D'ENGOULEVENT A SAINT-JULES
« Val-du-raradis, 2 août 1859.
» Monsieur, t> J'ai quarante ans, une réputation de bravoure à l'abri de tout soupçon; Grisier me fait l'honneur de
me compter parmi ses élèves de premier ordre; sur les sept ou huit rencontres que je n'ai pu éviter dans ma vie, trois ont eu une funeste issue pour mes adversaires. C'est vous dire que je suis placé de manière à ne pas redouter un nouveau duel, surtout dans les conditions exceptionnelles où se présente celui-ci. — Eh bien ! monsieur, malgré la gravité de l'offense que j'ai reçue de vous, je renonce à la satisfaction que je vous en avais fait demander primitivement. Je consens à oublier un acte que votre raison a dû condamner et qui, d'ailleurs, a déjà reçu un commencement d'expiation dans les quatre mois de noviciat, infailliblement mêlé d'appréhensions, que vous venez de passer.
» J'espère, monsieur, que vous apprécierez à sa véritable valeur une résolution que je n'ai adoptée qu'après les réflexions les plus sérieuses, basées principalement sur les devoirs de tout homme d'honneur envers la société et envers la morale.
» Agréez, monsieur, toutes mes salutations.
^Engoulevent. j>
DE SAINT-JULES A ENGOULEVENT
« Paris, 3 août 1853.
» Monsieur, » Je ne me méprends pas sur le sentiment fort honorable, à votre point de vue, qui a dicté votre lettre. Mais il m'est impossible d'en accepter les conclusions,
vous le comprendrez Facilement. Il importe à notre dignité commune que cette affaire ait son cours naturel. Vous voulez m'épargner, cela est visible. Rassurezvous, monsieur, j'ai mis à profit, autant que possible, chez Gâtechair, le laps de temps que je dois à votre condescendance; et quelle que soit votre supériorité, j'ai la hardiesse de croire que vous ne vous trouverez pas en présence d'un adversaire trop indigne de vous.
» Mes témoins demeurent donc, plus que jamais, à la disposition des vôtres.
7) Je vous prie, monsieur, de recevoir l'expression de ma considération parfaite.
» Saint-Jules. »