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les saurels ne sont les commensaux des méduses que pendant leur jeunesse ; bien avant qu’ils soient adultes, ils les quittent pour mener une vie absolument libre. ‘ Le cas que nous venons de citer se rencontre dans l'Atlantique et la Manche. Dans la Méditerranée, on peut en observer un tout à fait analogue entre de pelits poissons, les trachurus, et une charmante méduse tachetée de brun. De même, en Amérique, une méduse nocturne est toujours accompagnée par une espèce de hareng. Plus singulier est le commensalisme d’un poisson de l’île Maurice et d’une méduse, la cambressa. Celle-ci est formée d'une ombrelle creuse en dessous et réanie aux bras par quatre piliers gélatineux. C’est dans cette cavité inférieure que se loge le poisson dont la grosseur est telle que, par sa présence, la méduse en est toute déformée : elle ressemble à une ceinture trop étroite que l’on aurait mise au poisson. Ce poisson, d’ailleurs, ne reste pas à poste fixe; de temps à autre il va nager dans les environs, quérir de la nourriture, prendre un peu d'exercice. Après quoi il rentre chez sa méduse, et pour ce faire, doit rester dans une position horizontale sur le côté, ce qui, semble-t-il, doit le gèner. Mais méduse et poisson ne paraissent pas se porter plus mal de cette association intime, au contraire. Si l’avantage qu’en retire la méduse n’apparaît pas clairement, celui du poisson est évident, protégé qu'il est par les batteries de capsules urticantes de son amie. Les poissons d’ailleurs paraissent être à l'abri des effets nocifs de celles-ci; en effet l'on trouve très souvent de petits maquereaux adultes, blottis en grand nombre dans les tentacules des galères, dont les batteries urticantes sont cependant si puissantes qu'elles foudroient les petits animaux et causent à l’homme une douleur si aiguë qu'elle peut aller jusqu’à l'évanouissement. Nous représentons plus loin (/ig. 128) cette dangereuse bête.
D’autres poissons affectionnent les actinies, dont le contact n’est guère moins redoutable que celui des méduses. Dans la baïe de Batavia, sur les récifs madréporiques qui y forment de petites îles, vit une très grande actinie, richement colorée, dont le disque mesure jusqu’ quarante centimètres de diamètre; très souvent, surtout sur les grands échantillons, on trouve entre les nombreux tentacules qui couvrent le disque un couple, parfois même trois ou quatre petits poissons, longs de cinq centimètres, colorés en orange avec des bandes d’un blanc d’argent : ce sont des Trachichthys tunicatus. L’actinie ne parait nullement se soucier de ses hôtes ; lorsqu’elle mange, ceux-ci se précipitent sur les bribes qu’elle laisse échapper, mais sans jamais quitter le disque. Ces petits poissons recherchent évidemment une protection puissante ; Sluiter, à qui l’on doit ces observations a remarqué que lorsqu'on les mettait dans un aquarium sans leur actinie, ils étaient immédiatement pourchassés et dévorés par les gros poissons ; aussi cherchent-ils à se cacher, l’un derrière un morceau de madrépore, l’autre entre les piquants d’un oursin ; mais ils ne tardent pas à tomber au pouvoir de leurs ennemis ; au contraire, lorsqu'ils
sont associés avec leur redoutable actinie, il est évident qu'ils sont protégés contre toute attaque. Sluiter a gardé vivants les deux associés pendant plus de six mois. (Cuénot.)
Plusieurs autres espèces de poissons vivent dans le mème rapport étroit avec d’autres anémones de mer. Mais cette association n’est pas absolument indispensable à leur existence. Séparés dans des aquariums différents, ils vivent fort bien, à
la condition d'être isolés. Si l’on met quelque ennemi avec le poisson, il ng peut résister et succombe. .
Sur nos côtes, il est assez fréquent de rencontrer un animal peu élégant — oh non | — qui se présente sous la forme d'un boudin ou encore mieux d’un concombre : c'est ce que les naturalistes ont appelé une holothurie et que les pêcheurs, qui ne cherchent pas à choisir leurs expressions, dé-
signent tout simplement
sous le nom de « corni-
chon de mer ». Si vous
ouvrez un de ces corni-
chons, vous y trouverez, débouchant dans la dernière partie de l'intestin,
des organes en forme
d'arbres creux, très ramifiés, et à l’intérieur de ces « organes arbores-
cents » — c’est ainsi qu'on les nomme — un,
deux, trois, quelquefois
L'holothurie — bonne nature — permet au poisson fiérasfer de se loger quais pente POSSSS M can portion de son intestin, où il dure probablement (fig. 9); des fiérasfers allongés comme des lançons à la queue pointue. Il faut avouer que pour des poissons c’est un singulier habitat. Pour y pénétrer, le fiérasfer attend que la partie postérieure du corps de l'holothurie s’entr’ouvre : il y pénètre alors la queue la première. Si l’orifice se referme il se trouve pincé, mais à la dilatation suivante il pénètre un peu plus jusqu'à ce qu'il disparaisse complètement à la vue. Que fait le fiérasfer dans le ventre de l'holothurie? On ne sait pas au juste, mais ce qui est certain, c’est que celle-ci ne se trouve pas indisposée de sa présence. Il est probable que le fiérasfer va se promener de temps à autre, chercher au dehors de la nourrilure et qu'il ne rentre, tel Jonas dans le ventre de la baleine, à l’intérieur des organes arborescents que pour digérer tout à son aise.
* k *% Voici encore un fait curieux de commensalisme que nous empruntons à M. Cuénot : | Sans même aller jusqu’à la mer, nous pouvons constater dans nos rivières un cas intéressant de commensalisme chez la bouvière [Rhodeus amarus), petit poisson ressemblant à une jeune carpe, long de 5 à 8 centimètres et très commun dans la plupart de nos cours d’eau par les fonds clairs de sable et de gravier; les jeunes de cette espèce habitent jusqu’à leur complet développement les branchies d’un mollusque bivalve également très commun, l’unio ou mulette des peintres. Au printemps, lorsqu'on ouvre les unios, on
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trouve souvent entre les feuillets branchiaux, dans ce qu’on appelle la chambre intrabranchiale, des œufs jaunes, ovoïdes, longs de trois millimètres environ. Ces œufs éclosent et donnent naissance à de petits rhodeus, qui restent engagés dans les branchies de leur hôte, non sans causer quelques dégâts (par places, l’épithélium branchial est enlevé). Quand on ouvre ces branchies ils s'échappent et nagent vivement, puis se posent sur le fond où ils restent immobiles, couchés sur le côté. Ils restent dans l’unio jusqu’à résorption complète de leur sac vitellin, et sortent alors du mollusque pour mener la vie libre. Au moment du frai, la femelle du rhodeus présente une particularilé curieuse qui a autrefois fort intrigué les naturalistes : un peu en arrière de l’anus apparait un Ÿ Vase long boyau rougeûtre, — ee un peu conique, qui Ne peut atteindre plusieurs centimètres de long, ct n'est autre chose qu’un prolongement de l’oviducte. Au printemps, époque de la ponte, la f melle et son mâle, qui l'accompagne partout, se mettent en quête des mollusques convenables ; lorsqu'ils en ont trouvé, la femelle se redresse verticalement, la tête en bas ; au moment où un Fig. 10. — Une singulière façon de mettre ses enfants en nourrice. œufs’engage dans l’ovi- Le rhodeus dépose ses œufs dans une moule des eaux douces. ducte et le dilate, elle engage le tube dans les branchies du mollusque et y dépose un œuf (fig. 10) ; on peut trouver dans le même unio jusqu'à une quarantaine de ces œufs. Pendant cette opération, le mâle surveilie attentivement les mouvements de la femelle. La ponte terminée, le tube oviducai se flétrit graduellement et se réduit à une simple papille saillante. Il est à peine kesoin de faire ressortir le caractère défensif de ce commensalisme passager ; les icunes rhodeus passent tranquillement à l'abri la période crilique de leur existence, qui est fetale à tant de jeunes poissons.
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Les cas du fiérasfer et du rhodeus que nous venons de citer confinent au parasitisme. Celui du rémora ou échénéis (fig. 11) est, au contraire, du comimensalisme très bénin. Ce poisson a un aspect très bizarre, qu’il doit surtout à la présence sur sa tète d’une large ventouse ovale formée de petites lamelles imbriquées. Autrefois il régnait à son sujet des légendes absurdes. Nous allons citer à ce propos ce qu'en dit Pline pour montrer combien cet auteur mérite peu le nom de naturaliste qu'on lui donne habituellement,
C’est, dit-il, un petit poisson accoutumé à vivre au mäieu des rochers; on croit qu'il s’attache à la carène des vaisseaux, il en retarde la marche. Doué d'une puissance bien plus étonnante, agissant par une faculté morale, il arrête l’action de la justice et la
marche des tribunaux ; lorsqu'on le conserve dans le sel, son approche seule suffit pour retirer du fond des puits les plus profonds l'or qui peut y être tombé... Qu’y a-t-il de
plus violent que la mer, les vents, les tourbillons et les tempêtes ? Quels plus grands auxiliaires le génie de l’homme s'est-il donné que les voiles et les rames? Ajoutez la force inexplicable des flux alternatifs qui font un fleuve de tout l'Océan. Toutes ces puissances et toutes celles qui pourraient se réunir à leurs effets sont enchainées par un seul et très pelit poisson qu’on nomme échénéis.
Que les vents se précipitent, que les tempêtes bouleversent les flots, il commande à leurs fureurs, il brise leurs efforts; ‘il contraint de rester immo-
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Fig. 51. — Le rémora, poisson à la tête ornée d'une curieuse ventouse POUT Me pouvoir en
qui lui sert à se coller aux requins qui passent ou aux épaves qui être retirée. Il met ainsi floitent:. un frein à la violence; il dompte la rage des éléments, sans travail, sans peine, sans chercher à retenir, et seulement en adhérant; il lui suffit pour surmonter tant d'impétuosités de défendre aux navires d'avancer... On raconte que lors de la bataille d’Actium, ce fut un échénéis qui, arrêtant le navire d'Antoine au moment où il allait parcourir les rangs de ses vaisseaux et exhorter les siens, donna à la flotte de César la suprématie de la vitesse et l'avantage d’une attaque impétueuse. Plus récemment, le bâtiment monté par Caïus, lors de son retour d’Andura à Antium, s'arrêta sous l'effort d’un échénéis; et alors le rémora fut un augure ; car à peine cet empereur fut-il rentré dans Rome qu'il périt sous les traits de ses propres soldats; du reste, son étonnement ne fut pas long, lorsqu'il vit que de toute sa flotte son quinquérème seul n’avançait pas; ceux qui s’élancèrent du vaisseau pour en rechercher la cause trouvèrent l’échénéis adhérant au gouvernail, et le montrèrent au prince, indigné qu'un tel animal eùt pu l'emporter sur quatre cents rameurs et très surpris que ce poisson, qui dans la mer avait pu retenir son navire, n’eût plus de puissance, jeté dans le vaisseau.
Cet étonnement était légitime. Les rémoras sont absolument incapables d'arrêter les navires. Ils se collent à eux pour se faire voiturer sans fatigue ; mais aussitôt qu'on jette quelque aliment dans la mer, ils lâchent prise, se précipitent sur l’objet et l’absorbent pour revenir de suite, à grands coups de nageoires, se fixer sur le navire. Les rémoras se fixent d’ailleurs aussi sur de grands poissons, les requins en particulier. Ils ont de cette façon trois avantages : ils se font transporter sans effort ; ils bénéficient de la terreur qu'inspirent les requins aux autres habitants des mers ; et ils recueillent des brindilles de nourriture que les requins laissent échapper.
Fait curieux et également à noter, le dessous du corps des rémoras est plus foncé que le dessus.
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Ayant eu l’occasion en 1883, dit Léon Vaillant, pendant la campagne du Talisman sur les côtes occidentales de l’Afrique, d'examiner un échénéis pêché avec un requin du genre carcharias, auquel il adhérait, j'ai été frappé d’une disposition des couleurs d’autant plus intéressante qu'elle peut être mise en rapport avec les habitudes particulières de l’animal. Tandis que chez les poissons la partie dorsale est toujours plus vivement colorée que le ventre, dont la teinte est blanche, chez l’échénéis qui a fait l'objet de cette observation, c’est précisément le contraire : le ventre et les flancs étaient d’un noir blanchâtre, chatoyant, tandis que le dos, surtout entre le disque céphalique et la dorsale, était bleuâtre, argenté. Aussi, en examinant le poisson, était-on tenté au premier abord de l’orienter au rebours de ce qui est la réalité, prenant la partie supérieure pour l’inférieure et inversement. L’illusion était d'autant plus grande que, mis dans une cuvette avec de l’eau de mer, il se fixait immédiatement au fond, présentant ainsi à l’observateur sa face ventrale sombre ; en outre, les yeux sont tournés de ce même côté, étant débordés par la partie supérieure de la tête, et la bouche, dont la partie supérieure déborde l’inférieure, rappelle beaucoup celle d’un grand nombre de poissons chez lesquels, au contraire, cette mâchoire supérieure est la plus courte. Cette disposition des teintes, inverse de ce qu'elle est d’habitude, résulte évidemment de ce que l’échénéis, fixé, par son disque céphalique, soit aux autres poissons, soit aux corps submergés, a sa partie dorsale en contact avec le support, et par conséquent à l'abri de la lumière, laquelle, au contraire, frappe les parties ventrales et latérales. C’est un fait du même ordre que la répartition des couleurs chez les pleuronectes, dont le côté supérieur est diversement coloré tandis que l’autre est pàle.
Son disque adhère fortement; pour détacher l'animal, il faut le pousser en avant ; plus on le tire en arrière, plus l’adhérence est forte. Une fois libre, il nage avec sa nageoire caudale, et le ventre en l'air.
Fig. 12. — Une manière ingénieuse de pêcher les tortues de mer en utilisant la ventouse du rémora.
Le rémora estemployé à la pêche aux tortues (fig. 12). D'après Commerson, on attache à la queue du poisson un anneau d’un diamètre assez large pour ne pas l'incommoder, et assez étroit pour être retenu par la nageoire caudale. Une corde solide tientcetanneau. Lorsque le rémora est ainsi préparé, on le renferme dans un vase plein d’eau salée qu’on renouvelle très souvent, et les pêcheurs mettent le vase dans leur
barque. Ils voguent ensuite vers les parages fréquentés par les tortues marines. Ces tortues ont l'habitude de dormir souvent à la surface de l'eau, sur laquelle elles flottent ; et leur sommeil est alors si léger que l'approche, si peu bruyante cependant, d'un bateau pêcheur suffit pour les réveiller et les faire fuir à de grandes distances ou plonger à de grandes profondeurs. Mais voici le piège qu'on tend de loin à la première tortue que l’on aperçoit endormie : on remet dans la mer le rémora garni de sa longue corde ; l'animal, délivré en partie de sa captivilé, cherche à s'échapper en nageant de tous les côtés. On lui lâche une longueur de corde égale à la distance qui sépare la tortue marine de la barque des pêcheurs. Le rémora, retenu par ce lien, fait d'abord de nouveaux efforts pour se soustraire à la main qui le maitrise ; sentant bientôt, cependant, qu'il s’agile en vain et qu'il ne peut se dégager, il parcourt tout le cercle dont la corde est en quelque sorte le rayon, pour rencontrer un point d'adhésion et, par conséquent, un peu de repos. IL trouve celte sorte d'asile sous le plastron de la tortue flottante, s'y attache fortement par le moyen de son bouclier et donne ainsi aux pêcheurs, auxquels il sert de crampon, le moyen de tirer à eux la tortue en retirant la corde.