‹ Les années de gaietéChapitre 12 sur 60 · DISTINCTIONS · texte numérisé non relu

DISTINCTIONS

Il y a suiveur et suiveur.

N'est pas suiveur :

1° L'homme qui suit sa femme ou sa maîtresse pour se convaincre d'une infidélité ;

2° Celui qui suit une fois par hasard, — pour voir ce que c'est, — et qui ne suivra plus ;

3° Le flâneur.

Je n'ignore pas que ce dernier a cependant des prétentions à être suiveur. Erreur énorme autant que risible ! Le flâneur est précisément l'antipode du suiveur; — un rien l'arrête et le distrait: un embarras de voi-

tures, une vente à la criée, une affiche qu'on pose, un ami qui lui serre la main, un bouton de son gilet qui saute, une révolution qui passe. Il perd à chaque minute l'objet ^u'il suit — ou plutôt qu'il croit suivre.

Le vrai suiveur ne connaît ni rencontres ni obstacles. Dès qu'il suit, il ne s'appartient plus. Il va, les yeux fixés sur le but, roulant à travers la foule, se glissant comme par miracle entre deux roues de coupés, ne rendant aucun salut, inaccessible à la surprise, à la pitié, à l'enthousiasme ; pardonnant à ceux qui coudoient, et coudoyant sans offrir d'excuses. Il est l'image du destin.

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