florins et la direction de Covent Garden lui a payé
mille livres sterling.
— Voilà une bonne affaire.
Beethoven semble avoir certain jour hésité sur la question . d’une rencontre avec Rossini, sur qui Holz rapporte fréquemment des détails et des appréciations ainsi que sur son influence, Mais l’hésitation a été plutôt dans le sens négetit z — Rossini voulait vous voir. Mais vous avez refusé. . Une pointe de « Méphisto » :
— Vous ne pouvez manquer de devenir religieux. De chez «]
ù . LE MÉCHANT MÉPHISTO ‘e 47
vous, vous voyez les tours de toutes les églises de Vienne. Potin sur les sœurs Freelich, dont l’une devait jouer un + rôle dans la dramatique vie du poète PR que nous -connaîtrons plus loin avec intérêt.
— La première est professeur de chant. La secondé a épousé Burgner ; elle chantera l’alto dans votre Messe. . La troisième est avec Grillparzer. La quatrième est Josephina, de Copenhague. Elle n ’est pas chanteuse de théâtre : elle a une bonne voix, mais pas de tempérament.
1 Haslinger a composé une Messe. Holz déclare y avoir lui- + - même travaillé pendant plus d’un an. Nous savions d’autre part, d'après lui, que le même Haslinger se fournissait d'idées : pour «ses compositions » auprès de Diabelli. (Cela ne prouve . guère en faveur de la richesse d'idées de l’un et de l’autre.) . Linke et Haslinger se sont chamaillés à propos du Maître. + —Linke a dit : Beethoven a moins besoin de nous que nous n’âvons besoin de lui.
Voilà une grande vérité.
Holz ayant conseillé à Beethoven d’ envoyer la partition … d’une symphonie au roi de Prusse parce que s’ensuivrait une - décoraton. Là-dessus Schindler s’indigne. Lequel est le meilleur conseiller ?
* Petits scandales théâtraux :
. — Notre opéra italien n'avance pas beaucoup. L'autre “jour la signora Lalande, notre Prima donna, a fait une fausse couche à Bologne.
pe
: - Maïs voici la guerre déclarée entre les deux rivaux ! Sur * le premier feuillet du cahier 115 (fin de janvier et commen- cement de février 1827) Schindler écrit — longtemps après : cette date, les cahiers lui ayant échu et lui ayant servi pour + sa biographie de Beethoven — une note développée, véritable > . réquisitoire, dont voici le principal (à dédier aux mânes de -Blasius et de Bridaiïne) :- ‘% « Beethoven, étonné de ses familiarités exagérées, le traietait cependant avec indulgence, » Suivent des appréciations - surla« vulgarité » de Holz, « sa méconnaissance du maître “si: grand, son désir de devenir riche », ses intrigues, ses déni- : | er cuEnts. et même ses calomnies. « Plus cela semblait amuser :
Beethoven et plus il devenait hardi». Cela amena «des désagréments (?) » au maître. Holz « était un viveur... II prit le commandement de la cuisine et de la cave... » Nous nous garderions d’une insinuation de « méphistophélisme » à l’usage de l’honnête, mais bien peu «amusant » Schindler. Mais seraitce pour cela, par hasard, qu'il aurait insisté sur les vertus purgatives du vin servi au dîner qui sera raconté de la Sontal et de la Unger chez Beethoven ? De la cave, donc, comme jamais aucun ami ne l'avait fait. « D’après son propre aveu, il a mené Beethoven dans tous les restaurants, et même dans d’autres lieux de plaisir pendant l'hiver de 1825-26. Mais lui commençait à en avoir assez, à cause de sa vulgarité, et aussi de l’augmentation de ses dépenses. »
Trait peu généreux et d’une appréciation morale peu évidente : « Dans ces conditions Beethoven ne pouvait donner un très bon exemple à son neveu. » (Où le ressentiment mènet-il dom Bridaine !) Même ordre d'idées : « La dureté d’appréciation de Holz énvers le neveu Carl a été une cause du refroidissement. » Avec cela que Schindler prêchait la bienveillance ! Mais voilà, « Holz était dans la confidence des affaires, le maniement des papiers, la copie des Quatuors, etc... »
Tel est le grand débat entre le pédant et le bohème. Adhuc sub judice.. Enfin le mémoire se termine sur cette assertion : « Holz trouva un prétexte dans des fiançailles pour ne pas recevoir son congé de Beethoven, ce qui aurait été pénible à celui-ci. »
Son congé ? Il n’y paraît guère. Quelques pages plus loin, nous voyons Holz qui rapporte de la copie, qui va écrire à Schott, qui reviendra après-demain, etc. Mais après la visite, Schindler fait lire ceci à Beethoven.
— Ila compris à votre ton décisif et à celui de Breuning !
Toutefois, ce ton a-t-il été si décisif ? Ilest bon de prendre des précautions. |
— Si vous l’écoutez de nouveau, vous aurez encore de. l'affection pour lui.
La comédie recommence quelques répliques plus loin, à une nouvelle visite de Holz qui apporte encore de la copie, ” et Schindler crayonne une autre tirade où il s’agit de « plus ” d’une mesure de vin ». |
ei À os ï ;
Mais Breuning avait-il été si « décisif ? » Le voici qui écrit de sa propre main d’excellent et vieil ami :
— Il semble cependant qu'il est serviable et bien intentionné envers vous.
Holz reviendra donc, et il demandera si l’on veut profiter d’un courrier qui part pour Pétersbourg et, appelé par Beethoven très malade, il lui débrouillera une des questions financières dans lesquelles il est versé et lui racontera pour le distraire de ses souffrances une anecdote comique.
— Les deux ânes d’une petite laitière sont tombés du pont de Schoenbrun. L’Impératrice l’a consolée de son désespoir. La jeune fille a dit au laquais porteur de la consolation, que si Sa Majesté voulait lui faire un cadeau, elle eût la bonté de lui envoyer de petits ânes seulement, mais pas des grands comme il y en a à la Cour. »
Et il ne se bornera pas à faire les dernières commissions de Beethoven, et à l’avoir fait sourire avant sa mort, ce dont l'histoire doit lui être reconnaissante. Mais ce sera lui qui ira chercher le prêtre pour la visite suprême.
Enfin, dans sa lettre du 30 août 1826, Beethoven n’avait-il pas écrit : « Je donne avec plaisir à mon ami Carl Holz l’assurance qu'il désire, que je le regarde comme désigné pour l’édition future de ma biographie, à admettre qu’on la désire, et j'ai pleine confiance en lui pour livrer à la postérité tout ce que je lui ai communiqué dans ce dessein. » Mais c'est le famulus qui écrivit le livre, et l’honnête et borné Wagner eut le dernier mot sur le malicieux Méphisto.
Ce n'est pas un des moindres traits de génie chez Gœthe d’avoir donné à son Faust ces deux acolytes, Wagner et Méphistophélès, le famulus et le conseiller de malice. En somme, cette invention ne diffère point tant de la conception religieuse qui donne à toute créature humaine un ange gardien et un démon tentateur. On pourrait même dire que tout grand homme a plus ou moins cette double escorte : « détestables flatteurs, présent le plus funeste », et gardiens vigilants et avisés.
Plus ou moins, disons-nous, car selon la solidité de sa tête et la qualité de ses familiers, l'influence de ceux-ci peut être très grave, ou réduite à presque rien. Ils n'en sont pas moins, chacun, un type général qu'il est amusant de rencontrer aux côtés de Beethoven, mais de qui l’action, si elle a été de quelque importance dans ses affaires de ménage, * n’a pas eu la moindre prise sur son caractère ni son esprit. Tous deux sont mouches du coche, ou si l’on veut une com- -paraïison plus chère au maître, oiseaux importuns autour du char d’Apollon.
Ce qui prête au sourire, c’est que le famulus et le démon sont tous les deux dans leur rôle, en cela que le jamulus, comme Wagner, est assez niais, et que le « Méphisto » est caustique et vivant.
C’est d’ailleurs Schindler qui s’est chargé lui-même de découvrir l’analogie pour lui-même et pour Carl Holz ; c’est lui qui, lourd de jalousie, a inscrit le nom de Méphisto en marge des entretiens avec son rival. Mais le rival amusa souvent le lion et Schindler le fit plus souvent bâiller, même parfois un peu rugir.
Schindler, dans cette lutte eut à peu près, nous l'avons dit, le dernier mot. Nous avons, grâce à lui, les Cahiers de conver-
sahion qui lui demeurèrent, par héritage ou acquisition. Faut-il complètement lui en rendre grâces ? La biographie qu'ils lui permirent d'écrire est pleine de respect, maïs sans l’envergure nécessaire au sujet. Il fallait Berlioz et Wagner pour donner le diapason sur lequel durent être accordés les livres des grands écrivains ou des savants chercheurs de notre époque. Puis Schindler eut le tort impardonnable, par une piété mal entendue, de détruire plusieurs cahiers, d'en mutiler quelques-uns et de les annoter çà et là, au gré de son ressentiment contre le libre, mais obligeant et peu démoniaque Méphisto.
À part cela c’est un bon homme, convaincu maïs borné, de bonne volonté mais impatientant, admirateur de son maître mais sans vibration, dévoué plutôt que réellement utile et jaloux de tout ce qui s’approche. Enfin il faut rendre cette justice à Méphisto que si Wagner daube très cruellement sur lui en son absence, Méphisto ne laisse pas une seule trace, à travers tous les entretiens, d’avoir essayé de lui nuire auprès d’un Faust qu'il comprend avec plus de finesse.
Quoique leurs dialogues s’entremêlent d’un bout à l’autre, nous les montrons séparément à l’œuvre pour les portraiturer mieux.
Schindler entre en relations avec Beethoven avant 1819. Mais jusqu'en 1823 il joue dans les cahiers un rôle plus effacé. D'autres familiers tels que le légiste Bernard, un autre conseiller, Oliva, sont plus fréquemment les interlocuteurs, donneurs d'avis, porteurs de nouvelles.
Il commence assez timidement et badine avec prudence. Une certaine Ouverture qu'il avait engagé Beethoven à terminer ou à publier et que le musicien ne pouvait plus sentir, revenait plus d’une fois sur le tapis. (Vraisemblablement l’Ouv. Zur Weihe des Hauses.)
— Eh bien oui. Ce sera ma faute si vous avez composé cette Ouverture. Et bravo ! Le monde s’en émerveillera.
— Quand vous achetez un nouveau chapeau, vous n’avez plus besoin du vieux. Donnez-le moi comme relique.
Plusieurs semaines après :
— Comment reparlez-vous de cette vieille affaire ? Est-ce
ma faute si vous avez écrit cette Ouverture? J'en accepte volontiers le reproche. Mais je n’y suis pour rien, si les musiciens la jouent mal. Envoyez-la à Leipzig ou à Berlin. Là, peut-être, on se donnera plus de peine.
— ...! ...! suivi de ce gémissement de Schindler :]
— Aujourd’ hui vous êtes encore bien capricieux et fantasque.
C’est l’époque où il donne à son maître le cocasse conseil d'aller « faire la connaissance de l’abbé de l’Épée » !
Peu à peu pourtant il est mieux laccepté comme gazetier que comme confident musical. Voici le ton de quelques-uns de ses renseignements ou jugements.
— Un drame affreux vient d’avoir lieu à Berlin. Le neveu de Bleicher a tué le mari de Mme Stich. (Ille raconte en détails.)
— Mme Stich ne pourra pas reparaître sur la scène.
- — On dit que la chapelle de la cour de Dresde est la meilleure de toute l'Europe.
— Votre Messe devrait y être exécutée publiquement pour faire sensation dans l’Europe entière. (A ce sujet, figure ici un fait que les musicographes n'ont pas, croyons-nous, beaucoup élucidé. Beethoven écrit (hiver 1823, cahier numéroté 48) une assez longue note sur une éroisième (?) Messe qu'il serait en train de composer. Cette note semble un brouillon de lettre. Il ne sait pas s’il doit donner cet ouvrage à Simrock.. X gagnera à avoir attendu... Il ne l’a pas terminée plus tôt, ne sachant à qui la dédier… Il pense que ce sera à l’empereur...)
Continuation des propos de Schindler.
— Si l'opéra de Weigl ne réussit pas, ce fat de Kreutzer va devenir encore plus vaniteux.
— Je vous conseille de vous mettre en relations avec Drechsler. Ce serait pour lui une occasion d’entrer dans la lice contre Gläser qui à présent est tout-puissant.
Us Lisez donc cette notice qui a été écrite par Gläser en octobre.
[—... On a vu précédemment ce que pensait Beethoven des rapports entre artiste et critique. Aussi pouvons-nous deviner sans peine sa réponse. Schindler croit du moins se
PT «1 vT% EMUURE ,. pytsnés < Ib:
rattraper sur un point très sensible au grand musicien allemand, à l'auteur de « Fidelio ».]
— Alors il n’y aura plus que Rossini et Gläser.
— [-— Pourquoi restez-vous dans l'orchestre ?]
— Ah! si je pouvais quitter ce théâtre qui démoralise l'honnêteté de mon sentiment musical ! (Traduction littérale.)
— Si vous pouviez observer souvent Gläser (ce maestro a une plume de critique à son bâton, apparaît-il) vous seriez étonné des {empi qu'il prend. Le meilleur musicien y perd son latin. L’Allegro chez lui est presque toujours un Presto. Adagio, il ne connaît pas du tout.
Après différents avis donnés au sujet de la souscription à la Messe, du prix de la souscription.
— Aujourd’hui Gelineck (l'abbé, compositeur et pianiste bohémien) m'a abordé dans la « salle à Kreutzer » avec cette phrase : « Un adorateur de Beethoven ne peut ni ne veut entendre rien d'autre. »
— Dédiez les Variations à la comtesse Stockhäusen. Elle aime la musique et fait exécuter vos Sonates'par sa fille, âgée de neuf ans. Ou bien à Mme Ries.
Trait de générosité d'un mécène, résultat d'une commission du famulus : | — Le comte de Häzfeld n’a pas voulu lire la lettre. Il attendra encore quinze jours, et après il veut avoir la Messe
ou ravoir ses cinquante florins.
Assez intéressants détails sur Diabelli à propos des célèbres Variations, un des chefs-d'œuvre pianistiques de Beethoven. — N'avez-vous pas d'autre projet pour les Variations que
de les donner à Diabelli ?
— Diabelli dit aussi qu'il paiera la Messe aussitôt reçue, mais il doit l'avoir avant le 17 juillet (1823) pour la faire exécuter à la Saint-Michel.
ee]
— Ne pensez pas jour et nuit à vos dettes. Vous les paierez une fois rétabli, et sans trop de peine.
— Diabelli est processif !
— Diabelli prend les petites introductions, ajoute quelques Allegri de l'opéra et fait jouer le tout sous le nom d’Ouverture de Zelmira. |
— ar (éditeur), à qui z aire appartient, a PRE et crié au voleur!
Voici qui n’est point trop du 1 papotage vide. Le nom de * Liszt est prononcé !
— L'enfant Liszt veut avoir un thème de Beethoven pour improviser demain.
RER ee D
— Pour Îa libre fantaisie (le point Aloeatel il ne faut pas être encore trop sévère.
— On ne peut pas encore le publier.
— C'est un bon pianiste ; mais avant d’être maître en « fantaisie » il y a loin.
.— Czerny est son maître.
— Il a onze ans.
— Venez donc. Cela amusera Karl de le voir jouer.
‘— Malheureusement le petit est entre les mains de Czerny. (Schindler insista encore pour que Beethoven allât au concert « du petit, à qui cela donnerait du courage, et
avant de clore l'entretien ce jour-là, il émit cette opinion
. plutôt malencontreuse pour le moment où Beethoven por-
tait déjà dans sa tête la Neuvième et venait de ÉOMPOSAE la
- .AMissa solemmis) :
— Quel dommage que votre grand génie doive se renfermer, «être enseveli» dans des œuvres de piano! parce que, malheureusement, les œuvres de ce genre ne sont pas jouées par les pianistes.
On serait tenté de prendre ici congé de ce « Wagner »
que nous retrouverons tout agité et bavardant au moment du célèbre et désastreux concert de 1824. Mais il reste quelques glanes à recueillir dans la générale insignifiance, et surtout à donner une idée un peu détaillée d’une conversation finale à laquelle les beethovenistes ont attaché de l'intérêt.
D'abord ces petites nouvelles et bribes, passim (x823- 24).
— Aujourd’hui j'ai entendu une élève de Czerny jouer la Pathétique d'une manière si abominable qu’on dirait que
Czerny ne vous a jamais entendu jouer. | — Ries se donnera de la peine pour jouer votre Sympho-
nie à Aix-la-Chapelle. Comme cela ilse réconciliera avec vous. (Ries avait été l'élève et le protégé de Beethoven).
— Il compose tant, qu’il n’a pas le loisir pour jouir de vos œuvres.
[— Il les a beaucoup étudiées avec moi !]
— Il a depuis longtemps oublié de les jouer. Il ne les a plus dans la main.
La mort de Weber avait causé une profonde impression à Beethoven, malgré les attaques nombreuses et amères de celuilà contre lui — et qu'il serait juste de considérer comme maladives.
En caractères bien détachés et comme solennels, et vraiment émouvants à regarder, Beethoven s'est écrit ces seuls mots, sans souligner, sans commenter (juin 1826) :
« Weber todt in 40 Jahr »
Que de méditations sur cette sorte de pierre tombale en papier ! Quel retour sur soi-même et cette mort prématurée !
Beethoven ne devait pas voir l'été de l’année suivante, ni même le printemps. Il était avide de détails. Nous verrons son neveu lui en apporter. Ses familiers ne se livreront plus pour lui plaire, à leurs habituelles représailles. Il a demandé encore des renseignements à Schindler.
— Il arriva tout défait et vieilli à Londres. On lui avait recommandé de penser à sa santé, et il ne voulait pas reconnaître la gravité de son état. Il n’était permis à personne d'entrer dans sa chambre. (Beethoven avait pensé bien souvent, pendant ces années, au voyage de Londres. Pensa-t-il aussi à cette mort dans une chambre d'hôtel ?)
A partir de ce moment des Cahiers les événements s’amplifient et se compliquent. Les rivalités entre familiers et parenté deviennent plus âpres. Les nouvelles de la ville et du théâtre cèdent la plus grande place aux dénigrements du famulus contre le Méphsto, aux allées et venues encombrantes et louches du frère Johann, aux excitations de tous contre le neveu Karl.
Un conseil de Schindler, çà et là :
— L'affaire de Galitzin (des Quatuors commandés et péniblement payés) devient difficile. Si vous aviez suivi mon conseil, vous n’auriez envoyé qu’un Quatuor. Vous qui ne