‹ Les animaux excentriquesChapitre 7 sur 102 · ES · texte numérisé non relu

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Les requins sont encore accompagnés par un autre poisson, le pilote (fig. 13), qui, d’après les légendes anciennes, servait de guide aux premiers. Mais il est plus probable que le pilote accompagne les requins pour manger la nourriture que ceux-ci laissent échapper. Geoffroy, dans ses mémoires sur l'affection naturelle de quelques animaux, prétend cependant que le pilote sert réellement de guide au requin. Il remarqua qu'un requin suivait le navire et qu'il était accompagné de deux piloles ; ces derniers firent

plusieurs fois le tour du Fig. 13. — Ce poisson (le pilote), à l’air décidé, accompagne bâtiment et comme ils ne

le requin dans ses promenades océaniques, mais plutôt en

A! ° A pique-assiette qu’en « dame de compagnie ». trouvèrent rien à leur con-

venance, ils s’efforcèrent d'attirer le squale autre part; à ce moment, un matelot jeta un hameçon recouvert de lard. Les poissons s’étaient déjà assez éloignés, lorsque les pilotes, ayant entendu le bruit que l’appât fit en tombant à l’eau, revinrent vers le navire, flairèrent l’appât, puis retournèrent vers le requin qui prenait ses ébats à la surface des flots. Les pilotes conduisirent le requin à l'endroit précis où se trouvait le lard, mais ils lui rendirent un bien mauvais service, car le requin fut harponné; deux heures après on captura un pilote qui n’avait pas encore quitté le navire. D’autres chservateurs racontent des faits analogues. Mayer rapporte que le pilot: nage habituellement devant le requin, qu'il reste en général abrité sous une de ses nageoires pectorales et qu'il s’en écarte brusquement à droite ou à gauche ; il revient ensuite

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fidèlement vers son ami. Un jour on jeta du navire sur lequel se trouvait Mayer un hamecon amorcé. Un requin accompagné d’un pilote suivait à la distance de quarante mètres environ. Le pilote fondit sur l'appât avec la rapidité de l'éclair, parut le goûter et retourna vers le requin ; il nagea plusieurs fois près de celui-ci et fit tout pour attirer le squale jusque vers l’appât ; dans cette circonstance même l'ami devient un traître, inconsciemment sans nul doute. Il est un fait certain, trop d’observateurs consciencieux racontent le fait, c’est qu’on rencontre très fréquemment, dans les mers chaudes, des pilotes accompagnant de grands squales, plus particulièrement le requin bleu ; il semble y avoir là une sorte de fait de commensalisme. On a prétendu que le pilote, se tenant toujours dans le voisinage du requin, recevait une protection efficace de la présence de ce redoutable compagnon ; que, trop faible pour se défendre, il n'était cependant guère attaqué: il est plus probable que le pilote se nourrit des bribes qui tombent de la gueule du requin et des nombreux crustacés qui, vivant en parasites, s’attachent sur le monstre. (Brehm.) Quant à ce dernier, il est probable qu'il trouve un avantage à ce voisinage, car, comment expliquer qu'il ne dévore pas les pilotes, lui qui est si peu difficile sur le choix de sa nourriture ?

Pour avoir terminé les faits de commensalisme connus chez les poissons, il nous suffira de citer le Sphagebranchus imberbis, qui vit dans le sac branchial de la baudroie, le Cyclopterus lumpus que l'on rencontre souvent fixé sur l'Anarrhiclas lupus, le Gobius fluviatilis qui pond parfois ses œufs dans la chambre branchiale ile divers unios et de l'Anodonta complanata, le Fierasfer Ilomei qui se loge dan: la cavité du corps d’une astérie, la Culcita discoïdea et le Fierasfer dubius, rencontres à plusieurs reprises entre les valves de l'huïtre perlière. Tous ces cas sont intéressan!s, mais demandent encore à être observés avec soin.

Des pique-assiette peuvent, enfin, être observés chez les animaux, en dehors des grouyes des oiseaux et des poissons.

Tout le monde connaît le bernard l'ermile (fig. 14), ce singulicr crustacé de nos côtes, qui loge son abdomen mou dans les coquilles de mollusques. Ce pagure, ce crabe-soldat, comme on

le désigne souvent, el sa

maison sont le lieu de

‘ Fig. 14. — Le bernard l’ermite. Un philosophe qui s'en va cahin-caha et héberge pl'usienrs pique- Éontette, rendez-vous de toute

comme il est expliqué dans le lexle. CEE une série de commen-

saux appartenant aux espèces les plus diverses du règne animal.

COUPIN. — ANIM, EXCENTR. 2

L'un de ces commensaux est un animal très simple, l'hydractinie épineuse : on ne la rencontre jamais sur des coquilles vides ou encore pourvues de leur mcllusque. La présence d’un bernard leur est indispensable. Leur organisation, sur laquelle nous allons jeter un coup d'œil, est cependant très bien comprise pour la lutte pour l'existence. Lorsqu'on examine une hydractinie à l'œilnu, c’est une masse gris-blanchâtre formant une croûte sur la coquille, mais seulement sur le dernier

tour de spire, C 'est- à dire celui du porte l'ouverture par où sort et rentre le bernard. E = Cette croûte solide se

prolonge même en formant un bourrelet qui surplombe cette ouverture. De la croûte on voit émerger des sortes de polypes blanchâtres qui, lorsque l'animal est retiré de l’eau, s’affaissent les uns sur les autres et ne peuvent, par suite, être étudiés en détail.

Pour ce faire, il faut placer la coquille dans de l’eau, et, autant que possible, s’armer l'œil d'une Une heureuse famille où chacun a son rôle et le remplit au mieux AE 2 ARR ie

pour la société, tout en se donnant coquettement de petits airs de un spectacle des plus fleur exotique.

Fig. 15, — Les hydractinies.

intéressants (fig. 15).

Disons de suite que l'hydractinie n’est pas un animal unique, mais une colonie d'animaux, se rendant des services mutuels : c'est du mutualisme dans la même espèce. La croûte est parcourue par de nombreux canaux qui mettent les individus les uns en rapport avec les autres. Par places, la croûte se soulève et forme des épines évidemment protectrices. Entre elles, s'élèvent les polypes proprement dits, variables en formes et en fonctions d’un point à un autre. Les uns s’élèvent de la croûte en augmentant peu à peu de diamètre, pour enfin aboutir à un orifice, la bouche. Au pourtour de celle-ci, il y a une couronne de tentacules chargés de capsules urticantes. La bouche donne accès dans un vaste estomac qui communique, à sa partie inférieure, avec les canaux de la croûte. Les polypes servent évidemment à nourrir la colonie ; les tentacules leur permettent de saisir les petites proies, la bouche, de les ingérer, l'estomac, de les digérer et les canaux, de distribuer les produits à toute la colonie.

Tout à fait sur le bord de la coquille, on remarque des polypes de forme bizarre, généralement arqués. Ceux-ci sont allongés, dépourvus de bouche et terminés par de gros paquets de capsules urticantes. Ces polypes s’agitent tantôt en avant, tantôt en arrière, tantôt à droite, tantôt à gauche. Il ne semble pas y avoir de doute

que ce soit là des polypes défenseurs de toute la colonie: leur agitation continuelle et leurs batteries de capsules urticantes les rendent particulièrement aptes à cet exercice.

D'autres enfin, disséminés entre les polypes nourriciers, sont comme les précédents dépourvus de bouche ; mais ils en diffèrent au premier coup d’œil par des sacs volumineux qui se montrent vers le milieu de leur longueur: ce sont des polypes reproducteurs. Les vésicules qu'ils portent finissent par éclater et par mettre en liberté de petites larves qui vont nager dans l’eau, puis se fixer sur une coquille et donner naissance à une nouvelle colonie.

On peut donc, dit M. Edmond Perrier, se figurer une colonie d’hydractinies comme une espèce de ville, dans laquelle les individus se sont partagé les devoirs sociaux et les accomplissent ponctuellement. Les uns sont de véritables officiers de bouche, ils se chargent d’approvisionner la colonie, ils chassent et mangent pour elle; d’autres la protègent ou l’avertissent des dangers qu’elle peut courir, ce sont les agents de police. Sur les autres repose la prospérité numérique de l'espèce, et ils sont de trois sortes, à savoir : les individus reproducteurs chargés de reproduire les bourgeons sexués, les individus mâles et les individus femelles.

Le seul bénéfice que l’hydractinie retire de sa cohabitation avec le pagure, c’est de se faire déplacer et d’avoir ainsi plus de chances de trouver de la nourriture. Quant au pagure, il bénéficie certainement de la garde que montent les hydractinies à la porte de sa demeure, mais il pourrait fort bien s’en passer : les bernards l'ermite se portent aussi bien avec que sans commensal de cette espèce.

Dans le cas que nous venons de rapporter tout au long, le bénéfice mutuel n’est pas très net. Il n’est pas plus manifeste dans l’association du pagure de l’espèce Pagurus Prideauxii et d'une anémone de mer, l'Adamsia, qui s'installe sur la coquille du premier. Malgré le volume énorme de cette anémone, de cette actinie, le pagure la transporte partout avec lui et ne paraît pas incommodé par cette voisine dont les tentacules ressemblent aux cheveux d’une Vénus éplorée, ou mieux aux serpents de la tête de Méduse. Ce cas est à rapprocher de celui d’un crabe, le Melia lessellata, qui, dans chacune de ses pinces, tient une petite anémone de mer dont il se sert, en guise d’arme, comme un moyen de défense contre ses ennemis,

À citer aussi comme commensal intéressant le clavigère, ce petit coléoptère qui vit dans les fourmilières. Les fourmis lui donnent de la nourriture, en échange de quoi, il se laisse lécher par elles et enlever la matière sucrée qui l’imbibe.

Quand au pinothère, ce petit crabe que l’on rencontre dans les moules et les différents autres mollusques, son rôle dans l'association n’est pas bien élucidé. On supposait autrefois qu'il pinçait la moule et l'engageait ainsi à fermer ses valves quand un danger se présentait, Il n’en est rien : le pinothère vit là pour capturer au passage les matières alimentaires que la moule destine à son estomac.

Un cas très net où un animal rend service à celui aux dépens duquel il vit est

celui du ricin. Cet insecte (fig. 16) vit à la manière des parasites ordinaires dans la toison des mammifères et le plumage des oiseaux : mais il n’est pas pourvu comme

eux d’un dard lui permettant de sucer le sang. C’estqu’en effet, il se nourrit des débris | épidermiques de la peau et des souillures qui tachent les poils et les plumes. IL joue donc par rapport à son hôte le rôle de perruquier et opère, pour ainsi dire, une « petite friction », chère au cœur et à... la bourse des garçons coiffeurs.

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