LA VENGEANCE CHEZ LES BÈTES
des tours qu'il lui avait joués, ils’approcha sans méfiance d’une cage qui se trouvait vis-àvis. À peine avait-il tourné le dos à l’éléphant, que celui-ci, passant sa trompe à travers les barreaux de sa prison, saisit le chapeau du personnage, le déchira et lui en jeta les morceaux à la face avec un bruyant ricanement de satisfaction.
Des faits du même ordre ont été signalés chez le chien par un rédacteur du Cassel 13 Family Magazine. Un fermier des environs de Londres avait coutume d'aller chaque matin vendre son lait dans la petite ville la plus rapprochée. Il ne se mettait jamais en route sans être accompagné de son chien qui était chargé du soin de garder la voiture. À première vue, cet animal inspirait peu de sympathie. Il n'était pas d’une race recherchée. C'était un chien très vulgaire d’origine, à qui son maître avait donné le nom de Victor. Il se rendait sans cesse coupable de méfaits sans nombre que n'eût jamais commis un chien de race pure. Lorsqu'un animal moins fort que lui se rencontrait sur son chemin. il ne manquait jamais de l’attaquer et de le mordre jusqu'au sang ; mais il était très circonspect en proportion en présence d’un adversaire capable de lui répondre, et devant un bouledogue ou un terre-neuve, il baissait pavillon. Pendant plusieurs mois, Victor fut la terreur des chiens de petite et moyenne tailles ; mais un jour vint où la coupe des iniquités fut pleine. Une de ces agitations sourdes qui précèdent les résolutions suprèmes se manifesta parmi les représentants de la race canine ; une meute de terriers, de havanais, de loulous, d'épagneuls, de caniches se forma spontanément sur la place publique et au coucher du soleil se dirigea comme un tourbillon vers la résidence du tyran. Le lendemain matin, le laitier trouvait son chien étendu devant la porte de sa ferme. Le malheureux animal, criblé de morsures, avait perdu presque tout son sang et gisait presque inanimé. Ce ne fut qu’à force de soins et après une longue convalescence qu'il put reprendre son service. Les anciennes victimes ne le reconnurent plus. Victor était devenu un autre chien. Il avait profité de la sévère leçon qu'il avait reçue. Au lieu de se précipiter à droite et à gauche sur les carlins inoffensifs et les levrettes timides qu'il rencontrait sur son chemin, il suivait pas à pas la voiture de son maitre et n’avait plus d’autres soucis que de défendre le cheval, la carriole et le lait contre les entreprises des voleurs. À bon droit condamné par un jury de chiens qui s'étaient chargés d’exécuter eux-mêmes la sentence, le coupable avait été ramené à de meilleurs sentiments. Loin de retomber dans ses anciennes erreurs et de passer à l’état de récidiviste endurci, il s'était amendé en subissant sa peine. C'est en cela que la justice canine l’emporte peut-être sur la justice humaine.
Un clergyman anglais raconte aussi l’histoire d’un coq qui, dans une basse-cour, voulait conserver la nourriture pour lui tout seul. Il éloignait les canards de l'écuelle à grands coups de bec. Les canards finirent par se révolter. Après s'être concertés dans un coin, les canards formèrent un cercle qui se referma sur le tyran. Le coq, écrasé de toute part, fut obligé de fuir, trop heureux encore d’en être quitte à si bon compte. A partir de ce jour, les canards purent venir manger sans être inquiétés par le coq, qui était tout penaud.
L'esprit de vengeance est aussi très déveioppé chez les singes. En voici un
di L4