CHAPITRE XXXIV
Les animaux qui pleurent.
Si le rire est le propre de l'homme, il n’en est pas de même du pleurer, manifestation émotive qui se rencontre chez divers animaux.
Parmi les bêtes qui pleurent le plus facilement, il convient de citer tout d’abord les ruminants où le fait est si connu qu'il à donné naissance à une expression triviale, mais exacte (pleurer comme un veau) : chez eux, d'ailleurs, la facilité de verser des larmes s'explique par la présence d’un appareil lacrymalsupplémentaire, le larmier, constitué par une fossette sousorbitaire.
Tous les chasseurs savent que le cerf aux aboïs pleure à chaudes larmes.
Le chevreuil fait de même. Lamartine a même fait plus attention à ses larmes qu’à
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celles de la pauvre petite Graziella. « IL me regardait, raconte-il au sujet d’un chevreuil qu'il avait blessé, la tête He ln. couchée sur l'herbe,
Quel superbe « pleureur » pour enterrements | avec des yeux où na-
geaient des larmes. Je
ne l'oublierai jamais ce regard, auquel l'étonnement, la douleur, la mort inatten-
On LES ANIMAUX QUI PLEURENT PR à PT NU TRE RS RE
due semblaient donner des profondeurs humaines de sentiment, aussi intelligibles que des paroles. » r
On assure aussi que l'ours pleure quand il voit sa dernière heure venue.
La girafe n’est pas moins sensible, ce qui ne saurait nous étonner chez un animal aussi doux, et elle regarde avec des yeux remplis de larmes le chasseur qui l’a blessée.
Si l’on en croit Gordon Cumming, l'élan (fig. 212) agirait de la même facon.
Voici ce qu'il dit. en effet, d’un élan qu'il poursuivait depuis longtemps et qu’il finit
Fig. 213. — Dugong.
Qui croirait cette grosse mère susceptible de pleurer quand on veut lui prendre son cher petit? Et comme on comprend cette légende qui fait de ses larmes un philtre pour rendre durable l'affection de ceux qu'on aime...
par atteindre : « Des flots d’écume découlaient de sa bouche : une abondante sueur avait donné à sa peau grise, ordinairement lisse, une teinte bleu cendré. Les larmes tombaient de ses grands yeux noirs et il était évident que l'élan sentait sa dernière heure venir. »
Les chiens pleurent assez facilement. Sile maître s’en va en les laissant à l’attache, par exemple, ils aboient avec des larmes dans les yeux et dans la voix.
De même chez certains singes. Le cebus Azaræ pleure quand on le contrarie ou qu'on l’effraye, et les yeux du callithrix sciureus se remplissent instantanément de larmes quand il est saisi de crainte (Humboldt).
Il n’est pas jusqu'aux mammifères aquatiques qui ne soient susceptibles de pleurer. Ainsi, tous les auteurs s'accordent à dire que les dauphins, au moment de leur mort, poussent de profonds soupirs et versent d’abondantes larmes. On a vu aussi une jeune femelle de phoque à trompe pleurer parce qu'un matelot la tourmentait. Geoffroy Saint-Hilaire et F. Cuvier assurent qu’au dire des Malais, lorsqu'on vient à s'emparer d’un jeune dugong (fig. 213), on est toujours sûr de prendre la mère ; les petits jettent alors un cri aigu et versent des larmes. Ces larmes sont recueillies avec soin et précieusement conservées comme un charme propre à rendre durable l'affection de ceux qu'on aime.
Quant à l'éléphant, les témoignages abondent sur la facilité avec laquelle il