‹ Les animaux de la FranceChapitre 69 sur 126 · L'OUTARDE. 42S · texte numérisé non relu

L'OUTARDE. 42S

dans des bains de sable ; le soir venu, elle s'achemine en silence vers le lieu de sa retraite de nuit. D'après Naumann, à peine le jour commence-t-il à paraître, que les Outardes s'éveillent, étendent leurs membres, battent des ailes, marchent lentement de côté et d'autre, comme pour se mettre en branle, puis s'envolent simultanément; les plus vieilles forment l'arrière-garde, et s'en vont gagner ensemble leur lieu de pâture, toujours éloigné de celui où elles ont gîté pendant la nuit.

L'Outarde n'est jamais longtemps sédentaire au même endroit; elle change à chaque instant de place, et peut être considérée comme erratique dans un domaine très-étendu. Vient-elle à être inquiétée, elle ne se sauve pas d'abord à tire-d'aile, elle va se cacher dans une céréale touffue, et ,s'y tient blottie contre terre jusqu'à ce que le danger soit passé ; lorsqu'elle se sent menacée de près, elle demande son salut à ses jambes et a bientôt mis une distance considérable entre elle et son ennemi ; il est toujours fort difficile de l'approcher, car à mesure qu'elle aperçoit un homme ou un chien dans le lointain, elle décampe; on ne la force à la course qu'autant qu'elle est blessée ou que le verglas gêne sa fuite. Son régime alimentaire est à peu près celui de nos Gallinacés domestiques : elle vit de grains, d'insectes, de petits mollusques et aussi de verdure.

Au printemps, l'Outarde mâle piaffe autour des femelles, et fait la roue avec sa queue. La race n'a point, pour ainsi dire, de nid, la cuvette qu'elle creuse en terre ne mérite pas ce nom. il n'y a qu'une simple ponte par année ; elle se compose, chez la grande Outarde, de deux œufs brun-rougeâtre sur un fond olive; chez la petite Outarde, on en compte trois ou quatre, d'un vert uniforme et luisant. L'incubation dure de vingt-cinq à trente jours ; les petits naissent couverts de duvet ; dès leur éclosion, ils courent et vont chercher leur nourriture sous la conduite de leur mère; le mâle, plus tard, veille à leur défense.

Les Outardes restent en famille jusqu'à l'entrée de l'hiver; mais aux approches de la mauvaise saison elles se rassemblent et forment des troupes nombreuses tout aussi défiantes que les existences isolées ; les plus âgées, par le bénéfice de leur expérience, s'effrayent encore plus que les jeunes : on croit qu'elles posent des sentinelles qui se relèvent et sont chargées de veiller à la sûreté générale.

Ces oiseaux, des plus gros que nous ayons en France, y deviennent de plus en plus rares ; ils arrivent en Champagne dans les

premiers jours de décembre, et y demeurent habituellement jusqu'en mars. Ils restent dans la localité où ils ont débarqué tant qu'ils s'y croient en sécurité et que la température n'est pas trop froide ; lorsque Thiver se montre très-rigoureux, ils émigrent pour des climats plus doux, et vont alors se réfugier en Provence, dans les solitudes pastorales de la Grau. On en voyait autrefois chaque année en Lorraine, en Poitou, dans le Berri et dans la Beauce, mais ils n'y font plus que de courtes apparitions, seulement de loin en loin : nul doute qu'ils ne se confinent bientôt exclusivement dans le nord de l'Europe, leur véritable patrie.

Fig. 135. OuUrde camiepetièro.

La grande Outarde (Olis tarda) ne se rencontre plus que trèsaccidentellement dans notre pays. Son plumage est, en dessus, mélangé de noir et de roux disposés en ondes et par taches; le dessous est blanc, lavé de fauve. Le mâle se distingue de la femelle par ses couleurs plus vives et surtout par un bouquet de plumes sans barbes, longues et étroites, d'un blanc grisâtre qui lui pend sous le menton.

La petite Outarde (Otis tetraxj fig. 135), désignée vulgairement sous le nom de Cannepetièrej bien que moins rare que l'espèce précédente, n'est pas commune, et on ne la rencontre que de passage dans quelques grandes plaines, en Beauce, par

Page 1