CHAPITRE XIX
Les bêtes bien emmitouflées.
C’est un fait presque général que la toison des mammifères devient plus épaisse en hiver, à l'exception cependant de l’homme, qui doit se raser plus souvent pendant les beaux jours que durant la mauvaise saison. Cet épaississement est dû à l'allongement des poils déjà existants ou, après la mue, à la formation de longs appendices pileux et l'apparition entre eux de poils plus petits, plus moelleux, Ce phénomène, évidemment en rapport avec le froid, est particulièrement net chez certaines espèces, auxquelles, pour cette raison, on fait la chasse dans le but de s'approprier leurs fourrures.
L’habitude de porter des fourrures — j'entends des fourrures très travaillées, et non de simples peaux de bêtes comme en portait l'homme préhistorique et en portent encore aujourd'hui les pauvres gens des campagnes — cette habitude, dis-je, si répandue aujourd’hui dans toutes les classes de la société, n’est pas aussi ancienne qu’on le croit généralement. Elle ne date guère, en effet, que du terrible hiver 1879-1880 : on apprécia combien la chaleur que donnent les fourrures est agréable, et le cachemire de nos mères disparut. Les années suivantes, le froid fut moins considérable, mais la mode des fourrures continua. D’abord réservées à la classe aisée, les fourrures ne tardèrent pas à se « démocratiser » et, aujourd'hui, on peut dire que tout le monde en porte. vraies ou plus ou moins truquées. Aussi croyons-nous intéressant de donner ici quelques renseignements sur leur commerce et les principaux animaux qui les fournissent.
Le plus grand «gisement» de fourrures que l'on connaisse est certainement la Sibérie, où une grande partie de la population est occupée à leur récolte. Les produits de la chasse y ont trois débouchés. Le plus important est la foire d’Irbit qui se tient en février dans la petite ville de Lerm (versant oriental de l'Oural). En 1891, on ya vendu 4 500 000 peaux d’écureuils, 72 600 de renards et 12 500 de zibelines. De 1890 à 1892, les transactions se sont élevées à près de 6 millions et demi. Le deuxième débouché est la foire de Kiakta située sur la frontière sino-russe ; on y vend surtout aux Chinois des hermines et des petits-gris. Enfin, le troisième débouché est relatif aux peaux récoltées dans le Kamtchatka et les régions de l’Anadyr et de l'Amour : les peaux sont achetées par l'Alaska Commercial Company et transportées à Londres. Quant à la foire de Nijni-Novgorod, que l'on s’étonnera peut-être de ne pas voir citer en première ligne, ce n’est qu’un marché de seconde main, sauf pour l’astrakan ct les peaux de la Russie boréale. Surtout, sous prétexte de bon marché, n’y allez
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pas acheter des pelisses toutes façonnées, car la plupart ont été confectionnées en France ou à Londres et ont ainsi deux voyages à solder. X * Une des fourrures les plus importantes est celle de la zibeline (Jig. 115), qui se
rencontre surtout en Asie, mais dont l'ère de dispersion diminue chaque jour. Elle ne diffère que peu de la marte ordinaire ; le cou est seulement un peu plus allongé,
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Fig. 115 — La zibeline.
Comme on s'aperçoit à son air fier qu'il a conscience, le bêta, de la beauté de sa fourrure. Il ne voit pas que c’est à elle qu'il devra sa perte.
les oreilles plus grandes, la queue plus courte, la fourrure plus brillante et plus molle.
Voici, d’après Brehm, quelques renseignements sur sa chasse. Celle-ci rapporte beaucoup quand elle est heureuse, mais cette chasse est accompagnée de beaucoup de dangers. Plus d’un chasseur laisse sa vie dans les déserts couverts de neige de ces contrées ; une tourmente vient subitement lui enlever tout espoir de revoir les siens. Une constitution des plus robustes et une expérience consommée peuvent seules le sauver. Chaque année apporte son contingent de victimes.
Les chasses n’ont lieu que du mois d'octobre au 15 novembre, ou au commencement de décembre, parce qu’au printemps les zibelines muent, et que leur poil est très court en été : au commencement de l’automne, il n’est même pas toujours très fourni. Les hardis chasseurs se réunissent en compagnies, quelquefois de quarante hommes ; pendant le voyage, les chiens tirent les traîneaux sur lesquels sont chargées les provisions pour plusieurs mois. La chasse commence alors ; les chasse1r8, chaussés de patins, poursuivent la zibeline jusqu’à ce qu’ils l’aient aperçue ou
qu’ils aient connaissance de son gîte. Découvre-t-on une zibeline dans un terrier, dans le creux d’un arbre, on dresse un filet tout autour, et on la fait sortir de sa retraite ; ou bien on abat l'arbre, et l’on tue l'animal à coups de flèches ou à coups de fusil. Mais on préfère prendre la zibeline dans des pièges qui n’endommagent pas sa fourrure. Les chasseurs emploient plusieurs jours à mettre ces pièges en ordre; ce sont des trébuchets élevés au-dessus du sol, ou des pièges creusés dans la terre, entourés de pieux et recouverts de planches pour empêcher la terre de les remplir; il leur faut, de plus, les visiter continuellement, car il peut se faire qu'un renard bleu ou un autre animal ait complètement dévoré la zibeline, moins quelques lambeaux qui apprennent au chasseur qu'il a perdu, là, quarante, cinquante et même soixante roubles d'argent. D’autres fois, la tourmente s'élève, le surprend, il n’a que le temps de se sauver en abandonnant son butin. La chasse de la zibeline n’est qu’une suite de difficultés de toute espèce. Le temps de la chasse fini et en attendant l’époque du . retour, qui est celle du dégel des rivières, on prépare les peaux. Quand la compagnie est rentrée au logis, c’est à peine souvent si ses frais sont payés. La chasse a-t-elle été heureuse, les chasseurs (ceux du moins qui sont chrétiens) donnent d’abord à l'église quelques-unes de leurs fourrures ; ensuite, ils payent en nature leur tribut aux agents du fisc ; ils vendent le reste et partagent également les profits.
La fourrure de la zibeline est une des plus anciennement connues et dont la mode ne se soit jamais lassée. On la chassait dès le xr° siècle dans les régions de l'Obi et de la Petchora, où venaient se rassembler des chasseurs de tous les pays, voire même des Arabes. Jusqu'au xvrr° siècle, les chasseurs étendirent peu à peu leur champ de bataille et la conquête de la Sibérie ne fut, en somme, qu’une longue chasse à la zibeline. Les Cosaques, au nom du tsar, imposaient aux indigènes un iribut, appelé Zassak, consistant surtout en fourrures. Ils chassaient eux-mêmes, ou plus souvent laissaient ce soin aux indigènes et leur échangeaient ensuite leurs peaux contre de menus objets, un couteau ou une cuillère par exemple.
Cette coutume de l’Iassak s’est prolongée jusqu’à nos jours. Les Ostiaks, les Samoyèdes, les Toungouses, les Iakoutsks, les Tchouktchis payent leurs impôts, non en argent, mais en peaux. Les plus belles sont pour la famille impériale ou pour les cadeaux aux nations étrangères ; les autres sont vendues au profit du trésor russe.
Toutes les peuplades de l'extrême nord de l'Asie russe se livrent à la chasse aux zibelines, aux martes, aux écureuils, aux gloutons, aux hermines. Ils se servent pour cela de fusils à pierre ou de flèches munies d’une boule pour ne pas abimer les fourrures.
Cette chasse acharnée, faite depuis des siècles aux animaux à fourrures, a eu naturellement pour conséquence une diminution très sensible dans les produits de la chasse, Aujourd'hui, plusieurs espèces sont menacées d’une extinction prochaine et ont même déjà disparu de certaines régions. La zibeline notamment devient de plus en plus rare; dans une partie de la vallée de l’Obi elle a été détruite, et dans la Sibérie orientale on en constate une diminution rapide très considérable. En 1825, on vendit au marché d’'Iakoutsk 18 000 peaux de cet animal; en 1830, seulement 6 000; en 1884, cette immense province, dont la superficie est égale à dix fois celle de la France, n’a produit que 430 de
ces peaux. A la foire d’Irbit, de 1850 à 1870, le contingent de zibelines a diminué de près des neuf dixièmes. Tous les produits de leur chasse, les indigènes les portent à des marchés où ils les échangent contre des marchandises et des denrées européennes. Ces foires se tiennent dans de petits postes russes perdus dans les solitudes de la Sibérie septentrionale, telle par exemple celle d’Obdorsk, située près de l'embouchure de l’Obi, à plus de 500 lieues au nord de Tobolsk. Peu de spectacles sont aussi pittoresques que celui de ces marchés. Au milieu d’une immensité blanche, mettez quelques baraques en bois dominées par les clochetons bulbeux d’une église grecque; à l’entour une ville de tentes en peaux, et dans ce cadre une foule étrange emmaillotée d’épaisses fourrures et un vaet-vient constant de traîneaux de rennes. Non moins extraordinaires que le paysage sont les transactions; jamais l’acheteur ne remet de l’argent au vendeur : toutes les opérations consistent en troc, et, pour ces échanges, la peau du petit-gris est prise pour unité monétaire. Dans la Sibérie orientale, où les derniers établissements des Slaves sont encore très éloignés du pays des Tchouktchis, les négociants doivent entreprendre des voyages qui durent souvent un an pour récolter les fourrures, et quels voyages ! Les prix représentés par la valeur des marchandises données aux indigènes en échange de leurs pelleteries sont naturellement très bas. A la foire d’Obdorsk, en 1881, la peau du renard blanc valait 7 fr. 50, celle du renard bleu 25 francs, l’hermine et le petit-gris élaicnt payées environ 56 centimes; par contre, huit peaux de renard noir ont atteint la valeur, énorme pour le pays, de 75 francs. Une fourrure entièrement noire de ce renard peut, sur ces marchés polaires, arriver au prix de 500 à 600 francs. Ces transactions si singulières constituent la première étape dans la longue série des transactions par lesquelles passent les fourrures avant d’arriver sur notre dos. (Charles Rabot.)
En 1893, l'Alaska Company a envoyé en Angleterre 21 000 peaux de zibelines. Les plus belles valent plus de 800 francs.
D’après les renseignements recueillis par le Moniteur officiel du commerce, la persiane et l’astrakan sont deux fourrures fort différentes. La première est de beaucoup supérieure à la seconde en prix, en élégance et en solidité. Elle provient de la toison des agneaux de Perse. On l’obtient de la manière suivante. Aussitôt que la bête est née, les éleveurs persans l'entourent d’un drap ou d’une étoffe résistante dont les deux extrémités sont maintenues autour du corps à l’aide d’une couture, la tête et les pattes de l’animal restant libres. Ce procédé a pour but d’empècher la laine de croître, de la presser, pour ainsi dire, entre l’étoffe et le corps de l'agneau et de lui donner cet aspect couché, aplati et bouclé qui donne plus tard à la fourrure une si grande valeur. La bête est laissée dans cette situation pendant quinze jours, période de temps jugée suffisante pour obtenir le résultat désiré. De temps en temps, on l’arrose d’eau chaude, on lisse le dos et le ventre avec la main. Les deux semaines écoulées, les agneaux sont tués. On en enlève les toisons et on les soumet à l'œil connaisseur des agents que les maisons de Leipzig entretiennent à Téhéran, à Tauris, à Ispahan et ailleurs. Ceux-ci les expédient à Moscou et à Nijni- Novygorod, où les fourreurs allemands vont les chercher à l’époque des foires. Quant à l’astrakan, ce n’est plus une toison d’agneau, mais bien de mouton plus ou moins jeune. Il forme un tout beaucoup moins uni, présente au regard une succes-
sn. donc. :
LES BÈTES BIEN EMMITOUFLÉES ; 301 PONT Re » AIEN EL LD AR LE + CR CS NT EU
sion de pompons frisés, laissant parfois entre eux de l'intervalle. On la tire de la Perse et aussi des provinces russes d’Astrakan, de la Crimée et de l'Ukraine. C’est également aux foires russes qu'on l'expédie et que les industriels allemands se rendent pour faire leur choix, Les peaux de Persiane et d’Astrakan, à l’état brut, se vendent par paquets de dix peaux, lesquels valent, suivant la qualité, de 100 à 250 francs. Mais tout n’est pas dit. Reste l'opération de la teinture, du lustre et de
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Fig. 116. — Le renard bleu.
Sa fourrure est très cher ou très bon marché suivant la saison, mais toujours-elle donne du fil à retord.e aux « trappeurs ».
l’apprêt qui vaut à Leipzig, depuis si longtemps, le monopole de ce commerce spécial. La teinture en noir est un travail des plus délicats. A l'odeur et au
toucher, on reconnaît, parait-il, immédiatement si c’est bien en Saxe qu’il y a été procédé.
Le renard est un des animaux dont la fourrure change le plus avec les saisons et les localités ; par un phénomène de mimétisme, elle est adaptée à la couleur du milieu où vit l'animal, L'une des plus belles variétés est celle dite argentée dont la toison varie du noir le plus Pur au noir présentant des reflets argentins. Une belle peau de cet animal vaut de 1 800 à 3000 francs ; si toute la robe est argentée com-
plètement, elle ne vaut que 200 francs ; à Londres on en vend en moyenne de 1 500 à 2 000 par an. Le renard croisé, très apprécié en Russie, atteint 180 francs au maximum : on en a vendu 7 000 à Londres en 1894. Les autres variétés de renards donnent aussi un contingent important au commercé des pelleteries ; c’est ainsi qu’en 1893 on a vendu, sur le seul marché de Londres, 800 000 renards d'Europe et 100 000 renards rouges : les meilleurs viennent du Labrador et valent de 20 à 37 francs. On les teint facilement en noir, ce qui leur donne une valeur beaucoup plus considérable.
Le renard bleu ou isatis (Vulpes lagopus)( fig. 100) mérite une mention spéciale, car il donne une fourrure de grand luxe, et ses mœurs sont moins connues du public que celles du renard ordinaire. Son corps a 66 centimètres de longueur et sa queue 33 centimètres. Les oreilles sont petites et rondes, les pattes courtes, le museau obtus. Les variétés en sont nombreuses et un même animal change de couleur dans la même année : en été, il est ordinairement couleur de terre ou de rocher; en hiver, couleur de neige ou bleu de glace. On ne le rencontre que dans les régions polaires.
C’est un animal très carnassier, qui se nourrit de tous les animaux vivants plus faibles que lui et dont il fait un grand carnage. Éloigné des maisons, il ne s’en rapproche que lorsqu'il n’a plus rien à se mettre sous la dent, et alors y pénètre, volant non seulement des victuailles, mais encore des objets qui lui sont inutiles comme des vêtements et des bottines. Quand son butin est trop considérable, il enterre le surplus et ratisse la terre à la surface, si bien qu’on ne peut deviner sa cachette.
Steller ne tarit pas d’anecdotes sur l’importunité des renards bleus qu’il a observés à l’île de Behring.
Ils observaient toutes nos actions, nous accompagnant partout. La mer rejetait-elle un animal ? ils le dévoraient avant qu’un de nous eût eu seulement le temps d’arriver ; s’ils ne pouvaient tout manger, ils enlevaient le reste à nos yeux, le transportaient dans la montagne, l’y enfouissaient sous terre; pendant ce temps, les autres faisaient sentinelle pour signaler l'approche de l’homme. Si quelqu'un s’approchait, ils creusaient tous le sol, y enterraient un castor, un ours blanc, et si bien qu’on n’en pouvait plus trouver la place. La nuit, lorsque nous dormions en plein air, ils nous enlevaient nos bonnets, nos gants, des peaux qui nous servaient de couverture; nous nous couchions sur les castors que nous avions abattus, pour qu’ils ne vinssent pas nous les voler, et, sous nous, ils leur dévoraient les entrailles ; nous ne nous endormions qu'avec un bâton sous la main pour pouvoir chasser ces hôtes incommodes. Lorsque nous faisions une halte, ils nous attendaient, jouaient mille tours sous nos yeux, puis, s’enhardissant de plus en plus, s’approchaient jusqu’à ronger le cuir de nos chaussures. Si nous nous couchions comme pour dormir, ils venaient nous flairer au nez pour voir si nous étions morts ou non; si nous retenions notre souffle, ils cherchaient à mordre. A notre arrivée, ils mangèrent à nos morts le nez et les doigts pendant que nous creusions leurs fosses ; ils attaquèrent aussi nos malades et nos blessés... Le plus amusant était d’en tenir un par la queue, et de la lui couper tandis qu'il tirait de toutes ses forces pour se sauver, il faisait alors quelques pas, et tournait plus de vingt fois en rond... Quand ils ne pouvaient se servir d'un objet nous appartenant, d’un vêtement par exemple, ils urinaient dessus, et aucun ne passait sans faire la même chose.
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Les peaux de la variété blanche sont les plus communes et ne valent que de 3 à 20 francs : on en importe de 25 000 à 60000 par an du Groenland, du Nord-Amérique et de Sibérie. La variété bleue est beaucoup plus estimée: en 1888, elles ne valaient pas moins de 300 à 350 francs. On en vend en moyenne 4ooo à Londres, 1 000 à Copenhague et 2 000 à Irbit.
La peau du vison est bien connue pour sa solidité et son prix peu élevé : on peut en avoir une, à Londres, pour 5o centimes. Les plus belles ne dépassent pas 27 francs. Le vison rappelle un peu la belette par son aspect général ; son corps est long de 36 centimètres avec une queue de 19 centimètres. Les pattes sont courtes et le museau allongé. Il habite les bords rocheux et couverts de roseaux des lacs et des cours d’eau. Il nage avec une grande facilité. On le prend surtout à l’aide de pièges. La Compagnie de la baie d'Hudson a vendu 46 000 peaux de vison en 1895. A Lampson, on en vend environ 200 000.
La loutre d'Europe se vend 37 francs et celle d'Amérique 72 francs. On en vend plus de 20 000 par an. Son pelage est épais et court. On sait que la loutre vit à peu près constamment dans l’eau douce, où elle mange beaucoup de poissons. Elle est peu abondante sur les marchés parce qu’on ne la prend guère qu’accidentellement.
Le castor y devient aussi de plus en plus rare. On sait qu’il a complètement disparu d'Europe, ou à peu près, et qu'on ne le trouve plus que dans l'Amérique boréale Là, encore, le nombre de peaux que l’on en rapporte diminue tous les ans.' Néanmoins, en 1895, on a compté environ 60 000 peaux.
Par opposition avec les deux précédentes fourrures, celles du vison d'Amérique et du petit-gris sont extrêmement abondantes. Le vison d'Amérique n’est autre que le rat musqué auquel on a retiré son nom peu attrayant. On s’en sert, en même temps que les peaux de lapin, pour imiter un grand nombre de fourrures précieuses : les plus belles ne valent que 1",25 à 1,75. Quant au petit-gris, ce n’est pas un animal fantastique comme son nom le laisse supposer, mais tout simplement le gentil écureuil de nos bois dont la toison devient de plus en plus grise à mesure que l’on va vers l'Est. Il est surtout gris dans l’Oural ; mais, sur les bords de la Léna, il devient bleuâtre et enfin presque noir dans la province d’Okhotsk. L’écureuil rouge de nos contrées est également employé. Le petit-gris est un animal très prolifique, ce qui fait que sa population ne diminue pas, malgré les hécatombes que font les trappeurs. La Russie et la Sibérie ne produisent pas moins de 5 millions de peaux: le principal marché se tient à Leipzig, où les Allemands les achètent, pour les préparer, ce qu’ils savent fort bien faire.
Nous ne parlerons pas des peaux de rennes et d’ours qui sont peu employées, sauf pour faire des tapis. |
L’Alaska est un riche pays à fourrures. En 1770, on n'y récolta pas moins de
16 000 loutres de mer, 23 000 zibelines, 2 4oo renards noirs, 14 000 renards rouges, 36 000 renards bleus et 25 o00o phoques. Depuis, le nombre de ces animaux a beaucoup décru, mais il.est encore respectable, surtout en ce qui concerne les phoques, dont la chasse a été réglementée,
Ces phoques à fourrures ont été la cause d’un grave différend en 1894 entre les États-Unis, qui avaient acheté l'Alaska à la Russie, et l'Angleterre. Le tribunal arbitral, réuni à Paris, mit les parties d'accord. sauf les phoques. La réglementation de la chasse ne peut être comprise que si l’on connaît les mœurs très curieuses de ces précieux animaux, dont la peau vaut parfois près de r 000 francs.
Il y a deux espèces de phoques dans la mer de Behring : le lion marin [Otaria Stelleri) et le phoque à fourrure proprement dit (Callorhinus ursinus) dont les poils larges recouvrent un poil dru, fin et soyeux. Ils vivent en bandes innombrables, qui, en été, viennent se rassembler dans certaines régions bien connues et toujours les mêmes, connues sous le nom de rookeries : ce sont, dans la mer de Behring, les îles du Commandant (à la Russie) et les îles Pribylov (aux États-Unis) ; dans la mer d'Okhotsk, le récif Robben (à la Russie) et, dans le Pacifique, les îles Kouriles (au Japon). M PUUE
Tous ces phoques passent l'hiver en Californie et sur les côtes du Japon. Ce n’est que pour se reproduire qu'ils viennent dans les rookeries. Ce sont les mâles, beaucoup plus grands que les femelles, qui arrivent les premiers, à la fin d'avril, et cherchent un endroit à leur convenance. Les femelles n’arrivent qu'au mois de juin, par troupes d’une centaine environ ; elles sont suivies par de jeunes mâles.
Aussitôt l’arrivée des femelles, les gros mâles, les bulls comme on dit là-bas, se livrent des combats terribles pour leur possession. Les vainqueurs s'organisent de véritables harems de 20 à 4o sultanes sur lesquelles ils veillent avec un soin jaloux, ne leur permettant de s’éloigner que peu de leur aire. Quant aux jeunes mâles, ils sont bien obligés de vivre seuls ; mais ils prendront leur revanche l’année suivante.
Les femelles ne tardent pas à donner naissance à un seul petit chaque année. Elles l’allaitent avec une grande sollicitude et ne permettent pas qu'aucune autre femelle y touche. Quand l’une d’elles revient de la mer où elle a été chercher sa nourriture, mère et nourrisson se reconnaissent très bien et manifestent une joie des plus vives. .
Les mâles n’atteignent leur complet développement qu’au bout de sept ans et pèsent alors 250 kilogrammes. Au bout de quatre ans, les femelles pèsent 35 à Lo kilogrammes et, à partir de ce moment, ne grandissent plus.
Les célibataires forment, dans les rookeries, des agglomérations à part; mais à plusieurs reprises, ils tentent de conquérir les femelles, ce à quoi ils arrivent surtout à la fin de la saison, époque à laquelle les bulls sont fatigués et se relâchent de leur surveillance sur leur harem.
Aux Pribylov, le seul rassemblement vraiment important de ces amphibies, les célibataires, formés en colonnes compactes, poussés par un irrésistible instinct, tente sans trêve ni repos la conquête des harems. Les vieux bulls, incapables de repousser cetle masse toujours ascendante, sont contraints de lui abandonner une sorte «e senL:er per
lequel s'effectue un défilé sans fin. Malheureusement pour les célibataires, le défilé aboutit toujours au sommet escarpé d’une falaise, et, comme ceux qui latteignent sont dans l'impossibilité de rebrousser chemin, ils sont, comme Télémaque, précipités dans la mer, et parfois sur des pointes de rochers sur lesquels quelques-uns se tuent ou se blessent. Le plus grand nombre sortent pourtant intacts de l’effroyable culbute, et aussitôt faisant à la nage le tour de l'ile, les jeunes phoques revieunent à leur point de départ, pour parcourir une deuxième, une troisième, une quatrième fois la voie douloureuse. (Planchut.)
I1 y a deux modes de chasse aux phoques, l’un ancien, l’abattoir; l’autre plus récent, mais déplorable, la chasse pélagique ou de haute mer. Voici, d’après M. Poirrier, des détails circonstanciés sur le premier de ces procédés.
Voici comment se pratique l’abatage. On a remarqué que les jeunes mâles célibataires, formés en troupeaux, sortent de l’eau surtout par les temps humides et brumeux et se promènent en certains endroits qu’on appelle champs de halage. C’est là que les indigènes se rendent pour procéder à la promenade, c'est-à-dire pour pousser le troupeau de phoques jusqu’au lieu choisi comme abattoir. Les hommes avancent doucement, se glissent sans bruit entre le troupeau et la mer, puis tout à coup se mettent à gesticuler et à pousser des cris. Les phoques surpris se pressent, d'abord confusément, marchent les uns sur les autres, et s’amoncellent parfois en amas énormes où plusieurs sont étouffés. Mais bientôt le troupeau finit par se débrouiller et les malheureuses bêtes, au comble de la frayeur, fuient sans résistance devant les hommes. Les phoques s’acheminent à travers les rochers raboteux et pointus, les pierres roulantes, les couches de sable épaisses, les touffes de mousse, s’agitant violemment, faisant des efforts musculaires prodigieux pour accélérer leur course ; mais leurs membres conformés en nageoires ne sont guère propres à cette gymnastique, Il arrive souvent que, haletants, pantelants, ils sont contraints de s'arrêter pour reprendre haleine. Ce n’est qu’au bout de plusieurs heures de ce douloureux calvaire, que le troupeau a parcouru les 4 ou 5 kilomètres qui séparent l’abattoir du champ de halage.
Les phoques se laissent docilement rassembler en petits groupes ou pods. Les sacrificateurs, armés de longs gourdins de 5 à 6 pieds terminés en massue, abattent d’un seul coup porté sur la tête les bêtes que le chef a désignées. Les phoques épargnés peuvent regagner la mer. À un nouveau signal du chef, les victimes sont frappées au cœur d’un coup de couteau afin que leur sang s'écoule jusqu’à la dernière goutte et ne tache pas les peaux pendant le dépeçage. Cette dernière opération, bien que délicate, ne demande que quatre minutes, tant les opérateurs sont exercés. Il paraît d'ailleurs que leurs instruments ont des lames aussi tranchantes que celles des instruments de chirurgie. Les carcasses sont ensuite portées à dos d'hommes sur les dunes. Il arrive parfois que, pendant le transport, l'animal dépecé mord, dans un dernier spasme, la jambe de celui qui le porte. Quant aux immondes charniers où les carcasses s’entassent par milliers et d’où se dégagent les émanations les plus infectes, il ne semble pas que, jusqu'ici, ils aient fait de mal à personne.
Les peaux, transportées dans des cabanes dites « maisons de sel », élevées au
voisinage du champ de massacre, sont de nouveau examinées, triées avec soin, saupoudrées de sel et portées à bord des bateaux. Autrefois les Russes séchaient les peaux; la salaison est incomparablement plus rapide et permet d’expédier aisément 100000 peaux, alors qu’on arrivait péniblement à en préparer 50 000 jpar le séchage. En Europe, les peaux salées sont préférées ; mais les Chinois n’acceptent que les peaux séchées. Le procédé de l’abattoir serait, en somme, rationnel s’il ne sacrifiait pas plus d'animaux qu’il ne fournit de peaux. Mais il est certain que, outre les animaux qui succombent dans le parcours, beaucoup des mâles trop jeunes ou trop vieux, qui ont été dédaignés à l’abattoir, ne survivent pas aux fatigues qu'ils ont endurées, aux blessures externes ou internes qu'ils se sont faites. Le choix des peaux, conséquence naturelle de la taxe par unité qui frappe les moins belles comme les plus parfaites et ne se payent que sur les peaux embarquées, est un élément sérieux de dépopulation introduit par l'exploitation américaine. Les Russes, qui ne payaient pas de taxe, utilisaient toutes les peaux, et leur œuvre de destruction était en outre atténuée par la lenteur du séchage. È
Quant à la chasse pélagique, inaugurée en 1886, elle consiste à aller chasser les phoques dans la mer en les harponnant ou en les tuant à coups de fusil. On choisit pour cela ceux d’entre eux qui dorment à la surface .de l’eau et dont on peut par suite s'approcher pour les bien viser.
Actuellement le nombre de phoques que l’on peut abattre tous les ans, en juin, juillet, septembre et octobre, est limité à 100 000. La Compagnie fermière aux îles Pribylov payait autrefois aux États-Unis un droit de 10 francs par peau: celte taxe a ainsi rapporté, de 1870 à 1881, la somme de 16 millions. En 1890, la Compagnie paye un droit fixe de 276000 francs, plus une taxe de 53 fr. 79 par phoque abattu.
La loutre de mer (Enhydris marina) (fig. 117) est relativement rare. Cependant, en 1803 et 1894, MM. Lampson en ont vendu environ 1 500 exemplaires. C’est une fourrure &e grand luxe: en 1891, une peau valait 1 500 francs. En 1895, on en a vu vendre à 3 000 ou 4 ooo francs. Par son aspect général, on peut dire que cet animal est intermédiaire entre la loutre ordinaire et les phoques. Son corps est allongé (1,50), terminé par une queue de 30 centimètres, et porte des pattes courtes, palmées et munies de griffes. Sa fourrure, bien noire, ressemble à du velours. Un naturaliste voyageur, Steller, nous a laissé sur elle plusieurs renseignements :
La fourrure de la loutre de mer dépasse en beauté toutes les fourrures de castor. Les meilleurs se vendent au Kamtchatka trente roubles, à Iakoutsk quarante roubles et, sur la frontière de Chine, on les troque contre des marchandises d’une valeur de quatre-vingts à cent roubles. La loutre de mer est un animal charmant, aimant à jouer, très caressant. Elle vit en famille. Le mâle caresse la femellz avec ses pattes de devant, dont il se sert comme de mains ; la femelle joue avec ses petits comme la plus tendre mère. Les parents aiment beaucoup leur progéniture ; äis s’exposent
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pour elle à tous les dangers et, quand on la leur enlève, ils pleurent et gémissent presque comme des enfants. Toute l’année on les rencontre avec leurs petits, La femelle n’en a qu'un par portée. Le petit naît avec toutes ses dents. La mère le porte dans sa gueule, et, arrivée à l’eau, elle se couche sur le dos, et le tient dans ses pattes de devant, comme une nourrice porte son enfant. Elle joue avec lui, l’embrasse, le lance en l'air et le rattrape comme une balle; le jette à l’eau pour lui apprendre à nager, le prend quand il est fatigué.
Lorsque la loutre de mer a pu échapper au chasseur et gagner un peu le large, elle agit comme si elle se moquait du chasseur, et devient alors très amusante.
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Fig. 117. — La loutre de mer.
Malgré son aspect un peu hirsut, ses mœurs sont raffinées, ses gestes charmants et sa fourru, délicieusement douce. Pauvre bète victime de la coquetterie féminine !
Tantôt elle se dresse verticalement dans l’eau, et saute au milieu des flots, une de ses pattes au-dessus des yeux, comme pour les garantir du soleil ; tantôt elle se jette sur le dos; elle lance son petit à l'eau, le rattrape. Si, au contraire, elle se voit prise, elle gronde et siffle comme un chat en colère. Quand elle reçoit un coup mortel, elle se jette sur le flanc, ramène l’une contre l’autre ses pattes de derrière, et se couvre les yeux avec celles de devant. Morte, elle est étendue, comme un homme, les pattes de devant écartées en croix.
Les mouvements de la loutre de mer sont très gracieux et très prompts. Elle nage à merveille et court rapidement. C’est chose remarquable que plus l’animal est gai, éveillé et rusé, plus aussi sa fourrure est belle. Les loutres toutes blanches qui sont très vieilles probablement, sont très rusées, et ne se laissent prendre que très difficilement. Celles qui ont la fourrure la plus mauvaise et un duvet brun sont paresseuses, endormies, stupides ; elles se couchent sur les rochzrs ou sur la glace; leurs
mouvements sont lents et on s’en empare avec beaucoup de facilité. En dormant sur la terre, ces loutres de mer s’enroulent comme les chiens. En sortant de l’eau, elles se secouent et se frottent avec leurs pattes de devant. Elles courent rapidement, comme les chats, en faisant beaucoup de tours. Si on leur coupe la retraite vers la mer, elles s’arrêtent, font le gros dos, sifflent et menacent d'attaquer leur ennemi. Mais un seul coup sur la tête suffit: elles tombent comme mortes en se couvrant les yeux avec leur pattes de devant. Lorsqu’elles sont couchées sur le dos, elles se laissent frapper ; mais si on leur touche la queue, elles se retournent et se présentent de front à leur agresseur. Souvent elles simulent la mort au premier coup qu'elles reçoivent et s’enfuient dès qu’on les abandonne. Leur mue a lieu en juillet ou en août ; elles sont alors un peu plus brunes. Les meilleures fourrures se prennent dans les mois de mars, avril et mai.
Au printemps, les Kouriles vont dans la mer jusqu’à dix verstes et plus, en canots montés par six rameurs, un pilote et un chasseur. Quand ils aperçoivent une loutre, ils rament dans sa direction. La loutre fait son possible pour échapper. Quand ils sont assez près, le pilote et. le chasseur qui est à l'avant lui tirent des flèches ; s’ils la manquent, ils la forcent néanmoins à plonger, et chaque fois qu’elle reparaît, ils lui lancent une autre flèche. Les bulles d’air qui montent indiquent sa route et guident le pilote. Le chasseur qui est à l’avant ramasse, avec une perche terminée par une sorte de balai, les flèches qui sont à la surface de l’eau. Quand la loutre a un petit, celui-ci est le premier à perdre haleine et se noie ; la mère l’abandonne pour mieux pouvoir échapper elle-même ; on le ramasse dans un canot, où parfois il revient à lui. Mais, enfin, la loutre poursuivie est fatiguée, elle ne peut plus rester sous l’eau ; le chasseur la tue alors à coups de flèche ou à coups de lance.
Si des loutres de mer se prennent dans des pièges, elles se désespèrent au point de se mordre entre elles d’une manière épouvantable. Quelquefois elles se coupent elles-mêmes les pattes, soit par rage, soit par désespoir.
Il n'est rien de plus terrible que le moment de la débâcle ; on chasse les loutres sur les glaçons rejetés par la mer, et on les tue à coups de massue; souvent à cette époque, il y a de telles tempêtes, une telle tourmente de neige, qu’on peut à peine se tenir sur ses pieds ; le chasseur n’en est point arrêté, et il va même de nuit à la poursuite des loutres. Il n’hésite pas à s’aventurer sur les glaçons agités et soulevés par les flots, armé d’un couteau et d’un bâton, les pieds chaussés de souliers de neige munis de crampons. Il dépouille sur la glace même l'animal qu'il a tué. L'habileté des Kamtschadales et des Kouriles pour cette opération est telle qu'ils en dépouillent ainsi trente ou quarante en moins de deux heures. Mais souvent le glaçon se détache complètement du rivage et il doit tout abandonner pour ne penser qu'à son salut. Il se jette à la nage, une corde attachée à son chien qui le ramène au rivage. Quand le temps est favorable, il s’avance sur la glace, jusqu’à perdre la terre de vue, mais il a toujours soin de prendre garde aux heures de la marée et à la direction du vent.
Au Canada, le produit de la chasse des animaux à fourrures est exploité par une très puissante compagnie, dite de la baie d'Hudson, qui possède 152 verstes répar-
ties en 33 districts. Elle importe en Angleterre environ 800 000 à 1 200 000 peaux par an. Elle ne chasse pas par elle-même, mais se contente de faire des échanges avec les Indiens et les Esquimaux. Les peaux sont ensuite portées par la voie des rivières jusque dans la baie d'Hudson, qui n’est ouverte que pendant peu de temps en été, et dont les glaces font courir de grands dangers aux navires.
A signaler aussi dans les mêmes régions un autre pays à fourrures, le Labrador, dont les produits, renommés pour leur qualité, sont exploités par une société importante, l’'Harmony Company, dont les membres sont des missionnaires moraves.
La Suède, la Norvège, l'Allemagne, voire même la France fournissent aussi
Fig. 118. — La marte.
Excellente pour faire des « tours de cou » très à la mode depuis quelques années.
quelques fourrures parmi lesquelles il faut citer — en outre du lapin et du chat — la marte et l'hermine.
La marte (/ig. 118) se rencontre dans toutes les régions boisées de l'hémisphère septentrional, aussi bien en Europe et en Asie qu'en Amérique. Sa fourrure est très estimée et « riche » ; on en fait de jolis manchons, des cols et des manchettes. Sa queue sert à border les pelisses et à faire des boas.
Le corps mesure environ 5o centimètres de long et se prolonge par une queue de 30 centimètres. Le dos est brun, les joues, le museau et le front brun clair, les flancs et le ventre jaunâtres, les pattes brun noir, la gorge jaune, la queue brun fauve. La teinte varie d'ailleurs d’une saison à l’autre ; elle est plus foncée en hiver qu'en été. Elle n'est pas non plus la même suivant les climats. En Suède, les martes sont grisâtres ; en Allemagne, brun jaune; dans le Tyrol, brun foncé, de même qu’en Amérique ; en Lombardie, gris brun clair ou brun jaunâtre : dans les Pyrénées, claires ; en Macédoine, foncées.
La fourrure de la marte est formée de poils soyeux, longs et raides, disséminés au milieu d’un duvet court et fin,
COUPIN. — ANIM. EXCEXTR. : 14
La marte vit dans les forêts les plus épaisses et les plus sombres. Avec une agilité sans pareille, elle grimpe sur les arbres et se nourrit de toutes sortes de proies vivantes, depuis les rats et les souris jusqu'aux plus petits des oiseaux. Grâce à sa prudence et à sa vivacité, elle s’en empare sans difficulté et l’écureuil lui-même n’échappe pas à ses dents. En général, elle dort tout le jour et ne chasse que la nuit ; elle établit son nid dans le creux des arbres ou, plus rarement, dans une crevasse de rocher.
On chasse la marte au fusil, avec un bon chien, bien mordantet bien courageux, ou mieux au piège, que l’on amorce avec un morceau de pain enduit d'ail, de beurre, de miel ou de camphre. Le meilleur modèle est celui des assommoirs et des souricières.
La Compagnie de la baie d'Hudson, en 1895, a mis en adjudication 103000 peaux de martes, tandis qu’on en vendait 50 000 à Lampson. Lés prix varient, suivant la qualité, de 3 à 52 francs.
Les kolinski des four-
| reurs ne sont que des Elle « fourre » les a CS et n'en parait variétés de la marte (Marpoint enorgueillie. tela siberica). La valeur
des peaux est de 2 fr. 5o. La Sibérie en fournit environ 80 000 par an.
L’hermine (fig. 119) n’est blanche qu’en hiver, et encore dans certaines localités. Ainsi, en Angleterre, le pelage grisâtre ne fait que pälir à l'approche de la mauvaise saison, sans jamais atteindre à la blancheur immaculée qui est devenue légendaire. Elle vit dans les bois, où elle s’attaque à la plupart des oiseaux et des petits rongeurs. On la prend à l’aide de pièges. Son pelage ne peut plus, chez nous, servir à orner le manteau des rois, mais il trouve encore un débouché important dans la robe des magistrats et des professeurs de l’Université.
Il ne nous reste plus qu’à citer un certain nombre de fourrures qui ne sont que peu employées. L'Australie nous envoie des peaux de kanguroo, animal que l’on chasse en même temps pour sa chair dont on fait des conserves. Le pelage du kanguroo est abondant, épais, lisse, un peu laineux, d’un brun mélangé de gris. L’avantbras et la jambe sont jaune clair. à
Le hamster, très commun en Europe et en Sibérie, donne une fourrure très utilisable.
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La toison des chinchillas (fig. 120) était déjà employée parles Péruviens, du temps des Incas, qui en tissaient les poils pour en faire des étoffes très recherchées. Elle n’a été connue en Europe que depuis 1590 ; mais, depuis lors, on l'a beaucoup utilisée. Les chinchillas sont propres à l'Amérique du Sud : ce sont, en somme, des lapins à queue longue et touffue. Leur pelage est fin et mou, d’une teinte générale argentée