corps, sont groupés, en général, comme des rayons autour d'un centre.

Le système nerveux , quand il existe chez ces animaux, est toujours réduit à l'état rudimentaire. Ils n'offrent pas de véritable système de circulation.

La respiration s'effectue, tantôt par des organes spéciaux, tantôt par toute la surface du corps. Les uns sont pourvus d'une bouche, d'un anus et d'un canal intestinal distincts : tels sont les Rotifères des toits, les Ascarides, les Strongles, etc.; les autres, conune le Polype, ne présentent qu'un seul orifice tenant lieu de bouche et d'anus ; la plupart n'ont qu'une cavité creusée dans la substance même du corps ; un grand nombre manquent de bouche.

LES POLYPES D'EAU DOUCE {Hydra vindis).

Les Polypes peuvent être considérés comme des êtres intermédiaires entre les animaux et les plantes. S'ils appartiennent véritablement aux premiers par leur irritabilité, leur genre de nourriture et leur locomotion volontaire, leur mode de reproduction par divisions les assimile aux végétaux qui se propagent par bulbes et par boutures. Leur organisation est des plus simples. Leur corps gélatineux, chagriné, couronné de tentacules, n'offre d'autre viscère qu'une cavité tenant lieu d'estomac ; une seule ouverture, en forme de sac, remplit indistinctement le rôle de bouche et d'anus,, car, si elle donne entrée aux aliments, elle leur sert également de canal de sortie. Chez eux, point d'organe respiratoire, nul appareil de circulation, aucune trace de sexe ; la multiplication s'effectue par bourgeons, tantôt extérieurs, tantôt internes et communiquant ensemble, de sorte que, sous l'apparence d'un être unique, ils forment, en réalité, des individus composés, sans dehors ni dedans, puisqu'ils peuvent être indifféremment retournés comme un gant, et qu'ils remplissent, sous les deux faces, leurs fonctions vitales.

Les Polypes d'eau douce habitent les fossés, les mares, les étangs et les bassins riches en plantes aquatiques, notamment en lentilles d'eau ; on les rencontre surtout aux endroits où le vent a accumulé cette végétation flottante. Dans la saison rigoureuse, ils se tiennent au fond de Feau, sur les prêles, les roseaux et les joncs submergés ; tant que le froid se fait sentir, ils sont immobiles dans cette retraite et comme frappés de léthargie; mais, à mesure que la température devient plus douce, et que les lentilles d'eau remontent à la surface, les Polypes les suivent dans leur ascension, remontent avec elles, et, sous ce tapis verdoyant, s'abritent et pourvoient à leur nourriture.

Leur genre de vie est en rapport avec leur organisation toute spéciale; l'animal n'est qu'un vaste estomac, ses mœurs ne seront donc pas bien vsLriées. Avant tout, il lui faut satisfaire son appétit; changer, de temps en temps, de place pour mieux s'assurer de sa nourriture, guetter la proie au passage, l'appréhender, l'engloutir, la digérer, puis, à un moment donné, se reproduire par gemmes, tels sont les actes principaux de la vie

individuelle ou collective des Polypes : cette existence si peu compliquée mérite toutefois attention; Trembley, le premier, en 1750, en a fait connaître les détails; le savant Leuwenhoek l'avait découverte dès 1703.

Dans leur forme la plus générale, les Polypes d'eau douce se présentent sous la forme d'un petit sac conique, gélatineux, complètement fermé à la partie postérieure et garni, à la partie supérieure, de bras ou tentacules filiformes, creux à l'intérieur et faisant office d'organes de locomotion et de préhension. Le nombre des bras n'est pas le môme dans toutes les espèces. Chez quelques-unes, il augmente après une année révolue et s'élève jusqu'à dix-huit ou vingt; d'autres fois il diminue; les bras semblent aussi parfois pousser au hasard sur diverses parties du corps, pour disparaître plus tard; quel que soit cependant leur nombre, toujours ils sont placés à égale distance les uns des autres et décrivent un cercle autour de l'ouverture buccale, leur siège normal. D'après Baker, les Polypes, armés de huit bras, quand ils sont complètement développés, commencent par en émettre deux à l'opposite l'un de l'autre ; au bout de quelque temps, il en pousse deux autres, placés exactement au milieu des deux premiers ; peu après, il en surgit quatre autres plus petits, situés dans les intervalles des premiers; leur longueur ne devient uniforme qu'après une huitaine de jours. Toute la portion convexe et les parties latérales des tentacules portent une foule de mamelons qui donnent chacun insertion à deux ou trois poils urticants, espèce d'hameçons dont le Polype se sert pour saisir et retenir sa proie.

Les Polypes jouissent à un haut degré de la faculté d'étendre, de contracter, en tout ou en partie, leurs tentacules, de les courber en divers sens et d'en accroître ou restreindre le diamètre. Leur corps, dans toute son étendue, est également susceptible d'inflexions partielles ou totales; il change de couleur selon son degré d'extension ou de contraction, et passe ainsi du brun clair au brun foncé.

La vision fait complètement défaut chez les Polypes ; néanmoins, malgré l'absence d'yeux, ils éprouvent l'influence de la lumière, ils la recherchent et en reçoivent la sensation sur toute leur surface ; celle-ci leur transmet également le son, l'air vital dont nul être ne peut se passer, et les matières muqueuses qui entrent dans leur alimentation : ils vivent alors par absorption externe.

La force remarquable de contractilité que possèdent les Polypes les aide singulièrement dans la progression qui rappelle celle des Chenilles arpenteuses : Tanimal veut-il s'avancer en ligne directe, il fixe son extrémité postérieure contre un corps résistant; puis, en se courbant, il rapproche son bout antérieur du point vers lequel il tend ; lorsqu'il l'a fixé, il détache l'extrémité postérieure, la rapproche du bout opposé et' la fixe derechef; ce manège continue jusqu'à ce que le but soit atteint. Pour aller & reculons, le Polype se cramponne d'abord par son bout

Fig. 9S8. Polype d*etQ douce.

antérieur ; il allonge ensuite l'extrémité postérieure en sens inverse de celui qu'il a suivi dans la marche en avant. Quand il doit se mouvoir de côté, il se dresse verticalement et laisse aller son corps à la dérive vers l'endroit où il veut cheminer. Dans ces divers exercices, ses tentacules, tantôt restent inertes, tantôt sont autant d'auxiliaires puissants. Du reste, les Polypes parcourent le fond de l'eau avec une extrême lenteur; ils n'emploient pas moins de vingt-quatre heures pour franchir une distance de douze à quinze centimètres. Us se tiennent ordmai-

rement suspendus à la surface de l'eau par leur extrémité postérieure, toujours à sec dans ce cas. Lorsqu'il s'agit de se fixer fortement, ils dirigent trois ou quatre bras de différents côtés; ce sont autant de câbles qui les retiennent et empêchent Feau de les ballotter ou de les entraîner.

La manière dont les Polypes se pourvoient de gibier ne laisse pas d'être curieuse; c'est tout un drame en miniature. Nonnseulement ils peuvent se passer de proie, mais les matières que l'eau tient en dissolution suffisent à leur strict entretien; toutefois, réduits à cette maigre pitance, ils languiraient et ne se développeraient guère ; leur accroissement, au contraire, est rapide quand ils peuvent se nourrir d'animalcules vivants : il est proportionné à la quantité d'aliments qu'ils absorbent; en été, leurs repas sont fréquents et abondants.

Leur proie ordinaire se compose de petits vers aquatiques, de Daphnies, de Naïs et autres Entomostracés. Ils ne se trompent jamais sur le choix de leurs aliments et ne s'attaquent pas aux animaux d'une force supérieure qui pourraient se débarrasser de leurs lacs et les rompre. Éminemment carnivores, ils dédaignent toute proie morte; un tact d'une finesse exquise supplée, chez eux, à l'absence totale d'yeux ; pour peu qu'un animalcule touche l'extrémité de leurs bras, à l'instant il est happé; ils savent, du reste, tendre des embûches et diriger leurs tentacules du côté où l'agitation de l'eau leur fait soupçonner la présence du gibier. L'Araignée, au milieu de sa toile, n'est pas plus vigilante que le Polype à l'affût, suspendu verticalement à quelque paroi et les bras allongés; tout ver qui s'engage entre ces fils perfides est infailliblement voué à la mort (fig. 258). Plus il s'agite pour s'échapper, plus il multiplie ses chances de perte. Si un seul bras ne suffit pas pour le retenir, le Polype en met plusieurs en mouvement ; ceux-ci se contractent, se recourbent, enlacent la victime et l'amènent à la bouche qui ne tarde pas à l'engloutir. Souvent le ver se débat avec violence; il entraîne alors, de droite, de gauche, le bras qui l'a arrêté, comme un Poisson pris à l'hameçon entraîne la ligne du pêcheur; le Polype sait bientôt à qui il a affaire; il soupèse en quelque sorte sa proie, puis, retirant peu à peu à lui le bras préhenseur, il le roule en tire-bourre, serre et garrotte étroitement l'anîmal dont les mouvements sont promptement paralysés; l'issue de la lutte lui est toujours fatale. Quelquefois le ver use d'adresse pour se soustraire à son ennemi. A peine a-t-il touché un des

bras du Polype, qu'il devient tout à coup immobile, il fait le mort. Tant qu'il ne bouge, le Polype ne cherche pas à s'emparer de lui; mais, au moindre mouvement, la feinte est éventée, les bras de se mettre en jeu et d'entortiller la victime : il est bien rare que le ver échappe.

Les tortures que subit le ver, les mouvements convulsilis qu'il éprouve dès qu'il est saisi par la bouche du Polype et la mort rapide qui en est la conséquence, portent à croire que la morsure du Polype, ainsi que celle de la Vipère, renferme un venin; celui-ci s'injecte aussitôt dans la plaie et termine instantanément la lutte. >

La bouche du Polype, souvent béante, s'ouvre graduellement et toujours en raison de la grosseur de l'animal destiné & lui servir de nourriture. Lorsque le ver se présente par une de ses extrémités, le Polype l'attire avec ses lèvres par une espèce de succion ; mais se présente-t-il en travers de la bouche, les lèvres, après l'avoir saisi par le milieu du corps, se dilatent à droite et à gauche, et, s'appliquant avec force contre le ver, l'obligent à se plier en deux : dans cette position, il est bientôt avalé. Les bras n'aident en rien à la déglutition, ils ne servent qu'à saisir la proie et à la porter à la bouche contre laquelle ils se tiennent assujettis ; si l'animal capturé oppose une vive résistance, le bras qui le détient se renfle considérablement au point de préhension.

Il arrive parfois que deux Polypes arrêtent le même ver et se le disputent en le tirant avec force, chacun de son côté ; il se peut alors que tous deux commencent à l'avaler par les bouts opposés ; aucun ne lâchera prise, ils continueront de l'engloutir simultanément, jusqu'à ce que leurs bouches entrent en contact l'une avec l'autre. Tantôt elles restent appliquées pendant un certain temps ; à la fin, la rupture du ver sépare les deux convives; tantôt la lutte ne s'arrête pas en si beau chemin : les voraces, gorgés mais non repus, s'acharnent de plus en plus après leur prise ; quand ils sont bouche à bouche, le plus rusé s'avise d'un singulier stratagème : il ouvre démesurément son orifice et avale plus ou moins complètement son rival; ce dernier toutefois se tire de ce gouffre plus heureusement qu'on ne le supposerait; il lui en coûte, il est vrai, son butin que l'autre va saisir jusqu'au fond de son estomac; mais c'est là toute sa mésaventure. Après avoir fait vingt-quatre heures d'arrêt forcé au fond de son vainqueur, il en sort sain et sauf : nous n'en se-

rions pas quittes à si bon marché si Tun de nos semblables, par impossible, nous avalait. Telle est, au surplus, la voracité des Polypes, que souvent, avec leur proie, ils engloutissent une portion de leurs propres bras; mais cet accident ne les inquiète guère : leurs tentacules, enroulés autour de l'animal dévoré, se dégagent d'eux-mêmes dans Tintérieur de Testomac ; ils reparaissent vingt-quatre heures après, et sans la moindre lésion.

Tout animal avalé par le Polype est mort après un quart d'heure de déglutition. Chose digne de remarque, malgré leur furieux appétit et quelque affamés qu'ils soient, les Polypes jamais ne se mangent entre eux; ils se bornent à s'avaler pour mieux s'assurer leur prise, et se restituent toujours consciensement leur individualité quand ils en sont venus à leurs fins : réunis plusieurs dans le même bocal, ils vivent en bonne harmonie et prennent plaisir à voisiner.

Leur digestion s'opère très-lentement. A mesure que Testomac se remplit, sa capacité augmente par suite de l'extension de la peau; le corps, en même temps, se concentre sur lui-même et devient plus ramassé. Durant cette grave fonction, le Polype est pendant, inerte et dans une espèce d'engourdissement : sans nul doute il se recueille. S'il a fait sa pitance d'une Planaire, d'un Ver ou d'un tout petit Gardon, son corps prend une teinte rose, grise, noire ou brune, et ses tentacules se retirent; quand le Polype a rejeté tout ce qui ne pouvait servir à sa nutrition, son sac se rétrécit et s'allonge; mais peu à peu il reprend sa forme première ; la digestion tout à fait terminée, il s'étend de nouveau et se remet à l'affût pour reprendre sa vie de chasseur et de gastronome.

L'appétit n'est jamais plus actif chez les Polypes que lorsque la chaleur est bien développée; en été, ils avalent souvent des proies beaucoup plus volumineuses qu'eux-mêmes, et ils les digèrent au bout de douze heures; dans la saison froide, au contraire, bien que leur nourriture soit moindre, la digestion exige près de trois jours d'un travail pénible ; comme la plupart des animaux voraces, s'ils peuvent absorber à la fois une grande quantité de nourriture, ils sont aussi capables de supporter de longs jeûnes, seulement ils maigrissent en conséquence : plus ils ont jeûné, plus leur corps est transparent.

L'énergie stomachique des Polypes n'est pas leur seul caractère distinctif; leur vitalité, sous toutes les faces, en fait des animaux vraiment exceptionnels. On sait déjà qu'ils peuvent être

retournés comme un gant et que leur face interne peut être convertie en face externe, et vice versa, A la vérité, Fanimal ainsi travesti fait tous ses efforts pour se déretourner : quelquefois il y parvient, d'autres fois il y échoue; mais il n'en perd pas pour cela Tappétit; sous quelque forme qu'il se trouve, il n'en poursuit pas moins sa proie sous Tune ou l'autre face, et il s'en nourrit sans la moindre difficulté; une fois qu'il s'est mis à digérer, à l'endroit ou à l'envers, il prend bientôt son parti et ne songe plus à revenir à ses premières habitudes : on a vu des Polypes retournés, déreioumés^ et retournés encore, s'accommoder promptement de tous ces changements, sans que leur existence en fût le moins du monde troublée.

Et ce n'est pas le seul côté merveilleux de l'histoire des Polypes d'eau douce. Trembley a fait à leurs dépens ou, pour mieux dire, à leur profit, une singulière expérience. S'élanl avisé un jour de couper un Polype en plusieurs morceaux, quelle ne fut pas sa stupeur de voir bientôt chaque tronçon prendre la forme d'un animal complet! Là où le sac vivant avait été coupé en deux, une bouche se forma au-dessus de la partie postérieure et se garnit de tentacules; le tronçon antérieur qui avait gardé ses bras n'en refit pas de nouveaux, mais il ne tarda pas & s'allonger inférieurement; le corps proprement dit se reconstitua et redevint en tout semblable à celui qui avait été séparé. Cette épreuve, répétée plusieurs fois, donna le même résultat. Encouragé par ce succès, le savant naturaliste voulut en avoir le cœur net, et s'assurer du degré de division que pouvaient supporter les Polypes. Il en prit un, le coupa dans tous les sens, en long, en large, obliquement ; il le hacha, en quelque sorte, comme chair à pâté, le résultat fut encore plus étrange : chaque parcelle se reforma promptement en autant de Polypes. Cette fois la fable de l'Hydre de Lerne devenait une réalité; ce qui semblait devoir anéantir l'animal, n'avait fait que multiplier son principe de vie. Roësel, quelques anqées plus tard, poussa plus loin ses recherches et parvint à saisir la constitution du Polype jusque dans son essence. D'après cet habile observateur, elle gll dans une molécule globuleuse enfouie dans une simple mucosité. Que celle-ci se maintienne dans ses conditions normales, le germe vital persiste avec son animation ; qu'elle disparaisse par une cause ou une autre, il s'évanouit : ainsi arrive la mort individuelle ou collective du Polype; il y est sujet comme toute chose terrestre créée.

L'étonnante faculté de reproduction des Polypes s'explique encore par les bourgeons dont leur corps en tout temps est chargé; quand on les étudie au microscope, on y trouve une organisation tout à fait semblable à celle de Tanimal complètement développé. Edwards les a très-bien décrits : d'abord presque imperceptibles, ils ont l'aspect de petites pustules communiquant par un vide intérieur avec celui du Polype, espèce de sac vivant dont la tubulosité s'étend jusque dans les tentacules. Si le froid surprend les bourgeons dans leur développement, celui-ci s'arrête, les bourgeons s'étranglent à leur base, ils prennent la figure d'une petite verrue, se détachent et tombent au fond des eaux où ils sont à l'abri de la gelée ; ils y demeurent en réserve comme des semences pour le printemps prochain, alors que la température échauffera la vase des marais. Si la saison favorise la multiplication des Polypes, les bourgeons développés à la surface de leur corps ne s'en détacheront pas pour tomber au fond de l'eau ; sous l'œil de l'observateur, ils s'allongent et deviennent parfaitement semblables à Tindividu qui les émet, et peuvent rapidement se suffire à eux-mêmes ; arrivés à un certain point de développement, ils se détachent sous la figure de Polypes complets, et s'en vont vivre d'une vie individuelle d'où résulteront d'autres bourgeons et d'autres animaux de même espèce, d'une parfaite conformité entre eux. Un Polype vigoureux peut produire jusqu'à vingt Polypes semblables à lui dans l'espace d'un mois. 11 arrive souvent qu'il porte, sur toute sa surface, de six à dix bourgeons qui, venus les uns après les autres, acquièrent, à Tétat de Polypes, des tailles diverses sur la souche qu'on ne peut qualifier de père ni de mère ; et, chose merveilleuse, le groupe vit d'une vie commune, puisque ce que mange chaque Polype tourne au profit de tous, tandis que chacun des Polypes manifeste une volonté personnelle, indépendante, en péchant pour son propre compte, et en disputant une proie à l'un de ceux qu'on peut indifféremment nommer ses frères ou ses morceaux.

L'âge met fin à cette vie en société. La séparation a lieu quand chaque rameau vivant, assez fort pour n'avoir plus besoin de l'appui protecteur, se rétrécit par le point d'attache ; alors le tube interne qui communiquait avec celui du tronc, qui en recevait des sucs vivifères, ou lui en envoyait, selon que la souche ou le rameau avait mangé séparément, ce tube se ferme, et l'indépendance est faite. Le jeune Polype ne communiquant plus par

son sac alimentaire avec Testomac du Polype-souche, tout rapport est rompu, les membres de la famille se déjoignent : c'en est fait ; désormais chacun agira, mangera, digérera pour son propre compte, jusqu'à ce que, en vertu de la force végétative, il émette, à son tour, de nouveaux bourgeons.

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