I. Pince, avec, en AB, la ligne de rupture
II. Patte, avec, en AB, la ligne de rupture. Dans la ficure ci-contre III. Portion de patie, montrant comment, en venant buter contre e la carapace C, sous l'influence des muscles A et B, la (fig. 144, III), on a représenté cassure peut s’opérer. : É à ; schématiquement la disposition des muscles actifs. On voit que l’article de la base est réuni à l’article voisin par deux muscles, l’un extenseur (A), l’autre fléchisseur (B). Ce dernier muscle ne paraît pas très important, on peut le sectionner sans empêcher Fautotomie de se produire. Il n'en est pas de même du muscle A. En se contractant il vient faire buter la patte contre la carapace CG, où le mouvement d'extension se -trouve arrêté. Le muscle, continuant à se contracter, exerce alors une telle traction sur l’article de la base que celui-ci se brise suivant la ligne médiane, qui est un /ocus minoris resistentiæ.
Voilà maintenant la patte cassée. Mais, pense-t-on tout de suite, le sang de l’animal va s’écouler par la plaie béante et le crabe n’a échappé à un danger que pour retomber dans un autre plus grand ; il est tombé de Charybde en Scylla ? Point. En effet, le muscle contracté bouche l’orifice de la patte et empêche le sang de s’écouler. D'ailleurs ce sang a la propriété de se coaguler très rapidement au contact de l'air : la première goutte qui sort se fige et obture la plaie.
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Mais ce n’est pas encore tout. Une patte de plus ou de moins pour un crabe, c’est peu important; mais si la chose se renouvelle trois ou quatre fois, on comprend facilement que l'animal en soit incommodé. Heureusement pour lui, il est pourvu de la propriété de pouvoir régénérer ses pattes. Ce fait curieux avait été déjà observé en 1712 par Réaumur, qui coupa des pattes à des écrevisses et vit s’en former de nouvelles qui occupaient la place des anciennes. Une fois la
cicatrisation opérée, on voit pousser à sa place un petit moi-
gnon qui grandit, se
divise en articles et
finalement redonne
une nouvelle patte
absolument normale.
Avant de terminer
ce qui à trait aux crabes, figurons leur
Fig. 145. — Zoé (larve de crabe).
L4 Qui reconnaltrait dans celte étrange bête cornue un futur crabe, un de es larve, leur «206 » (Jig. êtres lourdauds qui font pousser des cris aux petits enfants se livrant QE au plaisir de la « trempelte v aux bains de mer? Et pourquoi lui donner 145), comme on | ap
5 » à i 1 « jèr &S »? La ce nom de « Zoé » à elle qui fait si peu de « manières » pelle, qui ne leur res-
semble pas du tout avec sa carapace ornée de deux cornes, son abdomen grêle, ses yeux énormes. Mais, avec le temps,tout cela se régularise.
Profitons de ce que nous connaissons le phénomène de l’autotomie chez le crabe pour l’étudier dans la série animale. Beaucoup de crustacés le présentent, mais à des degrés variables suivant les espèces. C'est ainsi que l’on peut à peine toucher à un sténorhynque longirostre sans voir tout de suite ses longs appendices locomoteurs tomber comme de fragiles baguettes de verre. Ed. van Beneden a vu de gros crustacés abandonner leurs pattes lorsque, pour les conserver, on les plongeait dans l'alcool. Le bernard l'ermite perd très facilement ses grosses pinces. En général, la rupture est d'autant plus facile que l’animal est plus vigoureux. C'est ainsi que des crabes qui viennent de muer se prêtent fort mal aux expériences d’autotomie. Les homards et les écrevisses y sont très réfractaires.
Ainsi, dit Fredericq, c’est par des contractions musculaires généralisées, par de violentes secousses imprimées à tout le corps, que le homard dont on pince une des quatre dernières pattes se délivre en arrachant la patte au niveau de l’artibulation entre deux segments voisins. L'animal me paraît incapable de provoquer cette rupture à la façon
du crabe, par la contraction d’un seul ou d’un petit nombre de muscles. Il est probable que la faculté de perdre les pattes par autotomie s’est développée peu à peu chez
COUPIN. — ANIM, EXCENTR. - 18
les ancêtres des crabes, pour atteindre finalement le degré de perfection qu’elle présente chez les crabes actuels et chez la langouste, par suite de la soudure des deuxième et troisième articles des pattes. Le homard et l’écrevisse nous représentent un stade moins perfectionné au point de vue de l’évolution de ce moyen de défense.
Comme conclusion pratique, si vous voulez servir un crabe ou une langouste de votre pêche à vos invités, attrapez la bête par la carapace, et non par une patte, car vous risqueriez de détériorer la pièce.
Un peu moins fréquente et un peu moins parfaite, l’autotomie se rencontre chez les insectes. Les tipules (fig. 146), ces sortes de grands cousins, mais inoffensifs, que l’on rencontre à chaque pas dans les champs, possèdent de longues pattes \ minces et grêles qui tombent au moindre attouchement. Tous les collectionneurs savent que lorsqu'ils attrapent un papillon, plusieurs pattes leur restent souvent dans la main, à leur grand désespoir. Enfin qui, dans sa jeunesse, n’a attrapé une sauterelle et n’a vu l’animal s'enfuir clopin-clopant en abandonnant une de ses pattes? Ici la rupture n’est possible que dans les deux dernières pattes, c’est-à-dire les plus grandes,
RÉ Pie CRE ON celles qui interviennent dans le saut.
PR Diquer et laissant ges pattes dans les mains de ceius On peut avec la sauterelle répéter les
LU Aie de mêmes expériences qu'avec le crabe :
on peut montrer que la compression doit être assez énergique pour aller exciter le
nerf sensitif; on peut aussi démontrer que c’est la chaîne nerveuse ventrale qui est le centre du réflexe.
Mais pour les insectes, l’autotomie est un acte autrement grave que pour les crustacés. En effet, la patte une fois cassée ne repousse généralement plus, et comme le nombre des appendices n’est que de six, on voit que la perte est importante, surtout lorsqu'elle porte sur une patte sauteuse de sauterelle. Il est vrai que les insectes ne vivent que pendant très peu de temps ; la régénération n'aurait pas le temps de s’opérer. Aussi bien, les cinq pattes qui restent suffisent encore à l’animal pour se déplacer, pour aller pondre dans un endroit abrité. La bête est bien
malade, mais qu'importe? la postérité est sauve |
Chez les araignées, l’autotomie est un fait très commun, et tout le monde en a été
témoin sans s’en douter. On peut avec l'épeire, par exemple, répéter les mêmes expériences que celles que nous avons déjà faites avec le crabe et la sauterelle.
*% * * Le térument des animaux que nous avons considérés jusqu'ici était dur et résistant ; on comprenait encore comment il pouvait « se casser ». Lorsque les téguments sont mous, la chose devient un peu plus difficile à concevoir: c'est ce qui se
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Fig. 147. — Æolis rampant au fond de la mer,
Les papilles qui couvrent son dos comme d'une robe de chambre tombent au moindre attouchement. rencontre cependant chez les mollusques. Quoy et Gaimard, dans leurs recherches zoologiques à bord de l'Astrolabe, ont vu la doris Cruenla abandonner des portions de son manteau. I!s ont également constaté que l’harpa ventricosa peut abandonner la partie postérieure de son pied, qui d’ailleurs se régénère très rapidement. Le même fait a été constaté chez des escargots de Cuba. Les papilles dorsales des jolis petits mollusques que l’on trouve souvent dans les algues marines et qui portent le nom d'æolis (fig. 147), tombent aussi très facilement. L'histoire de la téthys (Jég. 148)
lignes longitudinales, l’une à droite, l’autre à gauche, on aperçoit des orifices béants garnis chacun de deux tentacules enroulés, Ces orifices donnent accès dans la cavité du corps ; ils mettent en Communication l'extérieur avec la cavité générale, C'est là un fait qui paraissait très remarquable et sans précédent dans l'histoire des gastéropodes. Mais chez ies animaux recueillis avec soin avec un filet promené dans la mer, on avait souvent trouvé de gros corps allongés, massifs, colorés irrégu-
lièrement de taches noires et fixés précisément aux orifices dorsaux de la té.hys. On pensa tout de suite que l’on avait affaire ici à des parasites, et on leur donr.a nême un nom, celui de phenicurus varius. Bien plus, notre grand et regretté zoologiste, H. de Lacaze-Duthiers, fit une étude approfondie du phénicure et lui découvrit un système nerveux, un tube digestif, un appareil circulatoire, etc., en un mot tous les appareils que présente un animal qui se respecte. La question semblait donc tranchée. Mais un naturaliste allemand, au lieu d'étudier le phénicure détaché, l’étudia fixé sur la téthys et en employant la méthode des coupes et une technique histologique très
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Fig. 148. — Téthys.
À sa surface, on voit encore (les autres sont tombées) deux masses (A) qui se détachent facilement et ressemblent alors à des animaux particuliers, comme on l'a cru pendant longtemps.
complète : il arriva ainsi à cette conclusion que chaque phénicure n’est autre qu’un appendice dorsal de la téthys, et que chacun de ses prétendus appareils ne sont que les prolongements des mêmes appareils de l'individu auquel appartient ce soi-disanf phénicure. Mais ces appendices présentent au plus haut point le phénomène de l'autotomie, et c’est pour cela que l’on trouve si rarement des téthys qui les possèdent tous.
Enfin, lorsqu'on saisit brusquement la coquille d’un solen (couteau) vivant, enfoncé dans le sable, l'animal], par une brusque contraction musculaire, détache une partie de son pied, qui tombe sur le sol.
Chez les vers, on observe encore souvent l’autotomie. Les némertes sont des vers warins, mous, grêles et extrêmement longs : il n’est pas rare d'en trouver ayant deux à trois mètres ; ils sont alors enroulés autour d'eux-mêmes comme un peloton de ficelle. Ces animaux se coupent très facilement ; il est rare qu'on puisse les dérouler complètement sans qu’ils se brisent.
Les cirrhatules et les térébelles sont pourvues dans leur région céphalique de nombreux tentacules ou cirrhes extrèmement longs, qu'ils étendent de toutes parts dans l’eau, comme une araignée tendrait ses fils. Ces cirrhes, extrêmement élégants, se détachent très souvent ; on les voit même encore s’agiter lorsqu'ils sont séparés du corps. Parmi les annélides, animaux composés d'une série de segments placés à la suite les uns des autres, l’autotomie est très fréquente ; lorsqu'on cherche à les saisir, le corps se divise en deux ou trois fragments : il est assez rare d’en avoir des échantillons complets.
« Un exemple très intéressant d’autotomie, dit M. Giard, nous est encore fourni
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Fig. — 149. Synapte.
A la surface de son corps, on voit des étranglements qui vont s'accentuer de plusen plus et couper l'infortunée holothurie en autant de tronçons.
par les entéropneustes. Le balanoglossus Robinii et le balanoglossus salmoneus, si abondants sur les plages de sable des îles Glénans, ne montrent à l'observation que leur extrémité anale ; si l’on veut par un coup de bêche rapide s'emparer de l’animal, celui-ci s'échappe promptement, abandonnant par autotomie une portion plus ou moins longue de sa région terminale. »
Lorsqu'on essaye de retirer une bonellie du trou de rocher où elle se trouve, elle rentre rapidement dans son gîte, en ne laissant dans la main du chasseur que la partie fourchue prise par les anciens naturalistes pour sa queue, et qui, en réalité, est sa tête prolongée en trompe bifurquée (Lacaze-Duthiers).
* *X * Mêmes faits chez les échinodermes. Les ophiures sont, on le sait, formés d’un disque central portant à sa périphérie cinq bras mobiles dans le sens horizontal, et servant à l'animal à se déplacer en rampant à la surface des rochers ou des algues.
Ces bras à peine touchés tombent. Faisant allusion à l’autotomie, on a donné à une espèce le nom d'ophiothrix fragilis, car sa fragilité dépasse tout ce qu’on peut imaginer. Au bord de la mer, jai récolté des milliers d’ophiures, et il est rare que j'en aie vu une intacte. Chez les comatules, l’autotomie atteint ur degré de développement incroyable : on peut faire tomber tous ses bras l’un après l’autre. Les étoiles de mer présentent aussi les mêmes faits, bien qu’à un moindre degré ; lorsqu'on veut disséquer une astérie vivante, on voit souvent les bras se détacher l'un après l’autre et interrompre la dissection.
L'holothurie a un mode d’autotomie assez spécial. Lorsqu'on l’excite, elle expulse son tube digestif par l'orifice anal. Quant à la synapte ( fig. 149), à peine extraite du sable où elle vit, on voit son corps s’étrangler en différents points et bientôt se diviser en plusieurs tronçons. Si de nouveau on touche du doigt un de ces tronçons, on voit celui-ci se couper en deux.
Les invertébrés ne sont pas seuls capables de « s’autotomiser », s’il est permis d'employer ce mot ; il ya aussi quelques vertébrés.
On connaît le cas des lézards, dont la queue se détache avec une facilité extrême ; mais chez des animaux aussi élevés en organisation, on doit de nouveau se demander si la volonté n'intervient pas. On peut conclure que non, la rupture de la queue ne se pro- Fig. 150. — Orvet. | duisant que lorsque la queue
Bien nommé « serpent de verre » pour la facilité avec laquellesebrise été froissée fortement. Si sa queue. l’on fixe au moyen de la glu
un lien à la queue d’un lézard, et qu’on mette l'animal sur une surface rugueuse lui permettant d'exercer une traction, on voit la bête faire de vains efforts pour se détacher, mais sans jamais avoir l’idée de se briser la queue.
L'autotomie est aussi facile à réaliser chez l’orvet {/ig. 150), qui, à cause de cette propriété, est désigné sous le nom de serpent de verre. En réalité, la queue n'est pas fragile par elle-même ; sur un animal mort, il faut pour casser l’appendice caudal lui suspendre un poids égal à vingt-cinq fois celui du corps tout entier.
L'orvet vivant, dit Fredericq, se comporta tout autrement. Suspendu par la queue, la tête en bas, il se tordit dans différentes directions, mais sans chercher à s'échapper
par la rupture de la queue. J’irritai alors vivement l'extrémité de la queue en l’amputant par une section brusque au moyen de ciseaux tranchants. Aussitôt la portion de queue
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située au dessous du point par lequel l’orvet était suspendu exécuta une série de mouvements de latéralité, ayant pour résultat de détacher complètement l'animal, qui tomba à terre et s’enfuit. Je repris l'animal et le maintins suspendu en le saisissant par l’extrémité du reste de la queue, que je froissai vivement entre les doigts. L'animal se brisa de nouveau immédiatement au-dessus du point saisi, par le même mécanisme de contractions alternatives du côté droit et gauche du corps. Je crois donc qu'il s’agit ici, comme chez le crabe, d’une rupture active, d’un mouvement musculaire provoqué par voie réflexe, à la suite d’une vive irritation des nerfs sensibles de la queue.
Chaque vertèbre est renflée à ses deux extrémités qui sont osseuses, tandis qu'elle est mince et cartilagineuse dans sa région médiane : c’est en ce point, locus minoris resistentiæ, que se produit la rupture.
Dans tous les exemples que nous avons étudiés jusqu'ici, l’autotomie portait soit sur le corps lui-même, soit, plus souvent, sur des appendices. Mais elle peut aussi avoir lieu dans un seul élément anatomique, dans une cellule. C’est ainsi que dans l'épiderme de la plupart des cœlentérés (méduses, anémones de mer, hydres, etc.) (voir chapitre xx1), se trouve une multitude de petites cellules appelées nématocystes. Chacune renferme un filament enroulé sur lui-même à la manière d’un ressort à boudin. Lorsque l’on vient à toucher, par exemple, un tentacule d’anémone de mer, chaque nématocyste expulse au dehors son filament qui part comme une flèche barbelée pour aller pénétrer dans la main du ravisseur. Et comme l’animal darde ainsi des myriades de petites flèches, il en résulte pour la victime une sensation de picotement, de brülure, très manifeste. Il est probable qu’en même temps la flèche déverse dans la plaie un liquide corrosif. Et, lorsqu'il s’agit d’une grande méduse, l'action des nématocystes peut être suffisante pour provoquer une fièvre très intense, la mort même quelquefois, paraît-il. De même, les turbellariés, du genre convoluta (voir page 171, fig. 98), possèdent des cellules contenant chacune un petit bâtonnet rigide, pointu à ses deux extrémités. Lorsque l’animal est excité, ces cellules se contractent et envoient leurs javelots microscopiques à leurs adversaires.
M. Giard réunit sous le nom d’autotomie défensive tous les cas que nous venons de décrire; c’est qu’en effet elle porte sur le corps lui-même, sur des appendices ou seulement sur des cellules; l’autotomie ainsi. envisagée a pour seul et unique but la défense, la protection de l'individu. M. Giard réunit, d'autre part, sous le nom d'aulotomie reproductrice une série de phénomènes d’auto-amputation, mais ayant pour but, ici, la reproduction, la conservation de l’espèce. Les étoiles de mer sont formées de cinq bras, pointus à leur extrémité libre et se réunissant entre eux par leur base à un disque central. Il n’est pas rare de voir apparaître à ce point de jonction un sillon transversal, et cela sans qu'on ait fait subir à l’animal aucun traumatisme, aucune excitation, pouvant faire supposer que l'animal se défend. Le sillon se creuse de plus en plus et finalement le bras se détache et va se promener ailleurs. L'étoile de mer reste ainsi avec quatre bras et un disque; à la place de la
cicatrice ne tarde pas à se développer un bourgeon qui grandit et redonne un bras :
l'animal s’est reconstitué. Quant au bras isolé, il continue à vivre; on le voit reconstituer dans la région de la section un petit disque circulaire qui, à sa périphérie, pousse quatre prolongements. À ce moment nous avons donc une sorte d'étoile portant une longue queue, d’où le nom de stade en comète ( fig. 151) que l’on a donné à cette phase. Les quatre petits rayons de l'étoile grandissent de manière à atteindre la même dimension que la queue de la comète : une nouvelle étoile de mer est constituée. Au total nous avons deux astéries au lieu d’une; c’est donc, à n’en pas douter, de l’autotomie reproductrice : diviser, c'est multiplier.